Perrenoud : « Pédagogie différenciée – Des intentions à l’action »
28 08 2012Juste quelques citations qui ont donné du grain à moudre à mon petit moulin intérieur. Avec des commentaires, ou pas.
« Il est inutile de penser la différenciation d’un point de vue strictement cognitif. Un enseignant bardé de connaissances et d’outils didactiques, mais qui n’arrive pas à communiquer, à créer un lien humain et fort sera définitivement moins efficace qu’un pédagogue moins bien armé, mais avec qui « on se sent bien ».
Les réflexions psychanalytiques […], éthiques et pédagogiques nous rappellent que, lorsqu’on éduque quelqu’un, on « flirte » toujours avec la violence et toutes sortes de désirs troubles, qu’il y a transfert et contre-transfert, peur de l’autre et goût du pouvoir. Une partie de ce qui arrive dans la relation éducative se joue sur une scène d’accès difficile, bien loin des bonnes intentions, des contrats explicites, des symétries et des procédures fondées sur la raison. » (p.49)
Dans ma classe, dans mon attitude, savoir reconnaître et favoriser ce qui fait que les élèves se sentent bien. Dans ce que je ressens (ah ! cet élève qui me provoque et m’agace du matin au soir…! comment lutter contre ma colère ?), identifier -accepter pour les dépasser?- ces glissements hors du champ de la raison. Et que faire de tout cela dans une posture de formatrice ?
« Quelle que soit la tendance dominante, nul n’échappe complètement à l’un des dilemmes de l’individualisation : si le formateur s’intéresse trop aux personnes, le groupe va à vau-l’eau, perd sa culture, son climat, sa dynamique ; si le formateur se concentre trop sur les phénomènes de groupe et la construction d’une identité collective, les individus risquent de se fondre dans l’ensemble, sans y trouver leur compte. Ce dilemme, on peut le rencontrer dans une classe de maternelle comme dans un groupe de formation d’adultes. Il traverse toutes les pédagogies de groupes. Nul ne peut le dépasser par la pensée, il faut le vivre, en cherchant à rester sur la ligne de crête… » (p. 98)
Chercher les lignes de crêtes, les chemins escarpés, en équilibre entre plusieurs tensions contradictoires. C’est cette complexité, avec les enjeux liés à chaque enfant présent dans une classe, qui rend le métier d’enseigner intéressant. S’il s’agissait juste de choisir le bon manuel et de le mettre en œuvre sans réfléchir, qu’est-ce que je m’ennuierais ! Mais cette complexité reste largement ignorée à l’extérieur de l’école : ceux qui portent un regard positif sur les enseignants louent généralement leur patience… pas leur capacité de réflexion, d’analyse de situations, d’auto-formation…
« Les élèves ne sont pas d’une grande aide. Ceux qui auraient le plus besoin d’un suivi sont capables de fonctionner durablement sans rien apprendre […] (Ils) ne donnent donc aucun indice qu’il ne se passe plus rien dans leur tête. […] Même ceux qui veulent apprendre et ne craignent pas de travailler ne sont pas toujours lucides : il est très difficile de savoir si l’on apprend ou si l’on est simplement actif. » (p.125)
Quels outils mettre en place pour repérer ces élèves ? L’an dernier, j’avais un cahier de classe où l’on faisait collectivement le bilan de ce que l’on avait appris. Je pense le faire plus souvent, y distinguer plus explicitement « ce qu’on a fait / ce qu’on a appris », et peut-être passer petit à petit dans l’année à un outil individuel.
« Pédagogie différenciée – Des intentions à l’action », Philippe Perrenoud, ESF éditeur (3e édition 2004).
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