Jeux narratifs

28 07 2014

Ah, il y a des jours où j’aimerais être bloggeuse professionnelle, consacrer mon temps à vous proposer des pistes et des jeux et ne pas avoir à m’occuper de tout le reste (qui me passionne aussi, en général, sauf en ce qui concerne les questions administratives…)

Je vole du temps au temps pour répondre à Camilo, qui m’écrit pour demander mon avis à propos de jeux sur le passé simple: « Je voudrais proposer un jeu à mes étudiants pour l’abord du passé simple. Malheureusement, je ne trouve pas un jeu adapté pour ce temps verbal. […] Pourriez-vous me donner quelques pistes? »

Djeha

J’inscris d’emblée cette problématique dans celle, plus générale, des temps de la narration, dans la mesure où aborder le passé simple implique travailler sur ses formes mais aussi et surtout sur son sens, qui ne s’éclaire que vis-à-vis des autres temps de la narration (je ne parle pas des « temps du passé » tout court dans la mesure où le présent et le futur servent eux aussi à raconter, en introduisant des nuances de sens.)

Bien sûr, le passé simple est généralement abordé à des niveaux avancés, car il est peu employé à l’oral et dans les écrits de la vie courante, et on le rencontre principalement en littérature. Or, avez-vous pensé que les jeunes enfants francophones sont confrontés au passé simple dès leur plus jeune âge, avec les contes  et légendes? Il faudrait écrire tout un article sur la question, mais je vais essayer de faire bref et me concentrer sur la dimension ludique.

D’abord, il est indispensable de clarifier si nécessaire pour soi-même en tant que prof les formes et les valeurs du passé simple. Alors que la plupart des sites mentionnent l’opposition PS/Imparfait (proche de celle PC/Imparfait), peu précisent l’opposition PS/PC. Même si elle est un peu technique, j’aime bien l’explication fournie sur un site pour finnophones (http://research.jyu.fi/grfle/409.html), qui indique:

« Le passé simple s’uti­li­se comme temps de la narration dans l’énonciation de récit (par opposition à discours […] ), en dehors de la situation de deixis. On pourrait dire en quelque sorte que le passé simple est le temps de la narration «?artificielle?», car il se rattache toujours à une narration qui se pose comme narration, qui se dit comme narration (roman, récit journalistique ou historique, etc.), qui ne fait plus partie du système du présent, mais d’une ligne de narration virtuelle. Le passé simple est le temps du non-déictique, c’est un passé qui se place à un niveau temporel indéfini par rapport au «?je ici et main­te­nant?» du locuteur (cf. l’ancien nom de «?passé indéfini?»). C’est typi­quement le passé de la narration écrite romanesque ou du récit historique. En français moderne, le passé simple s’uti­li­se ex­clu­si­ve­ment à l’écrit […]). »

Mon conseil est donc d’inscrire le travail autour du passé simple dans une séquence consacrée à la « narration narrative » (conte, récit historique…). Pour des étudiants non littéraires, les contes et légendes traditionnels peuvent être un bon filon, dans la mesure où il s’agit de textes courts, souvent attrayants et humoristiques, et qui trouveront probablement écho dans les traditions narratives locales. Je pense par exemple aux histoires de Djeha (tapez « histoires de Djeha » sur votre moteur de recherche préféré, vous en trouverez des centaines), mais il y en a des milliers à exploiter. (L’image plus haut illustre l’une des histoires de Djeha que j’aime: http://journaldunkorrigan.free.fr/blog/index.php/2006/09/30/108-djeha-hoja-nasreddin-son-fils-et-lane)

Pour systématiser la conjugaison ou les valeurs des temps, il est possible par exemple, après avoir lu ou écouté diverses histories courtes, d’inventer une histoire collective à trous: l’animateur mène le récit, s’arrête à des moments clés, recueille les propositions, choisit celle qui fait avancer le mieux son histoire et attribue un point à l’équipe qui a avancé cette proposition. Par exemple « Il était une fois, dans un royaume très lointain, un roi. Un roi riche et puissant, admiré et craint, qui pourtant, n’était pas heureux. En effet, il [?] (il n’avait pas d’enfants/il se sentait vieux et fatigué/il cachait un chagrin dans son coeur/il était avare et méfiant/il…  » Furieux, il [?] puis il [?]. Son meilleur ami et conseiller lui [?] etc. » L’équipe ayant remporté le plus de points gagne.

