Voeux ?

5 01 2007

Acheter en ligneJ’ai parlé dans d’autres textes du caractère « artificiel », ou du moins formel du point de vue de l’écrit des cartes de voeux. J’y opposais l’écrit libre. Cela ne signifie pas que la contrainte ne peut pas être une merveilleuse créatrice littéraire. Ce n’est pas Georges Perec qui m’aurait contredit, lui dont on publie aujourd’hui les voeux qu’il a envoyés entre 1970 et 1982. Des voeux Oulipiens donc, qui prouvent à la fois la force, la subtilité et la faculté d’adaptation de l’écrit. Et sa potentialité bien sûr. De toute façon, la carte de voeux n’est-elle pas l’exercice de style annuel de nombres d’entre nous ?
Ne serions-nous pas Oulipiens comme Mr Jourdain une fois par an ?
Je n’ai pas besoin cette année, de souhaiter que l’on parle plus d’éducation. La campagne électorale met le sujet sous le feux de l’actualité, j’espère juste que la qualité sera au rendez-vous…
Je souhaite donc à mes lecteurs ce qu’ils désirent … et je vous donne un petit lien

Si l’écrit de communication a décliné pendant quelques décennies, Internet change la donne. Sa démocratisation, (pas tout à fait finie malheureusement), redonne du pouvoir à l’écrit.
Une petite vidéo, pas totalement inintéressante malgré la source, sur la question.

Ludovic Bourely




Tout le monde devrait écrire

21 12 2006

tout le monde devrait écrire » Une pensée riche ou fine ne peut trouver une forme adéquate en dehors de l’écriture. »
« Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale. »
« Le plus beau de l’écriture, c’est une tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c’est l’usage d’une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces. »

Tout le monde devrait écrire. Georges Picard, José Corti, 2006.

Je suis perplexe …
Ma santé qui m’éloigne depuis quelques semaines de mes apprenants doit y être pour quelque chose …
Mais pas seulement …
Comment continuer à écrire sur l’écriture après avoir lu l’essai de Georges Picard ?
Tout le monde devrait lire « tout le monde devrait écrire ».
Je sais, il y mieux comme introduction, mais je n’en ai pas d’autres.
L’essai de Georges Picard est une oeuvre trop riche, pour ne pas paraître banal en essayant d’en parler, qui plus est avec une rage de dent.
En nous livrant sa vision de la littérature, de l’écriture, de la lecture, de l’édition, de la critique, il se livre lui-même, dans le doute puissant et révélateur des grands esprits. Jamais il ne cède à la facilité. Essai autobiographique ? Non, essai borgésien, où l’intime se mêle à la philosophie. Un essai de grand lecteur. Mais là encore Georges Picard me reprocherait la comparaison, et la critique admirative. Trop facile…
Perplexe aussi parce qu’après ce premier jugement, on pourrait croire que j’épouse parfaitement les idées et les arguments de cet essai.
Ce n’est pas toujours le cas, notamment sur le pouvoir de l’éducation à changer les choses dans le domaine de l’écrit, (je suis peut-être naïf ou déraisonnablement optimiste, peut m’importe), et pourtant la modestie de l’auteur et l’invitation à la réflexion contre le dogmatisme, rendent cet essai particulièrement stimulant.
Encore une citation :
« …, l’écriture acharnée qui force à réfléchir reste l’une des armes les plus solides contre la sauvagerie ou l’impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s’en emparer. »
Pour finir, le travail que je fais ici avec mes modestes moyens, et le travail sur l’écriture que je fais avec mes « apprenants/écrivants », se trouvent en même temps validés, dépassés, invalidés, enrichis …
Je ne sais plus, je suis perplexe.
Est-ce encore une fois là que l’on peut voir le pouvoir de l’écrit ?…

Ludovic Bourely




Teacher Man

11 12 2006

Commandez l'ouvrage« Le premier jour de ma carrière, j’ai failli être viré pour avoir mangé le sandwich d’un lycéen. Le deuxième jour, j’ai failli être viré parce que j’avais évoqué la possibilité d’une relation avec un mouton. » Teacher Man, Frank McCourt, Belfond, 10/2006.

