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Traques sur le trek (2)

dimanche 24 mai 2009

Lundi 13 avril

5h30. Nous n’avons pas été réveillés par les pintades qui gloussent dans le camp mais par Elson, le cuisinier, qui passe remplir d’eau chaude les bassines en émail posées à l’extérieur de chaque hutte. Nous nous lavons des brumes du sommeil, prenons un petit déj, et partons. A six heures, il fait déjà chaud.

Nous passons les portes du camp. Nous allons marcher à la sauvage dans les hautes herbes, souvent hors sentier, précédés par Andrei et Bentu, tous deux armés. On ne voit pas où on met les pieds, mais on se trempe dans la jolie rosée matinale, et le paysage nous engloutit, nous avale, nous inclut. Procession silencieuse sur un chemin invisible. C’est étrange de se sentir si nu, si vulnérable, proie pour félins affamés. Nous n’avons plus l’habitude de ce sentiment si naturel de fragilité, où la vie ne tient qu’à l’estomac plein d’un lion tapi dans les herbes. C’est un sentiment qui nous emplit les poumons d’un air frais et vif, quand on se souvient que chaque goulée peut être la dernière. La vie palpite. On devrait être, à chaque instant, aussi présent au monde que nous le sommes à ce moment-là, en plein bush.

Carien rompt le charme en tapant sur sa cuisse. Nous nous arrêtons, et Andrei revient sur ses pas.

« Est-ce que c’est vrai que les phacochères fuient la queue en l’air parce que leur peau se resserre ? »

« En fait », répond Andrei, « c’est entièrement faux. Vous vous souvenez tous du temps où on avait des téléphones portables avec de hautes antennes ? Quand on les a jetés, les phacochères les ont mangés. Maintenant quand ils veulent passer un coup de fil ils doivent lever la queue pour capter… »

Ca commence fort ! Andrei laisse la blague s’installer, puis avoue que Carien a raison : le phacochère en fuite est tellement contracté que sa peau se resserre, et la queue en l’air est le signal de danger pour que ses comparses le suivent… Non loin de là se trouve une araignée au fil doré (goldenweb spider, traduction fantaisiste). C’est juste une araignée énorme. Sa morsure ne cause qu’une petite fièvre, une broutille par rapport aux araignées comme la veuve noire qui peuvent causer une mort subite, ou d’autres qui font pourrir les chairs et rendent la peau translucide. Cette araignée au fil doré peut parfaitement se servir de sa toile pour descendre vers le sol, mais elle ne peut pas remonter… Et elle a la particularité morbide de dévorer le tout petit, tout minuscule mâle qui se sera aventuré à la féconder. Comme la mante religieuse, mais la différence de taille est… de taille…

img_1684(cliquez sur la photo, voyez les pattes velues… et le tout petit mâle tremblotant…)

Le fil de la toile est si épais que quand Arnaud, estomaqué, pose son doigt dessus, le fil résiste comme du fil de pêche et ne se rompt pas !

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On s’enfonce dans le bush. On est vraiment au milieu de nulle part. Soudain, les rangers nous font signe de ralentir. Un rhino ! Il commence à se carapater, et à mon plus profond ahurissement, nous nous lançons à sa poursuite ! Situation totalement absurde : on poursuit en catimini et en silence un rhinocéros sauvage qui doit peser deux tonnes et demi  !

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Il se tourne soudain vers nous. On se fige. Personne ne bouge. Ah si, moi. En douceur…

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Il a un piaf dans les naseaux (cliquez pour zoomer…) qui picore joyeusement les tiques qui y sont installées. D’autres moineaux s’occupent des parasites sur son dos. Il est tout près. Nous sommes si silencieux qu’on n’entend personne respirer. On s’observe mutuellement, le rhino et nous. Lui est tellement myope qu’il doit juste nous sentir. Puis il nous tourne lentement le dos et part en trottinant. Le trot du rhino, c’est quelque chose : l’énorme animal semble léger comme une danseuse jusqu’à ce qu’on sente pratiquement le sol trembler sous ses pas !

