Mar 7 2011

Enonciation

Publié par iroiseldorado dans Réflexions      

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QUESTION

« Pourquoi avoir choisi de mettre en opposition les deux personnages principaux du roman ? Le fait d’utiliser le présent et la 1ère personne du singulier pour l’un et le passé et la 3ème personne du singulier pour l’autre est-il là pour accentuer cette opposition ?  » (Eléanor)

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PISTES DE REPONSES

« La principale particularité de l’énonciation est que pour l’histoire de Piracci, le roman est écrit à la 3ème personne (narrateur extérieur) et pour Soleiman, c’est à la 1ère personne.
Piracci laisse le désarroi gagner son corps, au fil du livre, il se laisse aller, la vie s’éloigne pour lui. Le lecteur l’observe, la 3ème personne semble la plus adaptée pour ce personnage.
Salvatore lui est plein de vie, il devient courageux, sûr de lui, grâce à ce voyage initiatique. Le lecteur a l’impression de vivre ce voyage avec lui, d’être dans son rôle, ce qui donne un côté vivant. «
(Chloé S)

« Le récit de Soleiman est écrit au présent et à la 1ère personne : cela nous montre sa rage sa jeunesse. Alors que le récit de Salvatore est écrit au passé et à la 3ème personne : on sent la fatigue, le désespoir. » (Romain)

« La 3ème personne du singulier est utilisée pour renforcer la solitude de Salvatore alors que Soleiman lui n’est pas seul » (Wendy)


Mar 1 2011

Réécritures croisées

Publié par Lucas dans Créer, Réécritures croisées      

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Tout serait dur et éprouvant, mais je ne tremblais pas. Le froid m’entourait déjà. L’humidité rendait ma peau collante mais j’avais le sentiment de vivre. La mer était vaste. Je disparaissais dans le monde. J’allais être, à mon tour, une des ces silhouettes qui n’ont ni nom ni d’histoire, dont personne ne sait rien – ni d’où elles viennent ni ce qui les anime. J’allais me fondre dans la vaste foule de ceux qui marchent, avec rage, vers d’autres terres. Ailleurs. Toujours ailleurs. Je pensais à ces heures d’efforts qui m’attendaient, à ces combats qu’il faudrait mener pour atteindre ce que je voulais. J’étais en route. Et j’avais décidé d’aller jusqu’au bout. Je n’étais personne. Je me sentais heureux. Comme il était doux de n’être rien. Rien d’autres qu’un homme de plus, un pauvre homme de plus sur la route de l’Eldorado.

Ce paragraphe est un passage du roman centré sur Salvatore Piracci mais écrit comme s’il était centré sur Soleiman. Dans ce cas là, on ressent plus ce que Piracci vit mais je ne pense pas que ça soit ce que l’auteur recherchait car il aurait très bien pu écrire tout le roman à la première personne. En effet, je pense qu’il a donc choisi cette forme d’écrire pour une tout autre raison, peut-être pour que nous, lecteurs, prenions du recul sur le commandant, qu’on voit sa situation avec un autre point de vue. C’est comme si on était au dessus de lui et non dans la barque. Ainsi, pour qu’on se projète à nous même le chemin que Piracci était en train de prendre, son futur, son destin. Tout ce qui lui attendait à venir. J’aime beaucoup ce passage. Finalement, c’est un très bon choix pour l’auteur que d’avoir employé cette forme d’écriture.


Algérie,  Ghardaia

Soleiman est décidé et sa voix ne tremble pas. Boubakar le sent. Il doit se demander par quel miracle l’homme défait qu’il était lorsqu’il l’a quitté quelques heures plus tôt lui est revenu décidé et plein d’une étrange force. Il ne lui dit rien de sa rencontre au marché. Il lui rirait au nez et lui dirait que tout cela n’est que foutaises et superstitions. Pourtant Soleiman sait que c’est vrai. Il sait qui il a rencontré. Son œil l’a enveloppé avec bienveillance et il se sent maintenant la force de mordre et de courir. Celle de résister à l’usure et au désespoir. Plus rien ne viendra à bout de lui. Il peut bien crever sur le bord de la route, il crèverait en chemin. Parce qu’il veut aller jusqu’au bout. Obstinément.

