Salta, toujours

Quelques infos sur les Salteños :

– Ils ont pour habitude de manger environ un kilo de viande par jour sans sourciller.
– Ils ont tendance à mélnager leur vin blanc avec du soda.
– Quoi qu’ils fassent, y compris au volant, ils mâchonnent des feuilles de coca.
– Ils partagent comme tout le reste de l’Argentine leur maté en toute convivialité : ils se passent la même bombilla et la même paille et donc, par la même occasion, les mêmes microbes.
– S’ils sont en train de conduire et que le piéton ne traverse pas assez vite, tant pis pour lui.
– Ils paient un peso pour 100 grammes de viande ou 1 kg de bananes, mais pour les légumes et les laitages, il faut payer cinq fois plus cher… ce qui laisse peu d’options en terme de régime économique.

Et maintenant venez donc avec moi faire un tour de ces derniers jours. La province de Salta, voisine de celle de Jujuy, est un lieu absolument magnifique et lunaire… Dimanche matin, j’embarque avec Margaret, l’autre voyageuse qui loge chez Horacio, pour découvrir sur deux jours Cachi et Cafayate. Nous sommes quatre dans la voiture, avec Victor, le chauffeur. On va vite découvrir que Victor mâche des feuilles de coca en conduisant, est incompréhensible parce qu’édenté, et ne rechigne pas devant un verre de vin tout en tenant son volant… En plus il a un sens de l’humour douteux, puisqu’il n’hésitera pas à me bâcher allègrement plusieurs fois, ainsi que Margaret, en plus de vouloir nous plumer sur les tarifs – enfin, jusqu’à ce que je lui explique clairement une ou deux choses… Pour aller jusqu’à Cachi, on parcourt de sinueuses et étroites routes de montagne qui ouvrent sur des vallées multicolores, et quand on arrive au parc national des Cardones, c’est soudain devant un désert de cactus à la Lucky Luke qu’on se trouve… car le cardon est cette variété de cactus qui ressemble à un porte-manteau, et que les Indiens Tilcaras et Cachaquis utilisaient autrefois pour construire le toit de leur maison… Le bois de cactus, une fois épépiné, est apparemment solide. La technique est encore utilisée de nos jours sur les maisons en terre. Evidemment, sur des kilomètres, c’est
époustouflant.

Des condors survolent les montagnes, au loin. Ils nous accompagneront tout au long de ces deux jours. Nous arrivons à Cachi : petit village de mille habitants, en gros, cinquante voitures, et vingt cars de touristes par jour ! Nous nous posons pour déjeuner, un véritable asado à l’ancienne – nous, on appellerait ça barbecue, mais ici c’est tout un art de vivre. L’après-midi est tellement surprenant par ses changements de paysages que je goberais les mouches s’il y en avait, parce que je suis bouche bée. Des envols de perroquets verts et bleus ponctuent régulièrement notre passage. Un paysage de roches rouges et oranges se dresse sur des kilomètres et des kilomètres, canyons et gorges en enfilade, depuis le village d’Angostaco où on a dégusté un vin artisanal. Et pour finir, la lune, ronde et superbe, se lève au dessus de la montagne, assise entre deux cimes comme dans un écrin…

Le lendemain, nous quittons Cafayate pour remonter vers Salta en traversant les vallées calchaquies. Incroyable : du sable blanc et luisant atteste de la présence de la mer il y a des millions d’années, et nous voilà au coeur d’une palette de couleurs ahurissante où que l’on regarde… sable blanc, arbres jaunes – car le bréa est jaune vif, si si – roches rouges, roches marron, roches vertes… On s’arrête au milieu de nulle part et je descends au petit trot faire une photo (oui, j’ai toujours ce côté pénible) : je suis seule, entourée de sable, devant une formation rocheuse éclaboussée de soleil qui ressemble à un château médiéval. Soudain, un mouvement bondissant et répétitif sur ma droite… je tourne le regard et vois ce que je prends pour un écureuil, avant de réaliser avec un choc que j’ai devant moi… un CHAT DES ANDES !

Je miaule.

Il s’arrête net. Nous nous observons. Un petit chat sauvage avec une queue touffue et des poils longs… J’esquisse un mouvement pour le prendre en photo et il s’enfuit. Je reste émerveillée : voir un chat des Andes était un de mes souhaits avant de partir (je me disais que c’était plus réaliste et moins dangereux que souhaiter voir un jaguar…).

Ce n’est pas la fin de mes mésaventures, car un peu plus loin des llamas sont attachés devant ce panorama magnifique. Petit point qui mérite éclaircissement : j’écris llama à l’espagnole avec deux L parce que sinon je visualise un moine tibétain en robe rouge, et ça me perturbe !! Et que se passe-t-il quand je m’approche ? Non, ils ne me crachent pas dessus, parce que je ne suis pas le capitaine Haddock, mille sabords ! Mais le petit llama blanc fait un bisou à son frangin, en tout cas ça y ressemble, et que fait le frangin ? Il me fait passer le bisou !!

