Fourier sur YouTube

mars 25th, 2020

Fourier sur YouTube

     Nous abordons au gré des billets, tantôt des questions relevant de la biographie de Joseph Fourier, tantôt des questions relevant de l’œuvre. Dans ce billet, nous sommes résolument du côté de l’œuvre scientifique et de ses développements y compris récents.

      L’ENS de Lyon, sous le label Unisciel développe, en lien avec plus de 45 universités ou partenaires européens, des ressources au service des usages et des innovations pédagogiques. En particulier, « La physique animée », une série de vidéos de 7 minutes environ, dans lesquelles se mélangent histoire des sciences, expériences et théorie, a retenu notre attention. Deux des vidéos que nous avons visionnées traitent de développements techniques centrés sur les méthodes de calcul découvertes par Joseph Fourier.

représentation d’un signal dans l’espace temporel et dans l’espace fréquentiel

     Une vidéo de 9 minutes 11 secondes, auteurs : Olivier Granier (Lycée Jacques Decour, Paris), Delphine Chareyron (ENS de Lyon), Nicolas Taberlet (ENS de Lyon), produit par l’École Normale Supérieure de Lyon.

     Le texte est débarrassé de toutes considérations inutiles ; il va droit à son sujet ; après un rapide historique, il nous présente les modalités de traitement du signal. Vues sous un autre angle, les qualités de la réalisation sont aussi des défauts : en quelques schémas sommaires, on passe très vite de la théorie mathématique à l’univers technique du physicien. Le mathématicien aura beau jeu de remarquer qu’un pic est un pic, (sans épaisseur), même s’il est vrai que sur un oscilloscope, on verra une sorte de triangle allongé, qu’il y a un écart entre théorie et pratique, qu’il convient de présenter et de justifier ; que mathématiques et physique instrumentale ne se font pas la guerre, qu’elles se complètent.

Mais sans bouder son plaisir, on peut parcourir le catalogue d’Unisciel.

     Une entrée, accessible à un élève de l’école élémentaire, nous fait accéder en 26 secondes à la conduction de la chaleur dans une expérience sans surprise…

sauf que… si l’on plaque sur cette expérience, triviale, la clairvoyance et la maîtrise mathématique de Joseph Fourier, on arrive, six cents pages plus loin à la conclusion de la Théorie analytique de la chaleur. (1822). Sans exiger du bambin de l’école élémentaire l’étude de l’œuvre de Fourier, on peut faire évoluer sa pensée en le confrontant à une expérience où, cette fois, la conduction sera moins évidente. (La physique à main levée, l’eau est mauvaise conductrice de la chaleur, vidéo 1 min 30 s).

Sauf que… quelque deux cents ans après la publication de la Théorique analytique… des milliers de thèses plus tard… des milliers de brevets plus loin, on arrive en plein XXIe siècle. Comment ? C’est tout le mystère de la pensée et de l’œuvre de Joseph Fourier.

     A défaut d’une réponse simpliste à ce comment, les séquences vidéos proposées par Unisciel ouvrent des pistes : au fil des pérégrinations, le lecteur découvrira ainsi comment convertir un signal analogique en signal numérique. (13 minutes 42 secondes, La physique animée, conversion analogique numérique : transformée de Fourier dans le domaine temporel)

Du temporel, le lecteur pourra passer au domaine spatial et se pencher sur une présentation de la théorie de l’optique de Fourier : de même qu’un son, une image peut être représentée de manière fréquentielle à l’aide de l’analyse de Fourier…. En 10 minutes, vous en serez convaincus.

     On a pu dire que la transformée de Fourier était le couteau suisse de la physique contemporaine, cela se vérifie en piochant au hasard des réponses à une interrogation de la bases de données du site Unisciel :

https://www.youtube.com/user/Unisciel/search?query=fourier

Fourier élémentaire

janvier 26th, 2020

Fourier à l’école élémentaire

     La théorie de la chaleur débouche très rapidement sur des équations impliquant une bonne maîtrise du calcul différentiel, ce qui semble en interdire l’accès aux gens ordinaires. Cependant, nous avons trouvé, présentée depuis mai 2018 sur le site du CNRS, une vidéo éclairante. Olivier Druet, de l’EHESS, a voulu relever le défi et nous expliquer, sans recourir à d’autres connaissances que celles requises à la sortie de l’école élémentaire, l’idée à la base de la Théorie de la chaleur.

     Il illustre son propos en quelques étapes. Tout d’abord, il nous présente un carré magique de Dirichlet et en expose le principe de construction.

(vers 5 min 20) Olivier Druet fait le lien avec l’idée de base de la théorie de la chaleur qui nous est exposée de façon succincte, mais efficace.

(vers 13 min 40) Retour aux carrés magiques de Dirichlet pour en découvrir, de façon très naturelle, quelques propriétés et même une démonstration sur les limites des nombres contenus dans les carrés de Dirichlet et sur l’existence d’UNE solution.

(vers 28 min) Sur un exemple, est mise en place une méthode -Olivier Druet, nous invite à en trouver d’autres- qui permet de remplir un carré de Dirichlet à valeurs externes données. Le calcul commencé à la main est terminé en faisant tourner un programme réalisable sur un tableur. Les calculs sont simples (moyenne de quatre nombres) mais il faut en faire une grande  quantité et on comprend pourquoi les méthodes de Fourier n’ont réellement pris leur essor qu’après l’avènement des ordinateurs.

La fonte Fourier

décembre 12th, 2019

La fonte de caractères Fourier      

     Parmi les polices de caractères disponibles, on trouve un fonte Fourier-GUTenberg, créée, en 2003, par Michel Bovani ; ce qui nous incite à nous interroger sur les rapports que le scientifique Joseph Fourier a pu nouer avec la typographie et l’imprimerie, avant de conclure par une déclaration de l’auteur de la fonte.

1) L’environnement auxerrois : Le 22 avril 1760, Nicolas Restif épouse, à Auxerre, Agnès Lebègue, la cousine de Germaine Lebègue, elle-même épouse du tailleur d’habits, Joseph Fourier et future mère de Joseph Fourier qui deviendra le savant que nous connaissons. Les Fourier tiennent boutique à Auxerre, rue Notre-Dame (aujourd’hui rue Fourier) qui débouche place de l’hôtel de ville où se tient l’imprimerie-librairie Fournier où travaille Nicolas Rétif. Les Fournier, d’Auxerre, sont apparentés avec les Fournier parisiens graveurs-fondeurs reconnus. En 1778, Joseph a dix ans, le tailleur Fourier qui a déménagé pour laisser place à son beau-fils, habite place de Hôtel de ville, très proche donc de l’imprimerie Fournier.

Ces éléments nous permettent d’affirmer que le jeune Joseph Fourier, garçon éveillé, connaissait l’imprimerie Fournier et il est probable que, vers 1775, il la fréquentait et allait y glaner des chutes de papier.

2) Le bouillonnement révolutionnaire à Auxerre : Novembre 1789 : Le pouvoir révolutionnaire supprime les couvents. Libéré de ses engagements monastiques à Saint-Benoît-sur-Loire, le novice Joseph Fourier revient à Auxerre où il participe activement à la vie publique. Joseph Fourier y retrouve Nicolas Maure, membre du directoire révolutionnaire qui a épousé le 27 mai 1782 Anne Marguerite Fournier, la fille de François, l’imprimeur. Pour le compte du directoire, Joseph Fourier prendra des responsabilités qui lui vaudront des déboires sérieux : il ne sera sauvé de la guillotine que par la chute de Robespierre, mais, notre propos n’est pas là.