Celui-ci est un passage du roman centré sur Soleiman mais écrit comme s’il était centré sur Salvatore Piracci. Pour ce paragraphe, je préfère la version de l’auteur car on est plus ancré dans le personnage, Soleiman. Ici, c’est plus un constat de ce qu’il est en train de se passer, on ressent beaucoup moins la conviction de Soleiman, le ressenti de ce qu’il se dit. Par exemple, sa détermination ne ressort pas autant que dans le roman. Malgré tout, c’est très intéressant d’avoir essayé et de faire la comparaison, de voir les différences que l’on peut observer avec le changement. Pour finir, l’utilisation de cette structure du roman, spéciale mais très bien approprié, est tout à fait en accord avec l’histoire.


Source image 1

Source image 2


Feb 25 2011

Réécritures croisées

Publié par killian dans Créer, Réécritures croisées      

Passage du roman centré sur Salvatore

et réécrit centré sur Soleiman


« Tout est dur et éprouvant, mais je ne tremble pas. Le froid déjà m’entoure. L’humidité rend ma peau collante mais j’ai le sentiment de vivre. La mer est vaste. Je disparais dans le monde. Je vais être, à mon tour, une de ces silhouettes qui n’ont ni nom ni histoire, dont personne ne sait rien – ni d’où elles viennent ni ce qui les animent. Je vais me fondre dans la vaste foule de ceux qui marchent, vers d’autres terres. Ailleurs. Toujours ailleurs. Je pense à ces heures d’efforts qui m’attendent, à ces combats qu’il faudra mener pour atteindre ce que je veux. Je suis en route. Et j’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Je ne suis plus personne. Je me sens heureux. Comme il était doux de n’être rien. Rien d’autre qu’un homme de plus, un pauvre homme de plus sur la route de l’Eldorado. »


« Moi, Salvatore, Commandant de frégate, je suis fatigué de la vie. »

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Passage du roman centré sur Soleiman

et réécrit centré sur Salvatore

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« Il était heureux. Aux côtés de son frère. Il quittait son pays. Ils marchaient sur les pierres chaudes comme des chèvres sauvages. Agiles et discrets. Il eut trouvé frustrant de passer la frontère en voiture. C’était mieu ainsi. Il préfèrait l’abandonner pas à pas. Il voulait sentir l’effort dans ses muscles. Il voulait éprouver ce départ, dans la fatigue. C’est lorsqu’ils furent arrivés au pied d’une colline que l’homme s’était retourné vers eux. Ils avaient marché plus d’une heure. Et il avait dit : « -Nous sommes en Lybie. » Il avait d’abord cru qu’il s’était moqué d’eux. Puis il avait vu à son visage que l’idée de cette plaisanterie n’aurait jamais pu lui venir. Alors il avait regardé tout autour de lui. Son frère avait eu la même incrédulité sur le visage. »

« Je suis Soleiman, la vie me l’a permis, j’ai choisi une route plutôt originale »


Liens et sources des images :

– Salvatore

– Soleiman


Feb 23 2011

Réécritures croisées

Publié par Morgane J. dans Créer, Réécritures croisées      


« Au fur et à mesure que Salvatore Piracci se calmait et que son souffle retrouvait sa régularité, son esprit chavirait sous le vent des questions. Il se serra la tête entre les mains. Qu’avait-il fait ? Que lui avait-il pris ? Tout cela était ridicule et obscène. A quoi cela servait-il ? A se racheter petitement d’un courage qu’il n’avait pas eu ? Il s’était jeté sur cet homme. Il s’était donné en spectacle devant ses hommes. Que lui arrivait-il ? « Tout ce détraque, pensa-t-il. Je ne suis plus ce que j’étais. » » (Page 107)

« Au fur et à mesure que Soleiman se calme et que son souffle retrouve sa régularité, son esprit chavire sous le vent des questions. Il se sert la tête entre ses mains. Qu’a-t-il fait ? Que lui a-t-il pris ? Tout cela est ridicule et obscène. A quoi cela sert-il ? A se racheter petitement d’un courage qu’il n’a pas eu ? Il s’est jeté sur cet homme. Il s’est donné en spectacle devant ses hommes. Que lui arrive-il ? « Tout se détraque, pense-t-il. Je ne suis plus celui que j’étais . » »

