Mar 3 2011

Episodes parallèles

Publié par Julie R. dans Episode, Sélectionner      

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J’ai décidé pour cet article de mettre en parallèle 2 passages marquants du récit. Le premier se trouve à la page 196 et le second page 201 :

a) Salvatore Piracci :

«- Cela a commencé lorsque cette femme m’a abordé dans les ruelles du marché à Catane, pensa-t-il. C’est cela, au fond, qu’elle est venue me dire : qu’il était temps de me mettre en route pour trouver ma mort. Depuis la femme du victoria, je n’ai fais que mourir progressivement. Il a fallu que je traverse la mer et vienne ici. Il a fallu que je quitte tout ce que j’étais. Et maintenant, je suis au point où je ne peux plus rien abandonner. C’est la dernière marche. La toute dernière, il faut juste accepter de disparaître. Je vais me fondre dans l’ombre. J e vais poser à terre mes fatigues. »

[…]

« Lorsqu’il ouvrit le bouchon, l’odeur du combustible chassa le parfum tranquille de la nuit. Il ne pensait plus à rien. Une torche, un jaillissement de lumière, puis le néant, c’est cela qu’il adviendrait. Il se versa de l’essence sur les jambes, le torse et les cheveux. L’odeur puissante faillit le faire tourner de l’œil. Il était maintenant assis à même le sol, jambes ouvertes, tête basse. Plus personne ne se souciait de lui. Des gouttes d’essence dégoulinaient de ses habits trempés. Il était une flaque qui ne tarderait pas à prendre feu. Il respira profondément pour laisser entrer en lui toute cette dernière nuit. Il était loin du monde et n’avait plus la force même de se signer. »

b) Soleiman :

«  Le cauchemar a commencé lorsque nous nous sommes trouvés entre les deux grilles. La bande de terre était juste assez large pour que puisse circuler une voiture. Tous ceux qui parvenaient à franchir la première grille s’y retrouvaient. Nous fûmes bientôt entassés les uns sur les autres. Les corps tombaient du sommet des barbelés. Il en venait toujours. Certains se cassaient une jambe dans la chute et ne pouvaient plus se relever les autres leur tombaient dessus dans les hurlements sourds de corps en souffrance. Certaines échelles parvenaient à passer, mais avant qu’elles ne soient correctement mises contre le second grillage, elles encombraient la foule et empêchaient tout mouvement. C’est dans cette confusion que les policiers espagnols chargèrent. Avec leurs matraques. Ils frappèrent indistinctement tous les corps qui se présentaient à eux. Leur charge provoqua un mouvement de panique. Tout le monde voulait fuir mais n’avait nulle part où aller. Dans la cohue, les hommes se piétinaient, se montaient dessus, se poussaient violemment. J’ai vu à quelques mètres de moi, une femme perdre son bébé. Avant qu’elle ait pu se jeter à terre pour le protéger, des hommes sans même s’en apercevoir étaient passés dessus. Ce n’était que cris et bagarre rageuse pour tenir debout. Il continuait à tomber des assaillants du haut du premier grillage, mais ils tombaient maintenant dans une marée humaine.

Je nous voyais mourir là, dans cette bande de terre qui n’est à personne. »

[…]

« Ce sera bientôt mon tour.

Soudain les policiers espagnols avancent droit sur moi. Ils sont trois. Ils ont vu le trou et veulent se poster devant pour garder l’entrée avec férocité. Il va falloir se battre. La matraque du premier s’abat sur mon épaule. Je sens la douleur engourdir mon bras. Il ne faut pas céder. Je dois tenir. Je frappe l’homme au visage. Il recule de trois pas assommé. Je pourrais me jeter sur lui et le mettre à terre mais ce serait que perde du temps. Les autres ne tarderaient pas à me saisir. Je profite de ces quelques secondes pour me plaquer au sol et essayer de me glisser sous les fils barbelés. »

[…]

« Je sens la main de Boubakar qui me tient encore le poignet. Il est là au dessus de moi. Je le regarde entre deux éblouissements de fatigue. Il pleure. Il vient de mettre un terme à 7 années d’errance. Il pleure comme un enfant. Je voudrais lui parler, lui dire qu’il avait tord : nous ne sommes pas passés parce que Dieu l’a voulu mais parce que nous avons gardés un oeil l’un sur l’autre. Je voudrais le prendre dans mes bras, mais je n’ai plus la force de bouger. Je saigne. Mon corps est assailli de douleur. Des os fracturés, des plaies ouvertes. Je sens la terre nouvelle sous moi. Je voudrais l’embrasser, mais avant d’y parvenir, je m‘évanouis et tout disparaît. »

Certes dans le premier passage (page 196), Salvatore ne meurt pas mais je trouvais intéressant de voir le croisement des deux histoires lors de moments comme ceux-ci. D’être pris entre deux émotions aussi fortes et aussi différentes quasiment en même temps est un effet que l’on trouve dans peu de roman. Je trouvais donc intéressant de souligner cet aspect positif du croisement des histoires.

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Feb 23 2011

Episode

Publié par Léa K. dans Episode, Sélectionner      


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Un passage qui m’a beaucoup plu est celui du départ de Soleiman et de Jamal. Ils partent tout d’abord en voiture et se garent sur la place de l’Indépendance. Ils entrent dans leur café, celui dans lequel ils vont tous les jours. Ils connaissent tout le monde et tout le monde les connait. Assis à la terrasse buvant leur thé, les deux frères contemplent la place, ces orangers, ces voitures, ces passant qu’ils ne reverront jamais. Ils enregistrent tous. Jamal se lève en premier, paie sans rien dire et s’en va, Soleiman le suit rapidement jusqu’à la voiture. Une fois assis, ils faillirent pleurer, mais Soleiman propose de faire une balade pour faire une dernière fois le tour de la ville. Ils roulèrent pendant des heures. Oui, ce passage m’a beaucoup plu, c’est cette ambiance mélancolique mais à la fois joyeuse de partir, car ils vont quitter leur vie, leur famille, leurs amis. C’est ce sentiment de tout «plaquer», de tout recommencer que j’ai aimé.

