Archive for the ‘biographie’ Category

Fourier et le dechiffrement des hieroglyphes

mardi, avril 19th, 2022

Fourier et le déchiffrement des hiéroglyphes

      Le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion est l’occasion d’étudier comment Joseph Fourier y a participé, encourageant la vocation du chercher et la favorisant par l’accès au matériel de recherche. Nous en suggérons deux accès :

– par le blog de la bibliothèque Gallica qui propose un important dossier illustré de nombreux documents issus de ses fonds.

– par un ouvrage (présenté ci-dessous) rassemblant des correspondances entre les frères Champollion, dont nous donnons ci-après quelques extraits qui donnent à voir les relation Champollion/Fourier par un œil extérieur à celui adopté sur ce blog qui se place habituellement du point de vue de Joseph Fourier.

L’Aventure du déchiffrement des hiéroglyphes

Correspondance

Textes réunis par : Karine Madrigal, Notes de : Karine Madrigal, Préface de : Jean-Claude Goyo

Éditions Les Belles Lettres · J.F & J.J CHAMPOLLION –

Un adolescent de 17 ans s’attaque à la Pierre de Rosette et perce un mystère millénaire : tel est le mythe Champollion, mais quelle en fut la réalité ? Comment a-t-il fait ?

La réponse dans les mots-mêmes de Champollion grâce à cette sélection inédite puisée dans la correspondance de Jean-François et de son frère Jacques-Joseph, mentor bienveillant et rigoureux, aîné protecteur et exigeant. Vivants, émouvants, riches en détails pittoresques, les échanges entre les deux frères donnent à voir leurs liens affectifs et intellectuels, mais également leurs raisonnements et leurs recherches. C’est en travaillant main dans la main qu’a été déchiffré puis traduit le système hiéroglyphique.

Présentées, annotées et enrichies d’encarts contextuels les rendant très accessibles, ces lettres invitent le lecteur à un voyage fascinant, un périple dans l’intimité d’une des découvertes les plus spectaculaires de l’histoire : après 1 500 ans, l’Égypte antique a parlé de nouveau.

Ce sont des documents précieux que renferme ce livre. II contient en effet l’importante correspon­dance entretenue entre l’aîné et le cadet Champollion. Elle renseigne sur la force de leurs liens affectifs et intellectuels, mais aussi sur leur cheminement vers le déchiffrement des hiéroglyphes. Présentées, annotées et enrichies, ces lettres éclairent de façon abordable et vivante cette géniale découverte.

Table des matières

Chapitre Ier. La pierre de Rosette et les études sur l’antique Égypte avant Champollion

Chapitre II. Les frères Champollion dans la bataille des hiéroglyphes

Chapitre III. Champollion le Jeune et les études parisiennes (1807-1809)

Chapitre IV. Les dernières marches (1811-1821)

Chapitre V.Le podium et la palme (1821-1822)

extraits (sélection de passages en rapport avec Joseph Fourier) :

p. 40 [encadré] L’Institut d’Égypte et l’édition de la Description de l’Égypte

L’Institut d’Égypte est fondé le 22 août 1798 par le général en chef Bonaparte à l’image de l’Institut de France et doit, en premier lieu, s’occuper du « progrès et de la propagation des Lumières en Égypte ». Son siège est le palais d’Hassan-Kashef dans les environs du Caire. Le travail de l’Institut est organisé en sections qui regroupent à peu près tous les sujets d’intérêt et d’étude de la Commission des sciences et des arts : les mathématiques, la physique, l’économie politique, la littérature et les arts. Gaspard Monge est le président de l’Institut, Bonaparte le vice-président et Joseph Fourier le secrétaire.

A Paris, le 6 février 1802, il est arrêté que « tous les mémoires, plans, dessins et généralement tous les résultats relatifs aux science et arts, obtenus pendant le cours de l’expédition d’Égypte, seront publiés aux frais du gouvernement ». C’est la naissance de la Description de l’Égypte. Il s’agit d’un ouvrage monumental composé de 10 volume de textes et 13 volumes de planches. Commencée sous Napoléon Bonaparte Premier Consul, poursuivie sans relâche sous l’Empire, l’édition mise en œuvre par la Commission d’Égypte à l’imprimerie impériale s’achèvera à l’imprimerie royale sous le règne de Charles X. La préface est rédigée par Joseph Fourier.

Le bâtiment actuel de l’Institut d’Égypte qui a continué à exister depuis 1799 est situé à proximité de la place Tahrir ; Il a été incendié le 17 décembre 2011, lors de la révolution en Égypte. Dans ce bâtiment étaient conservés 200 000 ouvrages, certains rarissimes, concernant l’histoire et la démographie de l’Égypte. Les archives et ces ouvrages historiques ont été détruits, dont huit volumes faisant partie de l’édition originale, tirée à mille exemplaires, de la Description de l’Égypte.

Page 52 [encadré] Les Champollion et le milieu intellectuel grenoblois

Dès son arrivée à Grenoble en 1802, le préfet Fourier demande à Champollion-Figeac de travailler sur les antiquités de Grenoble. Pour cela, il va parcourir la ville et ses alentours, probablement en compagnie de son jeune frère. Ses recherches aboutissent à la publication en 1803 d’une note sur la crypte de l’église Saint-Laurent. En parcourant les sous-sols de l’église, Champollion-Figeac réussit à démontrer qu’il s’agit d’une église paléochrétienne du VIIIe siècle et non d’un monument païen comme on le croit à l’époque.

Bien introduit dans le milieu intellectuel grenoblois, Jacques-Joseph est élu le 24 décembre 1803, membre de la Société des science et des arts de Grenoble (qui deviendra par la suite l’Académie delphinale). Les liens entre l’aîné des Champollion et le préfet de l’Isère sont de plus en plus renforcés quand Fourier est nommé président le 13 décembre 1805 et Champollion-Figeac secrétaire le 3 janvier 1806. C’est grâce à eux que l’année suivante Jean-François peut présenter, devant la Société de Grenoble, son Essai de description géographique de l’Égypte. Fourier a sans doute apprécié le travail du jeune Champollion car cet essai vaut au jeune savant de devenir, le 28 janvier 1808, membre associé correspondant de la Société.