« Nous faisons le trajet du retour en silence. Il fait nuit dehors. Les rues sont encore agitées d’un million de discussions et de trafics. Jamal gare la voiture devant la maison. Je songe que c’est la dernière fois que je m’extrais de ce vieux fauteuil. Comme c’est étrange de dire adieu à sa vie. Je vois passer les mille détails qui la constituent. Le trousseau de clefs. Le bruit de la porte d’entrée lorsqu’elle s’ouvre en soupirant. L’odeur des tapis dans le couloir. Tout se qui passe sous mes yeux y passe pour la dernière fois. » (Page 50)

« Ils faisaient le trajet du retour en silence. Il faisait nuit dehors. Les rues étaient encore agitées d’un million de discussions et de trafics. Jamal garait la voiture devant la maison. Le commandant Salvatore Piracci songeait que c’était la dernière fois qu’il s’extrayait de ce vieux fauteuil. Comme c’était étrange de dire adieu à sa vie. Il voyait passer les mille détails qui la constituaient. Le trousseau de clefs. Le bruit de la porte d’entrée lorsqu’elle s’ouvrait en soupirant. L’odeur des tapis dans le couloir. Tout se qui passait sous ses yeux y passait pour la dernière fois. »

Source d’image


Feb 20 2011

Réécriture croisée – Soleiman

Publié par Manon Rol. dans Créer, Réécritures croisées      

VI

Blessure de frontière

La lumière tombait doucement sur les collines de rocailles. L’air s’embrasait d’une couleur d’amande. Tout semblait serein et éternel. Ils avaient laissé derrière eux la voiture. Ils s’étaient garés deux cents mètres plus loin. Soleiman ne connaissait pas l’homme qui les avait conduits. Son frère lui avait parlé avec familiarité. Ce n’était manifestement pas la première fois qu’ils se voyaient. Combien d’entretiens avait t-il fallu avant qu’ils ne se mettent d’accord sur une somme, sur une date ? Combien ce voyage leur coûtaient-ils ? Jamal n’expliquait rien et son frère ne posait aucune question. Ils marchaient silencieusement dans la paix des collines. La frontière ne devrait plus être loin. L’inconnu ouvrait la marche. Ils portaient leurs sacs et veillaient à ne pas faire trop de bruit sur les cailloux du sentier. Il fallait être vigilant. Les gardes-frontières patrouillaient dans la zone.

Soleiman était heureux. Aux côtés de son frère. Il quittait son pays. Ils marchaient sur les pierres chaudes comme des chèvres sauvages. Agiles et discrets. Soleiman aurait trouvé frustrant de passer la frontière en voiture. C’était mieux ainsi. Il préférait l’abandonner pas à pas. Il voulait sentir l’effort dans ses muscles. Il voulait éprouver ce départ, dans la fatigue.

C’est lorsqu’ils furent arrivés au pied d’une colline que l’homme se retourna vers eux. Ils avaient marché plus d’une heure. Et l’homme dit :

– Nous sommes en Libye.

Soleiman crut d’abord qu’il se moquait d’eux. Puis il vit à son visage que l’idée de cette plaisanterie n’aurait jamais pu lui venir. Alors il regarda tout autour de lui. Son frère avait la même incrédulité sur le visage. Ils contemplèrent les terres dans leur dos à la recherche d’une marque qui leur aurait échappé. Le guide pointa son doigt en direction de la crête qu’ils venaient de descendre, sans rien dire, comme s’il avait deviné ce qu’ils cherchaient. La frontière était là. Sans aucun signe distinctif ; là. Au milieu des pierres et des arbres chétifs. Pas même une marque au sol ou une pancarte. Il n’aurait jamais pensé qu’on puisse passer d’un pays à l’autre ainsi., sans barbelés à franchir, sans cris policiers et course-poursuite. Il prit son frère dans ses bras et l’étreignit. Il restèrent ainsi longtemps. Soleiman sentit que son frère pleurait. Il l’entendit murmurer : «  C’est si facile » et il y avait dans sa voix comme une pointe étrange de rage. Soleiman comprenait. La facilité est vertigineuse. Ils auraient dû faire cela avant. Si la frontière laissait passer les hommes aussi facilement que le vent, pourquoi avaient-il tant attendu? Il regarda autour de lui. Il se sentait fort et inépuisable.

A l’instant où Soleiman allait se baisser pour baiser la rocaille à ses pieds, Jamal le serra dans ses bras, avec force. Il vit tout de suite que quelque chose n’allait pas. Son frère avait les traits tirés et les yeux durs malgré les larmes qui avaient coulé.

