Des questions en vrac sur le jeu

11 02 2011

En mai 2010, une étudiante à l’université de New York, qui préparait un mémoire sur le jeu en classe de langue, me faisait parvenir une liste de sept questions après avoir lu mon livre Le jeu en classe de langue (CLE International, 2008). J’ai retrouvé le message ces jours-ci et je me suis dit que les réponses à ces mêmes questions intéresseraient certains de vous… Les voici. Elles mériteraient sans doute d’être nuancées, complétées, discutées… À vous de poursuivre le dialogue en laissant un commentaire!

1.       Comment repérer les joués et les jouants ?  Ces types sont-ils définitifs ou est-ce qu’ils peuvent varier selon le jeu ou l’objectif du jeu ?  Est-ce qu’il n’y a pas d’acquisition chez l’élève joué ?  Ou est-ce qu’il est efficace pour certains élèves d’être passifs ?

La principale différence entre joués et jouants tient au rôle passif ou actif des uns et des autres. Par rôle passif je n’entends pas celui qui ne fait rien (on peut être passif tout en agissant) mais celui qui n’intervient pas dans les décisions de son agir. Un joué est un agent, un jouant est un acteur. Un joué agit et réagit uniquement en fonction des forces qui pèsent sur lui, un jouant intervient sur ces forces. Les deux sont, bien entendu, soumis aux pressions du contexte, mais l’un les subit, l’autre en joue.
On peut être joué puis jouant au sein d’une même activité de jeu. Le type de jeu et l’objectif de jeu préfigurent l’apparition de l’un ou de l’autre mais ne permettent pas de les déterminer par avance: on peut avoir des joués au sein d’un jeu apparemment très actif et ouvert ou des jouants au sein d’un jeu très passif et fermé. Une même personne peut donc passer du statut de joué à celui de jouant, ou l’inverse. Cela ne tient pas uniquement à l’animateur ni au contexte, mais l’animateur peut sans doute faciliter ou entraver l’un  ou l’autre statuts…
Il peut sans doute y avoir parfois une acquisition chez un apprenant joué, mais ce ne sera par de l’ordre de l’appropriation et ce sera une acquisitions difficilement transférable.
Passivité n’égale pas absence d’implication; il peut donc être profitable de rester « passif » à certains moments, tout dépend de ce que l’on entend pas là…

2.      Comment peut-on créer une attitude ludique chez les étudiants ?  Est-elle créée en jouant très fréquemment ?  Est-ce qu’on doit commencer l’année scolaire en disant « cette année on va jouer ! » ?

J’ai tâché de répondre à la première question dans mon livre. En bref, on peut agir sur les trois autres niveaux (matériel, règles et contexte), mais on ne « crée » pas l’attitude: c’est une disposition intime et inexplorable. Elle peut être favorisée par une pratique régulière du jeu mais à trop jouer on peut aussi la bloquer. Pas de recettes dans ce domaine…
Ce n’est peut-être pas la peine d’annoncer globalement « cette année on va jouer ! », d’autant plus que l’on ne joue pas tout le temps. Pour ma part, je préfère un contrat d’apprentissage ludique plus ponctuel, qui ne braque pas les réfractaires d’avance. D’ailleurs, j’annonce de moins en moins « un jeu »: je propose une activité dont je sais qu’elle a de fortes chances de faire naître l’attitude ludique…

3.      Le jeu doit-il être annoncé simplement comme un jeu ou avec son objectif pédagogique ?  Est-ce que l’objectif empêche la création de l’attitude ludique ?

Ça dépend, les deux sont psosibles. En classe, il est important qu’à un moment ou à un autre, les apprenants sachent quel est l’objectif visé. Avant, après, c’est la décision raisonnée à prendre. Dans mon expérience, l’explicitation de l’objectif n’empêche pas l’émergence de l’attitude ludique, mais je pense que cela tient aussi à un certain contrat ludique sous-jacent.

4.      Pendant quelle phase doit-on utiliser les jeux ?  Sensibilisation ?  Acquisition ?  Appropriation ?  Réemploi ?

Le jeu convient à toutes les phases, le plus important est de l’inscrire véritablement dans la séquence.

5.      Les jeux doivent-ils occuper une place prioritaire dans le curriculum ?

Tout dépend, encore une fois. Le jeu est un excellent outil, mais un outil parmi d’autres.

6.      Avec quel effectif sont les jeux les plus efficaces ?  Et avec quel âge ?  Et avec quel niveau ?

En général, une classe de 15 apprenants est plus facile à gérer qu’une classe de 60. Mais le jeu peut être profitable aussi bien en cours particulier, en face à face, que dans de très grands groupes. Il est important d’en ajuster les paramètres.
Les enfants sont plus habitués à jouer et acceptent donc plus facilement de le faire, mais ils sont aussi plus exigeants, ils peuvent décrocher rapidement. Les adultes rentrent plus difficilement dans le jeu mais trouvent du plaisir même dans des jeux très simples, décalés des pratiques habituelles. Je crois que les ados sont un public plus difficile, mais pas seulement quant au jeu. Il ne faut pas les puériliser ni les traiter à 100% en adultes. Mais quand ils adhèrent au jeu, cela marche très bien.
Il y a des jeux pour tous les niveaux.

7.      Comment est-ce qu’on doit passer d’un jeu à une activité plus traditionnelle pour évaluer les élèves ?

Il y a des modalités d’évaluation non conventionnelles qui peuvent être appliquées avant, pendant, après le jeu. Le jeu peut aussi être utilisé pour une évaluation diagnostique et formative. La nature actuelle des institutions fait que le jeu convient mal à l’évaluation sommative ou certificative: la part de hasard souvent importante n’est pas compatible avec les exigences de la certification…

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