La Société des sciences et la bibliothèque de Grenoble /…./ vont permettre à Jean-François Champollion de faire ses premiers pas égyptologiques. En 1812, Jacques-Joseph est nommé conservateur en chef de la bibliothèque et Jean-François bibliothécaire adjoint. On leur doit notamment les premiers inventaires des collections dans lesquels on trouve la présence d’objet égyptiens que les Champollion étudieront…

/…/ La même année [1810] est ouverte la première faculté des lettres de Grenoble. Grâce à l’appui de Fourier, Jacques-Joseph devient professeur de littérature grecque et Jean-François professeur d’histoire ancienne. Ces deux nominations suscitent quelques remous et jalousies dans le milieu professoral grenoblois.

p. xx [encadré] Les Champollion et l’Empereur Napoléon

Après son exil dur l’île d’Elbe, l’empereur Napoléon rentre en France le 1er mars 1815. /…/ Le 7 mars 1815, Napoléon fait son entrée à Grenoble et s’installe à l’auberge des Trois Dauphins, rue Montorge. Refusant de l’accueillir, le préfet Fourier quitte Grenoble pour Lyon tout en lui laissant une lettre dans laquelle il explique son attitude, son souci du devoir et son obéissance aux autorité légales. Napoléon le destitue officiellement, mais il a besoin d’un secrétaire qui connaisse les affaires de l’Isère, choisi parmi les commensaux de l’ancien préfet. Le maire de Grenoble indique au souverain la personne de Jacques-Joseph Champollion-Figeac, alors doyen de la Faculté des lettres. Le 9 mars, Napoléon quitte Grenoble pour se rendre à Paris. Ce départ est suivi par celui de l’aîné des Champollion qui se rend également à la capitale comme il le faisait régulièrement pour ses recherches. Les contemporains royalistes associent les deux événements et étiquettent les deux frères comme bonapartistes. Lors de l’abdication de Napoléon et du retour a la royauté avec Louis XVIII, des bandes ultraroyalistes pourchassent les bonapartistes, et plusieurs d’entre eux sont exécutés sans jugement : il s’agit de ce sombre épisode de l’histoire de France que l’on appelle « la Terreur blanche ». Les frères Champollion, quant à eux, sont exilés à Figeac en mars 1816.

L’ouvrage de Champollion-Figeac intitulé Fourier et Napoléon, l’Égypte et les Cent-Jours (ouvrage que nous avons présenté ici-même dans un post de juillet 2018) publié en 1844 rapporte fidèlement sa première entrevue avec l’Empereur….

Fourier et Champollion

dimanche, avril 3rd, 2022

Fourier et Champollion

En cette année 2022 seront commémorés deux bicentenaires qui sont liés : celui de la publication de la Théorie de la chaleur par Joseph Fourier et celui du déchiffrage des hiéroglyphes par Jean-François Champollion, ce qui n’est pas un hasard, les deux hommes se sont connus et appréciés, nous allons voir comment.

Jacques Joseph Champollion, frère aîné du découvreur des hiéroglyphes

Jean François Champollion

Fourier et l’Égypte

     Joseph Fourier a découvert l’Égypte en 1798. Le 19 mai 1798, en effet, il embarque sur le Franklin sans connaître la destination finale du voyage. Il a été convaincu par Monge de participer, comme scientifique, à une expédition dont le but se révélera être l’Égypte. A partir de ce moment, l’Égypte ne quittera plus Joseph Fourier. Pendant trois ans, il va découvrir le pays, interroger les traces des civilisations anciennes qui s’y trouvent ; il sera amené, au plus haut niveau, à partager les préoccupations des responsables de l’expédition militaro-scientifique.

     De retour en France, il va suivre et coordonner durant toute sa vie, l’édition du compte rendu du travail des scientifiques durant ces trois ans et en rédiger la présentation. Cette tâche va le préoccuper une grande partie de sa vie.

     Les anciens de la campagne d’Égypte auront en commun des souvenirs qui ne s’effaceront pas. Ainsi, le comte de Chabrol, saura aider Fourier lorsqu’il sera en disgrâce auprès de Louis XVIII, après les Cent-Jours, et lui trouver un emploi au service statistique de la ville de Paris.

     Sur la fin de sa vie, Joseph Fourier, qui cultivait volontiers l’art de la conversation, revenait souvent sur ses souvenirs d’Égypte ; Arago rapporte, dans l’éloge qu’il prononcera après le décès de Joseph Fourier, une anecdote : « …Fourier avait conservé dans sa vieillesse, la grâce, l’urbanité, les connaissances variées qui, un quart de siècle auparavant, donnèrent tant de charme à ses leçons de l’École polytechnique. On prenait plaisir à lui entendre raconter même l’anecdote qu’on savait par cœur, même les évènements auxquels on avait pris une part directe. Le hasard me rendit témoin de l’espèce de fascination qu’il exerçait sur ses auditeurs, dans une circonstance qui mérite, je crois, d’être connue, car elle prouvera que le mot dont je viens de me servir n’a rien de trop fort.

     Nous nous trouvions assis à la même table. Le convive dont je le séparais était un ancien officier. Notre confrère l’apprit, et la question : avez-vous été en Egypte ? servit à lier conversation. La réponse fut affirmative. Fourier s’empressa d’ajouter : quant à moi, je suis resté dans ce magnifique pays jusqu’à son entière évacuation. Quoique étranger au métier des armes, j’ai fait, au milieu de nos soldats, le coup de feu contre les insurgés du Kaire ; j’ai eu l’honneur d’entendre le canon d’Héliopolis. De là à raconter la bataille, il n’y avait qu’un pas. Ce pas fut bientôt fait, et voilà quatre bataillons carrés se formant dans la plaine de Qoubbèh et manœuvrant aux ordres de l’illustre géomètre. avec une admirable précision. Mon voisin, l’oreille au guet, les yeux immobiles, le cou tendu, écoutait ce récit avec le plus vif intérêt. Il n’en perdait pas une syllabe : on eût juré qu’il entendait parler pour la première fois de ces évènements mémorables. Il est si doux de plaire, Messieurs ! Après avoir remarqué l’effet qu’il produisait, Fourier revint, avec plus de détails encore, au principal combat de ces grandes journées ; à la prise du village fortifié de Mattaryèh ; au passage de deux faibles colonnes de grenadiers français, à travers des fossés comblés des morts et des blessés de l’armée ottomane. Les généraux anciens et modernes ont quelquefois parlé de semblables prouesses, s’écria notre confrère; mais c’était en style hyperbolique de bulletin ; ici le fait est matériellement vrai : il est vrai comme de la géométrie. Je sens, au reste, ajouta-t-il, que pour vous y faire croire, ce ne sera pas trop de toutes mes assurances !

     Soyez sur ce point sans nulle inquiétude, répondit l’officier, qui, dans ce moment, semblait sortir d’un long rêve. Au besoin, je pourrais me porter garant de l’exactitude de votre récit. C’est moi qui, à la tête des grenadiers de la 13e et de la 8e demi-brigades, franchis les retranchements de Mattaryèh en passant sur les cadavres des janissaires !

     Mon voisin était le général Tarayre. On concevra bien mieux que je ne pourrais le dire, l’effet du peu de mots qui venaient de lui échapper. Fourier se confondait en excuses, tandis que je réfléchissais sur cette séduction, sur cette puissance de langage qui, pendant près d’une demi-heure, venait d’enlever au célèbre général, jusqu’au souvenir du rôle qu’il avait joué dans les combats de géants qu’on lui racontait…. »

     Le compagnonnage initié en Égypte se prolonge au-delà de la mort : les tombes de Joseph Fourier et de Champollion sont voisines au cimetière du Père-Lachaise ; avec quelques autres, ils forment le groupe des « tombes égyptiennes ».