– Il faut que je te parle, dit-il

Et il eut peur, d’emblée.

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Feb 14 2011

Réécritures croisées

Publié par Clémence dans Créer, Réécritures croisées      

Passage centré sur Salvatore Piracci (page 12)

réécrit comme s’il était centré sur Soleiman

Je déambule dans les ruelles, lentement, en me laissant porter par le mouvement de la foule. J’observe les rangées de poissons disposés sur la glace, yeux morts et ventre ouvert. Mon esprit est comme happé par ce spectacle. Je ne peux plus les quitter des yeux et ce qui, pour tout autre personne, est une profusion joyeuse me semble, à moi, une macabre exposition.

Source image.

Passage centré sur  Soleiman (page 204)

réécrit comme s’il était centré sur Salvatore Piracci :

Il retrouva ses esprits. Il ouvrit les yeux.

Tout était silencieux autour de lui. C’était la même nuit, il la reconnaissait. La même touffeur. Il avait dû ne s’évanouir que quelques instants. Tout était là : le ciel vaste, la nuit qui s’achevait, mais il n’entendait plus la cohue de l’assaut. Tout était terminé. « Nous y sommes ». La voix de Boubakar l’entourait. « Nous y sommes mon frère et c’est grâce à toi ».


Feb 10 2011

Réécritures croisées 2 – Soleiman

Publié par Romain dans Créer, Réécritures croisées      

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Deuxième passage : Soleiman


tentative de certains migrants africains pour passer la frontière

C’était alors qu’il sentit les mains de Boubakar qui lui saisissaient les poignets. Il le tractait avec force. Sa vigueur lui tirait à lui. La jambe de Boubakar était tordue mais ses bras étaient épais comme des troncs d’arbre. Il tirait comme s’il voulait le démembrer. Il sentit les barbelés lui labourer les chairs de son dos. Il était comme un escargot empêché par sa coquille à moitié écrasée. Boubakar ne lâchait pas, il tirait toujours. Il glissait, lentement, avec cruauté, sous les nœuds acérés des barbelés. Lorsque ses jambes eurent fini de passer, il se retourna sur le dos, épuisé. Il avait le temps d’apercevoir ce qu’il quittait.

Les trois Espagnols furent bousculés par la foule. C’est à cela qu’il devait son passage. Ils n’eurent pas le temps de s’occuper de lui. Ils se mirent dos contre le barbelé pour stopper les autres. Il devait sa chance à ceux qui ne passeraient pas et qui, en se jetant sur ses assaillants, les avaient détournés. Il ne saurait jamais de qui il s’agissait. Il ne pourrait jamais remercier ceux qui l’avaient sauvé. C’était une foule indistincte. Une foule qui lui avait permis de la quitter.

Il sentit la main de Boubakar qui lui tenait encore le poignet. Il était là, au-dessus de lui. Il le regardait entre deux éblouissements de fatigue. Il pleurait. Il venait de mettre un terme à sept années d’errance. Il pleurait comme un enfant. Il voulait lui parler, lui dire qu’il avait tort : ils ne passèrent pas parce que Dieu l’avait voulu, mais parce qu’ils avaient gardé un œil l’un sur l’autre. Il voulait le prendre dans ses bras mais il n’avait pas la force de bouger. Il saignait. Son corps était assailli de douleur. Des os fracturés, des plaies ouvertes. Il sentit la terre nouvelle sous lui. Il voulait l’embrasser mais avant d’y parvenir il s’évanouit, et tout disparut.

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Pour moi,ce passage est mieux au présent cette fois ci parce que là on veut la réussite de Soleiman, on est avec lui. On veut le pousser lorsqu’il est sous les barbelés, empêcher les policiers de l’attraper. Ici on se sent comme un clandestin dans la foule, nous sommes les yeux de Soleiman pour lui prévenir des dangers. Dans les deux cas, les temps et les points de vue du narrateur sont bien choisis car ils donnent plus d’émotion au lecteur.

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Feb 10 2011

Réécritures croisées 1 – Salvatore Piracci

Publié par Romain dans Créer, Réécritures croisées      

Premier passage : Salvatore Piracci

p.217, 2ème paragraphe :

«  C’est alors que je choisis de traverser la route. Le bas-côté opposé est moins accidenté et il me semble qu’il est plus aisé d’y marcher. Je traverse. Sans pensée. Laissant la nuit me guider.