Qui n’a jamais rêvé de rentrer dans la tête d’un prof ?
Que peut-il bien s’y passer ?
Si vous souhaitez une réponse, courez, abandonnez vite ce que vous êtes en train de faire, pour aller acheter le dernier McCourt.

Je ne suis pas un grand amateur d’autobiographie.
Je n’ai pas pu lâcher Teacher Man de Frank McCourt.

C’est quand on a entre les mains un ouvrage comme celui -là que l’on ne peut ignorer la connaissance du réel qu’apporte la littérature.
Une approche du réel différente de la science ou de la philosophie, mais tout aussi féconde.

Qu’est-ce que les mémoires d’un jeune prof à New York dans les années 60 peuvent apporter à l’éducation ?
Elles montrent l’universalité des questions pédagogiques.
Elles montrent le chemin universel, « aux sentiers qui bifurquent », de la vie d’un prof.
Elles montrent la quête de la place dans ce labyrinthe, le cerveau d’un prof.
Ce jeune Irlandais débarquant à New York à la fin des années 50, pourrait être n’importe quel prof, enseignant n’importe où et n’importe quand.
Il est l’un de « nous », aujourd’hui, en France.
Le plus troublant, c’est que si l’on n’a qu’une vision médiatique de la situation de l’éducation en France, on pourrait penser que celle des années 60 aux États-Unis ressemble beaucoup à notre situation actuelle.

La réalité est bien sûr beaucoup plus complexe, et nous avons eu la chance d’avoir de grands pédagogues comme Meirieu ou Charmeux, d’avoir des IUFM, qui ont permis à l’Éducation Nationale de ne pas envoyer au casse pipe tous les jeunes profs français depuis quelques années (et je suis convaincu que la qualité des apprentissages n’a cessé de progresser en France depuis bientôt 40 ans, souvent même je le constate sur le terrain, avec mes adultes) . Je reviendrai plus tard sur les chiffres de l’illettrisme en France qui montrent que s’il reste un problème, il était pire avant, et que ce n’est pas la nostalgie actuelle qui le résoudra à coup de dictées, de leçons de grammaire ou de policiers dans les établissements.
Excusez cette parenthèse …
McCourt nous propose « la longue route qui mène à la pédagogie », sous-titre de sa première partie, qui mérite au moins une citation :
« Ils pensaient que j’enseignais.
Je pensais que j’enseignais.
J’apprenais. »

N’allez pas croire que parce que c’est peut -être la meilleure autobiographie d’un prof, elle n’est faite que pour eux ; l’écriture est sincère, naturelle, vivante , tordue et limpide, américaine et universelle en même temps, remplie d’épisodes hilarants…
C’est aussi un morceau de civilisation américaine, une ballade de l’immigration d’un irlandais, une légende irlandaise …, un conte métaphysique parfois …, et bien plus que ça …

Je pense que c’est une lecture qui peut émerveiller et faire réfléchir les adolescents, les profs, les éducateurs de tous poils, les parents d’élèves, les élèves de parents, les citoyens, les exilés, les américanophiles, les américanophobes, les lecteurs, les non-lecteurs, les électeurs …

C’est, pour moi, le livre de cette fin d’année …
Aussi bien sûr parce qu’il parle d’écriture et de son apprentissage …

Je ne peux conclure qu’avec une dernière citation de la fin du livre :
 » Je ne crois pas que quelqu’un connaisse une liberté totale, mais ce que j’essaye de faire avec vous, c’est de reléguer la peur dans un coin. »

Ludovic Bourely




« Le passé ne me sert à rien. »

7 12 2006

« J’ai passé ma vie à lire et à analyser, à écrire ( ou à m’essayer à écrire) et à jouir de l’écrit. (…). Chaque fois que je me trouve confronté à la page blanche, je ressens la même impression : je dois redécouvrir la littérature par moi-même. Le passé ne me sert à rien. Ainsi donc, (…), je n’ai que mes perplexités à vous offrir. », Jorge Luis Borges, L’art de la poésie, Gallimard, 2002.

