Archive for the ‘biographie’ Category

les trois fourier

lundi, novembre 4th, 2019

Pierre, Joseph et Charles,

les trois Fourier

 On compte quelque 650 personnes nées sous le patronyme FOURIER au XXe siècle ; elles se regroupent en différentes lignées. Jean Joseph Fourier, auquel ce site est dédié, se rattache, lui, à une lignée éteinte que l’on peut suivre du XVIe au XIXe siècle et qui trouve ses origines en Lorraine. Cette branche compte trois personnages célèbres, dont deux, contemporains, vécurent au début du XIXe siècle.

Saint Pierre Fourier

(1565-1640)

     Fils d’un marchand lorrain, né à Mirecourt le 30 novembre 1565, il fit de bonnes études. A vingt ans, il entra chez les Chanoines Réguliers de Saint Augustin. Ordonné prêtre le 25 février 1589 à Trèves, il récusa la charge de professeur de théologie pour devenir curé d’une petite commune où dominent les protestants au point qu’on appelait sa paroisse de Mattaincourt, « la petite Genève ». Mais cela ne le décourageait pas. Il réorganise sa paroisse, fonde une caisse de secours mutuel pour venir en aide aux plus pauvres, crée une association pour l’éducation des filles, association qui deviendra la Congrégation Notre-Dame, animée par Alix Le Clerc à partir de 1628, mettant en pratique sa devise : « Ne nuire à personne, être utile à tous ». Il se voit confier la réforme des Chanoines de Saint Augustin dont il devient le supérieur général. Pendant le même temps, il parcourt la région pour prêcher, passe ses nuits à écrire des lettres. En 1636, Richelieu l’exile en Franche-Comté où il terminera ses jours à Gray le 9 décembre 1640.

Le philosophe Charles Fourier

(1772-1837)

      Charles Fourier est né à Besançon le 7 avril 1772, dans une famille aisée. Son père est un des riches commerçants textiles de la ville. Sa mère appartient à la famille MUGUET, une des plus importantes familles commerçantes de Besançon. La famille pieuse lui impose une éducation manichéenne rigide. Il fait, dès 1791, son apprentissage dans le commerce, à Rouen puis à Lyon. Revenu à Besançon vers le commencement de 1793, il en part, après quelques mois, pour se rendre à Lyon, où il importera des denrées coloniales. Lors du siège de Lyon qui lui coûtera sa fortune, il combat avec les fédéralistes lyonnais, échappe à l’arrestation et revient à Besançon. Commis-marchand à Lyon sous le Consulat et l’Empire. Michelet a pu dire de lui : « Qui a fait Fourier ? Ni Ange ni Babeuf : Lyon, seul précédent de Fourier. » Lyon est la ville où la misère ouvrière est la plus visible, et où l’on peut trouver une abondance de sociétés secrètes de réformateurs. En 1808, il pose, dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, qu’il poursuivit sous forme d’un grand traité dit de l’Association domestique et agricole, les bases d’une réflexion sur une société communautaire. Entre 1815 et 1820, il se retire dans le Bugey ; il y élaborera les diverses branches de sa Théorie. En novembre 1822, il se rend à Paris avec une partie de l’édition de son livre. Un petit groupe de Bisontins s’est constitué autour de lui. C’est alors qu’apparaissent les termes « fouriérisme » et « phalanstérien ». Dans les dernières années de sa vie, Fourier connaît un début de notoriété, mais il reste un homme solitaire. Il collabore cependant à la rédaction du journal Le Phalanstère (1832-1834). De 1825 à 1835, Charles Fourier conviait tous les jeudis d’éventuels mécènes à dîner avec lui, pour leur exposer son projet de phalanstère et les convaincre de le financer.

Besançon, bus à l’effigie de Charles Fourier.

Charles Fourier meurt célibataire à Paris en 1837 et est inhumé dans la même ville au cimetière de Montmartre. Il a été considéré par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique ».

 

 

 

 

Le physicien et mathématicien Joseph Fourier

(1768-1830)

 

Joseph Fourier

Né le 21 mars 1768 à Auxerre d’un père garçon-tailleur, il se retrouve orphelin de père et de mère à dix ans. Élève brillant, il développe un profond intérêt pour les mathématiques. Malgré une demande appuyée par le mathématicien Legendre, le ministre de la Guerre refuse de l’intégrer au corps des ingénieurs ou à celui de l’artillerie, car il n’est pas noble. Fourier entre, en 1787, à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire où il enseigne les mathématiques à d’autres novices. L’abbaye fermée par les révolutionnaires, il participe à la Révolution à Auxerre. Poussé par le suffrage populaire, il devient notamment Président de la Société populaire d’Auxerre. Bien qu’il occupe de hautes responsabilités à Auxerre, Fourier ne participe jamais à des activités violentes.

En 1795, à 26-27 ans, il fait partie des jeunes gens qui suivent les cours de la toute nouvelle École normale de l’an III. Il devient professeur à l’École polytechnique. Il publie son premier article dans le Journal de l’École polytechnique en 1798. Désigné pour faire partie de la campagne d’Égypte il embarque à Toulon. À son retour en France en 1802, il retrouve son poste de professeur à l’École polytechnique, mais Napoléon le nomme préfet de l’Isère. Le 21 décembre 1807, il présente à l’Académie des sciences un mémoire intitulé Théorie de la propagation de la chaleur dans les solides, on y trouve une bonne partie des résultats qui formeront son œuvre maîtresse, la Théorie analytique de la chaleur publiée en 1822. Il y détermine, par le calcul, la diffusion de la chaleur en utilisant la décomposition d’une fonction quelconque en une série trigonométrique convergente. De telles fonctions sont appelées séries de Fourier. La méthode de calcul permettant de passer, de façon réversible, d’une fonction à la série trigonométrique correspondante est la transformation de Fourier. Cette méthode très féconde est devenue incontournable en théorie du signal, avec des applications majeures pour le traitement et la compression du son et de l’image numérique. La compression d’image JPEG, ou les normes de téléphonie 3G et 4G en découlent directement.

Fourier est le premier à avoir proposé, en 1824, une théorie selon laquelle les gaz de l’atmosphère terrestre augmentent la température à sa surface — cette théorie deviendra l’effet de serre.

Mathématicien et physicien reconnu, Jean Baptiste Joseph Fourier meurt le 16 mai 1830 à Paris.

La notoriété de Charles et de Joseph

     Le public confond souvent Charles et Joseph Fourier, attribuant à l’un les mérites de l’autre. Leur destinée passe par des périodes d’éclipse comme l’a noté Victor Hugo.

Charles :

Les théories sociales de Charles furent porteuses de beaucoup d’espérance lors de la révolution de 1848, elles connurent un regain d’intérêt après 1917 avant de retourner à l’oubli avec la chute de l’URSS et le déclin du communisme, mais sont encore parfois citées et offriront peut-être un jour les bases d’une alternative au système libéral lorsqu’il donnera des signes d’usure.

Joseph :

Contestées lors de leur présentation, notamment par Pierre-Simon de Laplace, Joseph-Louis Lagrange, et Siméon Denis Poisson qui mirent en doute leur validité la théorie des séries de (Joseph) Fourier et les transformées de Fourier ouvrent la voie à des recherches fondamentales sur les fonctions. Bernhard Riemann étudiera plus tard soigneusement l’histoire du sujet pour conclure : « c’est Fourier qui, le premier, a compris d’une manière exacte et complète la nature des séries trigonométriques. »

Henri Poincaré dira : « la Théorie de la Chaleur de Fourier est un des premiers exemples d’application de l’analyse à la physique […]. Les résultats qu’il a obtenus sont certes intéressants par eux-mêmes, mais ce qui l’est plus encore est la méthode qu’il a employée pour y parvenir et qui servira toujours de modèle à tous ceux qui voudront cultiver une branche quelconque de la physique mathématique. »

Prolongeant son étude de 1822, Fourier cherchera jusqu’à la fin de sa vie à optimiser le calcul de ses séries. Ainsi, George Dantzig qui a « inventé » la programmation linéaire (dite aussi « optimisation linéaire ») en a fait un usage intensif pour les besoins de l’effort de guerre US dans la période 1937-45. Mais la paternité plus lointaine en revient incontestablement à Joseph Fourier, et Dantzig lui en donne acte : « Depuis qu’il fut proposé pour la première fois en 1947 par l’auteur (en lien avec la planification des activités militaires), la programmation linéaire et ses nombreuses extensions ont trouvées une très large application. Dans les cercles académiques des scientifiques de la décision (recherche opérationnelle et gestion), aussi bien que chez les analystes numériques, les mathématiciens et les économistes, on a écrit des centaines de livres et n’innombrables articles sur le sujet. Curieusement, en dépit de sa grande applicabilité aujourd’hui aux problèmes de tous les jours, c’était une question inconnue jusqu’en 1947. Ce n’est pas tout à fait correct ; il y a eu quelques exceptions isolées. Fourier (des fameuses séries de Fourier) en 1823 et le bien connu mathématicien belge de la Vallée Poussin en 1911 écrivirent chacun un papier à ce sujet, mais c’est tout. »)

De son vivant, Fourier est conscient de l’universalité de sa théorie et des domaines d’application de ses outils : vibrations, acoustique, électricité, etc. Le développement de ces domaines d’applications aboutira au XXe siècle à la naissance du traitement du signal. Norbert Wiener, père de la cybernétique, étudiera notamment de manière approfondie les outils de Fourier.

 

Fourier tableau miraculé

mercredi, juillet 17th, 2019

Fourier, le tableau miraculé

Paris, bureau du premier consul, 19 pluviôse X (8 février 1802)

_ Fourier, Berthollet vous en a déjà informé. J’ai décidé de vous nommer préfet de l’Isère.
_ C’est que, citoyen général…
_ Je voulais vous voir avant que vous ne preniez vos fonctions.
_ Mais…
_ Et ne soyez donc pas timide. La fonction est délicate. Il y a là-bas un nid de suppôts d’Ancien Régime. Je compte sur vous pour me les attacher ou tout au moins, faire en sorte qu’ils ne nous encombrent pas.
_ …
_ Je n’ai aucun doute, vous réussirez. Imposez-vous ! Vous représenterez la France. Et d’abord, voyez avec Vivant Denon à ce qu’il vous commande un portrait auprès de David. Vous ne serez plus un petit professeur qu’à vos moments perdus… s’il vous en reste !