Lorsque je suis au milieu de la route, je l ève la tête en sursaut. Un camion est là qui fonce droit sur moi, en klaxonnant. Je ne vois que les phares, deu x yeux béants sortis de la nuit qui grossissent sans cesse. Pendant une fraction de seconde, je me sens comme un chien imbécile au milieu de la chaussée. J’ai le temps de penser que je ne peux pas me soustraire au choc. Le véhicule va trop vite. Mes jambes ne bougent pas. Je ne peux pas contracter mes muscles, dans un souci dérisoire d’amortir la violence de la collision. J’entends encore le klaxon qui déchire les airs et les crissements de pneus tandis que le chauffeur freine à toute force. Puis ce fut le choc.

Je me sens enfoncé dans tout le corps et projeté violemment au loin. Tout s’obscurcit. Je perds connaissance.

Des minutes ou des heures passèrent. Puis un mince filet de conscience cours à nouveau en moi. Tout s’est éteint dans mon corps. Je ne vois plus rien, ne sens plus rien. Seul mon esprit continue à vivre. « Je ne suis pas mort », pensais-je. Et j’en suis étonné. Je n’ai mal nulle part, comme si mon corps n’existait plus. »

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Je trouve que de le raconter au passé et à la troisième personne du singulier est mieux. Malgré le fait qu’en le réécrivant au présent et à la première personne du singulier, que nous soyons dans le personnage et dans l’action, c’est nous qui sommes à la place de Piracci. Alors que dans le livre nous sommes témoins de sa mort, nous sommes là, à coté de lui. On aimerait le sauver mais nous ne pouvons pas nous le voyons en train de mourir petit à petit sans que l’on puisse faire le moindre geste. On ne veut pas vivre la scène. Cela donne plus d‘émotion au lecteur.

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Feb 8 2011

Réécritures croisées

Publié par Aurelien dans Créer, Réécritures croisées      

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Passage centré sur Salvatore Piracci :

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« Je vais mourir, je pense tandis qu’au loin, j’entends encore le vacarme des hommes. Là. Sur cette route dont je ne sais même pas où elle mène. De nuit. Fauché par un camion. Comme un chien. » Je sens que la fin est proche. Mon esprit vacille. Je ne vois plus rien, n’entends plus que de sombres bourdonnements. Mon esprit a encore la vivacité de poursuivre quelques idées, de faire jaillir quelques images, mais je sens que cela ne tardera pas à se tarir. C’est comme un dernier bouquet de vie avant le néant.

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Passage centré sur Soleiman :

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Ils étaient deux. Et il comprenait qu’il était comme lui. Il avait besoin de le savoir sur ses pas. Il avait besoin de sa voix pour ne pas défaillir. Il le suivait, son frère. Il poussa la porte de la chambre. Ça y est. Ils allaient partir. Leur grand voyage commençait là. C’était la fin d’une vie. Il restait près de lui. Ils emmèneraient la maison, ils emmèneraient leur mère et la place de l’Indépendance, ils emmèneraient les dattes et les vieux fauteuils de la voiture partout où ils iraient. Tant qu’ils seraient deux, la longue traîne de leur vie passée flotterait dans leur dos. Tant qu’ils seraient deux, tout serait bien. Les frères partirent. Il le suivait.



Feb 3 2011

Réécritures croisées

Publié par Florence dans Créer, Réécritures croisées      

Extrait centré sur Soleiman, réécrit sur Piracci (p.81-2ème paragraphe) :

Extrait« Il était heureux. Aux côtés de son frère. Il quittait son pays. Ils marchaient sur les pierres chaudes comme des chèvres sauvages. Agiles et discrets. Il aurait trouvé frustrant de passer la frontière en voiture. Il pensait que c’est mieux ainsi. Il préférait l’abandonner pas à pas. Il voulait sentir l’effort dans ses muscles. Il voulait éprouver ce départ, dans la fatigue. C’est lorsqu’ils étaient arrivés au pied d’une colline que l’homme s’était retourné vers lui. Ils avaient marché plus d’une heure. Et il avait dit :

« – Nous sommes en Lybie. »