3) La campagne d’Égypte : 6 fructidor VI (23 août 1798) : Joseph Fourier a accepté la proposition de Gaspard Monge participer à l’expédition secrète préparée par le Directoire. Arrivé en Égypte avec une cohorte de deux cents savants il est nommé secrétaire de l’Institut d’Égypte. A ce titre, il suit de près la rédaction et la fabrication de la gazette voulue par Bonaparte ‘le courier de l’Égypte’ dont le premier numéro est publié le 12 fructidor VI.

4) L’élaboration de l’ouvrage ‘la description de l’Égypte’ : En 1802, Bonaparte charge Joseph Fourier, alors préfet de l’Isère, de suivre les travaux de publication de la description de l’Égypte, recueil des données scientifiques amassées par les savants qui ont participé à l’expédition d’Égypte. Les derniers volumes de cette édition prestigieuse, chef d’œuvre de l’art graphique, paraîtront en 1822.

5) Le Journal de l’Isère : Préfet de l’Isère, Joseph Fourier doit surveiller ce qui s’écrit dans la presse. Il charge Champollion-Figeac de la direction du Journal de l’Isère et se verra contraint de le suspendre de son poste en 1812 pour n’avoir pas censuré les articles relatifs à la chute du fort d’Alba, près de Salamanque en Espagne.

6) La publication de la Théorie de la chaleur : Élu secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1822, Joseph Fourier aura la responsabilité de la publication des compte-rendus, méoires et autres publications. A ce titre, il veille tout d’abord à ce que soit publié sa Théorie analytique de la Chaleur dont le manuscrit avait obtenu, en 1811, le prix de l’Académie, mais qui depuis, dormait dans un tiroir.

Michel Bovani, créateur de la fonte Fourier-GUTenberg :

     Ces différents points indiquent que Joseph Fourier était au fait des questions concernant l’imprimé. Est-ce que pour autant Michel Bovani, auteur de la police Fourier-GUTenberg, a pensé à Joseph Fourier lorsqu’il a baptisé la fonte qu’il venait de créer ?

Il a pu répondre lui-même à cette question : «  La réponse simple à la question « qui de Charles ou de Joseph est le Fourier éponyme de la fonte Fourier ? » est en fait « un peu les deux ». Lorsque le système Fourier est sorti (2003), il me semble que je n’avais pas encore entendu parler de saint Pierre Fourier (et en tout cas ce dernier n’est dans mon esprit en rien attaché à ma fonte).

Le système de fontes scientifiques Fourier a été créé dans le cadre de mes activités pour l’association GUTenberg (groupe français des utilisateurs de TeX), le nom complet de la distribution Fourier étant d’ailleurs Fourier-GUTenberg. Thierry Bouche, maître de conférence en mathématiques à l’Institut Joseph Fourier de Grenoble (et aujourd’hui directeur de la cellule Mathdoc) était à l’époque membre du conseil d’administration de GUTenberg et expert reconnu en typographie numérique : il m’a été d’une aide constante durant tout le temps qu’a duré mon travail sur Fourier-GUTenberg.

Mon idée de départ était de trouver une fonte de texte libre de droits et de dessiner un complément scientifique qui lui serait compatible (cela incluait au moins tout ce que l’on trouve dans les fontes scientifiques par défaut de TeX, en particulier il fallait dessiner un grec). C’est Thierry qui a attiré mon attention sur une fonte créée pour la société Adobe par Robert Slimbach (lauréat en 1991 du prix Charles Peignot de l’Association Typographique Internationale et aujourd’hui directeur de l’Adobe’s type design program). Cette fonte avait été donnée par Adobe au X-consortium, bénéficiait à ce titre d’une licence qui la rendait librement distribuable et se nommait Utopia.

Lorsqu’il s’est agi de donner un nom au système, la première idée fut de trouver un nom de mathématicien français composé d’un seul mot (exit d’Alembert) et sans accent (exit Poincaré). Le lien qui s’était créé avec Thierry Bouche lors de ce travail a fait que j’ai très vite pensé à Joseph Fourier, mais c’est l’existence d’un homonyme (Charles Fourier, donc) dont la philosophie utopiste allait si bien avec le nom de la fonte de base qui m’a vraiment décidé. Je vais maintenant ajouter que le second prénom de Robert Slimbach est Joseph.

Voilà donc en gros toute l’histoire. Michel Bovani »

les trois fourier

novembre 4th, 2019

Pierre, Joseph et Charles,

les trois Fourier

 On compte quelque 650 personnes nées sous le patronyme FOURIER au XXe siècle ; elles se regroupent en différentes lignées. Jean Joseph Fourier, auquel ce site est dédié, se rattache, lui, à une lignée éteinte que l’on peut suivre du XVIe au XIXe siècle et qui trouve ses origines en Lorraine. Cette branche compte trois personnages célèbres, dont deux, contemporains, vécurent au début du XIXe siècle.

Saint Pierre Fourier

(1565-1640)

     Fils d’un marchand lorrain, né à Mirecourt le 30 novembre 1565, il fit de bonnes études. A vingt ans, il entra chez les Chanoines Réguliers de Saint Augustin. Ordonné prêtre le 25 février 1589 à Trèves, il récusa la charge de professeur de théologie pour devenir curé d’une petite commune où dominent les protestants au point qu’on appelait sa paroisse de Mattaincourt, « la petite Genève ». Mais cela ne le décourageait pas. Il réorganise sa paroisse, fonde une caisse de secours mutuel pour venir en aide aux plus pauvres, crée une association pour l’éducation des filles, association qui deviendra la Congrégation Notre-Dame, animée par Alix Le Clerc à partir de 1628, mettant en pratique sa devise : « Ne nuire à personne, être utile à tous ». Il se voit confier la réforme des Chanoines de Saint Augustin dont il devient le supérieur général. Pendant le même temps, il parcourt la région pour prêcher, passe ses nuits à écrire des lettres. En 1636, Richelieu l’exile en Franche-Comté où il terminera ses jours à Gray le 9 décembre 1640.

Le philosophe Charles Fourier

(1772-1837)

      Charles Fourier est né à Besançon le 7 avril 1772, dans une famille aisée. Son père est un des riches commerçants textiles de la ville. Sa mère appartient à la famille MUGUET, une des plus importantes familles commerçantes de Besançon. La famille pieuse lui impose une éducation manichéenne rigide. Il fait, dès 1791, son apprentissage dans le commerce, à Rouen puis à Lyon. Revenu à Besançon vers le commencement de 1793, il en part, après quelques mois, pour se rendre à Lyon, où il importera des denrées coloniales. Lors du siège de Lyon qui lui coûtera sa fortune, il combat avec les fédéralistes lyonnais, échappe à l’arrestation et revient à Besançon. Commis-marchand à Lyon sous le Consulat et l’Empire. Michelet a pu dire de lui : « Qui a fait Fourier ? Ni Ange ni Babeuf : Lyon, seul précédent de Fourier. » Lyon est la ville où la misère ouvrière est la plus visible, et où l’on peut trouver une abondance de sociétés secrètes de réformateurs. En 1808, il pose, dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, qu’il poursuivit sous forme d’un grand traité dit de l’Association domestique et agricole, les bases d’une réflexion sur une société communautaire. Entre 1815 et 1820, il se retire dans le Bugey ; il y élaborera les diverses branches de sa Théorie. En novembre 1822, il se rend à Paris avec une partie de l’édition de son livre. Un petit groupe de Bisontins s’est constitué autour de lui. C’est alors qu’apparaissent les termes « fouriérisme » et « phalanstérien ». Dans les dernières années de sa vie, Fourier connaît un début de notoriété, mais il reste un homme solitaire. Il collabore cependant à la rédaction du journal Le Phalanstère (1832-1834). De 1825 à 1835, Charles Fourier conviait tous les jeudis d’éventuels mécènes à dîner avec lui, pour leur exposer son projet de phalanstère et les convaincre de le financer.

