Laplace, contemporain de Fourier

Laplace, un contemporain de Fourier

L’actualité éditoriale nous permet d’ évoquer Pierre Simon de Laplace, un grand savant, contemporain de Joseph Fourier.

Laplace avait une vingtaine années de plus que Fourier dont il fut le maître à l’École normale en 1795. Dans une lettre adressée à BONARD, le professeur de mathématiques du lycée d’Auxerre, Fourier décrit ses professeurs et parmi eux, Laplace : « LAPLACE paraît assez jeune, a la voix faible, mais nette ; il parle avec précision, mais non sans quelques difficultés ; il est d’un extérieur agréable et vêtu fort simplement ; il est de taille moyenne. L’instruction mathématique qu’il donne n’a rien d’extraordinaire et est fort rapide. » Plus tard, Laplace, sera membre de la commission de l’Académie de sciences qui examinera la Théorie de la propagation de la chaleur dans les solides, présentée par Joseph Fourier et aura un avis réservé ou tout au moins refusera de porter un jugement sur le travail de Fourier. Les liens que Fourier a pu tisser avec Laplace l’autorisent à lui écrire en 1816, avec vigueur et ironie, pour défendre l’originalité de son œuvre face aux critiques de Poisson, et Laplace finit par comprendre en quoi le travail de Fourier est profondément nouveau et important. Le soutien de Laplace permet alors à Fourier d’envisager une candidature à l’Académie des Sciences. Par la suite Laplace et Fourier siégeront tous deux à l’Académie.

 Voici comment Daniel Reisz, présente la parution du récent ouvrage de vulgarisation consacré à Laplace, publié aux éditions Hermann : Pierre-Simon de LAPLACE (1749-1827). Le parcours d’un savant. par Jean Dhombres, avec la collaboration de Serge Sochon et Suzanne Debarbat. Editions Hermann, L’Observatoire de Paris, Novembre 2012, 352 pages en 17 x 25 (format « italien »). ISBN 9782 7056 8273 6. Prix 26€.

 » LAPLACE fait partie de ces savants qui, à côté d’une œuvre scientifique de première importance, ont eu un éminent rôle social et politique. Né roturier il devint comte d’Empire et archichancelier du Sénat par la grâce de Napoléon, puis marquis et pair de France par celle de Louis XVIII. Non seulement il finira riche mais toute sa vie durant, par une intense fréquentation du monde savant, par son mariage avec Marie-Anne Charlotte de Courty de Romange, par ses responsabilités politiques, il se fera une place dans la haute société de l’époque. Parmi ses amis très proches citons Lavoisier, non seulement éminent chimiste, académicien, mais aussi richissime fermier général et Berthollet, lui aussi chimiste, académicien, mais aussi médecin du Duc d’Orléans. En particulier par l’intermédiaire de sa femme qui lui ouvre les portes des milieux influents il devint le véritable patron de la science française.

 Son œuvre scientifique, pour l’essentiel d’ordre mathématique, est étonnamment éclectique. Au delà des grands classiques que sont la Mécanique céleste, Le système du Monde, la Théorie analytique des probabilités, assorti de l’Essai philosophique sur les probabilités, il a correspondu avec nombre de savants de toutes disciplines et écrit de très nombreux articles.

Si certains de ses textes sont ardus et demandent une bonne culture mathématique, d’autres sont tout à fait abordables. Il en est par exemple ainsi de ce qu’il a écrit sur le théorème fondamental de l’algèbre ou encore sur les probabilités.

 Jean Dhombres, avec la collaboration de Serge Sochon pour la partie normande et pour les commémorations et Suzanne Debarbat pour les travaux de Laplace au bureau des longitudes et ses liens avec l’Observatoire, nous font évidemment et avant tout pénétrer dans la pensée scientifique de Laplace, mais en même temps ils nous font vivre au quotidien la vie scientifique de l’époque et tout cet environnement social et politique de la famille Laplace. La prise en compte de cette dialectique constante entre activité scientifique et environnement socio-politique est une des originalités de cet ouvrage. L’érudition protéiforme de Jean Dhombres et de ses acolytes est assez époustouflante et le lecteur est parfois un peu perdu par cette profusion de faits et gestes. Une très riche iconographie, souvent originale et qui s’adapte bien à l’élégant format du livre, fait partie intégrante de l’ouvrage. La trame en est donnée par le titre des grands chapitres : La Vie normande ; La Vie parisienne ; Les Bouleversements de la Terreur ; La Mécanique céleste ; Une deuxième vie scientifique ; Laplace pour la postérité.

Bref, un livre d’une extraordinaire richesse tant par la profondeur des analyses que par l’éclectisme des approches. »

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