Il y a aussi tous les jeux de cartes basés sur un principe narratif, dont le plus célèbre, Il était une fois: http://www.trictrac.net/jeu-de-societe/il-etait-une-fois-/infos

Puis il y a le jeu du mot intrus, dont je propose une version destinée aux ados, Bobos d’ados, dans mes propres ressources pour la classe; il faudrait prévoir des canevas différents, axés sur le conte ou la légende, ou encore sur le récit historique.

Ou encore le récit arborescent, dont vous avez un exemple ici: http://www.ac-grenoble.fr/lirecrire/spip.php?article37 

Des stagiaires ont élaboré une fiche sur « le conte éclaté »: http://lewebpedagogique.com/jeulangue/files/2011/01/FRConteEclate.pdf

Il y a encore de multiples pistes à explorer, mais je m’en tiendrai là pour l’instant, d’autant plus que dans pas longtemps je devrais vous annoncer la mise en ligne d’une plateforme pour travailler autour de la thétrâlisation de contes et légendes du Québec…




Babylonia: Des articles et des fiches pédagogiques sur le jeu, des supports ludiques…

6 06 2014

Connaissez-vous Babylonia, « la revue suisse pour pour l’enseignement et l’apprentissage des langues »? J’avoue pour ma part que je ne connaissais pas cette publication plurilingue, et c’est bien dommage! Il y a des articles de qualité sur des sujets très variés, en français, allemand, italien, romanche, anglais… La revue a consacré en 2003 un numéro aux jeux didactiques dans l’enseignement des L2, très intéressant.

Les articles ne sont pas consultables gratuitement en ligne pour les non-abonnés, mais on peut consulter les sommaires et commander un article ou un numéro entier, en version papier ou en version numérique, à un prix relativement raisonnable. Ou encore s’abonner!

Les encarts didactiques, eux, sont accessibles gratuitement, et plusieurs d’entre eux concernent les jeux > http://babylonia.ch/fr/ressources-didactiques/encarts-didactiques/

La revue propose aussi à la vente des jeux de cartes et autres supports ludiques > http://babylonia.ch/fr/didattica/jeux-didactiques/

On trouvera également de très nombreuses quêtes en ligne ou webquests, clés en main > http://babylonia.ch/fr/ressources-didactiques/webquest/

Si, comme moi, vous êtes particulièrement intéressé(e) par le jeu, vous pouvez consulter les archives thématiques  > http://babylonia.ch/fr/archives-thematiques/

Je vous facilite le travail: cliquez sur le lien suivant pour avoir la liste de tous les items liés de près ou de loin au jeu dans Babylonia > http://babylonia.ch/fileadmin/user_upload/documents/FICHES_PDF/12_spiel.pdf

 




Nuages

5 05 2014

Il y a quelques mois déjà, j’avais eu l’occasion de visiter une superbe expo au musée Réattu, à Arles, autour des nuages. Je m’étais dit alors qu’il y avait là matière à jeu pour la classe de langue, qu’il s’agisse par exemple de…

  • Inventer des récits, des poèmes,  des réflexions autour des oeuvres.
  • Faire deviner une oeuvre à partir de sa description.
  • Appliquer la règle du jeu de société Dixit, qui consiste à reconnaître parmi toutes les cartes posées la carte qui correspond au son, au mot ou à la phrase énoncée par le joueur « conteur ».

À vous d’essayer… Voici quelques-unes des images qui m’avaient le plus touchée:

Robert et Shena Parke Harrison, Cloud catcher


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Françoise Coutant, Promenoir à nuage

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Charlotte Charbonnel, ADN: aperçu de nuage

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Laurent Grasso, Studies into the past

Une chronique illustrée et très détaillée de l’expo est disponible sur: https://jlcougy.wordpress.com/2013/05/23/nuage-au-musee-reattu-arles-impressions-de-visite-1/ et https://jlcougy.wordpress.com/2013/05/25/




Des idées pour faire de la twittérature en classe

16 02 2014

Trois idées amusantes et pratiques pour faire de la twittérature en classe de langue: voilà ce que vous trouverez dans ce billet de Thot Cursus.