Besançon, bus à l’effigie de Charles Fourier.

Charles Fourier meurt célibataire à Paris en 1837 et est inhumé dans la même ville au cimetière de Montmartre. Il a été considéré par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique ».

 

 

 

 

Le physicien et mathématicien Joseph Fourier

(1768-1830)

 

Joseph Fourier

Né le 21 mars 1768 à Auxerre d’un père garçon-tailleur, il se retrouve orphelin de père et de mère à dix ans. Élève brillant, il développe un profond intérêt pour les mathématiques. Malgré une demande appuyée par le mathématicien Legendre, le ministre de la Guerre refuse de l’intégrer au corps des ingénieurs ou à celui de l’artillerie, car il n’est pas noble. Fourier entre, en 1787, à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire où il enseigne les mathématiques à d’autres novices. L’abbaye fermée par les révolutionnaires, il participe à la Révolution à Auxerre. Poussé par le suffrage populaire, il devient notamment Président de la Société populaire d’Auxerre. Bien qu’il occupe de hautes responsabilités à Auxerre, Fourier ne participe jamais à des activités violentes.

En 1795, à 26-27 ans, il fait partie des jeunes gens qui suivent les cours de la toute nouvelle École normale de l’an III. Il devient professeur à l’École polytechnique. Il publie son premier article dans le Journal de l’École polytechnique en 1798. Désigné pour faire partie de la campagne d’Égypte il embarque à Toulon. À son retour en France en 1802, il retrouve son poste de professeur à l’École polytechnique, mais Napoléon le nomme préfet de l’Isère. Le 21 décembre 1807, il présente à l’Académie des sciences un mémoire intitulé Théorie de la propagation de la chaleur dans les solides, on y trouve une bonne partie des résultats qui formeront son œuvre maîtresse, la Théorie analytique de la chaleur publiée en 1822. Il y détermine, par le calcul, la diffusion de la chaleur en utilisant la décomposition d’une fonction quelconque en une série trigonométrique convergente. De telles fonctions sont appelées séries de Fourier. La méthode de calcul permettant de passer, de façon réversible, d’une fonction à la série trigonométrique correspondante est la transformation de Fourier. Cette méthode très féconde est devenue incontournable en théorie du signal, avec des applications majeures pour le traitement et la compression du son et de l’image numérique. La compression d’image JPEG, ou les normes de téléphonie 3G et 4G en découlent directement.

Fourier est le premier à avoir proposé, en 1824, une théorie selon laquelle les gaz de l’atmosphère terrestre augmentent la température à sa surface — cette théorie deviendra l’effet de serre.

Mathématicien et physicien reconnu, Jean Baptiste Joseph Fourier meurt le 16 mai 1830 à Paris.

La notoriété de Charles et de Joseph

     Le public confond souvent Charles et Joseph Fourier, attribuant à l’un les mérites de l’autre. Leur destinée passe par des périodes d’éclipse comme l’a noté Victor Hugo.

Charles :

Les théories sociales de Charles furent porteuses de beaucoup d’espérance lors de la révolution de 1848, elles connurent un regain d’intérêt après 1917 avant de retourner à l’oubli avec la chute de l’URSS et le déclin du communisme, mais sont encore parfois citées et offriront peut-être un jour les bases d’une alternative au système libéral lorsqu’il donnera des signes d’usure.

Joseph :

Contestées lors de leur présentation, notamment par Pierre-Simon de Laplace, Joseph-Louis Lagrange, et Siméon Denis Poisson qui mirent en doute leur validité la théorie des séries de (Joseph) Fourier et les transformées de Fourier ouvrent la voie à des recherches fondamentales sur les fonctions. Bernhard Riemann étudiera plus tard soigneusement l’histoire du sujet pour conclure : « c’est Fourier qui, le premier, a compris d’une manière exacte et complète la nature des séries trigonométriques. »

Henri Poincaré dira : « la Théorie de la Chaleur de Fourier est un des premiers exemples d’application de l’analyse à la physique […]. Les résultats qu’il a obtenus sont certes intéressants par eux-mêmes, mais ce qui l’est plus encore est la méthode qu’il a employée pour y parvenir et qui servira toujours de modèle à tous ceux qui voudront cultiver une branche quelconque de la physique mathématique. »

Prolongeant son étude de 1822, Fourier cherchera jusqu’à la fin de sa vie à optimiser le calcul de ses séries. Ainsi, George Dantzig qui a « inventé » la programmation linéaire (dite aussi « optimisation linéaire ») en a fait un usage intensif pour les besoins de l’effort de guerre US dans la période 1937-45. Mais la paternité plus lointaine en revient incontestablement à Joseph Fourier, et Dantzig lui en donne acte : « Depuis qu’il fut proposé pour la première fois en 1947 par l’auteur (en lien avec la planification des activités militaires), la programmation linéaire et ses nombreuses extensions ont trouvées une très large application. Dans les cercles académiques des scientifiques de la décision (recherche opérationnelle et gestion), aussi bien que chez les analystes numériques, les mathématiciens et les économistes, on a écrit des centaines de livres et d’innombrables articles sur le sujet. Curieusement, en dépit de sa grande applicabilité aujourd’hui aux problèmes de tous les jours, c’était une question inconnue jusqu’en 1947. Ce n’est pas tout à fait correct ; il y a eu quelques exceptions isolées. Fourier (des fameuses séries de Fourier) en 1823 et le bien connu mathématicien belge de la Vallée Poussin en 1911 écrivirent chacun un papier à ce sujet, mais c’est tout. »)

De son vivant, Fourier est conscient de l’universalité de sa théorie et des domaines d’application de ses outils : vibrations, acoustique, électricité, etc. Le développement de ces domaines d’applications aboutira au XXe siècle à la naissance du traitement du signal. Norbert Wiener, père de la cybernétique, étudiera notamment de manière approfondie les outils de Fourier.

Tous les trois sont honorés de nos jours :

a) Saint Pierre Fourier

*–> saint Pierre Fourier est commémoré chaque 9 décembre par l’Église ;

*–> un lycée à Paris (12e), l’ensemble scolaire Eugène-Napoléon-Saint-Pierre-Fourier porte son nom ;

–> de même qu’un ensemble scolaire à Gray (70) ;

*–> on trouve notamment une rue Pierre-Fourier à Nancy (54) ;

–> une rue Pierre-Fourier à Pont-à-Mousson ;

–> la ruelle Saint-Pierre-Fourier à Mirecourt ;

*–> la commune de Mirecourt lui a érigé une statue :

La statue de saint Pierre Fourier placée sur la fontaine à Mirecourt a été érigée en 1892 en l’honneur de saint Pierre Fourier né à Mirecourt, béatifié en 1730, puis canonisé en 1897 par Léon XIII.