Paris, atelier de David, thimèle, duodi 22 pluviôse X (10 février 1802)

_ Monsieur David, il y a là un certain Fourier qui nous est envoyé par le gouvernement pour un portrait.
_ Encore ! C’est tous les jours qu’il s’en présente. Hier, c’était Antoine Français de Nantes qui est préfet de Charente. Lui, aujourd’hui, je ne peux pas m’en occuper. Envoyez-le à Gros ou à Gautherot, s’ils ont le temps.

_ Monsieur Gautherot ? Je viens d’être nommé préfet par Bonaparte et il souhaite que je dispose d’un portrait qui corresponde à cette fonction.
_ Hum…
_ Je dois partir bientôt.
_ En plus.
_ On peut sans doute reconsidérer l’affaire.
_ … Ecoutez, je vous propose de revenir la prochaine décade, début ventôse. Arrivez dès le lever du soleil, nous aurons une bonne lumière. Comptons deux séances de pose pour que j’ai les éléments indispensables ; vous serez ensuite libre de vos mouvements.
_ Je n’aurai plus besoin de poser ensuite ?
_ Non, je terminerai seul, mais à mon rythme. Je suis débordé d’ouvrage. Comptez six mois.
_ Et vraiment, cela suffira.
_ Oui, si vous n’êtes pas plus exigeant : vous disposerez d’un portrait façon portrait de famille… tiens… à la façon de celui-ci. C’est classique, cela ne se démodera pas. Plus fouillé, plus personnalisé, je ne peux pas, je n’ai pas le temps.
_ Mais…là ?… on ne voit guère les fonctions que j’exerce.
_ Vous allez à Grenoble m’avez-vous dit ?
_ Oui.
_ Il y a là-bas d’excellents ymageurs qui pourront s’inspirer de ma toile pour vous poser dans le décor de votre choix.

L’histoire des portraits que nous possédons de Joseph Fourier est très lacunaire ; pour en rendre compte, nous devons formuler des hypothèses qui seront peut-être infirmées si de nouveaux éléments apparaissaient. Pour l’heure, nous disposons de quelques éléments tangibles qui nous autorisent à ébaucher le récit qui fut suscité par une communication du service culturel de la ville d’Auxerre sur Facebook le 29 mars 2019.

Le tableau protégé par du papier japon.

Détail

Détail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joseph Fourier est nommé préfet de l’Isère en février 1802 (23 pluviôse X), il se présente à la préfecture de l’Isère le 17 avril 1802 (27 germinal) ; la préfecture reçoit des hôtes (des élus municipaux à des personnages parmi les plus illustres : le roi d’Espagne, le pape Pie VII….) or, Joseph Fourier est souvent absent de sa préfecture (soit à cause de ses fonctions, des missions demandées par l’Empereur, soit à cause de sa santé ou pour ses travaux personnels). Lorsqu’il reçoit un hôte, si le préfet est absent, son représentant peut s’en excuser et l’absence être moins mal ressentie si les excuses sont présentées devant un tableau représentant le préfet absent. Ces considérations ont certainement pesé dans la commande qui a été passée à Claude Gautherot et réalisée l’an XI.

[Il est plausible que l’œuvre ait été réalisée à Paris, dans l’atelier de Gautherot, elle a pu être mise en chantier dès le printemps 1802, sans nécessiter la présence du modèle tout au long de l’exécution. L’artiste a pu faire poser Fourier le temps de prendre les éléments de physionomie, esquisser l’attitude générale, les détails moins pertinents étant réalisés ultérieurement, par le maître ou par un de ses élèves, sans que le modèle soit présent. Fourier passe commande d’un portrait ‘standard’, comme doit en posséder tout personnage accédant à la fonction qui est la sienne dorénavant.] Sur ce tableau, Fourier est représenté debout, vu de face, la tête nue, vêtu de noir. Appuyé du bras gauche au dos d’une chaise, sur laquelle est jeté son pardessus, il tient ses gants de la main gauche. Le bras droit descend le long du corps.

Au cours de l’an XI (septembre 1802-septembre 1803) l’œuvre, une toile, peinte à l’huile, de 1,27 m sur 0,91m, est achevée, signée, et, pensons-nous, livrée à la préfecture de Grenoble.

Il est probable que ce premier ouvrage a été doublé d’un second qui nous est parvenu également : un tableau au pastel sur papier, de dimensions sensiblement égales à la toile peinte (1,17 m sur 1,08 m) qui n’est pas signé et représente Joseph Fourier en habit de préfet d’Empire. Les éléments iconographiques présents sur l’image (l’habit, les livres de l’arrière plan – Platon et Ciceron -, l’ouvrage ouvert de Newton, tenu dans la main de Fourier) indiquent que Fourier lui-même à précisé les éléments qu’il voulait y trouver.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce pastel n’est pas signé : il est possible qu’il ait été réalisé d’après la peinture à l’huile soit à Paris dans l’atelier de Gautherot, soit ailleurs (à Grenoble ?) par un artiste missionné pour exécuter une interprétation plus orientée vers la communication que l’austère portrait peint à l’huile par Gautherot.

On peut supposer que les deux portraits 0nt été exposés dans les locaux de la préfecture de l’Isère entre l’an XI et 1815, départ de Fourier de Grenoble ; après quoi, Fourier a pu les emporter dans son nouveau poste, à Lyon, durant les Cent-Jours, mais on sait que début mai 1815, Fourier est considéré comme démissionnaire du poste de préfet du Rhône où il ne voulait pas appliquer le régime d’exception préconisé par le commissaire du gouvernement. Les deux tableaux ont pu suivre Fourier à Paris avec les effets personnels du préfet déchu et y rester en toute discrétion, le temps n’étant pas, sous la Restauration, à exhiber des souvenirs provocateurs rappelant le précédent régime.

Au décès du savant, le 16 mai 1830, Joseph, le fidèle serviteur hérite des quelques biens matériels laissés par Joseph Fourier. Quant à la  masse assez importante de papiers, Claude Louis Marie Henri Navier, ami de Fourier et son collègue à l’Académie des sciences de Paris, en devient le dépositaire. Pour le reste, sont seuls héritiers des arrérages de pension de Légion d’honneur (93,20 F), le frère consanguin, Etienne Joseph Fourier, domicilié à Auxerre pour un quart (23,30 F, payables à Auxerre) , et la nièce, Marie Jeanne Fourier épouse de monsieur Louis Claude Pierre Blanchin, employé au ministère des finances, demeurant à Paris, rue Culture Sainte Catherine, n° 46, pour trois-quart des biens (69,90 F payables à Paris)…

On peut penser que Joseph, le valet du savant et son héritier fut dépositaire de la toile et du pastel. Le pastel intégra les collections du Musée d’Auxerre en 1865 grâce à l’obligeance de Louis Blanchin, l’époux de Marie Jeanne Fourier. Pour la toile peinte, elle fut soit confiée par Joseph au frère consanguin de l’académicien, Etienne Joseph Fourier, soit confiée à la Ville d’Auxerre en souvenir de son maître, soit remise à Faillot lorsque, vers 1844, celui-ci rechercha de la documentation pour réaliser le monument pour lequel Gau de Gentilly légua 4 000 F qui furent complétés par une souscription.

1849 : la statue de Fourier par Faillot (1810-1849) est inaugurée à Auxerre.

1858 : livret de l’exposition des Beaux-Arts, imprimé à Auxerre chez Perriquet et Rouillé, p. 28, « 423. Portrait de Fourier par Gauthereau [sic], élève de David. »

Ensuite, les deux portraits se retrouvent dans les collections du Musée d’Auxerre où on peut les suivre :

1863 : Montceau, catalogue manuscrit
« Gautherot (Claude), élève de David, né à Paris en 1769, mort en 1825
16. Portrait du baron Fourier
fig jusqu’aux genoux, grandeur naturelle »

1865 :Legs du pastel par Louis Blanchin
Pastel d’un auteur anonyme, représentant Fourier en costume d’académicien [sic, lire plutôt : de préfet] – inventaire n° 1865.2.1 – mesure 117.7 x 107.7 cm. Il avait été légué au musée en 1865 par M. Louis Blanchin qui avait épousé une nièce de Fourier.

1866: livret de la deuxième exposition des Beaux-Arts, livret imprimé à Auxerre chez Perriquet, page 27
« Gautherot (Claude), élève de David, né à Paris en 1769, mort en 1825.
172. Portrait du baron Fourier.
(appartient au Musée). »

1872 : Catalogue des Beaux-Arts [du Musée de la Ville d’Auxerre], pp.19-20
« GAUTHEROT (CLAUDE), né à Paris en 1769, mort dans la même ville en 1825. (Ecole française)
Après avoir reçu de son père les premières notions de l’art et essayé avec succès le modelage du portrait, il entra en 1787 dans l’atelier de David, dont il fut l’élève et l’ami. Gautherot, qui ne put rester étranger aux agitations de son époque, vint dans le département de l’Yonne à la suite de Lepelletier de Saint-Fargeau. Plus tard, blessé d’un coup de feu en défendant la Convention le 13 vendémiaire an IV (octobre 1795), il résolut de se consacrer exclusivement à la peinture. A cette époque, il ouvrit une école sous le patronage de David et forma d’excellents élèves. Ses principaux tableaux sont : Marius à Minturnes (1796)[1]. Pyrame et Thisbé[2]. Convoi d’Atala (1810)[3]. Portrait de Davout. Portrait de Portalis. Napoléon haranguant ses troupes au passage du Leck (Prix de 1810). Napoléon blessé devant Ratisbonne. Entrevue des empereurs de France et de Russie à Tilsitt. Saint Louis pansant les malades. Saint Louis donnant la sépulture aux soldats de son armée, etc.
13. Portrait du baron Fourier.
H. 1,27 – L. 0,91 T. Fig jusqu’aux genoux, gr. nat.
Il est représenté debout, vu de face, la tête nue, vêtu de noir. Appuyé du bras gauche au dos d’une chaise, sur laquelle est jeté son pardessus, il tient ses gants de la main gauche. Le bras droit descend le long du corps.
Provenance inconnue.

Facsimilé extrait du catalogue de 1872.