Llamas un fait la bise à Llama deuxLlama deux passe la bise à Héliette

Après ça inutile de dire que j’ai un sourire idiot collé sur la figure pour le reste de la journée. C’était vraiment trop adorable. On finit par aller faire un tour au Dique Carra Cobral, un immense lac tout bleu au milieu des montagnes… et je n’en reviens toujours pas de cette balade…

Je pars donc, quelques jours plus tard, pour le nord de Salta. Entre-temps j’ai cuisiné un dal bhat, plat indien, pour les couchsurfers du coin, et eu l’occasion d’aller boire un pot plusieurs fois avec Margaret et d’autres voyageurs et Argentins du coin. C’est pour cette bonne ambiance que je reste à Salta plus longtemps que prévu. Mais je parlais donc du nord. Je me lève un matin à 5h, une heure qui ne devrait pas exister pendant les vacances, pour aller visiter Purmamarca. Le colectivo me jette à trois kilomètres, sur un carrefour routier, et je monte à pied jusqu’au village, doublée par des bus de touristes… Un habitant de Purmamarca, Rocky (aucune ressemblance avec Stallone) m’accompagne et me fait profiter de ses connaissances sur la faune locale. Ainsi je peux donner un nom à ce piaf jaune vif qui vole autour de nous : le quitupi. Les noms sonnent précolombien ? C’est normal, car cette région a été dominée par les Incas après qu’ils aient vaincu les tribus locales. Ainsi Purmamarca, Tilcara, Humahuaca ont été baptisées du nom de leurs tribus respectives, et la faune locale, plutôt par les Incas. Fin de la note culturelle !

On ne m’avait pas fait une blague : le village de Purmamarca est surplombé par une montagne qui éclabousse les yeux de ses sept couleurs différentes. Du rouge du rose du vert du jaune du marron et des nuances en simultané (donc sans ponctuation, pour que ça saute aux yeux !). J’en fais le tour, tranquillement, escalade un petit sommet en remontant une crête vaguement dangereuse (si je glisse à droite on me retrouve cinq mètres plus bas, à gauche, cinquante… alors j’évite de glisser) pour avoir un meilleur panorama. C’est une vallée multicolore. Un truc pareil, il faut le voir pour le croire. Je redescends après avoir pris ma bouille hilare devant cette toile de fond, avec un sens aigu du ridicule, en faisant toboggan sur mes pieds et mes mains pour ne pas faire un vol plané…

A Purmamarca, il y aussi un algarrobo millénaire dans lequel ma famille a fait son nid : je parle d’une colonie de fourniers, vous savez, ces piafs qui font leur nid en forme de four… et l’algarrobo est un arbre, bien sûr. J’embarque ensuite pour Humahuaca, encore plus au nord, après avoir mangé des tamales. Les tamales, quoi ça ? Du maïs bouilli avec un peu de légumes et de viande dans sa propre feuille. C’est délicieux, à mon goût meilleur que les humitas… lesquelles sont du maïs pilé et cuit dans sa propre feuille, avec une autre sorte de viande et une autre sorte de légume…

Humahuaca m’enchante. Je suis dans les Andes ! Les Andes telles qu’on se les imagine, car le village est peuplé de Quechuas, visages typiques et parcheminés, les ruelles sont pavées, la flûte de pan sévit dans tous les coins. Des stands d’artisanat sont plantés partout, et j’en profite pour acheter pleins de cadeaux à faire à mon retour… pour emporter et offrir un peu de cette ambiance. Le cabildo, monument historique du village qui servait plus ou moins de lieu de gouvernement, est un bâtiment aux murs blanchis à la chaux qui me transporte immédiatement dans tous les clichés que je pouvais avoir des Andes… si vous avez les mêmes vous voyez ce que je veux dire…

Je fais le portrait d’une charmante vieille Quechua avec ses deux petits-enfants. Je lui demande la permission. Elle répond : « Propina ? » (des sous…) et je rétorque immédiatement : « Sonrisa » (un sourire). Ça marche : elle éclate de rire ! On se sourit de toutes nos dents, et elle me tend la main quand je pars, mais pas pour me demander de l’argent : pour serrer la mienne. Il se passe la même chose un peu plus loin avec un couple de petits vieux qui me font fondre tant ils sont adorables – complices, hilares, ridés comme de vieilles pommes, habillés traditionnellement. Cette fois quand je leur dis qu’en guise de remerciement ils n’auront pas un peso mais un sourire, ils se mettent à rire et veulent tout savoir de moi – qui je suis, d’où je viens… Et quand je les quitte ils me serrent la main chaleureusement, de vieilles mains fripées et rêches. Je suis ravie de cette expérience, parce que vraiment, ça marche : quand on espère le meilleur des gens, ils tardent rarement à le donner…

Je quitte Humahuaca à regret, j’ai adoré le coin. Je m’arrête à Tilcara sur le trajet du retour, pour aller voir le Pucará, ruines partiellement reconstruites qui laissent imaginer la vie des Indiens d’autrefois. Les Tilcaras vivaient ici, dans cette sorte de forteresse qui ressemble à Macchu Pichu en miniature. La vue est superbe parce que le soleil se couche, mais ma visite est de très courte durée. Et je finis cette journée exténuante à une heure et demie du matin…

Allez, devinette : ma prochaine étape porte le même nom que le capitaine dans « Les mystérieuses cités d’or »… Où cours-je ? Où vais-je ? (Dans quel état j’erre ?)

J’en profiterai pour aller voir le deuxième plus haut sommet du monde après les Himalayas. Allez, c’est facile, ça commence par un A et c’est un lieu légendaire…

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