Cette statue est réalisée par Denys Puech, sculpteur à Paris (1854-1942) selon la signature sur son socle « D. PUECH / PARIS 1892″. Sur les pages du livre au pied du saint, sont inscrits les mots  » CONSTITUTION / DE / NOSTRE-DAME / 20 JANVIER ».

 

b) Charles Fourier :

*–> école élémentaire porte le nom de Charles-Fourier à Besançon (25)

*–> il existe une rue Charles-Fourier à Paris (13e)

–> une rue Charles-Fourier à Ecry (91)

–> une rue Charles-Fourier à Vitry-sur-Seine (95)

* –> un monument à Paris, situé Boulevard de Clichy, rappelle ses travaux :

photo : le Mathouriste

Une souscription populaire permit l’érection du Monument à Charles Fourier, réalisé par Émile Derré (1867-1938). Situé boulevard de Clichy, à Paris, il fut inauguré en juin 1899 par son disciple Jean-Adolphe Alhaiza. La statue en bronze a été envoyée à la fonte par l’occupant allemand sous le régime de Vichy. Seul le piédestal en pierre est resté en place. Le 10 mars 1969, lors d’une grève générale, une réplique en plâtre de la statue est mise en place par un groupe libertaire et situationniste, les « Enragés », puis enlevée le surlendemain par les services techniques de la préfecture. Le piédestal a été réutilisé le 10 janvier 2011 pour l’installation de La Quatrième Pomme, œuvre de Franck Scurti, une sculpture contemporaine en inox représentant la dernière des « quatre pommes célèbres » selon Fourier, c’est-à-dire la sienne.

c) Joseph Fourier :

*–> la loi de Fourier donnant les équations de conduction de la chaleur, que l’on résout selon les cas à l’aide

–> des Séries de Fourier lorsque les données initiales se représentent par des fonctions périodiques,

–> et de la Transformée de Fourier dans le cas plus général de fonctions quelconques. Elle associe alors une nouvelle fonction qui généralise la série de Fourier. Le « billet aller & retour » entre la fonction et sa transformée est aussi simple dans un sens que dans l’autre, et il est très efficacement encodé par sa variante moderne la Transformée rapide de Fourier – (sigle anglais : FFT ou fast Fourier transform) ; c’est ainsi la clé du succès des compressions MP3 pour le son ou JPEG pour les photos, ainsi que de la reconstruction spatiale des images en tomographie médicale (scanners, IRM).

*–> Le lycée polyvalent Jean-Joseph-Fourier à Auxerre (89) porte son nom

–> De 1970 à 2015, l’université de Grenoble (38) (devenue aujourd’hui : Université Grenoble-Alpes) a porté le nom de Joseph Fourier ;

–> aujourd’hui encore un institut à Gières (38) (100 rue des Maths ! abritant l’UMR 5582) porte ce nom,

–> de même que la bibliothèque universitaire à Saint-Martin-d’Hères (38) ;

–> la bibliothèque universitaire Joseph-Fourier dans de l’université de Bourgogne-Franche-Comté à Auxerre (89)

–> la rue Fourier à Auxerre (89) ;

–> la rue Joseph-Fourier, Beaucouzé (49) (tenant à la rue Amedeo-Avogadro et aboutissant à la rue James-Watt, parallèle à la rue Michael-Faraday ! Gageons que le Mathouriste sera tenté par la visite de ce quartier.),

–> le prix Atos-Joseph-Fourier,

–> le cratère Fourier sur la Lune est situé au sud-ouest de la face visible, au sud-ouest de la Mare Humorum et se situe juste au nord-ouest du cratère Viète et au sud des cratères Cavendish et Mersenius.

–> l’astéroïde 10101 de la ceinture principale.

–> son nom est gravé sur la Tour Eiffel à Paris.

–> son nom attaché au fauteuil n°5 de l’Académie française.

une statue ? Joseph n’a pas eu la chance de Pierre qui a conservé la statue qui lui avait été érigée, ni de Charles dont on a remplacé la statue spoliée en 1942 par un monument. Cet hommage lui sera peut-être un jour rendu.

Autres hommages :

* –> On trouve aussi une fonte de caractères créée par Michel Bovani que certains disent honorer Charles Fourier, mais le contexte nous fait plutôt pencher pour Joseph (toujours la confusion Charles / Joseph) [1]. Dans le doute, nous ne trancherons pas ici. Cette confusion entre Charles et Joseph Fourier est fréquente ; en atteste le journal Sud-Ouest du 6 décembre 2019 qui relaie une erreur relevée le 3 décembre 2019, sur Twitter par un étudiant avisé. Sur un bâtiment de la fac de sciences de La Rochelle, la plaque en mémoire du mathématicien Joseph Fourier confond les dates de naissance et de décès de Joseph et Charles. Ce qui est étonnant, c’est que plaque est apposée depuis longtemps sans que personne ne s’avise de corriger l’erreur.

https://twitter.com/C48857?s=20

 

 

 

 

 

 

Diverses voies de communication porte le nom de l’un ou l’autre Fourier :

Nous avons repéré trois voies pour Pierre Fourier :

Route Pierre Fourier, 88530 Le Tholy,

Rue Pierre Fourier, 54000 Nancy,

Rue Pierre Fourier, 54700 Pont-à-Mousson,

trente-deux voies pour Charles Fourier :

Allée Charles Fourier, 18000 Bourges,

Allée Charles Fourier, 77186 Noisiel,

Avenue Charles Fourier, 59100 Roubaix,

Impasse Charles Fourier, 31200 Toulouse,

Impasse Charles Fourier, 34670 Baillargues,

Impasse Charles Fourier, 85000 La Roche-sur-Yon,

Impasse de Fourier, 30820 Caveirac,

Place Charles Fourier, 33700 Mérignac,

Rue Charles Fourier, 03100 Montluçon,

Rue Charles Fourier, 11000 Carcassonne,

Rue Charles Fourier, 14460 Colombelles,

Rue Charles Fourier, 25000 Besançon,

Rue Charles Fourier, 25115 Pouilley-les-Vignes,

Rue Charles Fourier, 57390 Audun-le-Tiche,

Rue Charles Fourier, 59160 Lomme,

Rue Charles Fourier, 59220 Denain,

Rue Charles Fourier, 59760 Grande-Synthe,

Rue Charles Fourier, 59820 Gravelines,

Rue Charles Fourier, 70000 Vesoul,

Rue Charles Fourier, 70300 Luxeuil-les-Bains,

Rue Charles Fourier, 75013 Paris 13e Arrondissement

Rue Charles Fourier, 83500 La Seyne-sur-Mer,

Rue Charles Fourier, 87100 Limoges,

Rue Charles Fourier, 90000 Belfort,

Rue Charles Fourier, 90300 Valdoie,

Rue Charles Fourier, 91000 Évry,

Rue Charles Fourier, 91200 Athis-Mons,

Rue Charles Fourier, 94400 Vitry-sur-Seine,

Rue Charles Fourier, 94500 Champigny-sur-Marne,

Rue Charles Fourier, 95240 Cormeilles-en-Parisis,

Rue Charles Fourier, 95240 Cormeilles-en-Parisis,

Rue Charles Fourier, Territoire-de-Belfort

onze voies pour Joseph Fourier :

Rue Joseph Fourier, 11200 Lézignan-Corbières,

Rue Joseph Fourier, 28000 Chartres,

Rue Joseph Fourier, 29280 Plouzané,

Rue Joseph Fourier, 38000 Grenoble,

Rue Joseph Fourier, 38320 Eybens,

Rue Joseph Fourier, 38400 Saint-Martin-d’Hères,

Rue Joseph Fourier, 49070 Beaucouzé,

Rue Joseph Fourier, 76800 Saint-Étienne-du-Rouvray,

Rue Joseph Fourier, 79000 Niort,

Rue Fourier, 89000 Auxerre, Auxerre,

Square Joseph Fourier, 77350 Le Mée-sur-Seine,

quelques autres voies sont indéterminées :

Allée Jean-Baptiste Fourier, 44300 Nantes,

Anneau de Fourier, 30820 Caveirac,

Rue Fourier, 18100 Vierzon,

Rue Fourier, 27000 Évreux, É

Rue Fourier, 59000 Lille,

Place Fourier, 34070 Montpellier,

Route de Champs Fourier, 38114 Allemond,

Rue Fourier, 59540 Caudry.