Signé : GAUTHEROT, AN XI

1910 : Catalogue du Musée III peinture et sculpture, imprimé par l’imprimerie coopérative ouvrière « l’Universelle »
« 13. GAUTHEROT (Claude), né à Paris en 1769, mort à Paris en 1825, élève de David d’Angers. Portrait du baron Fourier (H. 1,27, L. 0,91).
Signature : Gautherot, an XI. [mention marginale manuscrite : 1858-2.1]

Les années 1950 n’étaient pas au souvenir de Fourier ; les Auxerrois étaient en passe de l’oublier (et cet état perdure encore en 2019, malgré les manifestations organisées en 2018 pour marquer le 250e anniversaire de sa naissance). Chez les scientifiques, Dieudonné et le groupe Bourbaki ignorent superbement l’œuvre de Fourier [trop axée sur la physique pas assez sur la théorie ?] et l’Encyclopedia Universalis ne lui consacre pas (encore) une entrée.

Le conservateur du Musée d’Auxerre de cette époque est chargé d’une mission impossible : avec des moyens chichement comptés, il doit empêcher la destruction des œuvres fragiles qui lui sont confiées. Certains avant lui l’ont tenté avec maladresse : papier scotch pour masquer les déchirures, mastic et verni pour les trous ; il opte pour recouvrir l’œuvre de papier japon ce qui lui garantit un sauvetage provisoire au prix de la disparition de l’image représentée. La peinture est oubliée. Les biographes de Fourier, Robert et Dhombres, n’en ont pas connaissance. Seul reste visible, mais rarement exposé à cause de sa fragilité, le pastel non signé attribué à Gautherot.

Au 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier, on vit, en 2018, un groupe de savants, mathématiciens, académiciens, faire le déplacement jusqu’à Auxerre, pour honorer leur précurseur ; à l’approche de ces événements la Conservatrice s’avisa de demander une expertise pour la restauration du portrait à l’huile. L’entreprise est souvent hasardeuse. Ainsi, quelques années avant, deux conférences sur la vie de Fourier données en 2010 et 2011 devant l’U.T.B. d’abord, puis la SAMA par Daniel Reisz, avaient incité à entreprendre la restauration du pastel représentant Fourier en habit de préfet. Le pastel représentant Fourier en habit de préfet attribué à Gautherot a été effectivement restauré en 2014 sur une initiative de la Société des Amis des Musées d’Auxerre (SAMA), alors présidée par madame Arlette Halbout, qui s’est engagée à régler le devis proposé. La SAMA a effectivement réglé les 2 640,80 € correspondant aux travaux. La facture a été notoirement plus lourde : le devis a sur-estimé l’état du support et des matériaux (le portrait a été réalisé pendant le blocus avec des produits de médiocre qualité). Pour protéger l’œuvre il a fallu la doter d’un cadre et d’une vitre qui ne faisaient pas partie du devis.

En 2018, c’est Martine Lemot qui fut chargée d’expertiser la peinture et de proposer un protocole de restauration accompagné d’un devis. Voici ce qu’elle découvre :

« Toile XIXe fine à trame lâche et ouvert, complètement cuite, arrachée du châssis sur trois côtés, très déformée. Importantes lacunes de toile le long du bord inférieur (3 à 10 cm).
Plusieurs pièce au revers datant de plusieurs campagnes de restaurations différentes (scotch, cire…), très nombreux trous et innombrables microlacunes. Taches de colle et importantes traces d’humidité au revers, très for encrassement.

Châssis à clefs en bois résineux, cassé et désassemblé, entièrement vermoulu, à changer. »
« Peinture entièrement soulevée et recouverte de papier japon, tableau en cours de transposition spontanée. Innombrables lacunes avec écaillages et microécaillages, pertes de matières sur toute la surface et les bords.

Vernis fortement jauni, repeints probables, non discernables en l’état. »
La description est sans appel : c’est une sorte de miracle que l’on attendait de madame Lemot en lui soumettant la restauration de l’œuvre. Voici ce qu’elle écrit à l’issue de son travail :

« Inscriptions : A l’issue de la restauration, après vernissage, des inscriptions effacées sont réapparues dans l’angle inférieur gauche, partiellement discernables en lumière rasante naturelle et plus visibles sous ultra-violets. Nous ne disposons malheureusement pas d’une caméra infrarouge qui permettrait de les lire de façon claire.
On distingue GAUTHERS ( ? ou GAUTHIERS)

AN XII (?)

Nous ne pouvons déterminer s’il s’agit du nom du peintre ou du personnage représenté. »

 

 

Finalement, le parcours de cette toile aura suivi la même évolution que l’œuvre scientifique de Joseph Fourier : disparue, longtemps oubliée, elle réapparaît maintenant.

 

—–Notes—-

[1] L’œuvre de Gautherot ne nous est pas connue, par contre, Jean-Germain Drouais, autre élève de David, a traité le même thème.

[2] Le thème de Pyrame et Thisbé a été souvent traité dans divers arts.

[3] Sur ce site, on trouve une gravure de Lignon, d’après le tableau de Gautherot.

Fourier en videos

vendredi, janvier 18th, 2019

Fourier movies

            Est-ce l’effet « 2018 = Fourier + 250 », le résultat de la progression des techniques de vidéo ou plus simplement l’évidence que Fourier est incontournable ? de multiples séquences vidéo permettent d’aller à la rencontre de Joseph Fourier.

 

 

Nous avons déjà rendu compte ici de l’initiative d’Hervé Pajot qui, en 8 minutes 30 secondes, présente Fourier à une jeune enfant.

 

 

  L’école polytechnique propo-se, en 3 minutes 22 secondes, un film mêlant prises de vue et images animées sur ce professeur des origines de l’école, auteur d’une œuvre scientifique majeure. C’est concis, convainquant et les Auxerrois, qui dans leur majorité méconnaissent et Fourier et son œuvre, ne tiendront pas rigueur aux auteurs d’ignorer que c’est à Auxerre et non à Grenoble que le jeune Fourier enseigna en sa prime jeunesse.

 

   Plus technique mais très visuelle et convaincante, une vidéo en anglais permet, en 20 minutes 56 secondes, d’accéder aux arcanes de la Transformées de Fourier et d’appréhender la distinction entre ‘description séquentielle’ et ‘description fréquentielle’ d’un signal.

 

 

   L’Université aussi participe de cet engouement et tente d’attirer l’attention de ses élèves littéraires sur le sujet ; nous apprenons qu’un cours en fac de lettre à Grenoble va étudier la BD Fourier comme vulgarisation scientifique réussie.

 

 

 

 

 

 

Encore un effort et Joseph Fourier, toujours méconnu de l’auxerrois moyen, sera présent à l’esprit des candidats bacheliers de toutes les sections.

Fourier en vidéos

lundi, novembre 26th, 2018

Fourier en vidéos

     De nombreuses initiatives ont fleuri qui ont marqué le 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier, nous en avons rendu compte ici sur ce blog. Apparaissent maintenant, comme une sorte de contrepoint, des vidéos qui reprennent sous divers angles les sujets ramenés à la lumière au cours de cette année ; en voici deux, à titre d’exemples, dont nous avons eu connaissance cette semaine.

Sur You Tube, La vie de Joseph Fourier expliquée aux enfants :

En 8 min et demi, Hervé raconte Fourier à sa fille Isabella… dense, efficace, bien illustré, l’exposé s’en tient à l’essentiel en un beau condensé d’information. Hervé Pajot, enseignant à l’Institut Fourier de Grenoble, va à l’essentiel.

Capture d’écran de la vidéo d’Hervé Pajot

Sur Auxerre TV, l’expédition d’Égypte et Fourier

Une exposition sur l’expédition de Bonaparte en Égypte  est proposée à la Maison de l’écrivain Marie-Noël à Auxerre, par la Société des Sciences de l’Yonne. Alain Cattagni, président, raconte pour Auxerre TV cette expédition incroyable à laquelle a participé le scientifique auxerrois Joseph Fourier. Ceci n’est pas une série, mais une vidéo brute de 1 h 22 à consommer d’une traite pour les amateurs ou par morceaux pour ceux qui ont peu de disponibilité.

…vaincre l’Angleterre en ruinant son commerce avec l’Inde … Bonaparte souhaite accompagner la conquête militaire d’une expédition savante pour mieux connaître l’Égypte antique et moderne, mais aussi pour y «porter les Lumières». Si la campagne est un échec sur le plan militaire, c’est un incontestable succès scientifique. Un récit passionnant d’Alain Cattagni.

Alain Cattagni interviewé par Auxerre TV

A la radio :

J’ai dit deux vidéos, mais Fourier imbibe l’actualité puisqu’en lancement d’une semaine centré sur l’écologie et le dérèglement climatique, Mathieu Vidard, ce 26 novembre 2018, a mentionné Fourier comme le découvreur, en 1824, de l’effet de serre dans un édito présentant son émissionla Tête au carré’.

Mathieu Vidar s’intéresse au climat

2018 année Fourier

dimanche, octobre 28th, 2018

2018, année Fourier

le 21 mars 1768, il y a 250 ans, naissait Joseph Fourier

Pas de JPEG sans Transformation de Fourier !

Lors de la réception de leur prix, nombre de récipiendaires de prix prestigieux (prix Nobel, prix Abel, médaille Fields….) ont fait référence à Joseph Fourier. L’actualité, la   modernité, des méthodes de calcul développées par Joseph Fourier dans sa Théorie analytique de la chaleur, ont plaidé en faveur de l’inscription de la naissance de Joseph Fourier au rang des commémorations nationales 2018. (voir les pages correspondant à Joseph Fourier sur le site du mathouriste)

Au cours de l’année, de nombreuses manifestions ont accompagné cet événement dont pour notre part, nous avons eu connaissance de 48 ; nous en rendons compte sur cette page qui s’est complétée au fur et à mesure des annonces.

Auxerre : plaque sur la maison natale

 

Expositions et conférences

a) Auxerre  mini-expo « Fourier 1768-2018 » au Muséum d’Auxerre, conçue par des élèves du lycée Fourier avec l’équipe du Muséum ; le dossier de presse de l’exposition est ici en .pdf . Les neuf panneaux sont aussi visibles ligne sur le site de la Ville d’Auxcerre. Jusqu’au 31 décembre 2018. Sur son site, la Bibliothèque municipale d’Auxerre, propose un diaporama pédagogique , le numéro 37 du ‘Courier de l’Egypte’ , ainsi que des liens vers quelques autres sites.