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Feb 17 2011

Episode (suite)

Publié par Eloïse dans Episode, Sélectionner      

Quand la mer se déchaîne… (suite)


Tout d’abord, on trouve de nombreuses personnifications qui rendent le récit vivant et touchant. Aussi la syntaxe est courte et nous place dans le suspense alors que nous nous doutons déjà de l’issue de l’histoire.
La tempête, qui n’empêche pas Salvatore de continuer à chercher, est synonyme du combat qu’il a commencé contre l’injustice. Salvatore nous montre aussi la colère, la frustration face à son impuissance. La mer qui autour de lui se déchaîne renvoie aux forces de la nature qui sont nettement plus fortes que celle de l’homme et qui ramènent à la fragilité de l’être humain. Le récit est écrit de tel sorte, que l’on réussit à se sentir démuni, faible, comme Salvatore et ainsi on réussit à s’identifier et à ressentir l’histoire comme le personnage.
Mais, on peut également ajouter que c’est un combat contre lui-même et sa vie actuelle qu’il entreprend. En effet, il est actuellement en désaccord avec sa vie.
D’autre part, la sirène qui retentit correspond au cri de désespoir qu’a envie de pousser Salvatore en pensant à ces clandestins et également à la tristesse, au chagrin qu’il ressent. Ce passage exprime beaucoup d’émotions, ce qui le rend encore plus émouvant.
De plus, il veut vraiment parvenir à les trouver, comme si cela représentait beaucoup pour lui ; c’est un objectif. Le fait de ne pas y parvenir nous amène à un passage qui représente un tournant dans sa vie. Ainsi, il va être certain de sa décision de partir.
Pour finir, il fait allusion à la mort des clandestins en mer. Il s’excuse et leur offre un dernier salut en faisant retentir cette sirène en continu, le bruit se perdant dans l’immensité de la mer. C’est peut-être pour lui une manière de rendre hommage aux clandestins, mais également à tous ceux qu’il a rencontré au cours de sa vie et qu’il n’a pas pu sauver. Ainsi, cela le soulage un peu. Il peut donc partir, changer de vie, ayant accompli ce qui était important pour lui. Voilà ce que j’ai ressenti en lisant ce passage et c’est pour cela que j’ai décidé de vous le présenter. Mais peut-être que d’autres sentiments auraient pu être relevés. J’espère que cela pourra vous donner envie de lire ce livre…

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Feb 16 2011

Episode (à suivre)

Publié par Eloïse dans Episode, Sélectionner      

Quand la mer se déchaîne…



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elon moi, la scène qui semble la plus intéressante, touchante et marquante est celle où Salvatore Piracci se trouve sur le pont du bateau lors de la tempête. La mer étant agitée, il est fouetté par le vent et les écumes d’eau. Parti à la recherche de clandestins abandonnés en mer sur des barques, il est parvenu à ne trouver que deux barques sur les cinq. Salvatore Piracci comprend que son équipage et lui n’en retrouverons plus, et que ces clandestins, qui cherchaient à passer la frontière pour un monde meilleur, vont mourir en mer. J’ai choisi cette scène car c’est elle qui m’a le plus émue et l’écriture est recherchée et remarquable.

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La suite est dans un autre article.


Jan 30 2011

Un épisode marquant

Publié par Nicolas D. dans Episode, Sélectionner      

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Passage avec l’inconnu

du cimetière de l’Eldorado


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ligne 111-112 : « L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riche que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. »

J’ai choisi de reprendre ce passage parce qu’il suscite l’intérêt du roman.

Lorsque l’inconnu commence à parler, on peut remarquer qu’il ne s’adresse pas directement au commandant Salvatore Piracci : il décrit le paradis avec une certaine poésie dans sa façon de parler. Il rend en quelque sorte hommage à tous ces pauvres immigrants qui ont péris en tentant leur chance pour rejoindre l’Eldorado, le chemin vers le paradis, le continent de leur rêve, c’est-à-dire l’Europe. Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce passage c’est que cet inconnu, comme Laurent Gaudé, rend admirablement hommage à tous ces personnes qui ont eu la force et la volonté de continuer jusqu’au bout comme les personnages Boubakar et Soleiman qu’on retrouve dans ce livre. Ensuite, l’étranger s’adresse directement au commandant avec une certaine tristesse en disant que ce paradis que ces immigrants voulaient tant l’auront jamais à cause de leur embarcation qui a malheureusement coulé près de Lampedusa. Il insiste sur le fait qu’ils avaient péris tout près du but sans avoir pu atteindre leur vœu le plus cher au monde et qu’ils avaient affronté ce voyage éprouvant avec détermination, ayant plus de volonté que n’importe qui, rêvant toujours plus loin. Après avoir dit ce qu’il avait à dire, l’inconnu s’en alla. Ces paroles firent beaucoup réfléchir le commandant Salvatore Piracci et ces paroles résonnèrent longtemps dans son esprit. Cette rencontre est une des raisons qui a poussé le commandant à tout abandonner ( sa ville : Catane, son métier, son ami Angelo…) pour découvrir de nouveaux continents, pour conquérir lui aussi l’Eldorado. J’ai trouvé ce passage très intéressant car il résume bien le roman Eldorado ainsi que la visée du livre ( hommage au grand courage des émigrants ).