[1] Depuis la mise en ligne de cet article monsieur Michel Bovani nous a précisé :

« …un peu les deux . Lorsque le système Fourier est sorti (2003) /…/ le nom complet de la distribution Fourier étant d’ailleurs Fourier-GUTenberg. /…/ la première idée fut de trouver un nom de mathématicien français composé d’un seul mot (exit d’Alembert)
et sans accent (exit Poincaré)/…/ j’ai très vite pensé à Joseph Fourier, mais c’est l’existence d’un homonyme (Charles Fourier, donc) dont la philosophie utopiste allait si bien avec le nom de la fonte de base qui m’a vraiment décidé….»

Fourier climatologue

septembre 16th, 2019

Fourier climatologue

            A la fin du XVIIe siècle la question de l’âge de la Terre était à l’ordre du jour : il s’agissait alors de trancher qui de la Bible ou de la science avait raison.

Joseph Fourier a entrepris les études qui l’ont amené à écrire sa Théorie de la chaleur pour obtenir l’âge de la Terre par le calcul du refroidissement de la sphère terrestre (cette motivation initiale reste du domaine de spéculation puisque Fourier ne s’est pas explicitement exprimé dessus), mais il écrit dans son Mémoire sur la température du globe terrestre et des espaces planétaires (texte BibNum, p. 590) : La question des températures terrestres m’a toujours paru un des plus grands objets des études cosmologiques, et je l’avais principalement en vue en établissant la théorie mathématique de la chaleur.

Avec son texte de 1827, Fourier peut être considéré comme l’un des précurseurs de la climatologie actuelle.

Bahamas, paradis fiscal, enfer pour les habitants

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, la question de la température de la Terre est revenue sur le devant de la scène avec le réchauffement climatique. Le rôle joué par l’atmosphère sur la température de la Terre a été étudié par Fourier qui a pensé trouver là une clef pour expliquer les difficultés d’application de la formule qu’il avait établie dans sa théorie de la Chaleur.

En matière scientifique, Joseph Fourier ne promulgue pas. Il décrit, établit, calcule, conclut. Sur un sujet aussi difficile que le climat, le commun des mortels peine à suivre une pensée qui se nourrit d’équations.

Le Mathouriste publie un article de synthèse concernant la chaleur de la Terre. Il faut saluer cette publication qui vulgarise dans le meilleur sens du terme. On y trouve, rapprochés des textes publiés à des dates différentes, l’explicitation de calculs, des images. L’équilibre entre mathématiques, citations « littéraires » et images (pour souffler un peu et éviter l’écueil d’une érudition trop aride) a été manifestement un souci de l’auteur. La partie « touristique » permet de découvrir quelques physiciens. L’explication sur la température des caves d’Auxerre est bienvenue. La conclusion citant Michel Serres s’impose.

L’œuvre de Fourier est resituée entre les travaux de ses prédécesseurs (Emilie du Châtelet, Buffon, Saussure), de ses contemporains (Lambert, Biot), de ses successeurs (Pouillet, Lord Kelvin, Darwin, Rutherford, Soddy…)

Sabix honore Fourier

septembre 16th, 2019

La Sabix honore Fourier

     Dans le cadre des journées du patrimoine, la SABIX (société des amis du musée, de la bibliothèque et de l’histoire de l’Ecole polytechnique) organise les 21 & 22 septembre 2019, des balades-conférences dans les cimetières du père Lachaise et du Montparnasse.

Par un parcours ciblé dans ces lieux, il s’agira d’évoquer les vies et les œuvres de savants pour la plupart polytechniciens. Ainsi seront évoqués, entre autres, les parcours sociaux, politiques et scientifiques de Liouville, Galois, Le Verrier et Poincaré au Montparnasse, et ceux de Monge, Laplace, Fourier et Terquem au père Lachaise.

Tout au long de ces incursions thématiques, il s’agira de s’interroger sur les conditions de la production des connaissances et sur les connaissances elles-mêmes à une époque donnée. Des compléments bibliographiques, pour aller plus loin, seront proposés en fin de parcours.

Conférenciers :

Jean-Jacques Dupas, ingénieur-chercheur au CEA.

François Lavallou, ingénieur-chercheur au CEA.

Norbert Verdier, enseignant-chercheur en histoire des mathématiques et des sciences (Université Paris-Sud & Sciences Po Paris).

Inscription

Les balades-conférences sont gratuites mais sur inscription : [email protected]

 

LIEUX DE RENDEZ-VOUS ET HORAIRES :

Cimetière du Montparnasse : 21 septembre à 10 h 30 avec François Lavallou et 22 septembre à 14 h 30 avec Norbert Verdier.

Rendez-vous à l’entrée principale du cimetière, 3, boulevard Edgar Quinet, 75014.PARIS

Accès métro : Lignes 4 et 6 station Raspail / ligne 6 station Edgar-Quinet / ligne 13 Gaîté. La station Montparnasse est également très proche.

 

Cimetière du Père Lachaise : 21 septembre à 14 h 30 et 22 septembre à 14 h 30 avec Jean-Jacques Dupas.

Rendez-vous : Devant la tombe d’Arago à l’entrée du cimetière, quatrième division.

Boulevard de Ménilmontant 75020 PARIS

GPS : Latitude : 48.861417

Longitude : 2.393383

Accès :

Métro : Père Lachaise (lignes 2, 3),

Bus : 61/69 arrêt Père Lachaise devant l’entrée principale pour les bus se dirigeant vers la banlieue, arrêt Auguste Métivier pour les bus se dirigeant vers Paris centre. Marcher ensuite le long du mur du cimetière donnant sur le boulevard de Ménilmontant, pour rejoindre l’entrée principale.

 

Nominations

août 21st, 2019

Nominations

La bande dessinée d’Emmanuel Marie et Emmanuel Cerisier retraçant la vie et l’œuvre de Joseph Fourier dont nous avons annoncé ici la parution en novembre 2018 poursuit sa carrière. Ainsi, elle a été nominée pour deux prix du magazine Tangente (c’est le seul livre nominé à la fois sur les deux prix) :

– Le prix des lycéens

– Le prix du meilleur livre.

 

 

Pour ce deuxième prix, il y a un vote en ligne. Les cinq livres ayant le plus de votes seront ensuite départagés par un jury. Vous pouvez voter à l’adresse :

https://infinimath.com/espace_lecture.php?corps=vote%20prix%20tangente%202019

(s’inscrire avant en haut à droite) ou à partir de :

www.tropheestangente.com

 

La clôture des votes est le 30 septembre 2019, ce qui laisse tout juste le temps à ceux qui l’ont appréciée de voter et de faire voter pour elle… alors, à vos claviers.