 

b) 7, 8, 12 et 19 février 2018, IHES, Bures-sur-Yvette  « Time-frequency localization and applications »

Leçons Hadamard par Ingrid Daubechies. « In this 250th anniversary year of the birth of Joseph Fourier, it behoves us to talk of frequency and spectral analysis! »  à voir en ligne!

c) 13 mars 2018, Paris : Joseph Fourier a été élu à l’Académie des sciences en 1817 et à l’Académie française en 1826. L’Institut l’honore d’un colloque :  « Fourier et la science d’aujourd’hui

Fondation Del Duca, 10 rue de Vigny, Paris 8e

Conférence-débat organisée par Patrick Flandrin et Jean-François Le Gall. Intervenants : Ingrid Daubechies, Bernard Derrida, Jean Dhombres, Gilles Pisier.

La vidéo des interventions est en ligne :

http://www.academie-sciences.fr/fr/Colloques-conferences-et-debats/fourier-et-la-science-d-aujourd-hui.html

 

d) 14 mars 2018, Auxerre

Le mercredi 14 mars 2018, à la salle du « 89 »  11 boulevard de la Marne, le mathématicien Cédric Villani a donné une conférence  : « De Fourier à aujourd’hui : comprendre le défi de l’intelligence artificielle. »

Cédric Villani à Auxerre

e) 15 mars 2018, 18 h, Lycée Fourier, Auxerre

Sous la présidence de Monsieur Latron, Préfet de l’Yonne et de Madame Partouche, Directrice Académique, représentée par monsieur Olivier Chollet, remise par messieurs Claude-Henri Chambault et Olivier Chollet du prix Joseph Fourier, à quatre élèves méritants des classes de terminales, sous l’autorité de monsieur Tadeusz Sliwa, Président de l’Association Joseph-Fourier.

f) 21 mars 2018, Auxerre

Auxerre, le Muséum.

Inauguration d’un parcours sur les traces de Joseph Fourier dans sa ville natale d’Auxerre.

L’exposition (pilotée par le Muséum d’Auxerre avec la participation des services culturels et patrimoniaux de la Ville) sous forme de parcours urbain accessible en permanence, permettant de découvrir les richesses du patrimoine auxerrois et la présence de Joseph Fourier, hier comme aujourd’hui. Elle est installée jusqu’au 31 décembre 2018.

 

g) 21 mars 2018, Paris, 17 h : dépôt de gerbe sur sa tombe au Père Lachaise (Le Souvenir Napoléonien).

h) 21 mars 2018, Paris, 18 h,  « Fourier et Napoléon », conférence par Jean Dhombres. Salle de conférence de la Fondation Napoléon, 7 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris. Salle limitée à 40 personnes, inscription obligatoire à :  [email protected]

i) Limoges, lundi 26 mars 2018, 18 h, salle Joseph STORCK, Lycée Gay-Lussac, 12, boulevard Georges Périn, Limoges – Inscriptions : 05 55 79 70 01.

Une conférence, autour de Fourier et la cristallographie, le lundi 26 mars, avec René Guinebretière qui a été  président de la Société de cristallographie. L’affiche d’invitation est ici ; on peut consulter le résumé de la conférence ici.

j) Du 6 juin au 20 juillet 2018, Paris

(Après report) Institut Henri Poincaré, Paris :  exposition « Fourier, de la Révolution Française à la Révolution Numérique » L’exposition est inaugurée le 5 juin 2018 à 18 h 30 à la bibliothèque de l’Institut Henri Poincaré (1er étage), 11 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris. L’exposition est ouverte du 6 juin au 20 juillet 2018. Entrée libre. Du lundi au vendredi de 9h à 18h.

 

 

 

 

 

 

 

k) 5 avril 2018, Nancy 20 h 30 Amphithéâtre Botté IUT Nancy-Charlemagne, «Joseph Fourier, un scientifique prodigieux et un grand serviteur de l’Etat» conférence par Jean Dhombres. Vidéo Durée : 1 h 56 min

 

 

 

 

l) La dixième édition de Mathématiques en Mouvement s’est déroulér le samedi 7 avril 2018 à l’Institut Henri Poincaré. Comme les éditions précédentes, cette journée est organisée en collaboration avec Roger Mansuy et le séminaire Mathematic Park. Pour célébrer le 250e anniversaire de la naissance de l’immense mathématicien et physicien Joseph Fourier, c’est le thème « Fourier aujourd’hui » qui a été choisi pour articuler les exposés et table ronde de cette journée scientifique orchestrée par Stéphane Jaffard (UPEC). Il s’agira donc de considérer l’héritage mathématique de Fourier d’un point de vue historique, mais aussi d’en mesurer le caractère actuel, et bien sûr d’en explorer les applications. On trouve le programme à cette adresse sur le site de la Fondation Sciences Mathématiques de Paris (FSMP) ainsi que les vidéos des intervenants.

 

 

 

 

 

 

 

m) Amiens, mercredi 16 Mai, 10h00  : Jean-Paul Chehab : « Fourier en Musique » ; conférence donnée dans le cadre des Journées d’Informatique Musicale ; conférence ouverte à tous. On ne présente plus J. P. Chehab: beaucoup ont pu profiter de ses compétences en Maple ou Scilab, soit dans des stages, soit par ses documents de cours et TP, toujours  accessibles.

n) Lyon, MMI – Jeudi 17/05/2018, 18-20 h, Jean Dhombres, « Fourier revisite la notion de fonction en raison de son interprétation des séries qui portent son nom »

[conférence n°2] La Maison des mathématiques et de l’informatique, 1 place de l’École 69007 Lyon propose un cycle de quatre conférences indépendantes ;  téléphone : 04 72 43 11 80 reportée à l’automne (en raison de la réorganisation de la SNCF…)

o) Arras, 18 Mai, Arras, 14h30 : conférence d’Alain Juhel à l’Université pour tous :  Joseph Fourier, de la Révolution Française à la Révolution Numérique  (affiche, résumé).  avancée… à cause de la SNCF !

p) Lyon, MMI – Jeudi 24/05/2018, 18-20 h, Jean Dhombres, « Les controverses sur l’œuvre de Fourier » [conférence n°3] La Maison des mathématiques et de l’informatique, 1 place de l’École 69007 Lyon propose un cycle de quatre conférences indépendantes ;  téléphone : 04 72 43 11 80   reportée à l’automne (en raison de la réorganisation de la SNCF…)

q) Lyon, MMI – le jeudi 18 octobre 2018, 18-20 h, Jean Dhombres, « Fourier revisite la notion de fonction en interprétant des séries qui portent son nom a propos du problème physique de propagation de la chaleur » [conférence n°2] La Maison des mathématiques et de l’informatique, 1 place de l’École 69007 Lyon propose un cycle de trois onférences indépendantes ;  téléphone : 04 72 43 11 80

r) Université de Zürich, samedi 26 mai 2018, 9 h à 13 h, symposium, ouvert en libre accès ; au programme :

– Fourier’s Life and the theory of Heat, Jan Lacki, université de Genève

Symposium à Zürich

– Fourier für Erleuchtete – Neues aus Optik un Photonik, Marhus Rossi AMS (Heptagon)

– Das Specktrum der Erde, Andreas Fichtner, ETHZ

– Schelle Fouriertransformation : Algorithmen, Implementierungen, Anwendungen, Parkus Pöschel, ETHZ

 

 

 

 

s) Paris, mercredi 30 mai 2018, inauguration d’une exposition « Fourier, de la Révolution Française à la Révolution Numérique » à l’Institut Henri Poincaré. Inauguration le mercredi 30 mai à  partir de 18h30 à la bibliothèque de l’Institut Henri Poincaré (1er étage). L’exposition est ouverte du 30 mai au 20 juillet 2018. Entrée libre. Du lundi au vendredi de 9 h à  18 h, 11 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris.

 

t) Cap-d’Agde, jeudi 31 mai 2018 : conférence de Martin Andler: Joseph Fourier et les équations aux dérivées partielles de la Physique ( résumé) ; CANUM 2018 (Smai) .

u) Lille, du 4 au 8 juin 2018, congrès de la Société mathématique de France : conférence de Bernard Maurey (Université Paris-Diderot) pour le 250ème anniversaire de Joseph Fourier au congrès de la SMF. Un bref aperçu de la conférence de Bernard Maurey le 7 juin se trouve ici.

v)« JEP 2018 »
32èmes Journées d’Étude sur la Parole, avec une conférence de Frédéric Bimbot (IRISA/CNRS, Rennes) pour le 250ème anniversaire de Joseph Fourier : « Joseph Fourier : quelques points de repère, dans un héritage exceptionnel ».
Date, heure et lieu : 6 juin 2018 à 9h00 à Aix-en-Provence.

w) 28 juin au 4 juillet à Arcachon

« Curves and Surfaces 2018 »

Conférence organisée par le groupe SIGMA (Signal-Image-Géométrie-Modélisation-Approximation) de la SMAI.

Les thématiques de l’analyse de Fourier seront en particulier représentées dans les exposés pléniers d’Emmanuel Candes (samedi 30 juin, 9h) et de Phillip Grohs (lundi 2 Juillet, 9h), ainsi que dans le mini-symposium « Advances on Prony’s methods » animé par Stéfan Kunis (samedi 30 juin, 16h).