Nous reprenons la marche. Notre silence a changé de texture : nous nous taisions par nécessité, par discrétion. Maintenant nous nous taisons parce que ce rhino nous a rendus muets. Humbles, et muets.

Bentu voit à l’oeil nu des animaux qu’on a du mal à voir avec des jumelles. Mais cette fois je vois quelque chose qu’ils n’ont pas vu et je tape sur ma cuisse pour arrêter la colonne. Sous mon nez se trouve une sorte d’énorme chenille à poils longs. J’ignore si les chenilles angora existent. Si c’est le cas, c’en est une ! Une touffe de poils en reptation ! Andrei ne sait pas ce que c’est. Un ver poilu, dit-il. Il le baptise, à tout hasard, « French worm ». Merci bien ! Juste à côté se trouve un criquet carapaçonné…

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(la suite bientôt…)


Traques sur le trek

jeudi 21 mai 2009

Dimanche 12 avril.

4h45. C’est une heure qui existe, ça ? Apparemment. On ouvre les yeux avec difficulté. Il faut se jeter du lit et se préparer. Johann est debout et nous a soigneusement préparé six bouteilles de bière et deux de vin. Nous avons décidé de revenir passer une nuit ici après le trek et aussitôt que nous le lui annonçons, il nous tend son numéro de portable et nous demande de lui envoyer un SMS en cas de souci. Il pourra même venir nous chercher à l’entrée du parc si nous nous retrouvons à pied.

Natacha nous emmène, déjà en pleine forme malgré l’heure matinale. Nous allons jusqu’à l’entrée de Kruger et attendons. Seules 204 personnes entreront aujourd’hui par cette grille. Nous avons une heure d’avance pour être sûrs d’en faire partie. Dans le petit matin tout frais, autour de la voiture, nous discutons à mâchoires gelées de tout et de rien, les neurones vivifiés par le vent pénétrant.

Lorsque nous entrons au ralenti dans le parc, nous sommes accueillis par un énorme éléphant qui nous mange des feuilles sous le nez, pas très loin d’un arbre qui possède plus de vautours que de feuilles. Le nez en l’air, les yeux partout, nous fouillons du regard les buissons, les hautes herbes, les arbres. Natacha nous raconte des anecdotes, dont son éternel regret d’un matin flemmard où elle a refusé d’accompagner son père dans le parc, elle préférait dormir ; une heure plus tard son père l’a appelée pour lui dire qu’il observait depuis vingt minutes un léopard perché dans un arbre en train de finir son petit-déjeuner ! Alors nous scrutons les arbres. Ah, voir un félin perché, le rêve ! Mais nous n’avons pas cette chance.

Dans les arbres, nous voyons un calao, à la fois drôle et surprenant avec son bec énorme qui aurait inspiré des répliques à Edmond Rostand.

Et j’apprends à développer mes réflexes avec mon nouvel appareil lorsqu’apparaît soudain un phacochère curieux, qui disparaît une seconde plus tard, mais pas sans que j’aie tiré son portrait…

Nous rencontrons d’autres éléphants et Natacha se fait une frayeur : nous sommes coincés par d’autres voitures, et l’éléphant énorme qui se tient sur la route à quelques mètres de nous semble nous fixer attentivement de ses yeux insondables. Il remue les oreilles. Comme nous parlons à mi-voix, Natacha nous demande de nous taire : le moindre bruit peut l’irriter. Il pourrait nous charger. Il n’est pas si loin… j’essaie d’imaginer ce que feraient ces défenses sur la petite voiture de Natacha, et je préfère penser à autre chose. Il est toujours immobile. Nous aussi, maintenant. Nous retenons presque notre souffle. Soudain une femelle et son petit apparaissent, traversent la route d’un pas rapide et majestueux, et sont suivis par d’autres. Les éléphanteaux sont absolument adorables. Le grand éléphant n’a pas bougé. Il attend que le reste de son troupeau soit suffisamment loin, sans nous quitter du regard. Puis il balance la trompe, et lentement, il s’éloigne.

Pfiou.

