Ecrire, Charles Juliet

17 05 2008

Le texte ci-dessous, « écrire » est un extrait du texte du même nom,publié dans l’anthologie Il fait un temps de poème qu’avait composée Yvon Le Men pour Filigranes éditions, 1996 (avec son autorisation)

Écrire. Écrire pour obéir au besoin que j’en ai.
Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à
parler.
Écrire pour ne plus avoir peur.
Écrire pour ne pas vivre dans
l’ignorance.
Écrire pour
panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.
Écrire pour me parcourir, me découvrir.
Me révéler à moi-même.
Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m’aimer.
Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.
Écrire pour
déterrer ma voix.
Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre,
m’unifier.
Écrire pour
épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.
Écrire pour conquérir ce qui m’a été donné.
Écrire pour susciter cette
mutation qui me fera naître une seconde fois.
Écrire pour devenir toujours
plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.
Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.
Écrire pour m’employer à devenir meilleur que je ne suis.
Écrire pour faire droit à l’instance morale qui m’habite.
Écrire pour retrouver – par delà la lucidité conquise –
une naïveté, une spontanéité, une transparence.
Écrire pour affiner et aiguiser mes
perceptions.
Écrire pour
savourer ce qui m’est offert. Pour tirer le suc de ce que je vis.
Écrire pour
agrandir mon espace intérieur. M’y mouvoir avec toujours plus de liberté.
Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.
Écrire pour
m’inventer, me créer, me faire exister.
Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.
Écrire pour devenir plus fluide. P
our apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.
Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.
Écrire pour
affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.
Écrire pour être moins seul. Pour parler à
mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l’aider à se connaître et à cheminer.
Écrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.
Écrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j’accède à l’intemporel, l’impérissable, le sans-limite.

Note : Ce texte a été construit sur le principe de l’anaphore (répétition d’un mot en tête de vers ou de membres de phrases pour créer un effet de symétrie)



Traversée de mots

17 05 2008

Un extrait d’atelier d’écriture, où les mots de Sacha ont quitté un moment la feuille pour trouver lyrose02.gifeur voie

Ecrire, de Sacha

Clin d’oeil orthographique :

voie : espace à parcourir pour aller quelque part
voix : son ou ensemble de sons produits par le larynx, quand les cordes vocales entrent en vibration

Ce sont des homonymes (se dit de mots de prononciation identique et de sens différent)