Pour en finir avec la grammaire, Jean Pierre Dubreuil a publié sur son blog la liste des commentaires sur le rapport Bentolila, j’y ajouterai la réaction de Lubin et de Lofi qui me fait l’honneur de me citer. Avec le rapport, finalement, cela constitue un formidable outil pédagogique (sous forme de dossier par exemple), pour le français (lecture, commentaire de textes, argumentation …), la philosophie, la communication, l’histoire même …
Ce rapport n’aura donc pas été inutile.
Même sans l’utiliser comme outil pédagogique, quand on aime le second degré, on peut beaucoup rire en lisant les 33 pages.

Et le rire est bon pour la santé …
De Robien, Ministre de la Santé !

Pour être plus sérieux, il faut bien de temps en temps, les journaux de bord peuvent être un formidable outil d’apprentissage de la grammaire …
Parce que faire de la grammaire à partir de ce que l’on a écrit s’inscrit dans une démarche complète de l’apprentissage de la langue. Parce que le journal de bord permet, par exemple, la réécriture qui elle aussi est une démarche stimulante et efficace.

Oui, et la citation ?…

À vous de voir ! …

Non, je vous aide un peu…
Premièrement, je n’avais aucune citation d’Eric Orsena sous la main. Ma bibliothèque serait-elle mal rangée ? Je n’ai pas la même bibliothèque que Monsieur le Ministre De Robien, ou que celle du candidat Sarkozy ?

Deuxièmement, et essentiellement, cette page blanche, c’est en se confrontant à elle que l’on apprend à écrire …
C’est l’une des convictions qui m’ont conduit à utiliser les journaux de bord.

Troisièmement, non cette fois à vous de trouver…

Ludovic Bourely




Les leçons de grammaire ?

30 11 2006

Un rapport d’Alain Bentolila vient d’être remis au ministre Gilles de Robien.
La presse en fait écho ce matin :
http://www.liberation.fr/actualite/societe/220298.FR.php
Je ne sais pas si c’est ici la place pour réagir à cette actualité…
Pourtant, comme tout « pédagogue », je me sens attaqué, et méprisé par ces tentatives de retour en arrière, soutenues par cette malédiction de l’humanité : la nostalgie.
Si je réagis, c’est parce que tout ce que j’ai pu écrire dans mes textes précédents, sur la liberté, la volonté, l’émancipation intellectuelle, le pouvoir des mots … , est remis en cause par ces volontés de réformes à la hussarde.
Si je réagis, c’est parce que j’ai dès le départ voulu proposer un outil qui dépassait les deux grands courants philosophiques de l’éducation « tout vient de l’apprenant, tout vient du formateur », l’opposition Socrate/Descartes.
Philippe Meirieu est selon moi le premier à être sorti avec brio de cette opposition.
Pourquoi alors faire appel à un linguiste controversé pour diriger un rapport de cette nature ?
Si je réagis, c’est parce que je pense à ce magnifique texte de Boris Vian, Les bons élèves, dans Les Fourmis, Le Terrain Vague, 1968, que je fais lire systématiquement à tous mes apprenants en début d’année.
Je pense aussi à Prévert, Page d’écriture, Le Cancre, dans Paroles, Gallimard, 1949
Je pense qu’on « vient de cracher sur la tombe de Vian, et celle de Prévert », et cela me fatigue.
Je ne souhaite pas que nos enfants deviennent des « Lune ou Paton » …

Ludovic Bourely




Le maître ignorant ou l’égalité des intelligences

27 11 2006

« Il leur avait seulement donné l’ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues » Jacques Rancière, Le maître ignorant, Arthème Fayard, 1987, 10/18, 1984.