Les frères Champollion :

     En 1803, Joseph Fourier, préfet de l’Isère, a, en plus de ses fonctions préfectorales, en charge de coordonner les travaux d’édition de la description de l’Égypte. Il fréquente la Société des Sciences et des Arts de Grenoble où il rencontre, en décembre 1803 Jacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac (né le 5 octobre 1778 à Figeac dans le Lot et mort le 9 mai 1867 à Fontainebleau), un archéologue français. Les deux hommes s’apprécient, Fourier propose à Champollion-Figeac de travailler avec lui à la Description de l’Égypte ; ils resteront proches jusqu’à la chute de l’Empire. Témoin privilégié de la vie grenobloise de Fourier, Champollion-Figeac racontera sa collaboration avec Fourier dans un recueil de souvenirs.

     Champollion-Figeac dirige l’éducation de son frère, Jean-François, de douze ans son cadet (né le 23 décembre 1790 à Figeac et mort le 4 mars 1832 à Paris) qu’il accueille à Grenoble dès 1801, à qui il trouve un professeur ; l’abbé Dussert, qui lui enseigne le latin et le grec ; Jean-François Champollion aborde aussi l’étude de l’hébreu et acquiert des rudiments d’arabe, de syriaque et de chaldéen, encouragé par son frère, grand admirateur de l’Orient. En mars 1804, après en avoir brillamment passé le concours, il est admis avec une bourse au lycée impérial de Grenoble et le fréquente jusqu’en août 1807. Cependant, s’il est brillant élève, il se plie mal à la discipline quasi militaire du lycée.

partie hiéroglyphique de la pierre de Rosette

   Les contacts étroits et fréquents entre les frères Champollion et le préfet Fourier, l’accès aux documents ramenés d’Égypte par Joseph Fourier orientent l’intérêt de Jean-François vers l’étude de l’écriture hiéroglyphique. Un prêtre égyptien, Geha Cheftitchi, lui apprend le copte, langue héritière de l’égyptien ancien. Ces recherches passent par des études très spécialisées que Jean-François va mener à Paris de 1807 à 1809. Il suit les cours de langues orientales au Collège de France, et plus particulièrement ceux d’arabe par Silvestre de Sacy, de persan par Langlès et d’hébreu par Audran. Il fréquente la Bibliothèque impériale.

     1809, retour à Grenoble, où Jean-François est nommé, à dix-huit ans, professeur adjoint d’histoire à l’université. Il retrouve son frère, toujours familier de Joseph Fourier, ils animent les soirées de l’hôtel de Lesdiguières au côté des plus éminents représentants de la société grenobloise.

Joseph Fourier, préfet, saura éviter la conscription à Jean-François, par ailleurs de santé fragile.

     Jacques-Joseph Champollion sera chargé par Joseph Fourier en septembre 1811 de porter à l’Académie des Sciences le manuscrit de la Théorie de la Chaleur, « Voilà, monsieur, une des commissions les plus importantes que je puisse donner de ma vie. »

     En dépit des troubles politiques, Jean-François Champollion restera professeur, à Grenoble, jusqu’en 1821, mais sans retrouver, avec la préfecture, la qualité de collaboration des années 1805-1815.

     À partir de 1821, Champollion déchiffre les premiers cartouches royaux, dont celui de Ptolémée V sur la pierre de Rosette, puis celui de Cléopâtre sur la base d’un obélisque et sur un papyrus bilingue. Sur des reproductions de détails issus des temples d’Abou Simbel nouvellement découverts, Champollion y repère dans un cartouche le signe solaire de Râ (Rê), un autre signe qu’il savait être M et deux S : RâMSS, donc Ramsès, ce qui en même temps signifie « Rê l’a mis au monde ». De même pour ThôtMS, Thoutmôsis : le 14 septembre 1822, il peut donc aussi lire les noms égyptiens, s’exclamer « je tiens mon affaire » puis selon la légende familiale tomber dans un coma quelques jours. Ce déchiffrement signe l’acte de naissance d’une nouvelle science.

     En 1822, Jean-François écrit et publie sa Lettre à M. le rédacteur de la Revue encyclopédique, relative au zodiaque de Dendérah. Le zodiaque avait été amené en France en 1821. Il remet en question la méthode et donc la pertinence de la datation du zodiaque nouvellement avancée par Jean-Baptiste Biot (soit l’an 716 avant notre ère). Pour Champollion, il ne faut pas confondre un objet de culte avec un objet astronomique ; ensuite il ne faut pas interpréter les signes trop vite car certains ne sont qu’un « système d’écriture ». Il infirme enfin l’interprétation de Biot concernant quatre étoiles supposées identifiées.

     Fourier n’en voudra pas à son ancien protégé de battre en brèche les assertions qu’il avait lui-même encouragées à propos de l’ancienneté du zodiaque. Fourier, devenu, depuis son départ de Grenoble, membre de l’Académie des sciences avant que d’en être bientôt élu, le 18 novembre 1822, secrétaire perpétuel, est surtout préoccupé alors par la publication du travail qui lui a valu, en 1811 le prix de l’Académie : la Théorie analytique de la chaleur, que, pendant l’effondrement de l’Empire, l’Académie avait oublié dans un tiroir sans le publier.

     Jean-François Champollion demandera à être inhumé près de Joseph Fourier (décédé deux ans auparavant) auquel, depuis les heures passées en sa compagnie à la préfecture de Grenoble, il pensait devoir sa vocation.

Tombe de Joseph Fourier (mars 2022) en cours de rénovation

Tombe de Jean François Champollion

Fourier chez lui

lundi, mars 21st, 2022

Fourier chez lui

      La SSHNY vient de publier, dans l’opus 156 de son bulletin, le compte-rendu de ses travaux pour l’année 2018-2019, illustré en couverture la reproduction d’une étude, de 1842, du peintre Eloi Firmin Féron, travail préparatoire au tableau du musée des Beaux-arts de Strasbourg, représentant Les Funérailles du général Kléber au Caire, Oraison funèbre de Joseph Fourier.

      Cette couverture annonce le compte rendu de la conférence, donnée le 6 octobre 2018, par le Président de la SSHNY, Alain Cattagni, p. 120 à 135, titrée « Jean Baptiste Joseph Fourier dans l’expédition d’Égypte, 1798-1801 ».

Le cadre

Le 6 octobre 2018, c’est devant une assemblée attentive, réunie dans les locaux légués par le poète Marie Noël qu’est prononcée la conférence d’Alain Cattagni. La maison, chargée d’histoire, où l’architecture, le mobilier, l’atmosphère, chaque objet, évoquent des temps anciens, très loin, qu’on croyait disparus, oubliés, mais qui restent, ici, bien vivants, n’est pas sans évoquer les quelques réunions de la Société d’émulation d’Auxerre à laquelle Joseph Fourier, en 1790-1791 participa avant d’être aspiré par la tourmente et projeté sur le rives du Nil, en 1798. C’est en quelque sorte chez lui (même si stricto-sensu il n’a pas fréquenté cette maison) qu’un épisode de la vie de Joseph Fourier est évoqué.