Extrait Il avait d’abord cru qu’il se moquait d’eux. Puis il avait vu à son visage que l’idée de cette plaisanterie n’aurait jamais pu lui venir. Alors il avait regardé tout autour de lui. Son frère avait la même incrédulité sur le visage. Ils avaient contemplé les terres dans leur dos à la recherche d’une marque qui leur aurait échappé. Le guide avait pointé un doigt en direction de la crête qu’ils venaient de descendre, sans rien dire, comme s’il avait deviné ce qu’ils cherchaient. La frontière était là. Sans aucun signe distinctif. Là. Au milieu des pierres et des arbres chétifs. Pas même une marque au sol ou une pancarte. Il n’aurait jamais pensé que l’on puisse passer d’un pays à l’autre ainsi, sans barbelé à franchir, sans cris policiers et course-poursuite. Il prit son frère dans les bras et il l’étreignit. Ils restèrent ainsi longtemps. Il sentit qu’il pleurait. Il l’entendit murmurer : « C’était si facile » et il y avait dans sa voix comme une pointe étrange de rage. Il comprit. La facilité était vertigineuse. Ils auraient dû faire cela avant. Si la frontière laissait passer les hommes aussi facilement que le vent, pourquoi avaient-ils tant attendu ? Il regarda autour de lui. Il se sentit fort et inépuisable. »



Extrait centré sur Piracci, réécrit sur Soleiman (p.195) :

Extrait « Je ne vis plus pour rien. Je m’éloigne du petit groupe d’hommes. Les vois, dans mon dos, continuent à bercer les flammes. Je marche sans but, d’un pas traînant, laissant simplement les phrases m’envahir tout entier. Plus personne n’est là pour se soucier de ce que je deviens. Je ne laisse ni parents, ni femme, ni enfants. Une vie solitaire, décrochée de tout, qui roule sur elle-même jusqu’à épuisement. Ma disparition ne changera rien. Le grand ciel d’étoiles ne veille plus sur ma vie. Je m’arrête et contemple, tout autour de moi, la nuit qui caresse les pierres de la route. Si je poursuis, la vie va être longue. Je suis tari comme une vieille outre sèche. Plus rien en moi ne me donne envie. Je regarde les hommes et ne les comprends pas. Il est temps de mourir. Me voilà arrivé au bout de ma course. Je pense à tous les cas où les corps abandonnent prématurément l’esprit, tous ces êtres qui disparaissent parce que le corps se rompt. Pour moi, c’est l’inverse. Mon corps peut encore durer. Je ne suis ni vieux, ni malade. Mais l’esprit est sec. Deux voies s’ouvrent alors à moi : durer jusqu’à ce que le corps, à son tour, abdique ou partir maintenant. Je ne ressens aucune douleur. Aucun cri de désespoir que j’aurais du mal à contenir. La vie s’est simplement retirée de moi. »

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Jan 31 2011

Réécritures croisées – Salvatore Piracci

Publié par Manon Rol. dans Créer, Réécritures croisées      

XIII

L’ombre de Massambalo

Le soir tombe sur Ghardaïa comme un grand tissu qui enveloppe les corps et les caresse. Les arbres piaffent du cri des oiseaux invisibles. Les lézards semblent chatouiller la pénombre. Partout, la ville bruisse de vie. Les rues sont pleines. Les vélomoteurs soulèvent la terre sèche des avenues. Le commerce reprend ses droits sur la chaleur écrasant de l’après-midi.

Je suis assis par-terre, sur la place, à côté des vendeurs d’eau, de tissu, ou d’essence frelatée. Je n’ai rien à vendre. Mais je reste bien droit, laissant les rumeurs de la foule m’envahir. Je suis arrivé ce matin même. Après mon évanouissement, les hommes du campements m’ont donné à manger et m’ont demandé où j’allais. Ne sachant que répondre, je me suis souvenu du nom de cette ville qu’avait cité le chauffeur du bus d’Al-Zuwarah et je l’ai répété, avec conviction : « Ghardaïa ». Les hommes, autour de moi, m’ont fait comprendre que c’était sur leur chemin et qu’ils m’y déposeraient. Pendant tout le voyage, je n’avais pas dit un mot. Lorsque nous sommes arrivés à Ghardaïa, je suis descendu du camion en sentant que j’étais arrivé là où je devais aller. Le camion est repartit, me laissant seul à nouveau.

