Fourier et le dechiffrement des hieroglyphes

Fourier et le déchiffrement des hiéroglyphes

      Le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion est l’occasion d’étudier comment Joseph Fourier y a participé, encourageant la vocation du chercher et la favorisant par l’accès au matériel de recherche. Nous en suggérons deux accès :

– par le blog de la bibliothèque Gallica qui propose un important dossier illustré de nombreux documents issus de ses fonds.

– par un ouvrage (présenté ci-dessous) rassemblant des correspondances entre les frères Champollion, dont nous donnons ci-après quelques extraits qui donnent à voir les relation Champollion/Fourier par un œil extérieur à celui adopté sur ce blog qui se place habituellement du point de vue de Joseph Fourier.

L’Aventure du déchiffrement des hiéroglyphes

Correspondance

Textes réunis par : Karine Madrigal, Notes de : Karine Madrigal, Préface de : Jean-Claude Goyo

Éditions Les Belles Lettres · J.F & J.J CHAMPOLLION –

Un adolescent de 17 ans s’attaque à la Pierre de Rosette et perce un mystère millénaire : tel est le mythe Champollion, mais quelle en fut la réalité ? Comment a-t-il fait ?

La réponse dans les mots-mêmes de Champollion grâce à cette sélection inédite puisée dans la correspondance de Jean-François et de son frère Jacques-Joseph, mentor bienveillant et rigoureux, aîné protecteur et exigeant. Vivants, émouvants, riches en détails pittoresques, les échanges entre les deux frères donnent à voir leurs liens affectifs et intellectuels, mais également leurs raisonnements et leurs recherches. C’est en travaillant main dans la main qu’a été déchiffré puis traduit le système hiéroglyphique.

Présentées, annotées et enrichies d’encarts contextuels les rendant très accessibles, ces lettres invitent le lecteur à un voyage fascinant, un périple dans l’intimité d’une des découvertes les plus spectaculaires de l’histoire : après 1 500 ans, l’Égypte antique a parlé de nouveau.

Ce sont des documents précieux que renferme ce livre. II contient en effet l’importante correspon­dance entretenue entre l’aîné et le cadet Champollion. Elle renseigne sur la force de leurs liens affectifs et intellectuels, mais aussi sur leur cheminement vers le déchiffrement des hiéroglyphes. Présentées, annotées et enrichies, ces lettres éclairent de façon abordable et vivante cette géniale découverte.

Table des matières

Chapitre Ier. La pierre de Rosette et les études sur l’antique Égypte avant Champollion

Chapitre II. Les frères Champollion dans la bataille des hiéroglyphes

Chapitre III. Champollion le Jeune et les études parisiennes (1807-1809)

Chapitre IV. Les dernières marches (1811-1821)

Chapitre V.Le podium et la palme (1821-1822)

extraits (sélection de passages en rapport avec Joseph Fourier) :

p. 40 [encadré] L’Institut d’Égypte et l’édition de la Description de l’Égypte

L’Institut d’Égypte est fondé le 22 août 1798 par le général en chef Bonaparte à l’image de l’Institut de France et doit, en premier lieu, s’occuper du « progrès et de la propagation des Lumières en Égypte ». Son siège est le palais d’Hassan-Kashef dans les environs du Caire. Le travail de l’Institut est organisé en sections qui regroupent à peu près tous les sujets d’intérêt et d’étude de la Commission des sciences et des arts : les mathématiques, la physique, l’économie politique, la littérature et les arts. Gaspard Monge est le président de l’Institut, Bonaparte le vice-président et Joseph Fourier le secrétaire.

A Paris, le 6 février 1802, il est arrêté que « tous les mémoires, plans, dessins et généralement tous les résultats relatifs aux science et arts, obtenus pendant le cours de l’expédition d’Égypte, seront publiés aux frais du gouvernement ». C’est la naissance de la Description de l’Égypte. Il s’agit d’un ouvrage monumental composé de 10 volume de textes et 13 volumes de planches. Commencée sous Napoléon Bonaparte Premier Consul, poursuivie sans relâche sous l’Empire, l’édition mise en œuvre par la Commission d’Égypte à l’imprimerie impériale s’achèvera à l’imprimerie royale sous le règne de Charles X. La préface est rédigée par Joseph Fourier.