Le sujet

Du point de vue militaire, la campagne d’Égypte (juillet 1798-septembre 1801) ne fut pas une réussite : un chef, Bonaparte, qui revient en France secrètement, abandonnant, dès le 22 août 1799, ses armées aux bons soins de Kléber. Kléber assassiné, le 14 juin 1800. Le général Menou, qui bon gré, mal gré, prend les rênes jusqu’à l’organisation du départ du gros des troupes survivantes fin août 1801.

De ce fiasco militaire, l’équipe des savants fit un triomphe scientifique, les quelques 160 savants et artistes rendirent compte au monde entier de l’émerveillement qui les avaient saisis devant ce qu’ils avaient découvert au milieu des sables.

Joseph Fourier y prit sa place, toute sa place. Son expertise en mathématique ne l’aidant pas sur le terrain, il s’occupa donc du lien et de la communication, assurant tout d’abord la sortie des 116 numéros du Courier de l’Égypte, puis en convainquant les savants d’oublier leurs droits individuels pour participer à un ouvrage commun (1799-1801), en rassemblant leurs contributions (1800-1821) en organisant la publication de ce qui fut la « Description de l’Egypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition de l’armée française », publié entre 1809 et 1830, avec au final, l’Empereur étant mort en exil, l’approbation du Roi !

Fourier est à sa place, mais pas inactif. Le poste qu’il occupe, en Égypte, l’amène au contact des instances dirigeantes ; Monge d’abord, qui lui laisse carte blanche pour choisir les élèves de l’École polytechnique et participe à sa nomination comme secrétaire de l’Institut du Caire , Bonaparte, qui se souviendra de ses qualités en le nommant, en 1803, préfet de l’Isère, un département qui n’était pas gagné aux idées nouvelles. Kléber, dont la disparition crée un vide d’amical  compagnonnage, avec qui, entre autre, il mûrira l’idée de la Description de l’Égypte. Avec qui aussi, il contribuera à régler le quotidien autant qu’à penser la construction d’un monde idéal comme il le précise dans le discours funèbre qu’il prononce le 17 juin 1800 : « Il [Kléber] s’est appliqué à régler les finances, et vous connaissez les succès de ses soins. Il en a confié la gestion à des mains pures et désignées par l’estime publique. Il méditait une organisation générale qui embrassât toutes les parties du gouvernement ; la mort l’a interrompu brusquement au milieu de cet utile projet. ». Menou qu’il accompagna pour négocier avec les anglais les conditions de l’évacuation.

Fourier utilise son charme naturel lors des négociations auxquelles il participe sachant prendre « dans le sens de l’épi » tant Mourâd Bey et Sitty Nefiçah que les Anglais William Richard Hamilton ou Hutchinson et le commodore Sidney Smith. Ce dernier jugeait charmante la compagnie de Fourier qu’il revit ensuite, fort amicalement, à Paris.

L’esquisse préparatoire au tableau, représentant Fourier en train de prononcer l’éloge funèbre du général Kléber, et qui a été reproduit sur ce calendrier de l’année 1903 édité par une entreprise strasbourgeoise (mis en ligne par Gallica)

Fourier et le Lautaret

mercredi, mars 2nd, 2022

 Fourier et le Lautaret

     Au cours de la période où il a été préfet, à Grenoble, Joseph Fourier s’est préoccupé de deux importants chantiers. D’une part, l’assèchement des marais de Bourgoin, d’autre part l’aménagement d’une route reliant Grenoble à Turin et passant par le col du Lautaret.

     Lors d’une précédente intervention devant la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, Jean-Charles Guillaume a rendu compte de l’action de Joseph Fourier en ce qui concerne les marais de Bourgoin.

     Le samedi 5 mars à 16 h 30 il présente une intervention sur le thème «  Fourier, préfet de l’Isère et la route de France en Italie par le Lautaret » devant les adhérents de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 1 rue Marie Noël à AUXERRE. Ce thème n’a pas été spécifiquement traité sur notre site, ce sera donc l’occasion de découvrir les détails inédits que monsieur Guillaume est allé recueillir dans les archives de la préfecture de l’Isère.

Note : A notre connaissance, la SSHNY n’a pas encore de chaîne YouTube ; jusqu’à ce jour, la tradition est publier le texte des conférences dans les actes de la Société, au cours des années qui suivent. Pour les lecteurs impatients qui ne peuvent se libérer, il est possible de contacter Jean-Charles Guillaume pour qu’il réponde à leurs questions.

Une vue du col du Lautaret

Négatif Positif

mercredi, février 9th, 2022

Négatif/Positif

Positif\Négatif

      La Tour Eiffel, le Musée du Louvre, la Joconde, Guernica, l’Arc de Triomphe de l’Étoile, Notre-Dame… Lorsqu’un tour-opérateur vous fait découvrir une capitale, il vous promène de réalisation positive en réalisation positive, permettant à chacun de s’esbaudir à qui mieux mieux. Mais la réalisation positive est-elle plus pertinente que sa contre-partie négative ?

Guernica\Guernica

Le Guernica-positif, œuvre d’un artiste de génie, (que l’on peut actuellement -2022- découvrir au siège des Nations-Unies) parle-t-il mieux que sa contre-partie négative, petit village martyr d’Espagne ? Notre-Dame, telle qu’on pouvait la découvrir avant le 15 avril 2019 nous parlait-elle mieux que la ruine que des ouvriers, soutenus par un élan général, veulent ramener de l’autre côté du miroir ?

Notre-Dame, 15 avril 2019

     La vie et l’œuvre de Joseph Fourier sont placés sous le signe de la dualité. ‘Négatif/Positif’ : son acte de baptême existe encore / l’église paroisse Saint-Regnobert où il fut célébré a été détruite pendant la Révolution. Embarqué en Égypte, il assiste à la calamiteuse prestation de l’armée abandonnée sur place par son général en chef / il dynamise l’énergie de l’équipe scientifique dont il obtient l’assentiment de rédiger en commun la Description de l’Égypte. Nommé préfet en province, loin de ses pairs de l’Institut de France / il use de son temps libre pour affiner sa réflexion sur la chaleur. Le premier mémoire qu’il envoie à l’académie est-il ignoré1 / il obtient la création d’un prix sur le même sujet qui lui permet de proposer sa monumentale Théorie de la chaleur. Son acte de décès brûle le 24 mai 1871 dans l’incendie de l’Hôtel de ville2.

Hôtel de Ville en juin 1871 \ État civil reconstitué

Dans son œuvre, la dualité temps/fréquence, méthode qu’impulse la transformation qu’il découvre, s’appliquera magistralement à une autre dualité, onde/corpuscule.