« C.Guerrieri rapporte une activité de twittérature autour de la poésie menée avec une classe de seconde (5eme secondaire) pendant 72 heures avec utilisation indifférente de smartphone, tablette, ordinateur pour incitation à l’autonomie. […] Gaël Gilson propose un document de travail qui accompagne les apprenants dans la découverte de la nanolittérature. […] Refer […] organise un concours international destiné aux élèves de 5 à 17 ans […] avec pour thème Toute une invention ! en relation avec la liste de mots proposés par « Dis-moi dix mots » dans le cadre de la semaine de la Francophonie ». De quoi introduire la twittérature et surtout de quoi encourager l’écriture créative et collaborative. À vos claviers!

 




Histoires vraies de la Méditerranée

7 10 2013

Voici une mine d’histoires… vraies! à exploiter sans modération en classe de FLE.

Il s’agit d’histoires courtes écrites ou orales (maximum 5 pages, souvent beaucoup moins, ou 10 minutes, souvent beaucoup moins), déposées par les habitants des treize pays qui bordent la Méditerranée. Il y a beaucoup d’histoires en français. Elles sont le plus souvent touchantes, parfois drôles, parfois tragiques, parfois insolites. Écrites par des « non-professionnels », elles sont presque toujours écrites ou dites dans une langue simple. Elles peuvent donner lieu à des activités de compréhension mais, surtout, elles peuvent déclencher des activités de production (un mini-projet d’histoires vraies dans la classe).

Pour en savoir plus sur cette initiative, très sympa, consultez sur le site la description du projethttp://www.mp2013.fr/histoiresvraies/quest-ce-quune-histoire-vraie/

On peut accéder à la liste complète des histoires ou choisir un parcours thématique.

Pourquoi ne pas organiser des équipes, qui découvriront 5 à 7 histoires puis choisiront celle qu’ils souhaitent partager avec leurs camarades (petite synthèse orale et/ou écrite, illustrée, mise en scène, continuée, transformée…). Puis faire écrire à chacun sa propre histoire vraie (ou soi disant vraie)…




Les Rendez-vous de l’École communautaire en mai 2013

5 05 2013

Je viens de recevoir l’info sur les Rendez-vous de l’École communautaire en mai 2013 à la Librairie pédagogique du FLE (Paris). Sans être directement liés au jeu, les ateliers sont animés par des experts qui connaissant bien l’approche ludique…

Voilà donc les RV:

Samedi 18 mai (10h à 14h30.)

Des portails aux sites communautaires : évolution des sites pour les profs de FLE. Rencontre avec des créateurs et animateurs de sites FLE. (Ah, j’aimerais y être!)

Mercredi 22 mai  (9h à 12h)

Enseigner le français langue étrangère et de scolarisation à de jeunes élèves (5-10 ans) : les différentes approches. Formation proposée par Hachette FLE, animée par Hugues Denisot et suivie de la présentation de l’ouvrage Les Loustics. (Je ne suis pas fan des manuels en général, mais j’aime beaucoup le travail de Hugues Denisot!)

Vendredi 24 mai (de 13h30 à 17h30)

Des projets pour écrire en français. Atelier animé par Elodie Ressouches (je n’ai pas encore le plaisir de connaître Élodie en personne, mais j’ai suivi sa présence sur la Toile…)

Pour en savoir plus et s’inscrire en ligne: www.fle.fr/fr/pages-pro




Les expressions francophones d’Archibald

20 03 2013

Toujours grâce à [email protected], je retrouve avec plaisir les expressions francophones d’Archibald, un corpus riche et varié d’expressions idiomatiques venues des quatre coins de la francophonie.

Pour ne pas me contenter de vous signaler des liens dont vous avez peut-être déjà eu connaissance par ailleurs, j’ajoute une petite idée de jeu que j’ai eu l’occasion de pratiquer avec succès.

Vous prenez une ou plusieurs séries d’expressions d’Archibald.