J’ai choisi cette vaste place pleine de cris et de mouvements parce qu’il me semblait que je pouvais, ici, être parfaitement invisible. Je me suis assis. Sans aucune idée de ce que j’allais faire, sans savoir du tout à quoi ressemblera ma vie à partir de maintenant. Les hommes du campement m’ont séché mes vêtements, mais une odeur tenace d’essence persiste. Je suis sale mais je n’en éprouve aucune gène. Comme si j’étais dorénavant au dessus de cela.

Ceux qui m’ont connu comme commandant à Catane n’auraient pas pu me reconnaître. J’ai beaucoup maigri. Mes traits se sont creusés. J’ai perdu cette molle nonchalance qui distingue un corps opulent d’un corps pauvre. Une longue barbe me mange le visage. Une peur est née dans mes yeux. J’avais autrefois le regard calme de ceux qui sont dans l’autorité, maintenant je suis aux aguets. Une vivacité sauvage scintille de façon permanente dans mes yeux. Je suis devenu rapide et nerveux. L’errance et le labeur m’ont endurci. Que reste t-il de Soleiman ? Rien. J’ai quasiment disparu de moi-même.

Je me suis assis sur cette place parce que l’air y est doux. Je décide que je ne chercherais plus de travail. Cela aussi est derrière moi. « Que me reste-il ? Pensa t-il. La mendicité et l’attente. Je vais rester là tant que ce sera passible. Jusqu’à ma mort peut-être. Pourquoi pas ? Ici, ce n’est pas plus absurde qu’ailleurs. » Et je contemple avec sérénité le grand marché qui m’entoure.

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Jan 29 2011

Réécritures croisées

Publié par Yann dans Créer, Réécritures croisées      

Un passage centré sur Salvatore Piracci

écrit comme s’il était centré sur Soleiman :

Est-ce que l’un d’entre vous parle italien ou anglais ?

Le petit groupe d’émigrants se tient serré les uns contre les autres sur le pont. Ne sachant plus que faire de leur corps. Ignorant s’ils ont le droit d’aller et venir ou s’il faut qu’ils se tiennent immobiles et tête basse. Comme des prisonniers.

Les deux barques vides ont été abandonnées à la mer. Elle s’amuse maintenant à les faire danser avant de se décider à les avaler. Je ne me suis pas trompé. A l’instant même où le dernier d’entre eux a posé le pied sur la frégate, je suis redevenu le commandant de marine que mon uniforme annonce. Je contemple ces hommes. Il n’y a pas une seule femme, que des jeunes gens. Je lis dans leurs regards un mélange de reconnaissance et de peur. Ils doivent s’imaginer qu’on va maintenant les mettre à fond de cale. En les observant, je pense : « Quel étrange métier… Nous sauvons des vies. Nous partons à la recherche d’hommes perdus. Ils se noieraient sans notre aide. Ils crèveraient de faim. Des hommes qui nous espèrent de toute la force de leur vie, mais dès que nous les trouvons, chacun se regarde avec crainte. Ni embrassade, ni joie d’avoir été plus rapide que la mer. Nous cherchons des hommes sur les flots, et dès que nous les trouvons, nous redevenons des policiers sévères. Aux arrêts. C’est cela qu’ils attendent. Que je les mette aux arrêts. »


Un passage centré sur Soleiman

écrit comme s’il était centré sur Salvatore Piracci :

C’était le dernier instant où ils avaient le temps. Dans une seconde, ils ne connaîtraient plus que l’urgence et la peur. Ils devraient faire vite, boucler leurs valises, ne pas faire de bruit pour éviter les soupçons des voisins, trouver leur passeur, et ne pas perdre l’argent. Dans une seconde, ils seraient comme des animaux craintifs qui sursauteraient à chaque éclat de voix. Soleiman était heureux qu’en ce dernier instant de paix son frère l’ait regardé.

Ils étaient deux, et il comprit que Jamal était comme lui, qu’il avait besoin de sa voix pour ne pas défaillir. Il suivit son frère qui poussa la porte de la chambre. Ils allaient partir : leur grand voyage commençait là, c’était la fin d’une vie. Ils resteraient proche l’un de l’autre, ils emmèneraient leur maison, leur mère, la place de l’indépendance, les dattes et les vieux fauteuils de la voiture partout où ils iraient. Tant qu’ils seraient deux, la longue traîne de leur vie passée flotterait dans leur dos. Tant qu’ils seraient deux, tout serait bien. Ils partirent.

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