En reprenant les petits chemins non goudronnés, nous voyons deux babouins perchés sur un rocher, assis côté à côte, profitant du panorama comme un couple d’amoureux.Et deux girafes qui jouent ensemble…

Bientôt, cependant, le soleil commence à taper très fort. Il n’est même pas dix heures. Le paysage se vide de tout animal. Même les oiseaux semblent fuir la chaleur et s’enfuient vers les endroits ombragés. Nos yeux fatiguent également à force de parcourir tous ces buissons de couleur fauve qui prêtent forcément à confusion, ces arbres où aucun léopard ne fait sa sieste, ces herbes, ces branches mortes courbées comme des dos félins, ces faux rochers déguisés en rhinos, ce ciel bleu, immense, et vide. Arnaud pousse un cri enthousiaste : « Regardez ! Là ! Un arbre ! » et c’est le début d’un enchaînement de plaisanteries vaseuses. « Oh, un rocher ! » « Dingue, un arbre plein de feuilles ! ».

Nous nous arrêtons pour prendre un petit-déj mérité. Et nous repartons sillonner le parc. Cette fois nous ne sommes plus vraiment en état de tenir une conversation cohérente, même sur le ton de la plaisanterie. Nous sommes plus ou moins en train de pratiquer l’auto-hypnose : les yeux fusent si vite de gauche à droite et de haut en bas que par moments on en perd le contrôle, hagards, et qu’ils continuent leur mouvement tous seuls. On parvient toutefois à observer quelques animaux de temps à autre. Et dans ces instants, moteur arrêté et regard fixe, nous sommes également au repos.

Nous ne sommes pas seulement fascinés par les gros animaux impressionnants.  Il est bien plus gratifiant de repérer une petite bête rapide et vive, comme un écureuil perché sur un arbre mort, et de le prendre en photo, que de tirer le portrait d’un gros rhino lourd qui se distingue du rocher seulement parce qu’il bouge une oreille de temps à autre.

Encore un piaf sur le vif :

Un aigle nous survole. J’ai toujours adoré les oiseaux de proie. Cela ne m’a pas empêchée de m’esclaffer en lisant Terry Pratchett qui dit, en substance, que l’intelligence de l’aigle est proportionnellement inverse à sa vue… ! Mais en suivant cet aigle des yeux – simple point dans le ciel, puis avec mon appareil, je fais cette photo dont je suis un peu fière tout de même :

Encore une rencontre au détour d’un chemin :

Il est hélas temps de laisser Natacha pour rejoindre notre groupe de trekkers, mais nous échangeons nos coordonnées et nous promettons de nous retrouver à Pretoria la semaine prochaine. On a passé un moment vraiment très agréable !

A la réception de Berg-en-dal, on nous dirige vers le lieu de rendez-vous. Nous rencontrons les gens avec qui nous allons passer les prochains jours : Céline et Sylvian, deux Français ; Dominik et son compagnon, deux Allemands ; et Carien et Markus, deux Sud-Africains blancs – la couleur de peau devient importante… Nos deux rangers sont noirs : Andrei, une sorte de géant aux yeux pétillants d’humour, et Bentu, plus petit, plus rond, plus placide, mais un puits de science pourvu qu’on s’intéresse à lui. Quand Andrei se présente, Carien donne déjà le ton des jours à venir en s’exclamant :

« Andrei ? Mais c’est un nom d’Afrikaner blanc ! »

Arrêt sur image : les deux se scrutent avec les yeux en circonflexe. Nous montons dans le bakkie qui nous transporte en plein nulle part dans le bushveld. Le camp est fait de huttes en bois au toit de chaume et entouré d’une fragile clôture symbolique, plus pour délimiter notre territoire que pour assurer notre sécurité. La clôture n’arrête, après tout, que les humains ; n’importe quel animal peut bondir au-dessus, la défoncer, s’y faufiler, selon la taille et l’espèce. La salle de bain et les WC sont assez sommaires et on fonctionne à la lampe à pétrole ou à la lampe torche, dardant la lumière dans toutes les directions pour s’assurer que l’araignée hideuse de la douche ne prend pas la fantaisie de nous tomber dans les cheveux, ou les fourmis volantes des WC ne décident pas soudain de changer d’alimentation et d’aller explorer la cuvette sur laquelle on est assis… et qu’il n’y a ni scorpion ni serpent par terre. Je n’ai pas envie de revivre la scène de la douche que j’ai déjà vécue en Inde !