Le bâtiment actuel de l’Institut d’Égypte qui a continué à exister depuis 1799 est situé à proximité de la place Tahrir ; Il a été incendié le 17 décembre 2011, lors de la révolution en Égypte. Dans ce bâtiment étaient conservés 200 000 ouvrages, certains rarissimes, concernant l’histoire et la démographie de l’Égypte. Les archives et ces ouvrages historiques ont été détruits, dont huit volumes faisant partie de l’édition originale, tirée à mille exemplaires, de la Description de l’Égypte.

Page 52 [encadré] Les Champollion et le milieu intellectuel grenoblois

Dès son arrivée à Grenoble en 1802, le préfet Fourier demande à Champollion-Figeac de travailler sur les antiquités de Grenoble. Pour cela, il va parcourir la ville et ses alentours, probablement en compagnie de son jeune frère. Ses recherches aboutissent à la publication en 1803 d’une note sur la crypte de l’église Saint-Laurent. En parcourant les sous-sols de l’église, Champollion-Figeac réussit à démontrer qu’il s’agit d’une église paléochrétienne du VIIIe siècle et non d’un monument païen comme on le croit à l’époque.

Bien introduit dans le milieu intellectuel grenoblois, Jacques-Joseph est élu le 24 décembre 1803, membre de la Société des science et des arts de Grenoble (qui deviendra par la suite l’Académie delphinale). Les liens entre l’aîné des Champollion et le préfet de l’Isère sont de plus en plus renforcés quand Fourier est nommé président le 13 décembre 1805 et Champollion-Figeac secrétaire le 3 janvier 1806. C’est grâce à eux que l’année suivante Jean-François peut présenter, devant la Société de Grenoble, son Essai de description géographique de l’Égypte. Fourier a sans doute apprécié le travail du jeune Champollion car cet essai vaut au jeune savant de devenir, le 28 janvier 1808, membre associé correspondant de la Société.

La Société des sciences et la bibliothèque de Grenoble /…./ vont permettre à Jean-François Champollion de faire ses premiers pas égyptologiques. En 1812, Jacques-Joseph est nommé conservateur en chef de la bibliothèque et Jean-François bibliothécaire adjoint. On leur doit notamment les premiers inventaires des collections dans lesquels on trouve la présence d’objet égyptiens que les Champollion étudieront…

/…/ La même année [1810] est ouverte la première faculté des lettres de Grenoble. Grâce à l’appui de Fourier, Jacques-Joseph devient professeur de littérature grecque et Jean-François professeur d’histoire ancienne. Ces deux nominations suscitent quelques remous et jalousies dans le milieu professoral grenoblois.

p. xx [encadré] Les Champollion et l’Empereur Napoléon

Après son exil dur l’île d’Elbe, l’empereur Napoléon rentre en France le 1er mars 1815. /…/ Le 7 mars 1815, Napoléon fait son entrée à Grenoble et s’installe à l’auberge des Trois Dauphins, rue Montorge. Refusant de l’accueillir, le préfet Fourier quitte Grenoble pour Lyon tout en lui laissant une lettre dans laquelle il explique son attitude, son souci du devoir et son obéissance aux autorité légales. Napoléon le destitue officiellement, mais il a besoin d’un secrétaire qui connaisse les affaires de l’Isère, choisi parmi les commensaux de l’ancien préfet. Le maire de Grenoble indique au souverain la personne de Jacques-Joseph Champollion-Figeac, alors doyen de la Faculté des lettres. Le 9 mars, Napoléon quitte Grenoble pour se rendre à Paris. Ce départ est suivi par celui de l’aîné des Champollion qui se rend également à la capitale comme il le faisait régulièrement pour ses recherches. Les contemporains royalistes associent les deux événements et étiquettent les deux frères comme bonapartistes. Lors de l’abdication de Napoléon et du retour a la royauté avec Louis XVIII, des bandes ultraroyalistes pourchassent les bonapartistes, et plusieurs d’entre eux sont exécutés sans jugement : il s’agit de ce sombre épisode de l’histoire de France que l’on appelle « la Terreur blanche ». Les frères Champollion, quant à eux, sont exilés à Figeac en mars 1816.

L’ouvrage de Champollion-Figeac intitulé Fourier et Napoléon, l’Égypte et les Cent-Jours (ouvrage que nous avons présenté ici-même dans un post de juillet 2018) publié en 1844 rapporte fidèlement sa première entrevue avec l’Empereur….

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