Vous préparez pour chaque expression une carte avec l’expression au recto et son explication au verso.

Vous distribuez aux apprenants, organisés par équipes de 2 à 4, 1 à 3 cartes. Ils doivent d’abord lire l’expression, sans consulter l’explication au verso, et faire des hypothèses sur la signification.

Ensuite, ils retournent la carte, découvrent la bonne signification, et choisissent parmi leurs hypothèses les deux les plus plausibles, les plus drôles et/ou les plus insolites.

Ils rédigent ensuite deux textes supplémentaires pour chaque expression, à partir des hypothèses choisies. Ici, on peut faire un travail avec eux sur le type de texte.

Chaque groupe soumet ensuite à la clase sa ou ses expressions, ainsi que les trois explications (l’officielle et les deux inventées), dans le désordre. Le groupe doit choisir celle qui lui semble être la bonne explication en justifiant son choix.

L’équipe gagne un point pour chaque explication inventée qui a été choisie. Évidemment, mieux le texte est rédigé, plus convaincant il est…

Ensuite, on remélange les cartes, on les redistribue, et on fait écrire par équipes un texte avec un maximum d’expressions, histoire de systématiser…

Bon jeu!




Pescadores de perlas

28 01 2013

(Le diaporama Prezi « La pêche aux perles », désormais disponible en espagnol…)

A petición popular… La presentación Prezi para jugar en torno a los errores escritos, ¡ahora en español! Para empezar a jugar a Pescadores de perlas, haz clic aquí.




Mon cadeau de Nöel pour vous: la pêche aux perles

8 12 2012

J’étais hier à Monterrey pour un atelier sur production écrite, jeu et technologies en classe de langue…  (Coucou, les collègues du Nord!)

Je vous en reparlerai sûrement, mais voici ma première livraison sur le sujet, qui est en fait un cadeau: un diaporama Prezi pour jouer à La pêche aux perles. C’est un canevas ludique pour aborder la révision de la production écrite sous l’angle de la réflexion métacognitive entre pairs. Soit, je jargonne un peu, je vous l’accorde, et  je reprends: c’est un modèle de jeu (mode d’emploi et notice compris) qui permet d’aborder en grand groupe la révision des erreurs les plus fréquentes à l’écrit, et d’engager une discussion sur leur nature, leur origine, leurs possibles solutions.

Je vous laisse le découvrir en cliquant sur le lien suivant: http://prezi.com/mkzihnzdjvrx/canevas-de-la-peche-aux-perles/

En retour, j’apprécierais vraiment beaucoup d’avoir des nouvelles sur la manière dont ce canevas a pu vous être utile (ou non) en classe. Cela m’encouragera peut-être à vous proposer d’autres jeux, plus tard 😉




Pourquoi le poulet…

7 11 2012

Paty publie aujourd’hui sur son compte Facebook une blague en espagnol sur les diverses explications données par plusieurs personnages célèbres à la question: pourquoi le poulet a-t-il traversé la route?

Une simple recherche m’a permis de retrouver cette blague en français, et les réponses prétendument données aussi bien par des personnages de l’histoire universelle que par des personnages français.

Découvrez-donc les différentes explications et, surtout faites-les découvrir –ou mieux, inventer– par vos élèves. Moi, je suis convaincue que Raymond Queneau aurait pu répondre:

Avant de répondre, permettez-moi d’explorer 99 manières de poser la question. Par exemple, « Pourquoi le coq jeune, destiné à l’alimentation, a-t-il coupé la voie de communication terrestre aménagée, plus importante que le chemin, située hors d’une agglomération ou reliant une agglomération à une autre? »

Une occasion de travailler  la réception (orale ou écrite), en lisant la réponse et en donnant un point au premier qui en devine l’auteur prétendu, mais aussi la production, en proposant de rédiger la réponse donnée par X et en récompensant la réplique la plus drôle.

C’est l’occasion aussi de travailler l’interculturel: pourquoi Charles de Gaulle affirme « Le poulet a peut être traversé la route, mais il n’a pas encore traversé l’autoroute !«  alors que Jean Alesi répond « Je ne comprends pas, théoriquement, le poulet il avait le temps de passer« ?