BD Marie & Cerisier page 41

Fourier tableau miraculé

juillet 17th, 2019

Fourier, le tableau miraculé

Paris, bureau du premier consul, 19 pluviôse X (8 février 1802)

_ Fourier, Berthollet vous en a déjà informé. J’ai décidé de vous nommer préfet de l’Isère.
_ C’est que, citoyen général…
_ Je voulais vous voir avant que vous ne preniez vos fonctions.
_ Mais…
_ Et ne soyez donc pas timide. La fonction est délicate. Il y a là-bas un nid de suppôts d’Ancien Régime. Je compte sur vous pour me les attacher ou tout au moins, faire en sorte qu’ils ne nous encombrent pas.
_ …
_ Je n’ai aucun doute, vous réussirez. Imposez-vous ! Vous représenterez la France. Et d’abord, voyez avec Vivant Denon à ce qu’il vous commande un portrait auprès de David. Vous ne serez plus un petit professeur qu’à vos moments perdus… s’il vous en reste !

Paris, atelier de David, thimèle, duodi 22 pluviôse X (10 février 1802)

_ Monsieur David, il y a là un certain Fourier qui nous est envoyé par le gouvernement pour un portrait.
_ Encore ! C’est tous les jours qu’il s’en présente. Hier, c’était Antoine Français de Nantes qui est préfet de Charente. Lui, aujourd’hui, je ne peux pas m’en occuper. Envoyez-le à Gros ou à Gautherot, s’ils ont le temps.

_ Monsieur Gautherot ? Je viens d’être nommé préfet par Bonaparte et il souhaite que je dispose d’un portrait qui corresponde à cette fonction.
_ Hum…
_ Je dois partir bientôt.
_ En plus.
_ On peut sans doute reconsidérer l’affaire.
_ … Ecoutez, je vous propose de revenir la prochaine décade, début ventôse. Arrivez dès le lever du soleil, nous aurons une bonne lumière. Comptons deux séances de pose pour que j’ai les éléments indispensables ; vous serez ensuite libre de vos mouvements.
_ Je n’aurai plus besoin de poser ensuite ?
_ Non, je terminerai seul, mais à mon rythme. Je suis débordé d’ouvrage. Comptez six mois.
_ Et vraiment, cela suffira.
_ Oui, si vous n’êtes pas plus exigeant : vous disposerez d’un portrait façon portrait de famille… tiens… à la façon de celui-ci. C’est classique, cela ne se démodera pas. Plus fouillé, plus personnalisé, je ne peux pas, je n’ai pas le temps.
_ Mais…là ?… on ne voit guère les fonctions que j’exerce.
_ Vous allez à Grenoble m’avez-vous dit ?
_ Oui.
_ Il y a là-bas d’excellents ymageurs qui pourront s’inspirer de ma toile pour vous poser dans le décor de votre choix.

L’histoire des portraits que nous possédons de Joseph Fourier est très lacunaire ; pour en rendre compte, nous devons formuler des hypothèses qui seront peut-être infirmées si de nouveaux éléments apparaissaient. Pour l’heure, nous disposons de quelques éléments tangibles qui nous autorisent à ébaucher le récit qui fut suscité par une communication du service culturel de la ville d’Auxerre sur Facebook le 29 mars 2019.

Le tableau protégé par du papier japon.

Détail

Détail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joseph Fourier est nommé préfet de l’Isère en février 1802 (23 pluviôse X), il se présente à la préfecture de l’Isère le 17 avril 1802 (27 germinal) ; la préfecture reçoit des hôtes (des élus municipaux à des personnages parmi les plus illustres : le roi d’Espagne, le pape Pie VII….) or, Joseph Fourier est souvent absent de sa préfecture (soit à cause de ses fonctions, des missions demandées par l’Empereur, soit à cause de sa santé ou pour ses travaux personnels). Lorsqu’il reçoit un hôte, si le préfet est absent, son représentant peut s’en excuser et l’absence être moins mal ressentie si les excuses sont présentées devant un tableau représentant le préfet absent. Ces considérations ont certainement pesé dans la commande qui a été passée à Claude Gautherot et réalisée l’an XI.

[Il est plausible que l’œuvre ait été réalisée à Paris, dans l’atelier de Gautherot, elle a pu être mise en chantier dès le printemps 1802, sans nécessiter la présence du modèle tout au long de l’exécution. L’artiste a pu faire poser Fourier le temps de prendre les éléments de physionomie, esquisser l’attitude générale, les détails moins pertinents étant réalisés ultérieurement, par le maître ou par un de ses élèves, sans que le modèle soit présent. Fourier passe commande d’un portrait ‘standard’, comme doit en posséder tout personnage accédant à la fonction qui est la sienne dorénavant.] Sur ce tableau, Fourier est représenté debout, vu de face, la tête nue, vêtu de noir. Appuyé du bras gauche au dos d’une chaise, sur laquelle est jeté son pardessus, il tient ses gants de la main gauche. Le bras droit descend le long du corps.

Au cours de l’an XI (septembre 1802-septembre 1803) l’œuvre, une toile, peinte à l’huile, de 1,27 m sur 0,91m, est achevée, signée, et, pensons-nous, livrée à la préfecture de Grenoble.

Il est probable que ce premier ouvrage a été doublé d’un second qui nous est parvenu également : un tableau au pastel sur papier, de dimensions sensiblement égales à la toile peinte (1,17 m sur 1,08 m) qui n’est pas signé et représente Joseph Fourier en habit de préfet d’Empire. Les éléments iconographiques présents sur l’image (l’habit, les livres de l’arrière plan – Platon et Ciceron -, l’ouvrage ouvert de Newton, tenu dans la main de Fourier) indiquent que Fourier lui-même à précisé les éléments qu’il voulait y trouver.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce pastel n’est pas signé : il est possible qu’il ait été réalisé d’après la peinture à l’huile soit à Paris dans l’atelier de Gautherot, soit ailleurs (à Grenoble ?) par un artiste missionné pour exécuter une interprétation plus orientée vers la communication que l’austère portrait peint à l’huile par Gautherot.

On peut supposer que les deux portraits 0nt été exposés dans les locaux de la préfecture de l’Isère entre l’an XI et 1815, départ de Fourier de Grenoble ; après quoi, Fourier a pu les emporter dans son nouveau poste, à Lyon, durant les Cent-Jours, mais on sait que début mai 1815, Fourier est considéré comme démissionnaire du poste de préfet du Rhône où il ne voulait pas appliquer le régime d’exception préconisé par le commissaire du gouvernement. Les deux tableaux ont pu suivre Fourier à Paris avec les effets personnels du préfet déchu et y rester en toute discrétion, le temps n’étant pas, sous la Restauration, à exhiber des souvenirs provocateurs rappelant le précédent régime.