Date et lieu : 28 juin au 4 juillet à Arcachon   https://cs2018.sciencesconf.org

x) Auxerre, première semaine de juillet semaine scientifique à destination de Lycéens de la région traite du sujet  » Du son à la lumière… Fourier transforme tout. » Cliquez ici pour accéder au journal de bord en .pdf.

y) « MIDAS Summer Camp »
École d’été pour lycéens organisé par le Michigan Institute for Data Science.
Dates et lieu : du 13 au 17 août 2018 à l’Université du Michigan (MD), USA.
Note sur l’édition 2017 « From Simple Building Blocks to Complex Shapes: A Visual Tour of Fourier Series ».

z) 16 septembre 2018, Grenoble circuit sur les traces de Joseph Fourier et des frères Champollion au cœur de Grenoble, le dimanche 16 septembre à 10 h 00 Circuit Sur les traces de Joseph Fourier et des frères Champollion au cœur de Grenoble, avec Pierre Blanc. 16 septembre 2018, Vieux Grenoble – Immeuble du 10 rue Chenoise Grenoble.

aa) « Aromaths 2018 »
Séminaire de Jean Dhombres (EHESS/CNRS, Paris) : « Analyse ou Algèbre? La représentation des fonctions dans l’analyse de Fourier ».
Date, heure et lieu : 20 septembre 2018 à 11h00 à l’Université Pierre et Marie Curie, Amphi 25.

ab) EHESS, Centre Koyré, 27 rue Damesme, Paris 13e, par Jean Dhombres. Du voyage à Toulon, puis vers l’Egypte, de Joseph Fourier, professeur d’Analyse à l’Ecole polytechnique en mai 1798 : il est quasiment surréaliste qu’un jeune homme – il a l’âge de Bonaparte – juste nommé professeur d’Analyse à la nouvelle Ecole révolutionnaire dénommée Ecole polytechnique, s’interroge, avec quelques uns de ses élèves lors d’un voyage vers Toulon.

ac) « ISMIR 2018 »
19th International Society for Music Information Conference, avec un « keynote » (« abstract », video) de Patrick Flandrin (CNRS et ENS de Lyon) pour le 250ème anniversaire de Joseph Fourier.
Date et lieu : 23 au 27 septembre 2018 à l’IRCAM, Paris.

ad) « JEL 2018 »
Journée Exceptionnelle Lilloise, avec un exposé de Patrick Flandrin (CNRS et ENS de Lyon) : « Drawing sounds: Fourier, Koenig, and Scott ».
Date, heure et et lieu : 28 septembre 2018 de 10h00 à 17h00 à l’Amphi B de Lilliad, Villeneuve-d’Ascq.

ae) 2 octobre 2018, Toulon, Sea Tech, Toulon, semaine Joseph Fourier

Le mardi 2 octobre à 14h00, le Pr. Bruno Rossetto présentera les principes de l’analyse harmonique et l’harmonie en musique. Cet exposé permettra de comprendre la perception du son par l’oreille et le développement de la science musicale et de la facture d’instruments vers une esthétique aboutie et universellement mise en œuvre dans tous les styles de musique.

af) 4 octobre 2018, Toulon, Sea Tech, Toulon, semaine Joseph Fourier

Le jeudi 4 octobre à 14h00, le Pr. Jean Dhombres racontera le voyage de Joseph Fourier depuis Paris jusqu’à Toulon où il s’embarqua aux côtés de Napoléon pour la campagne d’Egypte. Du voyage à Toulon, puis vers l’Egypte, de Joseph Fourier, professeur d’Analyse à l’Ecole polytechnique en mai 1798 : il est quasiment surréaliste qu’un jeune homme – il a l’âge de Bonaparte – juste nommé professeur d’Analyse à la nouvelle Ecole révolutionnaire dénommée Ecole polytechnique, s’interroge, avec quelques uns de ses élèves lors d’un voyage vers Toulon. Ils veulent conquérir l’Egypte, et apporter à ce pays les Lumières telles que revues par la Révolution française. Ils s’interrogent sur ce que signifie faire de la science à l’orée du nouveau siècle qui s’annonce positiviste, sur ce que vaut la religion dans une République toute neuve, alors qu’ils vont découvrir, éblouis, les monuments égyptiens, et, non sans romantisme, imaginer une science ancienne du temps des pharaons. A son retour, Fourier mettra au point sa Théorie analytique de la chaleur, qui en fait aujourd’hui un des savants français les plus cités. C’est donc l’histoire compliquée d’un mouvement vers le progrès dont il s’agit de faire le récit. Car elle reste d’actualité.

ag) 6 octobre 2018, Auxerre

« Fourier l’Egyptien », conférence par Alain Cattagni, président de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne.

Sur l’invitation, reproduction du tableau de Féron, la Mort de Kléber.

Le samedi 6 octobre 2018, dans les locaux de la Société des sciences d’Auxerre, monsieur Alain Cattagni, s’est attaché, devant une assistance nombreuse à retracer le parcours égyptien de Joseph Fourier, lié pour trois ans, à celui de l’Armée d’Égypte. Il a montré que, pour Fourier, l’aventure égyptienne a dépassé largement le temps de l’occupation de l’Égypte par les soldats de la Révolution puisque qu’elle a débouché sur un travail de vingt ans pour aboutir à la publication de la Description de l’Égypte dont les derniers volumes paraîtront en 1822 sous le patronage de Louis XVIII d’une part, sur la découverte des clés de l’écriture hiéroglyphique grâce à Champollion dont Fourier, alors préfet, soutint l’obstination.

 


ah
) 11 octobre 2018, Dijon  « L’héritage des outils de Fourier en Physique et en Astronomie »

Conférence organisée par la Société Française de Physique Bourgogne-Franche-Comté et la Société Astronomique de Bourgogne, avec le parrainage de l’Académie des sciences. Intervenants : Alain Bonnin, Patrick Flandrin, Vincent Boudon. Date, lieu et heure : 11 octobre 2018 de 14 h à l’Université de Bourgogne, Dijon. Quelques vues sont accessibles en ligne.

ai) « L’analyse de Fourier aujourd’hui »
Conférence par Stéphane Jaffard.
Date, heure et lieu : 11 octobre 2018 à 12h en Amphi A1 du DLST, 480 Avenue Centrale, Domaine Universitaire, 38400 Saint Martin d’Hères.

aj) « Analyse fréquentielle de Fourier »
Atelier organisé par CREATIS dans le cadre de la Fête de la Science 2018.
Dates, heures et lieu : 11 et 12 octobre 2018, de 9h15 à 11h30 et de 14h15 à 16h30, au Village des Sciences de l’IUT Lyon 1, 1 rue de la Technologie, 69622 Villeurbanne.

ak)  Lyon, MMI – le jeudi 11 octobre 2018, 18-20 h, Jean Dhombres, « L’invention de la fonction sinus et de la périodicité au XVIIe siècle, et celle d’onde avec la controverse sur les cordes vibrantes entre Euler, d’Alembert, et Lagrange »

al) « JSM 2018 »
VIIIèmes Journées Science et Musique de l’IRISA (voir aussi ici), avec une conférence de J.-M. Goujon (Institut FOTON, Lannion) pour le 250ème anniversaire de Joseph Fourier : « Jouer juste en musique ? Quelques clés d’un défi impossible… ».
Date, heure et lieu : 20 octobre 2018 de 14h30 à 15h15 au Diapason de Rennes.

[conférence n°1] La Maison des mathématiques et de l’informatique, 1 place de l’École 69007 Lyon propose un cycle de trois  conférences indépendantes  ;  téléphone : 04 72 43 11 80.

am) Lyon, MMI – le jeudi 25 octobre 2018, 18-20 h, Jean Dhombres, « Les controverses sur l’œuvre de Fourier et sa présence aujourd’hui, notamment par la question des limitations de cette théorie par les relations de Heisenberg » [conférence n°3] La Maison des mathématiques et de l’informatique, 1 place de l’École 69007 Lyon propose un cycle de trois  conférences indépendantes ;  téléphone : 04 72 43 11 80.

an) les 15-16-17 novembre 2018, Colloque international de Mayotte sur la modélisation :

Organisé par l’Université de Mayotte : Critiquer une modélisation mathématique ? La théorie de la propagation de la chaleur par Fourier jusqu’à nos jours, par Jean Dhombres.

ao) Lyon, 11 et 12 octobre 2018, sur le campus de la Doua, dans le cadre de la fête de la science, des ateliers interactifs pour découvrir l’actualité des théories et méthodes de Fourier.

« Fourier, révolutionnaire ? »
Conférence par Jean Dhombres dans le cadre des soirées scientifiques de l’Université Ouverte Lyon 1.
Date, heure et lieu : 8 novembre 2018 à 19h30 au CCVA, 244 cours Émile Zola, 69100 Villeurbanne.

ap) Grenoble, Saint-Martin-d’Hères, Atrium, bibliothèque universitaire, du 17 septembre au 15 novembre 2018, du lundi au jeudi de 8h à 22h, le vendredi de 8h à 19h, le samedi de 9h à 17h
Joseph Fourier : quel héritage scientifique ?
Jean-Baptiste Joseph Fourier (21 mars 1768-16 mai 1830) nous a laissé un héritage scientifique et politique considérable. Originaire d’Auxerre, son passage comme préfet à Grenoble a marqué l’histoire, avec la revalorisation de l’université de Grenoble et l’écriture de son essai scientifique « théorie analytique de la chaleur » présenté à l’académie des sciences. Son esprit analytique a permis de poser les bases de la thermodynamique et de donner un rôle clé aux séries trigonométriques dans les sciences et les mathématiques. Ses démarches quant à la modélisation mathématique ont toujours été ancrées dans l’observation des phénomènes physiques allant de la diffusion de chaleur et l’effet de serre à l’estimation de l’âge de la terre. Dans cette exposition, autre que la vie de Fourier, vous découvrirez des expériences qui mettent en valeur certains résultats scientifiques de Joseph Fourier.
L’exposition est accompagnée de plusieurs ouvrages de Joseph Fourier et de ses contemporains, issus du fonds ancien des bibliothèques universitaires.

aq) Grenoble, Saint-Martin-d’Hères, 21 octobre, 25 novembre 2018,

Le mercredi 21 novembre 2018, à 15 heures, inauguration de l’exposition « à la découverte de la vie de Joseph Fourier », Institut Fourier 100 rue des Mathématiques, 38610 Gières.

ar) « Joseph Fourier, au service de la physique d’aujourd’hui »
Conférence organisée par la section Alpes de la Société Française de Physique, avec des interventions de Roland Phlypo, Denis Gratias, Jean-Louis Barrat et Jean-Jacques Greffet.
Date, heure et lieu : 23 novembre 2018, de 9h00 à 12h35, à Phelma Minatec, Grenoble.

as) Lille, le lundi 26 novembre 2018 à 18 h 30 Espace culture de l’Université de Lille (Cité Scientifique) – Cité Scientifique 59655 Villeneuve d’Ascq, Alain Juhel « Fourier, de la Révolution française à la révolution numérique« 
En partenariat avec : l’Université de Lille.

at) Grenoble, mercredi 28 novembre 2018, de 19 à 21 h, Canopé de l’Académie, 11 Avenue Général Champon, 38100 Grenoble. Conférence visant à retracer l’histoire de ces objets, séries de Fourier et ondelettes, qui permettent de décomposer des signaux complexes.

« Des séries de Fourier aux ondes gravitationnelles : la théorie analytique de la propagation de l’information »
Conférence par Ronald Coifman dans le cadre de Math en ville.
Date, heure et lieu : 28 novembre 2018 à 19h00 à l’Amphithéatre du CRDP – Canopé, 11 avenue du Général Champon, Grenoble.

au) Athènes, vendredi 7 décembre 2018, « Fourier analysis today »
Conférence par Stéphane Jaffard.
Date et lieu : 7 décembre 2018 à la Société Mathématique de Grèce, Athènes (Grèce).

av) Paris, mardi 18 décembre 2018, « Hommage à Jean-Pierre Kahane »
Colloque de l’Académie des sciences, organisé par Patrick Flandrin et Jean-François Le Gall.
Intervenants : Hervé Queffélec, Yves Meyer, Gilles Pisier, Wendelin Werner, Michèle Artigue, Claude Debru, Édouard Brézin et Cédric Villani.
Date, heure et lieu : 18 décembre 2018, de 10h00 à 17h00, en Grande Salle des Séances de l’Institut de France, 23 Quai de Conti, 75006 Paris.