(Arnaud et moi, sérieux et tout et tout)

Andrei établit les règles pour la randonnée de demain : « Nous marchons tous ensemble, et quand je vous dis de vous taire, silence complet ! Si vraiment vous tenez à discuter, chuchotez. Bentu et moi serons à l’avant, nos armes à la main, pour nous assurer qu’il n’y a pas de danger. Le seul moment où vous êtes autorisés à crier, c’est si vous voyez un danger que nous n’avons pas vu. Vous pouvez crier : LION ! LEOPARD ! RHINO ! ELEPHANT ! HIPPO ! Et à ce moment nous serons prêts à tirer ! Si je vous dis de ne pas bouger, ne bougez pas ! Si je vous dis de courir, courez ! Bref faites ce que je vous dis. Si vous voulez poser une question et arrêter la marche, claquez des doigts ou tapez sur votre cuisse. Faites cela autant que vous voulez : je suis là pour répondre à vos questions. »

Nous sommes assis autour d’un feu, sous la voie lactée, au milieu de la nature sauvage et mystérieuse, en train de parler de danger, d’animaux sauvages, avant d’aller dormir dans une hutte. Si ça n’est pas un parfum d’aventure, ça, je ne sais pas ce que c’est. Les bruits discrets du bush tendent à s’insinuer sous la peau, pour doucement, tout doucement, nous plonger dans l’ambiance du traqueur et du traqué ; dans le cycle naturel de l’écosystème où subitement, nous pouvons redevenir nourriture. Demain nous traquerons les animaux à pied pour les observer de près. Mais qui sait… peut-être serons-nous aussi observés par d’autres yeux ?

La conversation autour du repas nous entraîne plus avant dans la réalité du pays, et le parfum d’aventure a soudain un arrière-goût amer. Markus récite les grâces, et nous nous tenons tous la main. Les Européens que nous sommes échangeons des regards surpris. Carien lance à l’attention d’Andrei :

« Tu parles zoulou ? Tu dois parler zoulou, tu as de grandes jambes ! »

« Je suis Shangon, mais oui, je parle zoulou, » réplique André.

« Bentu et Elson ne mangent pas avec nous… », constate-t-elle d’un ton léger. « C’est sans doute parce qu’ils sont plus vieux. Ils nous respectent parce que nous sommes blancs, ils ne viennent pas se mêler à nous ».

Un silence assez lourd plane au-dessus de la table. Elson, le cuisinier du camp, nous a préparé un dîner délicieux. Alors Dominik s’efforce de relancer la conversation sur un thème différent et pose des questions sur les spécialités culinaires. Evidemment, c’est Carien qui répond :

« On a le braai, bien sûr, et le biltong et les boerewors. C’est comme ce mouton que nous sommes en train de manger, la préparation est typique. Mais bon, je suppose que c’est notre nourriture à nous, de la nourriture de Blancs. Les Noirs ne mangent pas ça. Toi tu manges » dit-elle en s’adressant à Andrei, « plutôt ces feuilles au goût d’épinard, et même les têtes et les pattes des poulets. Ils appellent ça les « run away » et « look far ». Va t’en et regarde ! Et ils mangent du pap aussi. »

« Oui, mais… » intervient Andrei, un morceau de viande de mouton au bout de la fourchette.

« Ben, tu manges bien tout ça, non ? »

« On a fait des progrès, on mange aussi du riz maintenant, » répond Andrei avec un petit sourire en coin.