Cette biographie de Joseph Jacotot a le mérite de replacer le débat sur l’éducation autour de plusieurs notions essentielles, qui devraient être rigoureusement prises en compte dans tout débat pédagogique : l’égalité des intelligences, la volonté et la liberté.
Il ne s’agit pas de transformer l’Éducation Nationale, en laboratoire d’expériences comme celle que le hasard a fait accomplir à Jacotot.
Mais le pari sur l’égalité des intelligences est fécond en éducation.
Si l’expérience de Jacotot a, contre toute attente, réussi, c’est qu’il y avait chez les apprenants, deux conditions nécessaires réunies : la liberté et la volonté.
« L’appreneur » a peu de moyens pour agir sur la volonté, elle fait partie de cette « boite noire »( cf P. Meirieu, Apprendre…, oui mais comment ?) inaccessible.
Le deuxième pari fécond est la liberté. Peut-être que seulement l’ouverture d’un espace de liberté peut agir sur la volonté ?
Le journal de bord, c’est aussi l’ouverture de cet espace, où « le maître » devient ignorant, au moins pendant le temps de l’écriture et où il est forcé de postuler l’égalité des intelligences. Faire appel à l’intelligence de l’apprenant est presque un pari Pascalien … mais je pense que cela ne fonctionne que si c’est une intime conviction.

Ludovic Bourely




L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels

21 11 2006

“- Il me semble que le souvenir de Shaw vous a inspiré, Borges ? L’autre aspect, qui me paraît très beau chez Shaw, est celui qu’il révélait en confiant que ses phrases, il les avait entendues dans les rues, par exemple, dites par d’autres.

– Oui, c’est une de ses formes de modestie. Mais très fréquemment on entend des mots mémorables dans la rue, nous en avons déjà parlé ; le fait est que l’intelligence, la beauté et le bonheur ne sont pas inaccoutumés : nous nous en approchons continûment. Ce dont il s’agit, c’est d’être sensible à eux.”

Jorge Luis Borges – Osvaldo Ferrari, Ultimes Dialogues, José Corti, 2003.

Il me semble important quand je mets l’accent sur le pouvoir de l’écrit, sur sa richesse incomparable, et je vais encore citer Borges ici : “Un livre peut être plein d’errata, nous pouvons ne pas être d’accord avec les opinions de son auteur, il garde pourtant quelque chose de sacré, quelque chose de divin, non qu’on le respecte par superstition mais bien le désir d’y puiser du bonheur, d’y puiser de la sagesse.” Borges, Conférences, chap. Le livre, Gallimard, 1985., de ne pas pour autant dévaloriser l’oral.

Que dit Borges dans ses ultimes dialogues avec Osvaldo Ferrari ?

On peut trouver partout et en n’importe quelle circonstance des mots « mémorables » et  » ce dont il s’agit, c’est être sensible à eux ».

J’ ai parlé de cet écrit qui avait fait évoluer l’espèce humaine en me référant à Condorcet, et qui a débuté en occident, avec la philosophie grecque.

Le fondateur, Socrate, n’a pas écrit, Platon son élève et successeur a écrit des dialogues socratiques. L’écrit philosophique est né sur le dialogue, sur la transcription de l’enseignement oral.

Borges s’il n’est pas un philosophe (cela reste à discuter), est un maître de la littérature. Ces Ultimes dialogues montrent, plus de deux milles ans plus tard, la force du dialogue, montrent aussi que le dialogue peut être une écriture, « Borges lui-même m’avait affirmé qu’il voyait dans ces dialogues une forme indirecte d’écriture. », Osvaldo Ferrari.

Pour tout ceux qui aiment Borges, ce livre est indispensable.

Et les journaux de bord dans tout ça ?