 

du côté des éditeurs,

A) « Les oscillations de Joseph Fourier » Un docu-bande dessinée retraçant la vie de Joseph Fourier. aux éditions ‘Petit à petit ». En vente depuis le 15 novembre 2018.

B) Une version dialoguée de la vie de Joseph Fourier est disponible chez Lulu.com en format papier.

C) on peut aussi consulter : http://www.mdpi.com/journal/entropy/special_issues/fourier

MDPI Entropy Special Issue – « Joseph Fourier 250th Birthday: Modern Fourier Analysis and Fourier Heat Equation in Information Sciences for the XXIst Century »

Guest Editors: Prof. Dr. Frédéric Barbaresco? & Prof. Jean-Pierre Gazeau?.

For the 250th birthday of Joseph Fourier, born in 1768 in Auxerre, France, this MDPI Special Issue will explore modern topics related to Fourier Analysis and Heat Equation.

Modern developments of Fourier analysis during the 20th century have explored generalizations of Fourier and Fourier-Plancherel formula for non-commutative harmonic analysis, applied to locally-compact, non-Abelian groups. In parallel, the theory of coherent states and wavelets has been generalized over Lie groups. One should add the developments, over the last 30 years, of the applications of harmonic analysis to the description of the fascinating world of aperiodic structures in condensed matter physics. The notions of model sets, introduced by Y. Meyer, and of almost periodic functions, have revealed themselves to be extremely fruitful in this domain of natural sciences.

The name of Joseph Fourier is also inseparable from the study of the mathematics of heat. Modern research on heat equations explores the extension of the classical diffusion equation on Riemannian, sub-Riemannian manifolds, and Lie groups. In parallel, in Geometric Mechanics, Jean-Marie Souriau interpreted the temperature vector of Planck as a space-time vector, obtaining, in this way, a phenomenological model of continuous media, which presents some interesting properties.

A last comment concerns the fundamental contributions of Fourier analysis to quantum physics: Quantum mechanics and quantum field theory.

The content of this Special Issue will highlight papers exploring non-commutative Fourier harmonic analysis, spectral properties of aperiodic order, the hypoelliptic heat equation, and the relativistic heat equation in the context of Information Theory and Geometric Science of Information.

Fourier une équation un inconnu

samedi, octobre 6th, 2018

Fourier :

une équation, un inconnu

 

L’Association des Professeurs de Mathématique de l’Enseignement Public participe, elle aussi, à la célébration du 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier en publiant dans son bulletin, Au Fil des maths, n° 529 (juillet-août-septembre 2018), page 78 à 95 un article très ramassé, d’Alain Juhel. L’article donne, sans entrer dans trop de technique, le panorama d’une vie (p.78-81), d’une œuvre (p.81-88) et de son actualité (la FFT, placée en 2006 dans le top 10 des algorithmes du XXe siècle, p.89-93).

Seize références soigneusement sélectionnées (p.95) permettent au lecteur de sortir du cadre de la revue pour retourner au meilleures sources s’il souhaite approfondir un point particulier.

Nous ne pouvons qu’applaudir à ce choix éditorial qui permet à toute personne curieuse d’entrevoir les grandes lignes et les enjeux d’une œuvre dont l’étude, ardue, est jusqu’alors réservée à ceux qui sont dotés d’un solide bagage mathématique (disons, bac + 3). Il est vrai que devant l’importance de l’œuvre de Fourier dans les développements techniques contemporains, son nom est évoqué dès les classes de terminales scientifiques, d’où l’intérêt d’en faire la promotion aux lycéens et de les inciter à suivre une voie qui leur ouvrira plus tard les portes d’une initiation qui se mérite.

Bulletin de l’APMEP n°529

 

 

Fourier et la société d’émulation

lundi, juillet 23rd, 2018

Fourier et la Société d’émulation

Un dossier, conservé à la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, épais d’une dizaine de centimètres contient ce qui est parvenu jusqu’à nous des archives de la Société d’émulation d’Auxerre. Les bribes de documents laissent entrevoir l’exaltation de l’époque sur un point bien délimité (le développement et la transmission des savoirs académiques, en ce sens la société d’émulation préfigure aussi bien l’éducation populaire que les centres de culture scientifique), la société d’émulation me semble sans implication politique marquée (contrairement à la Société populaire d’Auxerre dont Joseph Fourier sera par suite membre actif). Les buts annoncés qui portent en germe ce que sera, un peu plus tard la Société des Sciences de l’Yonne, sont la diffusion et la transmission des savoirs.

SSHNY : Dossier de la Société d’émulation

La Société d’émulation d’Auxerre est fondée le 6 avril 1790, les derniers documents datés renvoient à mars 1792 ; en deux ans, les quelques membres fondateurs (Balme, Boulage, Bourdeaux, Chaudé, Deschamps, Ducrot l’aîné, Ducrot le jeune, Fourier, Lefebure, Liégeard, Pasqueau, Villetard, Bonard, Garnier) vont, au rythme moyen d’une séance par semaine, élaborer des statuts, établir des règles de vie, rechercher des locaux adaptés à leurs travaux et communiquer sur les sujets qui leur tiennent à cœur.

La Société d’émulation s’est constituée, on ne s’en étonnera pas, autour d’un noyau de professeurs du collège. Les premières réunions se tiennent chez Liégeard, un professeur du collège[1]. La devise adoptée indique clairement l’objet de l’association : « quaerunt » (ils cherchent).

L’élaboration des statuts montre tout à la fois un souci de rigueur et d’ouverture. Extraits : Les sociétaires pourront embrasser dans leurs études les sciences, les arts, les belles-lettres et tout ce qui a rapport aux connaissances humaines. /…/ La société sera composée de trente résidents et de trente associés correspondants[2]. /…/ pour être reçu au nombre des résidents il faudra avoir un domicile de fait ou de droit dans le lieu de la résidence de la société. Tout homme de lettre étranger pourra être admis à la qualité d’associé correspondant. /…/ Les femmes ne pourront être revêtue de la qualité de membres résidents mais elles pourront prétendre à celle de correspondant.

Les réunions, dirigées par un président tiré au sort chaque mois[3], sont hebdomadaires. Des discussions sont relatées améliorer la ponctualité des membres aux séances et sanctionner leurs absences injustifiées (radiation après deux mois d’absence). La Société se structure rapidement en quatre classes :

Classe de littérature : Burat, Chaudé, Liégeard, Villetard, Lefebure

Classe d’histoire : Lefebure, Bourdeaux, Boulage, Liégard

Classe de mathématique : Balme, Ducrot l’aîné, Pasqueau, Ducrot le jeune

Classe de physique : Bonard, Ducrot, Fourier

Les interventions semblent se faire, sans ordre défini, en fonction des souhaits d’intervention des participants sous la direction d’un président au rôle assez limité. Trente-neuf séances se tiennent en 1790 (elles sont numérotées dans le cahier de compte-rendus ; l’absence de numérotation en 1791 ne permet pas d’en établir clairement le nombre)[4].

Fourier tentera d’organiser le fil des interventions en demandant que chacun propose par avance les sujets sur lesquels il interviendra aux fins d’établir un calendrier.

Parmi les sujets traités :

– Mr Fourier a lu au nom de la classe de Rhétorique une dissertation sur les principe de l’attraction universelle. (9 janvier 1791)

– Me Villetard pour la classe de littérature a lu deux romances intitulées l’une : Éléonore au tombeau de son amant, l’autre Le besoin d’aimer. (9 janvier 1791)

– discours sur l’émulation en réponse à celui de Sr Fourier es ouverture des séances de la société.

– imitation de l’ode d’Horace diffugere nives

– ode pour l’anniversaire de la prise de la Bastille

– Imitation de l’ode turque adressée par Ibrahim Pacha à la fille du sultan Acmet ; tirée des lettres de Milady Montague.

– discours d’ouverture des séances après les vacances de la société

– Épître à M. D. ou voyage de Vincelles par Veaux

– Deux romances : Les Noce… et le Besoin d’aimer

– 1er chant du commencement du poème d’Anette et Colin et élégie Quand vous m’aimiez et Les Patriotes à Cithère

– L’origine des attributs de l’amour

– Plan et morceaux du 2e chant d’Annette et Colin

– Me Fourier a développé les principes de l’attraction universelle et propose le sujet : quelques difficultés relatives à l’émission de la lumière. Il a rendu hommage au profond génie de Newton qui a découvert les véritables lois de l’Univers que les anciens avaient méconnues, ou très peu de philosophes les ont entrevues et d’une manière obscure, incomplète et incohérent. Il a fini par verser des larmes sur le génie présenté et sur le bienfaiteur de l’Humanité. (dimanche 9 janvier 1792)

– Mr Fourier a présenté la solution d’astronomie physique dans les calculs de la physique céleste, il était d’usage d’exprimer l’attraction d’une sphère en divisant sa masse par le carré de la distance de son centre au point attiré. Cette expression suppose que les parties de la sphère agissent sur les corps qui les environnent précisément comme si ces parties étaient concentrées au centre de la sphère ; or le résultat n’a pas le caractère de l’évidence. On pourrait douter que ce fut le véritable résultant de toutes les attractions spéciales. 20 mars 1792 :

– L’annonce de la mort de Benjamin Franklin est l’occasion de présenter sa biographie.

Notons aussi des conférences sur la formation de la France, l’histoire des Musulmans…

Un cahier de 46 pages contenant le texte d’un pièce « le Repentir » qui porte cette mention difficilement lisible ajoutée a posteriori au crayon d’une main anonyme «  Cette pièce est je crois une mouture de la p(illisible) littéraire d’Auxerre de 1791 vers le Reg de Rétif ». La scène est au 1er acte dans le palais de Southampton donné par Edouard à Pauline Montaigne.

signatures au bas du compte-rendu de la séance du 29 avril 1790.