Nous sommes muets de consternation. Cette femme est un sketch. Elle ne peut pas réellement tenir cette conversation tout de même ? Soudain la nation arc-en-ciel prend tout son sens : des couleurs posées côte à côte, mais qui ne se mélangent pas. Elle enfonce le clou :

« On ne mange pas les mêmes choses. On n’a pas la même culture. »

Sans blague. Andrei dévore. Il sourit, et s’exclame : « Depuis que je suis marié, je n’ai pas pris un gramme, et pourtant qu’est-ce que je mange ! Ma femme est jalouse. Elle a pris dix kilos ! »

« Oui, mais vous les Africains, vous aimez avoir de grosses femmes », intervient Carien sur un ton condescendant.

« Pardon ? » demande Andrei interloqué.

« Vous les Africains, vous aimez avoir de grosses femmes », insiste-t-elle.

Aucun de nous ne fait de commentaire. Nous sommes affligés par ce que nous entendons. La visite d’un scarabée-rhinocéros, corne pointue en avant, nous distrait de cette atmosphère devenue pesante.

Nous allons nous coucher dans cette hutte qui nous rend le parfum d’aventure que Carien avait terni, et nous nous apprêtons à passer notre première nuit dans le calme du bushveld.

Jusqu’à ce qu’un animal non identifié se mette à gratter le toit.

Toute la nuit.

Ca fait :


Couvés.

samedi 2 mai 2009

(Revenez demain  pour savoir comment on a rencontré les gens qui ont rendu notre voyage encore plus exceptionnel ! > avec ce petit message je me suis fait taper sur les doigts. Comment dire ? Il y a eu beaucoup de « demain » successifs !)

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Samedi 11 avril.

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Dire qu’on aurait pu faire la grasse matinée jusqu’à sept heures et qu’on se réveille à 5h30, vaseux. On avait un ressort en guise de matelas. C’était toujours mieux que le sol humide et frais sous la tente moite. Quand j’ai éternué, Arnaud a dû croire à un tremblement de terre.

Obtenir un petit-déj s’apparente à une négociation. La dame qui prépare le petit-déj semble jouer au ping pong matinal. On voudrait du lait ; elle n’a plus de lait ; elle peut nous faire une salade de fruits ; mais avec une seule pomme ; elle a du pain ; enfin elle pense ; ah oui, il est spongieux ; et de la confiture ; enfin un truc rosâtre et insipide qui s’avère être de la confiture de betterave. C’est un peu comme des signaux dans nos cerveaux embrumés : elle parle par intermittence comme un phare éclaire les bateaux dans la nuit, sauf qu’elle attend qu’on ait heurté les rochers pour nous dire « ah non, fallait pas aller là ».

Nous montons dans le bus et repartons à travers le Swaziland pour retourner en Afrique du Sud. La frontière, de ce côté, c’est le no man’s land littéral : pas un chat, pas un homme. On erre avec des points d’interrogation au dessus du crâne et le passeport à la main pour trouver quelqu’un qui nous le tamponne…

Nelspruit, 11 heures. J’adore le nom de cette petite ville, un rien taquin, un rien incongru. Le bus nous jette dans une auberge et la réceptionniste nous paraît sympa et serviable jusqu’à ce qu’elle commence à nous extorquer. En un quart d’heure, on se retrouve propulsés dans une voiture avec Chico, notre chauffeur, qui doit nous emmener à Berg-en-dal. C’était la seule solution, sinon il fallait louer une voiture.

On se fait platement refouler à l’entrée du parc national Kruger une heure plus tard. C’est le week-end de Pâques. Tous les gens aisés de Pretoria et Jo’burg viennent passer leur week-end à Kruger. Il n’y a pas un seul emplacement pour notre malheureuse tente, et la randonnée que nous avons réservée ne commence que demain, donc pas question de nous laisser entrer…! C’est très réglementé, ce parc. Il fait quand même la superficie d’Israël, il n’y a que quelques points d’entrée, et on doit s’acquitter d’un permis à la grille. On doit impérativement quitter le parc ou entrer dans les camps avant 17 heures. Parce qu’on est en pleine nature sauvage, on ne peut pas non plus descendre de voiture pour se dégourdir les jambes, à moins de ne pas tenir à sa vie… Les routes goudronnées qui sillonnent la réserve donnent une impression de sécurité, mais les anecdotes qu’on nous raconte au fil du voyage nous font comprendre à quel point c’est illusoire. Eléphant contre voiture ? Ben c’est l’éléphant qui gagne, et malgré son air débonnaire et comique, quand ça charge, ça dévaste. Ce n’est pas un hasard si l’éléphant d’Hannibal a tant marqué l’histoire, hein.

