Traques sur le trek (2)

Lundi 13 avril

5h30. Nous n’avons pas été réveillés par les pintades qui gloussent dans le camp mais par Elson, le cuisinier, qui passe remplir d’eau chaude les bassines en émail posées à l’extérieur de chaque hutte. Nous nous lavons des brumes du sommeil, prenons un petit déj, et partons. A six heures, il fait déjà chaud.

Nous passons les portes du camp. Nous allons marcher à la sauvage dans les hautes herbes, souvent hors sentier, précédés par Andrei et Bentu, tous deux armés. On ne voit pas où on met les pieds, mais on se trempe dans la jolie rosée matinale, et le paysage nous engloutit, nous avale, nous inclut. Procession silencieuse sur un chemin invisible. C’est étrange de se sentir si nu, si vulnérable, proie pour félins affamés. Nous n’avons plus l’habitude de ce sentiment si naturel de fragilité, où la vie ne tient qu’à l’estomac plein d’un lion tapi dans les herbes. C’est un sentiment qui nous emplit les poumons d’un air frais et vif, quand on se souvient que chaque goulée peut être la dernière. La vie palpite. On devrait être, à chaque instant, aussi présent au monde que nous le sommes à ce moment-là, en plein bush.

Carien rompt le charme en tapant sur sa cuisse. Nous nous arrêtons, et Andrei revient sur ses pas.

« Est-ce que c’est vrai que les phacochères fuient la queue en l’air parce que leur peau se resserre ? »

« En fait », répond Andrei, « c’est entièrement faux. Vous vous souvenez tous du temps où on avait des téléphones portables avec de hautes antennes ? Quand on les a jetés, les phacochères les ont mangés. Maintenant quand ils veulent passer un coup de fil ils doivent lever la queue pour capter… »

Ca commence fort ! Andrei laisse la blague s’installer, puis avoue que Carien a raison : le phacochère en fuite est tellement contracté que sa peau se resserre, et la queue en l’air est le signal de danger pour que ses comparses le suivent… Non loin de là se trouve une araignée au fil doré (goldenweb spider, traduction fantaisiste). C’est juste une araignée énorme. Sa morsure ne cause qu’une petite fièvre, une broutille par rapport aux araignées comme la veuve noire qui peuvent causer une mort subite, ou d’autres qui font pourrir les chairs et rendent la peau translucide. Cette araignée au fil doré peut parfaitement se servir de sa toile pour descendre vers le sol, mais elle ne peut pas remonter… Et elle a la particularité morbide de dévorer le tout petit, tout minuscule mâle qui se sera aventuré à la féconder. Comme la mante religieuse, mais la différence de taille est… de taille…

img_1684(cliquez sur la photo, voyez les pattes velues… et le tout petit mâle tremblotant…)

Le fil de la toile est si épais que quand Arnaud, estomaqué, pose son doigt dessus, le fil résiste comme du fil de pêche et ne se rompt pas !

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On s’enfonce dans le bush. On est vraiment au milieu de nulle part. Soudain, les rangers nous font signe de ralentir. Un rhino ! Il commence à se carapater, et à mon plus profond ahurissement, nous nous lançons à sa poursuite ! Situation totalement absurde : on poursuit en catimini et en silence un rhinocéros sauvage qui doit peser deux tonnes et demi  !

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Il se tourne soudain vers nous. On se fige. Personne ne bouge. Ah si, moi. En douceur…

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Il a un piaf dans les naseaux (cliquez pour zoomer…) qui picore joyeusement les tiques qui y sont installées. D’autres moineaux s’occupent des parasites sur son dos. Il est tout près. Nous sommes si silencieux qu’on n’entend personne respirer. On s’observe mutuellement, le rhino et nous. Lui est tellement myope qu’il doit juste nous sentir. Puis il nous tourne lentement le dos et part en trottinant. Le trot du rhino, c’est quelque chose : l’énorme animal semble léger comme une danseuse jusqu’à ce qu’on sente pratiquement le sol trembler sous ses pas !

Nous reprenons la marche. Notre silence a changé de texture : nous nous taisions par nécessité, par discrétion. Maintenant nous nous taisons parce que ce rhino nous a rendus muets. Humbles, et muets.

Bentu voit à l’oeil nu des animaux qu’on a du mal à voir avec des jumelles. Mais cette fois je vois quelque chose qu’ils n’ont pas vu et je tape sur ma cuisse pour arrêter la colonne. Sous mon nez se trouve une sorte d’énorme chenille à poils longs. J’ignore si les chenilles angora existent. Si c’est le cas, c’en est une ! Une touffe de poils en reptation ! Andrei ne sait pas ce que c’est. Un ver poilu, dit-il. Il le baptise, à tout hasard, « French worm ». Merci bien ! Juste à côté se trouve un criquet carapaçonné…

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(la suite bientôt…)

7 commentaires

  1. Dame Cafetiere :

    j’suis passée le lundi, j’suis passée le mardi et pi le mercredi.
    je reviendrais demain, pi après-demain et puis le jour d’après…
    Et j’aurai une bonne surprise un jour où l’autre !!!

    Bises

  2. classmagazine :

    Je suis un brin occupée entre fin d’année scolaire, et surtout départ à Washington demain pour la Croix Rouge… mais ça viendra ! Et puis… ça se mérite ! :p

  3. Dame Cafetiere :

    Et je suis passée et repassée encore …. Tt’as le droit de le dire, je suis casse-pied 😀
    Mais un jour on aura la suite !!!

    Bisous

  4. Dame Cafetiere :

    Et je passe…. et je repasse….

    je sais que tu es débordée, mais je garde espoir !!!

  5. classmagazine :

    Tu vois, t’as eu raison de garder espoir ! 🙂

  6. Dame Cafetiere :

    Merci beaucoup !! Mais tu sais comme je suis ! Tu m’en donnes un bout et je veux le reste 🙂
    Bisous et bon courage pour tout

  7. Dame Cafetiere :

    toujours la même qui passe régulièrement … au cas où !

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