Au décès du savant, le 16 mai 1830, Joseph, le fidèle serviteur hérite des quelques biens matériels laissés par Joseph Fourier. Quant à la  masse assez importante de papiers, Claude Louis Marie Henri Navier, ami de Fourier et son collègue à l’Académie des sciences de Paris, en devient le dépositaire. Pour le reste, sont seuls héritiers des arrérages de pension de Légion d’honneur (93,20 F), le frère consanguin, Etienne Joseph Fourier, domicilié à Auxerre pour un quart (23,30 F, payables à Auxerre) , et la nièce, Marie Jeanne Fourier épouse de monsieur Louis Claude Pierre Blanchin, employé au ministère des finances, demeurant à Paris, rue Culture Sainte Catherine, n° 46, pour trois-quart des biens (69,90 F payables à Paris)…

On peut penser que Joseph, le valet du savant et son héritier fut dépositaire de la toile et du pastel. Le pastel intégra les collections du Musée d’Auxerre en 1865 grâce à l’obligeance de Louis Blanchin, l’époux de Marie Jeanne Fourier. Pour la toile peinte, elle fut soit confiée par Joseph au frère consanguin de l’académicien, Etienne Joseph Fourier, soit confiée à la Ville d’Auxerre en souvenir de son maître, soit remise à Faillot lorsque, vers 1844, celui-ci rechercha de la documentation pour réaliser le monument pour lequel Gau de Gentilly légua 4 000 F qui furent complétés par une souscription.

1849 : la statue de Fourier par Faillot (1810-1849) est inaugurée à Auxerre.

1858 : livret de l’exposition des Beaux-Arts, imprimé à Auxerre chez Perriquet et Rouillé, p. 28, « 423. Portrait de Fourier par Gauthereau [sic], élève de David. »

Ensuite, les deux portraits se retrouvent dans les collections du Musée d’Auxerre où on peut les suivre :

1863 : Montceau, catalogue manuscrit
« Gautherot (Claude), élève de David, né à Paris en 1769, mort en 1825
16. Portrait du baron Fourier
fig jusqu’aux genoux, grandeur naturelle »

1865 :Legs du pastel par Louis Blanchin
Pastel d’un auteur anonyme, représentant Fourier en costume d’académicien [sic, lire plutôt : de préfet] – inventaire n° 1865.2.1 – mesure 117.7 x 107.7 cm. Il avait été légué au musée en 1865 par M. Louis Blanchin qui avait épousé une nièce de Fourier.

1866: livret de la deuxième exposition des Beaux-Arts, livret imprimé à Auxerre chez Perriquet, page 27
« Gautherot (Claude), élève de David, né à Paris en 1769, mort en 1825.
172. Portrait du baron Fourier.
(appartient au Musée). »

1872 : Catalogue des Beaux-Arts [du Musée de la Ville d’Auxerre], pp.19-20
« GAUTHEROT (CLAUDE), né à Paris en 1769, mort dans la même ville en 1825. (Ecole française)
Après avoir reçu de son père les premières notions de l’art et essayé avec succès le modelage du portrait, il entra en 1787 dans l’atelier de David, dont il fut l’élève et l’ami. Gautherot, qui ne put rester étranger aux agitations de son époque, vint dans le département de l’Yonne à la suite de Lepelletier de Saint-Fargeau. Plus tard, blessé d’un coup de feu en défendant la Convention le 13 vendémiaire an IV (octobre 1795), il résolut de se consacrer exclusivement à la peinture. A cette époque, il ouvrit une école sous le patronage de David et forma d’excellents élèves. Ses principaux tableaux sont : Marius à Minturnes (1796)[1]. Pyrame et Thisbé[2]. Convoi d’Atala (1810)[3]. Portrait de Davout. Portrait de Portalis. Napoléon haranguant ses troupes au passage du Leck (Prix de 1810). Napoléon blessé devant Ratisbonne. Entrevue des empereurs de France et de Russie à Tilsitt. Saint Louis pansant les malades. Saint Louis donnant la sépulture aux soldats de son armée, etc.
13. Portrait du baron Fourier.
H. 1,27 – L. 0,91 T. Fig jusqu’aux genoux, gr. nat.
Il est représenté debout, vu de face, la tête nue, vêtu de noir. Appuyé du bras gauche au dos d’une chaise, sur laquelle est jeté son pardessus, il tient ses gants de la main gauche. Le bras droit descend le long du corps.
Provenance inconnue.

Facsimilé extrait du catalogue de 1872.

Signé : GAUTHEROT, AN XI

1910 : Catalogue du Musée III peinture et sculpture, imprimé par l’imprimerie coopérative ouvrière « l’Universelle »
« 13. GAUTHEROT (Claude), né à Paris en 1769, mort à Paris en 1825, élève de David d’Angers. Portrait du baron Fourier (H. 1,27, L. 0,91).
Signature : Gautherot, an XI. [mention marginale manuscrite : 1858-2.1]

Les années 1950 n’étaient pas au souvenir de Fourier ; les Auxerrois étaient en passe de l’oublier (et cet état perdure encore en 2019, malgré les manifestations organisées en 2018 pour marquer le 250e anniversaire de sa naissance). Chez les scientifiques, Dieudonné et le groupe Bourbaki ignorent superbement l’œuvre de Fourier [trop axée sur la physique pas assez sur la théorie ?] et l’Encyclopedia Universalis ne lui consacre pas (encore) une entrée.

Le conservateur du Musée d’Auxerre de cette époque est chargé d’une mission impossible : avec des moyens chichement comptés, il doit empêcher la destruction des œuvres fragiles qui lui sont confiées. Certains avant lui l’ont tenté avec maladresse : papier scotch pour masquer les déchirures, mastic et verni pour les trous ; il opte pour recouvrir l’œuvre de papier japon ce qui lui garantit un sauvetage provisoire au prix de la disparition de l’image représentée. La peinture est oubliée. Les biographes de Fourier, Robert et Dhombres, n’en ont pas connaissance. Seul reste visible, mais rarement exposé à cause de sa fragilité, le pastel non signé attribué à Gautherot.

Au 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier, on vit, en 2018, un groupe de savants, mathématiciens, académiciens, faire le déplacement jusqu’à Auxerre, pour honorer leur précurseur ; à l’approche de ces événements la Conservatrice s’avisa de demander une expertise pour la restauration du portrait à l’huile. L’entreprise est souvent hasardeuse. Ainsi, quelques années avant, deux conférences sur la vie de Fourier données en 2010 et 2011 devant l’U.T.B. d’abord, puis la SAMA par Daniel Reisz, avaient incité à entreprendre la restauration du pastel représentant Fourier en habit de préfet. Le pastel représentant Fourier en habit de préfet attribué à Gautherot a été effectivement restauré en 2014 sur une initiative de la Société des Amis des Musées d’Auxerre (SAMA), alors présidée par madame Arlette Halbout, qui s’est engagée à régler le devis proposé. La SAMA a effectivement réglé les 2 640,80 € correspondant aux travaux. La facture a été notoirement plus lourde : le devis a sur-estimé l’état du support et des matériaux (le portrait a été réalisé pendant le blocus avec des produits de médiocre qualité). Pour protéger l’œuvre il a fallu la doter d’un cadre et d’une vitre qui ne faisaient pas partie du devis.

En 2018, c’est Martine Lemot qui fut chargée d’expertiser la peinture et de proposer un protocole de restauration accompagné d’un devis. Voici ce qu’elle découvre :

« Toile XIXe fine à trame lâche et ouvert, complètement cuite, arrachée du châssis sur trois côtés, très déformée. Importantes lacunes de toile le long du bord inférieur (3 à 10 cm).
Plusieurs pièce au revers datant de plusieurs campagnes de restaurations différentes (scotch, cire…), très nombreux trous et innombrables microlacunes. Taches de colle et importantes traces d’humidité au revers, très for encrassement.