On appelle plusieurs camps. C’est plein à craquer partout. On est forcés de faire demi-tour mais il est hors de question de retourner à Nelspruit. Nous sommes plus près de Malelane, petite ville tranquille. Nous décidons d’y trouver une auberge. Chico tente mollement de nous débarquer dans un hôtel cinq étoiles – qui est plein – puis un autre – qui est plein – puis un camping – qui est… plein, ça fait redondant, mais il faut à cette étape imaginer notre tête de six pieds de long sous le cagnard de début d’après-midi, étourdis de soleil et de faim, poisseux, et au désespoir. Enfin, notre type de désespoir, ça ressemble à une très légère grimace, un haussement d’épaules, et un « zut » en un peu moins poli. Parce que nous faisons confiance à cette petite fenêtre d’imprévu qui mène parfois à de grandes tuiles, et parfois à de grands moments ; c’est tout le croustillant du voyage, cette indécision, cet instant de doute, où tout est possible. Dans tous mes voyages, c’est toujours à cet instant entre parenthèses que j’étais le plus ouverte aux rencontres inattendues.

Hôtel suivant, complet. Puis on arrive au River House, cinq étoiles également, et je m’en vais sonner à une porte avec mon pantalon de trek grisâtre et sale, mes chaussures de rando délacées, ma casquette baroudeuse enfoncée sur le crâne, et je trouve face à moi un type tout surpris de mon apparition / apparence.

« Yes ? »

Je lui explique que nous cherchons une chambre, et il a un dortoir entier disponible pour nous ! Et on entre dans un hôtel rempli de bric à brac de brocante, sorte de musée où tout se côtoie depuis les boîtes de fer peintes jusqu’aux vieux vélos, vieux crânes d’animaux, vieilles affiches poussiéreuses et incongrues, des livres, des statuettes, et posés sur une balance, pour en comparer le poids, une bouteille de vin face à un excrément humain. Le dortoir comporte six lits, une cuisine, une salle de bain immense, une salle à manger, et une table posée sur des cuvettes de WC en émail ! Tout ça rien que pour nous car nous en sommes les seuls occupants. Et pour la modique somme d’une chambre Formule 1 en France, par personne.

Duffy nous a accueillis et montré la chambre. Il nous invite à boire une bière bien fraîche et nous fait préparer un délicieux sandwich que nous dévorons sans sourciller, sur fond de bossa nova. Le lieu est chaleureux, Duffy est adorable, et pour achever de nous mettre à l’aise, deux chats viennent nous tenir compagnie – Diesel et Gaz. Johann, son compagnon, vient faire notre connaissance ; il est à la fois exubérant et plein de gentillesse. Nous discutons à bâtons rompus, et quand nous mentionnons la maison que nous allons acheter, Johann fait un bond et se proclame jaloux.

« Seizième siècle ? » s’écrie-t-il à répétition.

Il se précipite sur Internet pour voir nos photos. A cette étape, il nous a servi une deuxième bière, et offert un verre de vin sud africain excellent, et nous sommes dans les vapes. Il nous mène dehors, sous un lapa qui surplombe la rivière, face à l’entrée du parc. C’est magnifique. Les oiseaux chantent et volent de tous côtés, et surtout, face à nous, de temps à autre, les hippos font leur ridicule bruit de moteur, et des animaux apparaissent dans les hautes herbes pour venir se désaltérer.