Hugues Dufourt :

     Compositeur, musicologue et philosophe français, Hugues Dufourt est en mesure d’apprécier la trajectoire de Joseph Fourier pour en avoir plus particulièrement exploré les possibilités dans son domaine de recherche. « L’œuvre scientifique de Joseph Fourier est soumise à cette dualité, passant de l’ombre à la lumière, de la lumière à l’ombre. »

     On pourra suivre l’alternance de ces passages négatif\positif en prenant connaissance, sur le site du Mathouriste du texte inédit dans lequel il donne sa lecture de l’évolution de la perception de l’œuvre de Joseph Fourier. On verra Fourier célèbre/controversé ; créatif dont ‘on’  remet en cause la rigueur [les pairs contemporains de Fourier, mais aussi de plus contemporains, Dieudonné, le groupe Bourbaki…] / s’inscrivant dans une continuité de pensée avec les mathématiciens qui l’ont précédé.

     Hugues Dufourt a le mérite de traiter son sujet en philosophe ; il dégage les lignes de forces suivies par la recherche mathématique sur quatre siècles en évitant les formules mathématiques absconses au profane. Il met en évidence l’opposition continuité/rupture, si spécifique de l’apport de Fourier à la physique et à la mathématique. Au passage, il cite des sources qui permettront au lecteur scrupuleux d’enrichir une réflexion qui chez Dufourt se développe en s’appuyant sur une longue pratique acoustique et musicale. Au lecteur, à partir de là d’explorer les domaines de recherche divers auxquels Fourier se trouve mêlé de façon inattendue et féconde pour décrire « n’importe quel phénomène vibratoire »/des domaines qui « échappent à la périodicité », de creuser la dualité temps/fréquence qui sous-tend les domaines de recherche récents.

Concluons ce billet en illustrant les passages ombre/lumière de Fourier avec deux anecdotes :

Statue d’Auxerre :

L’érection d’une statue pour honorer la mémoire de Joseph Fourier est due à l’initiative testamentaire de Gau de Gentilly, c’est le côté positif. En 1942, l’occupant nazi à la recherche de bronze pour fabriquer canons et obus présenta ses exigences… et l’on fondit la statue. C’est le côté négatif. On espère maintenant un retour vers le positif et la réalisation d’un monument en remplacement de la statue disparue.

la statue fondue en 1942

 

 

emplacement de la statue (2010) – buste par Nacèra Kainou

Plaque sur sa maison natale

La plaque sur sa maison natale est, à elle seule, un condensé de négatif/positif. Produit des ateliers Guillet, sa réalisation est confiée aux ouvriers fondeurs qui préparent le texte en suivant une note manuscrite, certainement mûrement pensée, mais mal lisible, ce qui entraîne une erreur factuelle : le décès du 16 mai 1830, mal lu, devient alors décès du 16 mars 1830, avec une anticipation de deux mois.

Exposée aux quatre vents, la fonte s’oxyde, prenant avec le temps l’aspect négligé des vieux objets, peu enclins à attirer le regard du passant. En 2018, pour le 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier, la municipalité, soucieuse de redonner de l’éclat à la plaque vétuste, l’a restaurée…. Ce qui était sans compter avec la matière : la fonte sous-jacente est très vite réapparue faisant disparaître, en quelques mois, toute trace de dorure.

plaque (en 2010)\(en 2018)

1Nous attendons, impatiemment, la comparaison de son contenu, en 1807, avec le texte du prix de l’Académie, de 1811, et celui de la Théorie de la Chaleur, de 1822, que le Mathouriste se propose de nous offrir. Nous serons attentif aux conclusions que le Mathouriste en tirera quant à l’évolution de la pensée de Fourier.

2 Notons que la fiche de décès de Joseph Fourier dans ‘l’état civil de Paris reconstitué’ est aussi en creux un témoignage que la Commune a existé. Cette Commune que longtemps les programmes d’histoire ont plus ou moins passée sous silence.

Fourier et Buonarroti

samedi, avril 17th, 2021

Fourier et Buonarroti

(Grenoble, 1813-1814)

Depuis l’ouverture de ce site en 2012 Nous nous sommes beaucoup intéressés à l’œuvre scientifique de Joseph Fourier, œuvre qui reste très vivante et continue d’irriguer l’actualité. Les articles historiques sont plus rares… : les adhérents de l’association Société Joseph-Fourier se recrutent essentiellement chez les scientifiques, peut-être considèrent-ils que tout a été dit par Arago, par Champollion-Figeac, par Victor Cousin ou Émile Duché ?

Buanarroti (source Wikipedia)

       Ces idées reçues sont en passe d’être ébranlées : monsieur Jean-Marc Schiappa, historien, spécialiste de Babeuf (1760-1797), s’intéressant à Buonarroti (1761-1837), émule de Babeuf, nous interroge sur l’accueil fait à Buonarroti par le préfet Joseph Fourier lorsqu’il fut, en 1813, contraint de quitter Genève après avoir participé à la conspiration du général Malet et fit le choix de résider à Grenoble : « L’historiographie classique estime que le séjour grenoblois fut une pause des activités subversives de mon personnage [Buonarroti]. Après y avoir sacrifié, je n’y crois guère.

Cela ne correspond pas à son tempérament ni aux quelques récalcitrants grenoblois présents (et Buonarroti choisit cette ville quand il lui faut quitter Genève).

Trois semaines après son arrivée, Fourier écrit au Ministre qu’en fait Buonarroti est très calme et qu’il ne faut pas le surveiller. Écrire cela après une surveillance de vingt jours et quelques est assez surprenant…

Les possibles connexions maçonniques expliquent peut-être des choses. »

     Le questionnement de monsieur Schiappa et l’absence de réponse qui nous lui avons apportées mettent en évidence la nécessité de revenir aux sources archivistiques, à analyser le quotidien de la préfecture de l’Isère entre 1802 et 1815, à aller au-delà des publications du XIXe siècle. Monsieur Schiappa formule l’hypothèse d’un réseau maçonnique pour expliquer la bienveillance de Joseph Fourier vis à vis de Buonarroti dans sa réponse au Ministre.

Hypothèse pour hypothèse, nous en formulons une autre, qui s’appuie sur ce que nous connaissons de Joseph Fourier :

En messidor VII (juin 1799), en Égypte, Bonaparte en butte à l’hostilité du cheikh Ibrahim et de quatre oulémas en rébellion contre l’occupation française a chargé Joseph Fourier d’y voir de plus près. Consignes de Bonaparte « Vous vous mettez en relation avec eux. Mais pas de demi mesure, pas d’atermoiement. Il faut faire un exemple. Leur tête ou leur allégeance. » Quelques jours plus tard, Bonaparte, Fourier, le Cheikh et les Oulémas soupaient ensemble pour sceller une alliance qui ne se démentit pas jusqu’au départ des Français, fin 1801.

En 1813, Fourier reçoit donc, envoyé par le ministère, le dossier d’assignation à résidence de Buonarroti. Une réponse paresseuse eût été d’en déléguer le suivi aux services de police. Gageons que comme avec Ibrahim et les oulémas égyptiens, Fourier est allé au contact, se souvenant des engagements révolutionnaires de sa jeunesse, il put être sensible aux convictions sincères de Buonarroti et les deux hommes convenir d’un modus vivendi qui expliquerait la réponse assurée de Fourier au Ministre. Comme à son habitude, Fourier a recherché un compromis gagnant/gagnant : le préfet économise une surveillance épuisante à ses services, Buonarroti y gagne un temps sans tracasseries.