Les textes se nourrissent de l’oral, et puis dans ma pratique du journal de bord le débat sur les textes est primordial. Et dans ce débat « il s’agit d’être sensible aux mots ». C’est aussi là que se fait l’apprentissage.

L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels. Ce sont peut-être les seuls. Ils partagent le mot, inlassablement.

Sur shaw…

Ludovic Bourely




« Push » ou le pouvoir de l’écrit.

17 11 2006

« J’ai redoublé quand j’avais douze ans pasque j’ai fait un môme à mon père. C’était en 1983. J’ai pas été en classe pendant un an. Là , ça va être mon deuxième môme. Ma fille est Très Somique. » Les trois premières lignes de Push, de Sapphire. Éd. de l’Olivier/Éd. du Seuil 1997.

Ce roman a déjà beaucoup fait parler de lui des deux côtés de l’Atlantique.
Je ne vais donc pas répéter les nombreuses critiques littéraires existantes. C’est l’histoire d’une adolescente noire de 16 ans, Precious Jones, qui ne sait ni lire, ni écrire, qui n’a connu que violence et pauvreté, et qui va « gagner » son identité grâce à l’écriture.


Pourquoi je parle de ce roman ?

S’il est le témoignage d’une certaine Amérique, si son style est à lui seul un pari littéraire (et sans parler de la traduction, qui est un véritable exercice de style), il est pour moi le témoignage du pouvoir de l’écriture d’expression et de la pédagogie. « L’école de L’Enseignement Parallèle/Apprendre de Chacun/Apprendre à Chacun » reste une expérience américaine, mais il y a à apprendre, notamment sur la place de l’enseignant, avec « Mrs Avers ». Le nom de l’école non plus ne vous a pas échappé, « Apprendre de Chacun/Apprendre à Chacun », tout un programme, une position pédagogique.

L’outil ?
Le journal d’expression.
Un autre exemple très différent d’utilisation de l’outil « Journal de bord », qui montre que cet outil est nécessairement multiforme ; qu’il peut être utilisé, à chaque fois sous une forme différente, de la maternelle à l’université, et dans tous les types de formations et d’environnements éducatifs.
Parce qu’il utilise ce pouvoir de l’écrit d’expression, de l’écrit « réel ».
– Quant au roman, il est à lire, rien que pour son originalité.

Je finirais donc juste avec cinq lignes du poème de Precious Jones qui clot le roman :

« Je sais voir
Je sais lire
personne ne le voit aujourd’hui
mais je pourrais devenir poète, rappeur, j’ai une boîte d’aquarelles
mon enfant est malin »

Ludovic Bourely




Le mot est complexe…

14 11 2006

« J’ai tenté, je ne sais avec quel bonheur, d’écrire mes contes de la façon la plus simple. Je n’ose affirmer qu’ils le sont ; il n’y a pas sur terre une seule page ni un seul mot qui le soient, étant donné que tous postulent l’univers, dont l’attribut le plus notoire est la complexité. » Jorge Luis Borges, Préface, Le Rapport de Brodie, Éd. Gallimard, 1972.

La complexité du mot, qui n’existe que dans l’écrit d’expression, l’écrit « réel », est peut-être la clef de l’apprentissage. Parce que l’on n’apprend qu’en dépassant la difficulté, celle réelle qui se présente.

La mise en situation face au journal de bord (une feuille blanche, une demi-heure, pas de sujet et un lectorat inconnu… ou d’autres conditions), crée les conditions de la difficulté à dépasser. Quel que soit le niveau de l’apprenant. Chaque texte du journal de bord est donc un vrai texte, sur lequel on peut travailler, apprendre, discuter. Aucun texte, n’est trop « simple », ils sont tous par définition complexes. Ils sont différents pour chaque lecteur. Ils ont tous un intérêt, chaque mot contient plus qu’il n’y paraît.

