J’ai promis à César et à Francisco d’aborder cette semaine sur ce blog la différence entre « unité didactique » et « séquence d’enseignement/apprentissage ». Vaste programme… Je vais donc commencer par le B A BA (con manzanitas), avec l’intention de compléter la discussion par la suite.
Bon… Depuis que les cours de langue existent, il existe différentes terminologies pour désigner un ensemble (plus ou moins cohérent) d’éléments pris dans le continuum pédagogique (oups, j’avais promis d’utiliser le B A BA et voilà que la tentation du jargon me trahit). Bref, depuis longtemps, on désigne avec des termes différents des choses relativement proches mais pas nécessairement identiques, qui portent le nom de « leçons », « séances », « unités » et « séquences » (voire aujourd’hui, par effet de mode et pas toujours de manière raisonnée ni raisonnable, « tâches », « projets » et même « dossiers » et « missions »).
Dans tous les cas, il s’agit de nommer une partie du cours conçue comme un tout cohérent en lui-même. Néanmoins, les perspectives adoptées et les phénomènes nommés diffèrent. Je laisserai de côté ici « tâches », « projets » et « missions » dans la mesure où l’usage de ces termes me semble impropre utilisés en tant que synonymes de séquence; et je n’aborderai pas non plus la leçon ni la séance (la première, car il s’agit d’une dénomination plutôt désuète qui a surtout cours dans les manuels, et qui adopte une perspective définitivement axée sur l’enseignement; la deuxième, car il s’agit plutôt d’une unité temporelle et institutionnelle à valeur très variable).
Je me concentre donc sur « unité » et « séquence ». Attention, ce qui suit est un avis personnel fondé sur l’expérience et non sur une recherche bibliographique approfondie. Cela reste donc de l’ordre de l’opinion personnelle (serait-elle fondée) plus que de l’ordre de la démonstration scientifique. Je ne ferai ici qu’effleurer ce beau sujet de mémoire ou d’article…
Janine Courtillon, dont on connaît le rôle essentiel dans la constitution et la diffusion de l’approche communicative, est l’auteure d’un article appelé « L’Unité didactique » (dans Méthodes et méthodologies. Le français dans le monde, 1995). Plus récemment, Valérie Lemeunier, chargée de programme au CIEP, utilise également le terme d’unité didactique dans son article « Élaborer une unité didactique à partir d’un document authentique« . C’est dire que le terme « unité didactique » est solidement ancré dans les usages. Dans le Dictionnaire de didactique du FLE/FLS (Cuq, 2003), on précise que « Ce terme [unité didactique] se répand dans la littérature didactique avec la diffusion des méthoes SGAV dans un sens sensiblement équivalent à celui de parcours. [Elle] se définit alors comme un ensemble d’activités pédagogiques articulées de façon cohérente en une succesion de phases ». Cela correspond à une méthodologie dont le déroulement de la classe est « programmé, codifié et explicité ». Sans nier l’importance de la notion de cohérence qui sous-tend la notion d’unité (unité, »caractère de ce qui est un », pour Le Petit Robert), ce qui me pose problème (et qui fait que j »utilise peu cette notion) c’est justement ce côté prescriptif. L’unité est souvent vendue comme un kit prêt-à-enseigner: le tout-en-un, prenez le tout ou ne prenez rien. C’est d’ailleurs le terme encore souvent retenu par les manuels pour désigner un ensemble de leçons (généralement trois). Cela laisse aussi entendre qu’il suffit de changer une virgule pour casser la prétendue l’unité.
Dans une vision que je vais me permettre d’appeler postmoderne (par simple envie de provoquer, et de profiter de la liberté d’écriture que donne le blog) je préfère la notion de séquence, qui me semble mieux refléter la possibilité d’éclatement, l’existence de chemins de traverse. Qui dit séquence ne dit plus « un » mais dit « série de plusieurs liés entre eux » (de manière plus ou moins cohérente et logique, il est vrai, mais l’intention y est). Le dictionnaire dirigé par Cuq indique par ailleurs: « On nomme séquence une série d’activités regroupées dans la même unité de temps par les enseignants en fonction d’un ou plusieurs critères de cohérence didactique » (dont le critère du dispositif, du type de compétence, de l’outil, du domaine, du support, de la tâche, et des combinaisons entre les différents critères).
Bref, la notion d’unité laisse entendre d’après moi qu’il serait possible de découper un processus linéaire (mon fameux continuun du départ) en unités discrètes clairement identifiables, tandis que la notion de séquence montre bien que la cohérence didactique tient à des critères très variables et qu’en fait, très souvent, les séquences se chevauchent (une séquence n’est pas encore terminée que nous pouvons en commencer une autre…). Le continuum, loin d’être un fil d’Ariane, un fil unique aisé à suivre, est en fait un rhizome, un enchevêtrement dont la cohérence n’est pas donnée une fois pour toutes mais qui exige un travail actif de la part des enseignants ET des apprenants.
À vous, mes chers étudiants, de poursuivre la réflexion et de tirer vos propres conclusions. César, qui travaille sur ce sujet, devra nécessairement lire très attentivement d’un oeil critique les définitions données dans le dictionnaire cité. Il est également prié de partager avec nous ses futures découvertes.
Chose promise, chose due. Voilà qui est chose faite.