Châssis à clefs en bois résineux, cassé et désassemblé, entièrement vermoulu, à changer. »
« Peinture entièrement soulevée et recouverte de papier japon, tableau en cours de transposition spontanée. Innombrables lacunes avec écaillages et microécaillages, pertes de matières sur toute la surface et les bords.

Vernis fortement jauni, repeints probables, non discernables en l’état. »
La description est sans appel : c’est une sorte de miracle que l’on attendait de madame Lemot en lui soumettant la restauration de l’œuvre. Voici ce qu’elle écrit à l’issue de son travail :

« Inscriptions : A l’issue de la restauration, après vernissage, des inscriptions effacées sont réapparues dans l’angle inférieur gauche, partiellement discernables en lumière rasante naturelle et plus visibles sous ultra-violets. Nous ne disposons malheureusement pas d’une caméra infrarouge qui permettrait de les lire de façon claire.
On distingue GAUTHERS ( ? ou GAUTHIERS)

AN XII (?)

Nous ne pouvons déterminer s’il s’agit du nom du peintre ou du personnage représenté. »

 

 

Finalement, le parcours de cette toile aura suivi la même évolution que l’œuvre scientifique de Joseph Fourier : disparue, longtemps oubliée, elle réapparaît maintenant.

 

—–Notes—-

[1] L’œuvre de Gautherot ne nous est pas connue, par contre, Jean-Germain Drouais, autre élève de David, a traité le même thème.

[2] Le thème de Pyrame et Thisbé a été souvent traité dans divers arts.

[3] Sur ce site, on trouve une gravure de Lignon, d’après le tableau de Gautherot.

Sabix_2019

juillet 10th, 2019

Fourier

à l’Exposition 2019 de la SabiX

Fin juin 2019, comme il est de tradition, la SabiX a tenu son Assemblée générale annuelle et ce fut l’occasion de visiter au Mus’X, dans les locaux de l’École Polytechnique sur le plateau de Saclay, une exposition évoquant quelques grandes figures qui présidèrent à la création ou fréquentèrent l’école par la suite : l’X, l’equation du mérite.

Monge, Laplace, Fourier, Ampère, de Prony, Malus, Poinsot, Auguste Comte, Cauchy, Chabrol de Volvic.

 

 

 

 

 

 

Pour ce qui est de Fourier plus précisément, il est évoqué par le croquis de Dutertre, la peinture d’Eloi Firmin Ferron sur le thème des Funérailles de Kleber en Egypte, la présentation de la Description de l’Égypte et son rôle de préfet d’Empire (Fourier, Chabrol de Volvic et Costaz furent préfets d’Empire).

 

 

 

 

 

 

 

Sophie Germain, alias Antoine Auguste Leblanc, qui rencontra Fourier alors qu’il était secrétaire de l’Académie des sciences est, naturellement, aussi évoquée.

prix Atos Genci 2019

juillet 4th, 2019

Prix Atos-Joseph Fourier

Les lauréats 2019    

     Sur ce site, nous rendons compte, depuis plusieurs années (voir ici, ou ici), de l’attribution du Prix Joseph Fourier, patronné par la société Atos, aujourd’hui, en partenariat avec GENCI (Grand Équipement National de Calcul Intensif). Ce Prix a pour objectif d’accélérer la recherche et l’innovation en récompensant des travaux tant en simulation numérique qu’en intelligence artificielle (IA). Année après année, l’énoncé des sujets de recherche abordé par les lauréats donne une bonne idée de la recherche dans ces domaines où les méthodes sont particulièrement pertinentes pour progresser.

Sophie Proust, Directrice de la Technologie du Groupe, Atos et Philippe Lavocat, Président Directeur Général de GENCI, ont présidé la cérémonie qui s’est déroulée le 3 juillet 2019 à Paris en présence de nombreux représentants de la communauté scientifique française, chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs. Le jury, composé de personnalités indépendantes, représentantes du monde scientifique et industriel français, a désigné les lauréats suivants :

Simulation numérique

1er prix (10 000 €) : Le Professeur Elie Hachem et son équipe des Mines ParisTech pour ses travaux sur le maillage anisotrope parallèle et les méthodes immergées en mécanique numérique à haute-fidélité. Ces outils de modélisation sont 100 à 1000 fois plus précis que les outils actuels dédiés en particulier à la mécanique des fluides. Ils permettent une compréhension très fine du comportement des fluides complexes et accélèrent ainsi la découverte de nouveaux phénomènes physiques. Ces outils de modélisation sont déjà utilisés à grande échelle sur les supercalculateurs les plus puissants de la planète, ainsi que par plus de 500 industriels – dans le domaine de l’aéronautique notamment – pour accélérer les cycles de conception-industrialisation.

Le second prix (200 000 heures de temps machine sur des supercalculateurs de GENCI) distingue Dominique Aubert et son équipe de l’Université de Strasbourg, du CNRS et de la Scuola Normale Superiore en Italie pour leur logiciel GARLHYC (GAlaxies and Reionization simuLations using HYbrid Computing). Ce logiciel est optimisé pour permettre, avec les moyens de calcul haute performance actuels, de simuler les premiers milliards d’années de vie de l’univers, et notamment la formation des premiers objets massifs comme les galaxies. Il est déjà utilisé à très grande échelle sur certains des supercalculateurs les plus puissants qui existent aujourd’hui.

Intelligence artificielle (IA)

1er prix (10 000 €) récompense Pierre Yves Oudeyer, directeur de recherche à l’INRIA Bordeaux, pour son projet sur l’apprentissage automatique autonome. Ses algorithmes de machine learning étudient les fondements de la curiosité humaine pour créer de l’auto-apprentissage générique d’intelligence artificielle. Ils peuvent s’appliquer à un grand nombre de domaines, parmi lesquels : les méthodes d’enseignement et d’apprentissage, l’industrie 4.0 et la robotique, et plus généralement les intelligences artificielles distribuées et coopératives du futur.

 

Le Prix spécial GENCI (50 000 heures GPU sur le supercalculateur Joliot-Curie de GENCI) distingue Filippo Vicentini et Alberto Biella, de l’Université Paris Diderot, qui ont développé un algorithme qui fait le lien entre l’IA et la physique quantique, et décuple ainsi les capacités de simulation des futures générations d’ordinateurs.

 

 

 

Sophie Proust a déclaré : « C’est vraiment passionnant de voir des projets d’une telle qualité dans les domaines du calcul haute performance et de l’intelligence artificielle, et je tiens à féliciter l’ensemble des scientifiques et chercheurs pour leur travail acharné et leurs idées innovantes. Chez Atos, nous sommes fiers de soutenir les innovations qui mèneront à des applications industrielles tangibles. » Philippe Lavocat a ajouté : « GENCI est très heureux de s’associer au Prix Joseph Fourier qui permet de valoriser l’excellence scientifique et son impact dans la société. En tant que membre du jury, je considère que les dossiers sont, une fois de plus, de très haute qualité scientifique, dans les deux catégories, simulation numérique et IA. GENCI souhaite ainsi offrir aux chercheurs français un accès à ses meilleurs supercalculateurs, dont la nouvelle extension du supercalculateur Atos – Joliot-Curie hébergée au Très Grand Centre de Calcul (TGCC) du CEA, et qui passera à plus de 20 petaflops en 2020. »