Hypothèse, bien sûr, qui devra subir la comparaison critique avec les documents entreposés sur les rayons des Archives départementales de l’Isère.

des vidéos sur Fourier

samedi, octobre 3rd, 2020

     Lorsque nous découvrons une vidéo de qualité concernant Joseph Fourier, nous ne manquons pas d’en faire part sur ce blog. Depuis longtemps, notre souhait est de recenser et ordonner les productions vidéos qui sont ramenées à chaque chalutage de notre moteur de recherche. La tâche est difficile : la levée du filet ne ramène pas à chaque tour les mêmes titres et il faut ensuite trier et présenter le meilleur de la sélection. Notre choix, celui d’un curieux passionné de Joseph Fourier, peut être contesté ou simplement ne pas correspondre aux intérêts des visiteurs de ce blog. Nous vous invitons donc, pour combler nos lacunes, à nous faire part de vos découvertes et de vos remarques : sjf89(at)laposte.net.

    Nous adoptons ici un tri en trois classes : éléments biographiques concernant Joseph Fourier, analyse de l’œuvre scientifique de Joseph Fourier, enseignement théorique et pratique des calculs de Fourier et des prolongements qui en découlent.

biographie

* Comme mise en bouche, nous proposons les Vie et œuvre expliquée à une petite fille, 8 min 30 s. Quand Hervé Pajot explique à sa fille ce qui fait l’objet de ses préoccupations au travail. [22/11/2018]

La visite peut se prolonger avec des vidéos qui s’adressent à un public plus âgé.

*Qui était Joseph Fourier ? 1h 12’ 55’, une conférence d’Hervé Pajot sur la vie et l’œuvre de Joseph Fourier [29/11/2018].

* Joseph Fourier un savant prodigieux et un grand serviteur de l’État, par Jean Dhombres, 1 heure 56 minutes [05/04/2018]

* Sur les manières de Fourier savant, par Jean Dhombres, invité par l’Académie des sciences ; 32 minutes. [26/03/2018]

une session spéciale de l’Académie des Sciences

Cet après-midi de mars 2018, l’Académie des sciences avait invité cinq intervenants prestigieux pour développer, chacun en une demie heure, une facette de ce qui fait le renom de Fourier

Patrick FLANDRIN Fourier et la science d’aujourd’hui

Jean DHOMBRES Sur les manières de Fourier savant

Bernard DERRIDA La loi de Fourier : hier et aujourd’hui

Gilles PISIER Séries de Fourier aléatoires

Ingrid DAUBECHIES Au-delà des séries de Fourier

diverses interventions

* Jean Dhombres évoque Fourier, devant un public de la SabiX, École polytechnique, 47 min 22 s [22/06/2017]

* Un texte, un mathématicien sont évoqués par Jean-Pierre Kahane à l’Université de Grenoble les rapports entre Fourier et Lagrange (à partir de 30 minutes), 1 heure 3 min [18/05/2011]

Et pour faire la transition avec le chapitre qui suit :

* Une réalisation d’Alexandre Moatti : Il y avait un académicien nommé Fourier…, en moins de 33 min, Jean Dhombres et Patrick Flandrin présentent l’analyse de Fourier. [26/02/2020]

évocation de l’œuvre scientifique

* Très émouvante introduction à ce chapitre, quelques mois avant sa mort, Jean-Pierre Kahane dresse en forme de panorama le bilan de différents aspects du retour de Joseph Fourier sur le devant de l’actualité qui est aussi le panorama de ce qui a motivé sa carrière. Différents aspects du retour de Joseph Fourier, [Institut Fourier/CNRS, 07/12/2016, 63 min]

* Modernité de Fourier, Patrick Flandrin à l’INRIA, 1 heure [27/06/2019]

* Fourier aujourd’hui, colloque où interviennent Claire Boyer, Eric Chassande-Mottin, Jean Dhombres, Céline Esser, Patrick Flandrin, Thomas Hélie à l’Institut Henri-Poincaré (7 exposés d’env 50 min chacun) [07/04/2018]

* Quand la Terre était trop jeune pour Darwin, par Cédric Villani, devant l’ Académie des sciences . 1 h 55 min [18/03/2014]

* Vérité mathématique : vérité scientifique ?, 1 heure 30 min d’un dialogue de Jean Pierre Kahane avec une philosophe au Palais des Beaux-Art de Lille. [01/04/2015]

* Un mathématicien présente l’actualité du programme brossé par Joseph Fourier et commente les conséquences de ce programme visionnaire (construire un langage de la nature) font partie de notre vie quotidienne, 63 min par Ronald Coifman. [05/12/2018]

le signal

* Signal représentation et modélisation, Patrick Flandrin à l’Université de Lyon 56 minutes [30/03/2020]

* Des signaux partout. Des chauves-souris à Internet , Patrick Flandrin à l’Académie des sciences, 1 heure 48 min [11/02/2020]

onde et son

* Des séries de F à la fonction d’onde Pour amorcer une approche technique de la théorie de Fourier, laissez vous emporter 17’57’’ par la fougue de Lê Nguyên Hoang [10/10/2016]

* Formule de Fourier, du sinus aux fichiers mp3, par Romain Joly, à l’Institut Fourier, pour le CNRS, 5 min 33 s [29/04/2020]

* Analyse harmonique, Des oscillations de Fourier aux ondes gravitationnelles, conférence « MathEnVille », par Ronald Coifman, préambule explicatif à une théorie difficile, en 1 h 3 min, Institut Fourier/CNRS. [05/12/2018]

* Fourier et la musique, sur le mode décontracté, Laure Cornu, Palais de la Découverte, Le Myriogon#29, en 1 heures 31 min [07/05/2020]

La cristallographie 

* La cristallographie à travers les siècles, par Sylvain Ravy, en 1 heure 20 min [10/07/2014]

divers

* But what is the Fourier Transform? A visual introduction. Une introduction animée de la Transformée de Fourier animée, des graphes enroulés autour de cercles (en anglais), 3Blue1Brown, 19 min 42 s. [26/01/2018]

* Fourier Transform, Fourier Series and Frequency Spectrum 15 min 44 s , avec Kira Vincent et Eugen Khutoryansky (en anglais) [06/09/2015]

Enseignement :

Pour celui qui souhaite un cours, entrer ‘Séries de Fourier / Transformée de Fourier / Loi de Fourier…’ sur un moteur de recherche permet d’accéder à de nombreuses vidéos qu’il est difficile d’ordonner et dont il est aussi difficile de rendre compte.

* Loi de Fourier et résistance thermique, Christophe Finot, 10 min 20 s, [16/02/2014], cette première vidéo introduit une série de vidéos que l’on pourra suivre progressivement.