 

La signature de Fourier président à la Société d’Emulation le 29/30(?) avril 1790

Sources :

Jean-Charles Guillaume, 2015 « La jeunesse de Joseph Fourier à Auxerre, 1768-1794, une nouvelle approche »

Dossier Joseph Fourier, Archives de la SSHNY, aimablement communiqué par M. Alain Cattagni, président de la SSHNY.

Le lecteur intéressé pourra consulter avec fruit l’’article La société d’émulation d’Auxerre (1790-1792) – 5 pages- d’Hervé CHEVRIER, paru in Les hommes de la Révolution dans l’Yonne, Actes du colloque du bicentenaire tome 1, 1991, p.203-207, dont nous avons eu connaissance tardivement. A signaler aussi dans le tome 2 p.79-86 : L’éveil de Fourier aux idées nouvelles (1790-1794) de Jean-Bernard ROBERT.

———– NOTES :
[1] Jean-Charles Guillaume, 2015 « La jeunesse de Joseph Fourier à Auxerre, 1768-1794, une nouvelle approche » :

Fourier est élu président de la Société lors de sa première séance. A ses côtés, un camarade du collège, Georges Bénigne Liégeard, dans la maison duquel se tient les réunions, et Jean Guillaume Balme (1765-), fils d’un serrurier lié aux Cabasson et aux Dhalle, et professeur proposé le 17 octobre 1790 par dom Rosman comme professeur de huitième en remplacement Jean Louis Roux devenu sous-préfet du collège. Il est vite rejoint d’autres membres de la « phalange » qui « tous ont laissé des traces remarquables de leur passage dans la carrière des lettres, des sciences ou de l’administration » : Simon Philippe Chaudé, Jean-Joseph-Prix Deschamps, Joseph Villetard, futur secrétaire d’ambassade et poète, dont le père Edme Germain a adhéré aux idées nouvelles et qui adopte avec fouge les idées révolutionnaires, sans doute influencé par une partie de la famille qui a participé à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, etc. Les relations de s’élargissent à Etienne Garnier, neveu de Germain marquis Garnier, futur préfet de la Creuse de 1817 à 1823 ; Thomas Pascal Boulage, bientôt otage du roi et futur doyen de la Faculté de droit de Paris. »
[2] Ces nombres théoriques ne seront apparemment jamais atteints. Le dossier fait état de quelques discussions et votes sur l’admission de nouveaux membres, mais l’effectif total des membres restera limité proche du nombre des fondateurs.
[3] 30 janvier 1791 : on a ensuite procédé à l’élection d’un président et le sort a désigné Mr Liégeard.

6 mars 1791 : Mr le président ayant annoncé que le temps de sa présidence était expiré, on a procédé au scrutin pour la nomination du suivant et le scrutin a indiqué Me Balme qui a accepté… [on dispose dans une urne 15 billets numérotés 1 à 15 ; celui qui tire le n°15 est nommé président]

13 mars 1791 : … la société étant assemblée Mr Bonnard Présid. en la place de Mr Balme a ouvert la séance….

27 mars (vue 0029) : La présidence du mois de mars étant expirée, la société est allée au scrutin, le sort a indiqué M. Boulage qui a fixé la séance suivante au dimanche prochain. – 10 présents.

25 avril 1791 : Mr Boulage a ensuite annoncé que le temps de sa présidence expirait cette semaine et a demandé qu’on tirât au sort celui qui devait le remplacer le [tirage] ayant été fait Me Bourdeaux a été indiqué pour le ….[fin de page, la suite manque]

[4] A titre d’exemple, voici la transcription de l’ordre du jour complet de la séance du dimanche 20 février 1791 :

M. Bonnard au nom de la classe de littérature annalisé (sic) quelques principes de la théorie de la lumière

M. Chaudé au nom de la classe de littérature a lu la traduction du 1er acte d’une comédie italienne intitulée : la Vénus rusée, de Goldoni

M. Lefebure qui au nom de la classe de d’histoire ne put faire son rapport à la séance précédente l’a repris à celle-ci et a tracé rapidement l’histoire des premières découvertes des Portugais en Affrique et dans les Indes Occidentales.

Biographies de Joseph Fourier

lundi, juillet 16th, 2018

Biographies de Joseph Fourier

1833, 1844, 1871, 1998, 2015, 2018…

            Bouillonnement de la recherche, effet conjoncturel (250e anniversaire), désir de combler un manque… des nouveautés apparaissent du côté des biographies de Joseph Fourier. Reprenons la chronologie et voyons ce qui a été publié.

Arago

Il y a d’abord l’Éloge historique de Joseph Fourier prononcé par M. Arago, secrétaire perpétuel de l’Académie, lu à la séance du 18 novembre 1833.

 

 

 

 

 

 

Ensuite, ont trouve la biographie de Jacques-Joseph Champollion-Figeac, publiée en 1844. L’ouvrage est conservé à la Bibliothèque de France. C’est un acte de reconnaissance qui vise à entretenir le souvenir du savant auquel Champollion voue manifestement une grande admiration.

En 1871, Emile Duché donne dans le Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne (25ème volume, p 217-262) sa version de la vie de Fourier. Si les faits essentiels de sa vie sont rapportés, il y a ici où là quelques passages plus romancés qui ne résistent pas à une analyse sérieuse. La description de l’œuvre scientifique de Fourier est pour le moins succincte et partielle. Le docteur Duché n’avait sans doute pas les compétences d’ordre mathématique pour analyser l’importance et la nouveauté des travaux de Fourier.

Il a fallu attendre 1998 pour que Jean-Bernard Robert et Jean Dhombres reviennent sur le sujet avec une biographie de 767 pages, publiée chez Belin, dans la collection Un savant, une époque. L’ouvrage étayé d’un appareillage critique important se place dans la tradition des publications scientifiques. Il visait à combler un vide : les travaux de Fourier sont chaque jour plus incontournables ; il était nécessaire de présenter les conditions de la genèse d’une œuvre qui après avoir été méconnue était revenue sur d’actualité. L’ouvrage est maintenant épuisé, ce qui est dommage, c’est une somme.

 

 

 


2015, Alimentant les réflexions de la Société Joseph-Fourier, Jean Charles Guillaume publie les recherches qu’il a effectuées concernant la Jeunesse de Joseph Fourier. Doté d’un appareil critique de qualité, il se présente sous la forme d’un fascicule de 60 pages co-édité par  Sciences et Technique en perspective, la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne et la Société Joseph-Fourier.

 

 

 

 

2017  » Fourier’s Back in Town  » un article d’A. Juhel et T. Sliwa présente Joseph Fourier dans le Mathematical Intelligencer  . [note : si notre recherche peut être pertinente pour les pays francophones, elle reste certainement lacunaire pour les autres langues ; merci aux lecteurs qui nous signalerons des ouvrages que nous aurions méconnus : [email protected]]

2018, trois publications paraissent, d’autres sont annoncées :

– Dans la Collection Génies des mathématiques, Fourier, avec 160 pages d’un texte de José Maria Almira, traduit de l’espagnol, édité par RBA Coleccionables, S.A.U., Fourier. On peut entrer dans cet ouvrage par la biographie, mais l’auteur a en tête une présentation des théories initiées par Joseph Fourier, depuis leur création jusqu’à leurs derniers développements. Le souci de vulgariser impose à l’auteur de naviguer entre le trop et le trop peu de mathématiques.

 

 

 

 

 

 

– De façon confidentielle, disponible quasi exclusivement sur le Net le Joseph Fourier, de Robert Timon, suit, en 132 pages, un parcours strictement chronologique, présentant Fourier et les développements de son œuvre jusqu’à aujourd’hui sous forme de dialogues.

 

 

 

 

 

Au fil des maths

 

 

l’APMEP dans sa revue Au fil des maths, dans son numéro n° 529 à paraître automne 2018 proposera l’article Fourier : une équation, un inconnu ; en une vingtaine de pages Alain Juhel donne une synthèse de la vie et de l’œuvre de Fourier, accessible à un élève de terminale.

 

 

 

 

– La biographie illustrée qu’Hermann a demandé à Jean Dhombres de piloter, initialement prévue en un volume, est maintenant annoncée en deux volumes. Elle va paraître à l’automne.

 

 

– Une bande dessinée est en préparation aux éditions Petit à Petit , dès que le projet sera plus avancé et en passe de voir le jour, nous en informerons les lecteurs de ce blog.

 

Fourier commémoré

jeudi, février 8th, 2018

Fourier commémoré

HISTOIRE : le 21 mars prochain, sera célébré le 250e anniversaire de la naissance de Joseph Fourier
 À l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de l’Auxerrois Joseph Fourier, lumière sur un aspect méconnu de sa vie :

Fourier, au-delà de l’homme de science
Par Michaël Gitton

Yonne Républicaine – 7 février 2018 – page 9

      Tout le monde connaît Joseph Fourier, figure emblématique d’Auxerre. L’homme de science reconnu à l’échelle nationale est une fierté pour la ville dont l’un des lycées porte toujours son nom. Son 250e anniversaire sera par ailleurs inscrit aux commémorations nationales de cette année.

     Mais au-delà de l’homme de science, qui était réellement Joseph Fourier ? Robert Timon, historien résident à Saint-Georges et instituteur retraité, connaît bien le sujet et affirme que, fut un temps, Joseph Fourier a envisagé de devenir bénédictin.

Joseph Fourier inspiré par le directeur du collège lui-même bénédictin

Joseph Fourier a, en effet, effectué son noviciat à Saint-Benoît-sur-Loire dans le but de devenir bénédictin. Le noviciat est en quelque sorte la préparation des novices à la vie religieuse. Cette vocation ne sortait pas de nulle part et remonte à sa jeunesse en tant qu’élève. Il était l’un des meilleurs élèves du collège d’Auxerre, « l’un des plus réputés en France », précise Robert Timon. Et qui dit collège au XVIIIe siècle dit école militaire. Il aurait donc, de ce fait, dû être appelé à diriger des soldats, devenir officier. Mais Joseph Fourier n’était pas noble « loin de là », le ministre de l’époque refusa donc fermement qu’il devienne officier.  Joseph Fourier s’est alors tourné vers le noviciat afin de devenir bénédictin, sans doute, comme le pense Robert Timon, «pour faire comme l’une des personnes qui l’inspirait, le directeur du collège, lui-même bénédictin ». Mais il fut rapidement rattrapé par la Révolution. En 1789, l’abolition des privilèges fut votée. Les bénédictins furent interdits d’enseigner. Deux options s’offraient alors à Joseph Fourier. Continuer dans cette voie tout en percevant une indemnité. Soit, n’ayant pas encore prononcé ses vœux, rentrer à Auxerre. Il choisit la seconde et répondit à son supérieur qu’il ne voulait pas prétendre à quelque chose qu’il ne méritait pas, n’ayant jamais été moine. Voilà l’histoire, méconnue du grand public, de Joseph Fourier, racontée avec passion par Robert Timon qui qualifie l’homme de « profondément humain ».

