L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels

21 11 2006

“- Il me semble que le souvenir de Shaw vous a inspiré, Borges ? L’autre aspect, qui me paraît très beau chez Shaw, est celui qu’il révélait en confiant que ses phrases, il les avait entendues dans les rues, par exemple, dites par d’autres.

– Oui, c’est une de ses formes de modestie. Mais très fréquemment on entend des mots mémorables dans la rue, nous en avons déjà parlé ; le fait est que l’intelligence, la beauté et le bonheur ne sont pas inaccoutumés : nous nous en approchons continûment. Ce dont il s’agit, c’est d’être sensible à eux.”

Jorge Luis Borges – Osvaldo Ferrari, Ultimes Dialogues, José Corti, 2003.

Il me semble important quand je mets l’accent sur le pouvoir de l’écrit, sur sa richesse incomparable, et je vais encore citer Borges ici : “Un livre peut être plein d’errata, nous pouvons ne pas être d’accord avec les opinions de son auteur, il garde pourtant quelque chose de sacré, quelque chose de divin, non qu’on le respecte par superstition mais bien le désir d’y puiser du bonheur, d’y puiser de la sagesse.” Borges, Conférences, chap. Le livre, Gallimard, 1985., de ne pas pour autant dévaloriser l’oral.

Que dit Borges dans ses ultimes dialogues avec Osvaldo Ferrari ?

On peut trouver partout et en n’importe quelle circonstance des mots « mémorables » et  » ce dont il s’agit, c’est être sensible à eux ».

J’ ai parlé de cet écrit qui avait fait évoluer l’espèce humaine en me référant à Condorcet, et qui a débuté en occident, avec la philosophie grecque.

Le fondateur, Socrate, n’a pas écrit, Platon son élève et successeur a écrit des dialogues socratiques. L’écrit philosophique est né sur le dialogue, sur la transcription de l’enseignement oral.

Borges s’il n’est pas un philosophe (cela reste à discuter), est un maître de la littérature. Ces Ultimes dialogues montrent, plus de deux milles ans plus tard, la force du dialogue, montrent aussi que le dialogue peut être une écriture, « Borges lui-même m’avait affirmé qu’il voyait dans ces dialogues une forme indirecte d’écriture. », Osvaldo Ferrari.

Pour tout ceux qui aiment Borges, ce livre est indispensable.

Et les journaux de bord dans tout ça ?

Les textes se nourrissent de l’oral, et puis dans ma pratique du journal de bord le débat sur les textes est primordial. Et dans ce débat « il s’agit d’être sensible aux mots ». C’est aussi là que se fait l’apprentissage.

L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels. Ce sont peut-être les seuls. Ils partagent le mot, inlassablement.

Sur shaw…

Ludovic Bourely


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