* Loi de Fourier. Conducteur ou isolant. Profil de température. Matériaux accolés. 32 min 12 s par Rémy Fortie. [16/03/2020]

* 8.1 Introduction à la transformée de Fourier, 10 min 37 s par Marie Hélène Le Du [30/09/2020]

* 8.2 La transformée de Fourier et le problème de phase, 9 min 36 s par Marie Hélène Le Du, [30/09/2020]

Cauchy et Fourier

samedi, avril 18th, 2020

Joseph Fourier

Cauchy et Fourier

 ,

,

,

 ,

,,

,

    Que l’on doive citer à brûle-pourpoint une poignée de mathématiciens… viendront sans doute Pythagore (sa table) et Thalès (son théorème), Ératosthène (son crible), Euclide (son postulat), Descartes (son plan si cartésien), Newton (sa pomme), Gauss (la courbe en cloche), Euler (les ponts de Königsberg) ; Viète, peut-être (les x et les y)… et Fourier n’apparaîtra pas. Son nom est attaché à la Théorie de la Chaleur, qui pour le profane ressort de la physique. Trop peu mathématicien Fourier ? Il maîtrisait pourtant le sujet : lorsque Lagrange a voulu le corriger, c’est Fourier qui lui a fait la leçon (et Jean-Pierre Kahane l’a bien montré : « il [Fourier] s’est heurté à l’incompréhension persistante de Lagrange, et deux pages dans les manuscrits de Lagrange, que j’ai consultées et commentées, confirment que Fourier avait raison contre Lagrange. Mais Lagrange était à l’époque de Fourier le plus respecté des mathématiciens français, et son jugement négatif sur Fourier a traversé les siècles. »).

      Mieux : Fourier a apporté sa pierre et laissé sa marque : deux notations spécifiques, très usuelles (Dhombres et Robert, dans leur ouvrage, ajoutent une autre invention de Fourier, qui touche les notations : l’équation aux dimensions. Joli jeu d’adaptation des mathématiques à la physique : les quantités numériques ne sont pas toutes de même nature. Et cela éclaire bien la nature double du génie de Fourier, mathématicien et physicien).

             

    

Elles se lisent  : « f chapeau » et « somme de 1830 à l’infini ». L’écriture ‘f chapeau’ qui renvoie aux méthodes introduites par Fourier n’a été adoptée qu’au XXe siècle lorsque l’usage de la Transformation de Fourier est devenu si courant et incontournable qu’il a fallu abréger les attendus. Tout étudiant de troisième cycle saura expliquer qu’il s’agit d’appliquer à la fonction f la transformation de Fourier qui transforme une fonction en une somme infinie de fonctions fréquentielles (sinus et cosinus). Le chapeau est une façon très raccourcie de noter ce que Fourier a expliqué en plusieurs centaines de pages dans sa Théorie de la Chaleur et que Lagrange a contesté jusqu’à son dernier souffle.

     Pour l’autre, Fourier a trouvé chez ses prédécesseurs le symbole de sommation qui était utilisé brut, sans indication de limites. Fourier y a ajouté l’indication des limites entre lesquelles cette somme est calculée et dès la terminale du lycée les élèves commencent à se familiariser avec ce symbole.

      Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, qu’ils se tournent vers Cauchy. Cauchy (1789-1857) était de 20 ans le cadet de Joseph Fourier. Cauchy était précoce et c’est à 27 ans qu’il fut académicien, aussi les deux savants eurent-ils l’occasion de se côtoyer pendant 14 ans à l’Académie des sciences où ils siégèrent ensemble de 1816 à 1830. Royaliste convaincu et catholique fervent, Cauchy était par ailleurs d’un caractère si exigeant qu’il ne sut pas toujours entretenir de bonnes relations avec ses proches. Quoiqu’il en soit, aucune anecdote ne nous est parvenue des relations personnelles que les deux hommes ont pu entretenir bien qu’ils aient, tous deux, abordé l’analyse mathématique.

     C’est dans les cours que Cauchy donnait à l’École polytechnique que se trouve attribuée à Joseph Fourier l’invention de la notation de l’intégrale définie (compte-tenu du caractère de Cauchy, qui faisait souvent de mesquines querelles de priorité -par exemple avec Liouville, en 1847, à l’occasion du théorème Fonctions Holomorphes-, cette attribution d’invention de notation à Joseph Fourier peut être acceptée pour avérée)

:

Fourier dans les marais

jeudi, avril 16th, 2020

Fourier devant

les marais de Bourgoin

,

,

Le compte-rendu, par Jean-Charles Guillaume, de l’assèchement des marais de Bourgoin est publié par la SSHNY.

,

     De la statue érigée en l’honneur de Joseph Fourier, ne restent que les deux plaques qui en ornaient le socle. L’une représente Fourier prononçant le discours funèbre de Kléber, l’autre le montrant dirigeant le chantier de l’assèchement des marais de Bourgoin.

Fourier à Bourgoin, bronze, Auxerre

Le choix du sujet de ces plaques était judicieux pour illustrer une biographie riche. A la mort de Kléber, Fourier est propulsé sous les projecteurs.

En 1795, Fourier n’était encore qu’un étudiant gouailleur ; il suivait les cours de l’École normale de l’an III et attirait l’attention d’un de ses professeurs, Monge, en le titillant sur les carences de la définition qu’il donnait de la droite. Monge n’oublia pas ; il garda un œil sur cet étudiant prometteur dont il put ensuite apprécier les compétences d’enseignant auprès de ses pairs de l’École normale, puis des premiers élèves de l’École polytechnique. Monge pensa naturellement Fourier, en mars 1798, lorsqu’il fallu constituer une cohorte de savants pour accompagner l’expédition secrète dont le Directoire confia le commandement au général Bonaparte.

     En Égypte, les affaires militaires virant au cauchemar, Bonaparte et Monge rentrèrent en France, fin août 1799  ; Fourier devint, vis à vis de Kléber, le représentant des savants de l’expédition ; Kléber assassiné, en juin 1800, Fourier s’est retrouvé en première ligne, Menou ne parvenant pas à voir plus loin que la gestion militaire des troupes démoralisées dont il avait maintenant la charge. Un tournant donc. Que Fourier négocia en valorisant le travail des savants qu’il représentait. Tournant si bien négocié que Bonaparte trouva rapidement un emploi au jeune professeur talentueux qui venait de sauver l’expédition d’Égypte en transformant le fiasco militaire en succès scientifique. Fourier fut donc nommé préfet de l’Isère.

     Devenu préfet, Fourier, imperturbable, applique sa méthode : face à un problème, une situation difficile, d’abord observer, analyser, répondre aux questions lorsqu’il est possible d’y répondre et continuer l’analyse avec les autres ; ne jamais brusquer, prendre chacun « dans le sens de l’épi ». Le préfet est en charge de l’intérêt de ses administrés ; parmi les dossiers, celui des marais de Bourgoin concerne le bien-être des 30 000 habitants de 35 communes, répartis sur 7 200 hectares insalubres. Il va y appliquer sa méthode : trouver et diriger des informateurs qui vont collecter des données fiables concernant les multiples problèmes, sérier les difficultés et les résoudre une à une en recherchant un consensus maximum. La conciliation d’abord, oui, mais sans être aveugle et sans hésiter à corriger les dévoiements qui risqueraient de compromettre le consensus recherché, voulu, indispensable.