PROJET DE STATUE
Retour. En 2012, Tadeusz Sliwa, professeur de l’université et passionné par la vie et l’œuvre du personnage, lançait l’idée folle de « faire revenir à la maison Joseph Fourier ». En d’autres termes, construire une nouvelle statue du célèbre homme de science au sein de sa ville natale, Auxerre. Le projet devrait aboutir si tout se passe bien en 2022 pour un coût proche des 150 000 euros. Soit dix ans, après le lancement de la souscription nationale lancée par Gilles Bertrand, président du Centre de culture scientifique technique et industrielle en Bourgogne (CCSTIB) et Tadeusz Sliwa, coordinateur général de la souscription. Une date qui tomberait à pic, correspondant au bicentenaire de la théorie analytique de la chaleur. Pour rappel, Joseph Fourier avait sa statue, en bronze, sur la place du Maréchal-Leclerc. Elle a été fondue par l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

 [Yonne républicaine du 7 février 2018, page 9]

Fourier et les académies

jeudi, juin 1st, 2017

Fourier et les Académies

L'Institut de France, 23 quai de Conti

L’Institut de France, 23 quai de Conti

   Pour le grand public, l’Académie se confond avec l’académisme, cet attachement excessif à l’enseignement conventionnel reçu dans une Académie. L’Académie a alors le goût suranné des vieilles choses poussiéreuses. Les rapports de Fourier et de l’Académie (ou plutôt des académies) relèvent d’une tout autre dimension. Joseph Fourier est entré très tôt, dès 1778, sans vraiment s’en apercevoir, bien avant son élection à l’Académie des sciences en 1815, dans l’orbite des Académies et il leur est resté indéfectiblement lié.

Fourier, l’élève brillant repéré par l’Académie

     Joseph Fourier est scolarisé, sans doute dès l’automne 1778, à l’École royale militaire d’Auxerre. Il a dix ans. L’orphelin, va trouver, grâce à cette école, une famille de substitution en l’Académie, à laquelle il restera toujours attaché. Cet attachement explique son passage à Saint-Benoît-sur-Loire, et se manifeste à travers ses élections en 1815, 1816 et 1826.

     C’est en 1775 que le Roi a érigé le collège d’Auxerre en Collège Royal Militaire. Il ouvre à la rentrée de 1776 ; le corps enseignant est constitué de bénédictins de Saint-Maur. En sa qualité de Collège Royal Militaire, le collège est parrainé par l’Académie qui y exerce, dirions-nous aujourd’hui, une mission d’inspection. « Signalons d’ailleurs que c’est l’examinateur, souvent un mathématicien de renom, qui se déplaçait pour interroger les candidats [i.e. : les élèves du collège] sur place. »[1] On peut imaginer que ces cessions d’examen sont l’occasion de contacts fructueux entre les enseignants locaux et des savants de renom. En 1788, Fourier nomme explicitement Lagrange et Condorcet [2]. Les rapports entre l’Académie et le Collège d’Auxerre expliquent comment les travaux du jeune Fourier se trouvent tout naturellement soumis à l’examen critique de l’Académie. En réponse à l’intérêt que suscitent ses travaux auprès des académiciens, tuteurs du Collège d’Auxerre, Joseph Fourier intègre le monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, une étape pour devenir professeur comme les enseignants, bénédictins de Saint-Maur, qu’il a rencontrés au Collège.

Fourier dans le creuset de l’Académie

Si quelques membres de l’Académie, à titre personnel, ont eu maille à partir avec les révolutionnaires (Lavoisier et Condorcet n’étant pas des moindres), l’Institution, en temps que telle, est une des rares institutions d’Ancien Régime à avoir traversé la tempête révolutionnaire. Les écoles fondées par la Révolution : l’École normale, l’École polytechnique, que Fourier fréquentera toutes deux, sont impulsées et animées par des académiciens. Au cours de l’expédition d’Egypte, Fourier, au sein de la délégation scientifique, sera en contact étroit avec des académiciens. Durant trois ans sa fonction de secrétaire de l’Institut d’Egypte lui permet d’approfondir les liens qu’il entretient avec les grands noms de la science française.

     Les activités du Préfet de l’Isère auraient pu éloigner Fourier des préoccupations académiques. Il n’en est rien. Dès 1808, il présente à l’Académie des sciences la première mouture de sa Théorie de la chaleur et profite d’un déplacement à Paris pour rencontrer Laplace ès qualité d’académicien, et tenter de le convaincre de la fiabilité des méthodes de calcul qu’il a développées dans ce traité.

       Louis XVIII, qui avait conservé Fourier comme préfet de l’Isère après la première abdication, a pu s’estimer trahi de sa soumission à l’Empereur lors du retour de l’Ile d’Elbe et lui en garder rancune. A l’époque de la Seconde Restauration, Fourier, de retour à Paris, a certainement pris toute la mesure de l’inanité de l’action politique. Libéré de toute charge il renoue vers ses amis académiciens. Les liens tissés au cours des quarante ans passés sont très profonds et solides.

Fourier au service de l’Académie

     L’Auxerrois est en effet élu une première fois académicien libre le 27 mai 1816[3]. Le 29 mai 1816, l’Académie est avisée que le roi Louis XVIII n’approuve pas cette élection. L’Académie obtempère, mais montre cette indépendance des pouvoirs qui lui a permis de traverser la Révolution : ne voulant pas priver d’accueillir dans ses rangs un savant de première grandeur, qu’elle a déjà entendu[4], qui aurait pu tutoyer les plus grands : Lagrange, Euler[5]… et à distance bien sûr (ils n’étaient pas contemporains) d’Alembert[6], Isaac Newton[7] lui-même et qui sera honoré par tous les grands qui viendront après lui[8], elle confirme sa volonté par une nouvelle élection, de plein droit cette fois, le 12 mai 1817, (pour la section de physique générale). Élection confirmée par le roi le 23 mai 1817.

Fourier n’est pas un ingrat. Le reste de sa vie sera consacré, à plein temps, à l’Académie. En 1822, à la mort de Jean-Baptiste Joseph Delambre, il en devient Secrétaire perpétuel pour la section des sciences mathématiques. Cette position lui permet alors de faire publier, sans rien changer à la rédaction de 1811 un peu boudée par des savants dubitatifs quant au bien fondé des méthodes, sa Théorie analytique de la chaleur. [L’avenir donnera raison à Fourier contre Lagrange, Laplace, Monge et Lacroix ; contre Biot et Poisson : les méthodes de calcul qu’il préconise sont légitimes et trouvent de nombreuses applications dans des domaines variés].

En 1826, il est élu à l’Académie Française au fauteuil n° 5.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:- Notes -:-:-:-:-:

[1] Daniel Reisz, Claude-Louis Bonard, Bulletin de la Société de Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, tome 153, 2017, p. 18.

[2] Lettre de Fourier à Bonard 11 mai 1788 : « Je pense bien que sitôt que M. de Montuclas vous aura répondu, vous ne manquerez pas de m’en donner avis. Vous pourriez aussi me mander les nouvelles mathématiques, physiques, astronomiques, etc. M. de Guénadeuc [peut-être Baudoin de Guémadeuc ?] est à portée de vous en instruire. Je voudrois savoir si le marquis de Condorcet a fait imprimer ce qu’on dit qu’il a écrit sur les calculs modernes ; s’il est vrai que lui, M. de la Grange et d’autres académiciens, employeront huit mois de l’année pour visiter les Écoles militaires je ne puis me résoudre à le croire. »

[3] Une classe dite d’« académiciens libres » comporte dix membres qui tout en bénéficiant d’un droit de présence ne touchent pas d’indemnité ; ils sont élus comme les autres académiciens.

[4] « A seize ans et demi je fus nommé professeur de mathématiques à l’école militaire d’Auxerre, les mémoires que j’écrivis 4 ans après et que je lus à l’Académie des Sciences de Paris indiquent assez un goût exclusif pour ce genre de recherche. » Fourier, lettre au député de l’Yonne Villetard, 1795

[5] « Il résulte de mes recherches sur cet objet que les fonctions arbitraires même discontinues peuvent toujours être représentées par les développements en sinus ou cosinus d’arcs multiples, et que les [solutions de l’équation de la chaleur] qui contiennent ces développements sont précisément aussi générales que celles ou entrent les fonctions arbitraires d’arcs multiples. Conclusion que le célèbre Euler a toujours repoussée. » Fourier (1805), cité par I. Grattan-Guinness

[6] « À l’égard des recherches de D’Alembert et d’Euler, ne pourrois-je point ajouter que s’ils ont connu ces développements, ils n’en ont fait qu’un usage bien imparfait, car ils étoient persuadés l’un et l’autre qu’une fonction arbitraire et discontinue ne pourroit jamais être résolue en séries de ce genre. » Fourier , Lettre à [probablement] Lagrange

[7] « Hier, j’ai eu 21 ans accomplis; à cet âge Neuton et Paschal (sic) avaient acquis bien des droits à l’immortalité. » Fourier, lettre à Bonard, professeur de Mathématiques à Auxerre , 1789

[8] Ainsi, Helmholtz « La multiplicité des diverses formes de vibration qu’on peut obtenir ainsi en composant des vibrations pendulaires n’est pas seulement extraordinairement grande; elle dépasse toute limite assignable. C’est ce que le célèbre physicien français Fourier a prouvé dans une loi mathématique, que nous pouvons formuler de la manière suivante, en l’appliquant à notre sujet: toute forme quelconque de vibration, régulière et périodique, peut être considérée comme la somme de vibrations pendulaires, dont les durées sont une, deux, trois, quatre, etc… fois moins grandes que celle du mouvement donné. […] Les amplitudes des vibrations simples composantes […] peuvent être déterminées, ainsi que l’a montré Fourier, par des méthodes de calcul particulières qui ne comportent pas une exposition élémentaire. Il en résulte qu’un mouvement donné, régulier et périodique, ne peut être décomposé que d’une seule manière, en un certain nombre de vibrations pendulaires. »   Helmholtz, Théorie Physiologique de la Musique (1863)