Ajustements

Vendredi 15 août

C’est un peu comme un incessant défilé d’autoroutes et d’aires de repos, un fouillis de déplacements et d’ajustements, ce mois-ci. A peine avons-nous fait connaissance avec Léandre qui ne sait pas encore gazouiller, là-bas dans les Deux-Sèvres, et c’est une nuit dans le train pour rentrer dans le Vercors. Et le lendemain, partir en voiture et en bus pour l’immense Conquest – jeu de rôles grandeur nature – en Allemagne, où l’on essuie dans la même journée canicule et tempête, et vagues de Teutons armés jusqu’aux dents que l’on massacre à coups d’épée en latex en criant « Die Löffelgarde : mahl zeit ! » et en chantant des chansons paillardes à pleins poumons. Et tandis qu’on s’égosille sur « La générale », les Allemands du chaos reculent comme devant un chant de guerre. Et puis on rentre. Parce que le lendemain, Sa Sainteté le Gyalwa Karmapa donne un enseignement sur la voie du bodhisattva. Ajustements, donc. Je concilie dans la même semaine un champ de bataille de 4000 joueurs et l’initiation de Karma Pakshi.

Et puis ce sont sept heures de route vers Paris, où l’on passe une nuit blanche avec le père d’Arnaud en tenant des conversations philosophicotonneuses. Car il vient une heure où refaire le monde et voguer dans les brumes du sommeil créent un no-neurone’s land confortable.

Après ces quelques heures, je regarde au dehors, derrière les baies vitrées de l’aéroport. Je me demande pourquoi cet avion bat des ailes. Il est noir. Et il a des plumes. Je fais une sieste affalée sur mon sac.

Arnaud pique du nez avant moi dans l’avion. Un instant nous tenons une conversation brumeuse sur l’envie de petit déjeuner, l’instant suivant il dort comme un bienheureux. Fidèle à mon habitude, je m’endors à mon tour avant le décollage, ouvre un oeil quand les moteurs s’affolent, et dès que les roues quittent le sol je sombre à nouveau.

Laisser un commentaire

Vous devez être identifié pour laisser un commentaire.