Temps des poètes : hommage à Sonny Rupaire

20:03 Français, Temps des poètes

Dans le cadre du Temps des poètes voici deux poèmes du poète guadeloupéen Sonny Rupaire : « Ultra-marine » et « Cette igname brisée qu’est ma terre natale »

Ultra-marine

Je suis d’outre-mer :
de la mer de désespérance
où de Caracas à Guantànamo s’agitent
sur les flots inlassablement
les mains vertes d’une humanité naufragée.
Je suis outre-mer :
de Saint-Domingue à Trinidad
parenthèse verte d’îles américaines
si riches de leur dénuement
et si pauvres dans leur richesse.
et je brave à pleins bras la violence des flots vers le soleil
vers le soleil
vers le soleil.

Extrait de Trois océans en poésie, Editions Bruno Doucey

Cette igname brisée qu’est ma terre natale

Au détour de mes silences

j’ai trouvé une éternité.

Je suis la mangue qui prépare

à la saison des orgies.

Je viens mûri aux ardeurs du soleil.

J’ai craché mon latex à l’oreille du vent.

Curieux regards cherchez-vous à savoir

comment j’ai pu quitter si vite mon espoir ?

Lourde cette fleur blanche

de murmures d’abeilles

et subtil ce poison fermenté dans son sein.

La nuit a incrusté dans mon front de fœtus

deux étoiles couvant cette igname brisée

qu’est ma terre natale.

Je suis la sapotille

roulant dans le dédale

des sentiers où l’on craint trop souvent de marcher.

J’ai craché mon latex à l’oreille du vent

en suivant la tête crépue

de mon astre

plaquée sur la voûte céleste

comme un énorme sexe

dans la virginité monastique d’un mur.

Je suis une surette ocrée

par des atomes de lumières.

Et mon écharde garde encore mémoire d’une

contraction rose de chair blessée

et de la mélopée monotone d’un cœur

muée en frénésie.

Je suis une primeur au verger des poètes.

De la fumure des souffrances

jaillira le fleuve d’espoir

avec des cliquetis de chaînes qui se brisent.

Contradicteurs pleurez, ma vérité offense.

Regrets abandonnés au volcan de ma force

j’ai craché mon latex à l’oreille du vent.

Ma lave affermira les douleurs qui battent.

Au sein de l’Atlantique

mon igname brisée

ancrera ses racines.

Et qu’il me sera doux

ô

maître séculaire

d’entendre au fond des soirs multipliés d’insectes

pleurer ton rêve occidental

dans le cou de ma joie !

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