C’est cet écrit, que l’invention de l’imprimerie a permis d’être diffusé au monde (en participant au passage à l’évolution de l’humanité), qui est rarement enseigné, utilisé par le commun des mortels.
Je citerai ici Evelyne Charmeux : « Mais il faut admettre que pour l’écriture, c’est encore pire : à peine 5 à 6 % de la population reconnaissent être concernés par les activités d’écriture. Même les gens cultivés avouent ne jamais écrire et considèrent cette activité comme étrangère à eux. » L’écrit d’expression est réservé à une élite. Aux écrivains, aux journalistes, aux philosophes, aux essayistes, aux poètes…

Aujourd’hui, après l’imprimerie, un nouveau média, le blog, permet à nouveau à l’écrit d’expression d’être diffusé, utilisé par tous.
Est-ce une nouvelle révolution pour l’écrit ? L’avenir nous le dira.
Mais à nouveau, « l’écrivant » est face à un potentiel de lecteurs inégalé.
La liberté, en plus.
C’est une des conditions de l’écrit d’expression.
Pourquoi est-il si peu utilisé dans l’éducation ?
Les nouveaux médias, en se généralisant, mondialisation oblige, ont peut-être besoin d’encore un peu de temps ?

Je n’ai pas de réponse, mais je suis convaincu que si « l’imprimerie (a) multipli(é) indéfiniment, et à peu de frais, les exemplaires d’un même ouvrage. Dès lors, la faculté d’avoir des livres, d’en acquérir, suivant son goût et ses besoins, a existé pour tous ceux qui savent lire ; et cette facilité de la lecture a augmenté et propagé le désir et les moyens de s’instruire. », Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, 1795.

Internet et le blog, peuvent être les nouveaux médias qui ont la potentialité « d’augmenter et de propager le désir et les moyens de s’instruire ».
L’écrit a besoin de lecteurs pour exister.
Le mot a besoin de lecteurs pour être complexe.
Je remercie les miens, et ceux de mes « écrivants ».
Ludovic Bourely




Un mot de Char …

8 11 2006

« Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. », René Char
Extrait de Chants de la Balandrane

Je précise ce que je disais sur la découverte de l’importance du mot avec des apprenants qui utilisent le journal de bord (Voir Obsolètes ou novateurs ?). Même dans d’autres utilisations du journal (j’en parlerai dans un autre article.).
L’importance du mot, c’est la quintessence de l’écrit. De l’écrit « réel », de l’écrit dont on ne connaît pas le ou les destinataires.
La plupart des écrits dans notre parcours scolaire ou en formations (dictées, prises de notes de cours, rédactions, rapports de stages, dissertations, commentaires de textes, évaluations, …) et dans notre vie sociale et professionnelle (compte-rendus, écrits professionnels formatés, écrits administratifs, cartes de voeux ou de vacances, …), sont loins de cet écrit réel dont je parle.
Ils ne permettent pas au mot de « surgir ».
Ce que j’appelle l’écrit « réel » est donc un écrit dont on ne connaît pas le destinataire, celui donc où l’on s’exprime librement pour réellement communiquer. Non pas qu’il n’y ait pas de communication dans les autres formes d’écrits, mais elle n’est pas de même nature.
C’est cet écrit que l’on utilise depuis des millénaires. L’écrit a été inventé et s’est développé en grande partie sous cette forme.
C’est aussi le pari que maîtriser cette forme d’écrit facilite l’apprentissage de toutes les autres.
C’est l? que j’en reviens ? Char, « Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. », je ne ferais pas de commentaires psychanalytiques de cette phrase, mais ne parle-t-elle pas de réel et de liberté, finalement.
J’aime ? croire que la connaissance du réel et l’apprentissage de la liberté sont des finalités essentielles de l’éducation.
Elles sont de toutes façons indispensables au citoyen libre et responsable.
D’où l’importance de laisser « surgir » le mot.
Et puis le mot est beau …
Ludovic Bourely