Finissez vos phrases!!
7 10 2008PERSONNAGES
MONSIEUR A, quelconque. Ni vieux, ni jeune.
MADAME B, même genre.
Monsieur A et Madame B, personnages quelconques, mais pleins d’élan (comme s’ils étaient toujours sur le point de dire quelque chose d’explicite) se rencontrent dans une rue quelconque, devant la terrasse d’un café.
[…]
MONSIEUR A, sur le ton de l’intimité.
Chère ! Si vous saviez comme, depuis longtemps !
MADAME B, touchée.
Vraiment ? Serait-ce depuis que ?
MONSIEUR A, étonné.
Oui ! Justement ! Depuis que ! Mais comment pouviez-vous ?
MADAME B, tendrement.
Oh ! Vous savez ! Je devine que. Surtout quand.
MONSIEUR A, pressant.
Quand quoi ?
MADAME B, péremptoire.
Quand quoi , Eh bien, mais : quand quand.
MONSIEUR A, jouant l’incrédule, mais satisfait.
Est-ce possible ?
MADAME B
Lorsque vous me mieux, vous saurez que je toujours là.
MONSIEUR A
Je vous crois, chère ! … (Après une hésitation, dans un grand élan.) Je vous crois, parce que je vous!
MADAME B, jouant l’incrédule.
Oh ! Vous allez me faire ? Vous êtes un grand ! …
MONSIEUR A, laissant libre cours à ses sentiments.
Non ! Non ! C’est vrai ! Je ne puis plus me ! Il y a trop longtemps que ! Ah ! si vous saviez ! C’est comme si je ! C’est comme si toujours je ! Enfin, aujourd’hui, voici que, que vous, que moi, que nous!
MADAME B, émue.
Ne pas si fort ! Grand, Grand ! On pourrait nous !
MONSIEUR A
Tant pis pour ! Je veux que chacun, je veux que tous ! Tout le monde, oui !
MADAME B, engageante, avec un doux reproche.
Mais non, pas tout le monde : seulement nous deux !
[…]
Jean TARDIEU, Finissez vos phrases ! ou Une heureuse rencontre, comédie associée à d’autres pièces dans La comédie du langage, 1978.
Quelques exemples?
A : sur le ton de l’intimité – Chère amie ! Si vous saviez comme j’oublie tout, depuis longtemps !
B : touchée – Vraiment ? Serait-ce depuis que votre poisson s’est noyé ?
A : étonné – Oui ! Justement ! Depuis que sa mort est survenue ! Mais comment pouviez-vous savoir ?
B : tendrement – Oh ! Vous savez ! Je devine que vous devez être bien malheureux ! Surtout quand une personne aussi importante que cela s’en va du lourd fléau de la mort.
A : pressant – Quand quoi ?
B : péremptoire – Quand quoi ? Eh bien mais : quand quand quelqu’un nous est enlevé.
A : jouant l’incrédule, mais satisfait – Est-ce possible ?
B : Lorsque vous me comprendrez mieux, vous saurez que je ne perds jamais raison, elle est toujours là.
A : Je vous crois, chère amie ! ( Après une hésitation, dans un grand élan ) Je vous crois parce que je vous comprends !
B : jouant l’incrédule – Oh ! Vous allez me faire donner un torticolis ! Vous être un grand monsieur !
A : laissant libre cours à ses sentiments – Non ! Non ! C’est vrai ! Je ne puis plus me rapetisser ! Il y a trop longtemps qu’on me le reproche ! Ah ! Si vous saviez ! C’est comme si je ressemblais à … Hagrid ! C’est comme si toujours je venais d’un autre monde ! Enfin, aujourd’hui, voici que, que vous me comprenez, que moi je vous comprends, que nous nous comprenons !
B : émue – Ne riez pas si fort ! Grand, grand monsieur ! On pourrait nous voir rire !
A : Tant pis pour … ! Je veux que chacun, je veux que tous sachent qu’être grand ne me pose plus de problèmes ! Tout le monde oui !
B : engageante, avec un doux reproche – Mais non, pas tout le monde : seulement nous deux !
Thelma et Clarisse
A : sur le ton de l’intimité – Chère ! Si vous saviez comme j’ai envie de vous, depuis longtemps !
B : touchée – Vraiment ? Serait-ce depuis que nous avons dansés l’autre soir ?
A : étonné – Oui ! Justement ! Depuis que l’autre soir nous avons dansés! Mais comment pouviez-vous le savoir ?
B : tendrement – Oh ! Vous savez ! Je devine que ça ne peut être que ça ! Surtout quand vous me touchiez de cette façon.
A : pressant – Quand quoi ?
B : péremptoire – Quand quoi ? Eh bien mais : quand quand vous m’enlaciez, je me sentais tellement bien dans vos bras.
A : jouant l’incrédule, mais satisfait – Est-ce possible ?
B : Lorsque vous me connaitrez mieux, vous saurez que je suis toujours là, à attendre vos câlins, prête à tout.
A : Je vous crois, chère! (Après une hésitation, dans un grand élan) Je vous crois parce que je vous aime !
B : jouant l’incrédule – Oh ! Vous allez me faire rougir ! Vous être un grand charmeur !
A : laissant libre cours à ses sentiments – Non ! Non ! C’est vrai ! Je ne puis plus me retenir ! Il y a trop longtemps que je vous aime ! Ah ! Si vous saviez ! C’est comme si je rêvais ! C’est comme si toujours je n’attendais que vous ! Enfin, aujourd’hui, voici que, que vous, que moi, que nous nous aimons !
B : émue – Ne criez pas si fort ! Grand, grand amour ! On pourrait nous entendre !
A : Tant pis pour ça ! Je veux que chacun, je veux que tous! Que tout le monde oui le sache oui !
B : engageante, avec un doux reproche – Mais non, pas tout le monde : seulement nous deux !
Et à présent, un autre Tardieu, et d’autres
enfants
Et le texte, très court, est à lire ICI sur ce lien
Ouiii des nouveautés avec nos textes de l’Année derniere ! 🙂
C’était de qui déjà le deuxieme texte (en orange) ? :/
Bonne continuation !
Ouiii. dingue! Ils ont mis 3 mois à arriver! C’est que le chemin était semé d’embûches et d’ailleurs, le deuxième texte en a perdu ses auteurs… N’était-ce pas Darlène???
Courage à toi…
Un peu plus & j’oubliais de mettre les 5 étoiles 🙂