 ,

;

 

,

,

,  Ce sont les détails de cette aventure, l’assèchement des marais de Bourgoin, que Jean-Charles Guillaume est allé chercher, vérifier, compiler aux Archives de l’Isère où les procès-verbaux de réunion, les dossiers d’étude, les ordonnances d’exécution sont encore conservés. Il a livré, en février 2017, le fruit de ses recherches et la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne les publie aujourd’hui dans le 155e volume (année 2017) de son bulletin (pages 81 à 100).

La fonte Fourier

jeudi, décembre 12th, 2019

La fonte de caractères Fourier      

     Parmi les polices de caractères disponibles, on trouve un fonte Fourier-GUTenberg, créée, en 2003, par Michel Bovani ; ce qui nous incite à nous interroger sur les rapports que le scientifique Joseph Fourier a pu nouer avec la typographie et l’imprimerie, avant de conclure par une déclaration de l’auteur de la fonte.

1) L’environnement auxerrois : Le 22 avril 1760, Nicolas Restif épouse, à Auxerre, Agnès Lebègue, la cousine de Germaine Lebègue, elle-même épouse du tailleur d’habits, Joseph Fourier et future mère de Joseph Fourier qui deviendra le savant que nous connaissons. Les Fourier tiennent boutique à Auxerre, rue Notre-Dame (aujourd’hui rue Fourier) qui débouche place de l’hôtel de ville où se tient l’imprimerie-librairie Fournier où travaille Nicolas Rétif. Les Fournier, d’Auxerre, sont apparentés avec les Fournier parisiens graveurs-fondeurs reconnus. En 1778, Joseph a dix ans, le tailleur Fourier qui a déménagé pour laisser place à son beau-fils, habite place de Hôtel de ville, très proche donc de l’imprimerie Fournier.

Ces éléments nous permettent d’affirmer que le jeune Joseph Fourier, garçon éveillé, connaissait l’imprimerie Fournier et il est probable que, vers 1775, il la fréquentait et allait y glaner des chutes de papier.

2) Le bouillonnement révolutionnaire à Auxerre : Novembre 1789 : Le pouvoir révolutionnaire supprime les couvents. Libéré de ses engagements monastiques à Saint-Benoît-sur-Loire, le novice Joseph Fourier revient à Auxerre où il participe activement à la vie publique. Joseph Fourier y retrouve Nicolas Maure, membre du directoire révolutionnaire qui a épousé le 27 mai 1782 Anne Marguerite Fournier, la fille de François, l’imprimeur. Pour le compte du directoire, Joseph Fourier prendra des responsabilités qui lui vaudront des déboires sérieux : il ne sera sauvé de la guillotine que par la chute de Robespierre, mais, notre propos n’est pas là.

3) La campagne d’Égypte : 6 fructidor VI (23 août 1798) : Joseph Fourier a accepté la proposition de Gaspard Monge participer à l’expédition secrète préparée par le Directoire. Arrivé en Égypte avec une cohorte de deux cents savants il est nommé secrétaire de l’Institut d’Égypte. A ce titre, il suit de près la rédaction et la fabrication de la gazette voulue par Bonaparte ‘le courier de l’Égypte’ dont le premier numéro est publié le 12 fructidor VI.

4) L’élaboration de l’ouvrage ‘la description de l’Égypte’ : En 1802, Bonaparte charge Joseph Fourier, alors préfet de l’Isère, de suivre les travaux de publication de la description de l’Égypte, recueil des données scientifiques amassées par les savants qui ont participé à l’expédition d’Égypte. Les derniers volumes de cette édition prestigieuse, chef d’œuvre de l’art graphique, paraîtront en 1822.

5) Le Journal de l’Isère : Préfet de l’Isère, Joseph Fourier doit surveiller ce qui s’écrit dans la presse. Il charge Champollion-Figeac de la direction du Journal de l’Isère et se verra contraint de le suspendre de son poste en 1812 pour n’avoir pas censuré les articles relatifs à la chute du fort d’Alba, près de Salamanque en Espagne.

6) La publication de la Théorie de la chaleur : Élu secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1822, Joseph Fourier aura la responsabilité de la publication des compte-rendus, méoires et autres publications. A ce titre, il veille tout d’abord à ce que soit publié sa Théorie analytique de la Chaleur dont le manuscrit avait obtenu, en 1811, le prix de l’Académie, mais qui depuis, dormait dans un tiroir.

Michel Bovani, créateur de la fonte Fourier-GUTenberg :

     Ces différents points indiquent que Joseph Fourier était au fait des questions concernant l’imprimé. Est-ce que pour autant Michel Bovani, auteur de la police Fourier-GUTenberg, a pensé à Joseph Fourier lorsqu’il a baptisé la fonte qu’il venait de créer ?

Il a pu répondre lui-même à cette question : «  La réponse simple à la question « qui de Charles ou de Joseph est le Fourier éponyme de la fonte Fourier ? » est en fait « un peu les deux ». Lorsque le système Fourier est sorti (2003), il me semble que je n’avais pas encore entendu parler de saint Pierre Fourier (et en tout cas ce dernier n’est dans mon esprit en rien attaché à ma fonte).

Le système de fontes scientifiques Fourier a été créé dans le cadre de mes activités pour l’association GUTenberg (groupe français des utilisateurs de TeX), le nom complet de la distribution Fourier étant d’ailleurs Fourier-GUTenberg. Thierry Bouche, maître de conférence en mathématiques à l’Institut Joseph Fourier de Grenoble (et aujourd’hui directeur de la cellule Mathdoc) était à l’époque membre du conseil d’administration de GUTenberg et expert reconnu en typographie numérique : il m’a été d’une aide constante durant tout le temps qu’a duré mon travail sur Fourier-GUTenberg.

Mon idée de départ était de trouver une fonte de texte libre de droits et de dessiner un complément scientifique qui lui serait compatible (cela incluait au moins tout ce que l’on trouve dans les fontes scientifiques par défaut de TeX, en particulier il fallait dessiner un grec). C’est Thierry qui a attiré mon attention sur une fonte créée pour la société Adobe par Robert Slimbach (lauréat en 1991 du prix Charles Peignot de l’Association Typographique Internationale et aujourd’hui directeur de l’Adobe’s type design program). Cette fonte avait été donnée par Adobe au X-consortium, bénéficiait à ce titre d’une licence qui la rendait librement distribuable et se nommait Utopia.

Lorsqu’il s’est agi de donner un nom au système, la première idée fut de trouver un nom de mathématicien français composé d’un seul mot (exit d’Alembert) et sans accent (exit Poincaré). Le lien qui s’était créé avec Thierry Bouche lors de ce travail a fait que j’ai très vite pensé à Joseph Fourier, mais c’est l’existence d’un homonyme (Charles Fourier, donc) dont la philosophie utopiste allait si bien avec le nom de la fonte de base qui m’a vraiment décidé. Je vais maintenant ajouter que le second prénom de Robert Slimbach est Joseph.

Voilà donc en gros toute l’histoire. Michel Bovani »