Premiers pas dans les apprentissages en français
23 09 2012De la rentrée jusqu’au 20 septembre, toujours pour rattraper mon retard…
J’aurais dû penser à démarrer ce journal de bord spécialisé dès la pré-rentrée, mais, étrangement, j’avais quelques autres petites choses à caler auparavant… Je ne suis pas encore assez geek pour avoir ce genre d’automatisme !
La première journée de Maria s’était donc bien passée. Dès le lendemain, mercredi, je prends contact avec le maître chargé des élèves allophones dans ma circonscription. Assez souvent, les années précédentes, il n’avait pu suivre des élèves arrivant en cycle 2, pour se consacrer aux besoins des élèves intégrés en cycle 3. Là, nous avons de la chance, il lui reste des créneaux. Il travaillera donc avec elle deux fois par semaine. Il me fournit quelques outils : une liste des repères langagiers qu’elle doit acquérir, un logiciel (ELPE) pour qu’elle puisse travailler le lexique en autonomie sur l’ordi portable que j’ai dans ma classe, un lexique thématique et alphabétique qu’elle conserve et qui lui servira de référent tout au long de l’année.
Je commence à m’organiser. Il faut faire des choix. Je commence par insister sur le nom des nombres. Visiblement, des petits calculs écrits ne lui posent aucun problème, donc nous nous concentrons sur la compréhension orale. Avec l’ensemble de la classe, nous travaillons sur les nombres de 1 à 69 : dictées pour les écrire en chiffres, en mots, décompositions en dizaines et unités, le nombre juste avant, le nombre juste après… Tous ces exercices, très nécessaires en début de CE1, permettent à Maria de mémoriser les mots. En quelques jours, elle prend des repères, utilise les aides affichées, et commence à suivre le travail collectif.
Le vocabulaire des outils de la classe est aussi une priorité. Mais le plus souvent, ce sont les voisins de Maria qui le lui apprennent. Elle est attentive et observatrice, et les enfants autour d’elle l’aident gentiment, sans que nous ayons eu besoin de formaliser les choses.
En découverte du monde, le lexique est toujours l’un des objectifs prioritaires : dans ce réseau ECLAIR, beaucoup trop d’élèves disposent d’un bagage lexical extrêmement pauvre. Mes séances sont donc souvent conçues autour de cet objectif, et Maria peut s’insérer sans trop de difficulté. Nous avons par exemple commencé à trier des aliments : j’avais fourni à tous des étiquettes image+nom. J’ai un élève non lecteur, trois autres dont le déchiffrage est encore fragile, et plusieurs autres pour qui les noms de légumes ne sont pas forcément évocateurs. Nous avons aussi rappelé le nom des repas. Une séance non différenciée mais très profitable pour Maria.
Ce sont évidemment les séances de français qui me posent le plus de questions. En grammaire, nous démarrons sur la notion de phrase : pas de problème, j’ai découvert que Maria est sûrement une bonne élève dans sa langue, et il ne s’agit finalement, sur ces premières activités, que de mettre en place le vocabulaire technique. Majuscule, point, phrase, ligne, mot…
En lecture, c’est beaucoup plus difficile. Les deux premières semaines, je lui proposais pendant que nous découvrions un texte, une activité lui permettant de travailler un champ lexical. Elle faisait ce que je lui demandais très vite et très facilement. Trop facilement ? Un jour, elle a levé la main pour participer à la découverte collective d’un texte. Vas-y ma grande, lance-toi ! Évidemment, les « e » font « é », les « u » font « ou », mais globalement, elle s’en est très bien sortie. Et toute la classe était très attentive lors de ses premiers essais… Depuis, puisqu’elle préfère lire la même chose que les autres, elle est intégrée à mon groupe de tout petits lecteurs : elle déchiffre, progresse sur la phonologie du français, et moi je dois accepter de ne pas maîtriser ce qu’elle comprend ou pas de l’histoire que nous lisons !
Finalement, poussée par Maria elle-même, j’en suis donc arrivée à l’intégrer totalement aux apprentissages de la classe, et à ne différencier que quelques aides lexicales. Je suis impressionnée par sa capacité à s’adapter, sa rapidité à prendre des repères. Elle doit être une bonne lectrice en portugais, car elle utilise facilement les aides écrites et s’appuie sur les ressemblances entre les mots de nos deux langues. Et après trois semaines de classe, je me dis que ce journal pourrait tourner court avant longtemps, car elle devrait se fondre dans le groupe plus rapidement que je ne le pensais possible…
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