Nos regards se perdent dans la végétation touffue face à nous. Les herbes sont hautes. Si hautes que nous mettons du temps à nous apercevoir qu’il y a des éléphants…

Ils avancent débonnaires en ruinant tout sur leur passage et en dévorant toutes les herbes qui se trouvent à leur portée. Puis ils viennent se désaltérer. Un éléphant s’éclate à balancer de l’eau dans tous les sens !

Soudain, un éléphanteau apparaît ! Il est adorable ! Il doit avoir quelques semaines tout au plus. Nous sommes émerveillés. C’est mignon, ce petit truc qui ne pèse que deux cents kilos. Quelques éléphants commencent à traverser la rivière. Aussitôt, le petit court après sa mère, trompe en avant, avec une expression proche du grand sourire, pour lui attraper la queue ! Ils ressortent tous bicolores.

Mais la discussion politique qui s’engage entre les convives est beaucoup moins charmante. Ils sont plusieurs à débattre des élections. Je tends l’oreille. Arnaud s’efforce de fermer les siennes.

« Quand j’étais petit, on m’a dit « déteste ce nègre », alors j’ai commencé à détester les Noirs. A l’époque les Noirs savaient qu’il y avait une ligne à ne pas franchir, ils connaissaient leur place. On a des cultures différentes. On ne se mélange pas », dit un type de Jo’burg en short et tongs. Il est Blanc. Il s’adresse à trois autres sud africains de sa couleur. Nous nous tenons à l’écart, comme absorbés dans la contemplation de la rivière, sauf que je prends des notes en douce.

Janet, la soeur de Johann, enchaîne : « L’Australie a décimé les Aborigènes, le Canada a décimé les Indiens. Et c’étaient les premiers à nous montrer du doigt ! Mais on ne les a pas parqués dans des réserves pour leur distribuer de l’alcool, les Noirs, on leur a donné une éducation. On leur a donné du travail. Il n’y a qu’à voir comment ils étaient avant qu’on arrive. »

« Et dans le reste de l’Afrique », continue Cyril, son mari, « les Noirs ont commencé à nous tuer. J’ai vu des gens revenir du Congo avec seulement leurs vêtements sur le dos. »

Je me demande à quoi sert leur conversation, ils abondent tous dans le même sens avec des arguments patinés par le temps. Dans leur discours, les « nous » du Congo ce sont les Blancs ; les gens aussi. Eux, les autres, ce sont les Noirs. Parfois pas même nommés.

« C’est de pire en pire, et ils n’apprennent jamais rien. On ne peut pas changer les gens. Tiens, si on regarde l’Angleterre, ils ont des Pakis partout. En France ils ont des Arabes. En Allemagne ils ont des Turcs. On ne peut pas être en paix où que ce soit. Ils ne respectent pas notre droit à être nous ».

A cette étape de la conversation, j’ai une sorte de rictus plaisant mais figé sur le visage, les orteils qui font des noeuds sur le bois du pont, et le regard fixé sur un point lointain de ma sphère de calme intérieur. Je me refuse à intervenir. Je ne veux pas prendre part à la conversation. Même si mes poils se hérissent. Ironiquement on apprendra plus tard que Janet est Juive ; question racisme, elle devrait en connaître un rayon, mais pas du côté de ceux qui le pratiquent.

Ils se lancent sur Zuma, probablement futur président de leur pays. Forcément, un Noir accusé de viol, de corruption, qui a déclaré qu’il se protégeait du sida en prenant une douche, c’est un clown qui ne devrait même pas être candidat, fût-il héros de la lutte contre l’apartheid. Mais voilà, le coeur du dilemme, c’est que les Noirs ont peur du retour de l’apartheid et que Zuma est le seul candidat influent qui puisse remporter les élections ; mais sa victoire creuserait encore le fossé entre Noirs et Blancs, parce que bien sûr, les Blancs ne veulent pas d’un tel représentant au pouvoir. Bref, le marasme est loin d’être fini.

Nous allons prendre une douche exquise pour nous laver de tout ce qu’on a entendu.

Johann et Duffy nous invitent à prendre le dîner en famille. Janet est la soeur de Johann, et Natasha, la nièce de Duffy. On pourrait croire que s’asseoir avec Janet et Cyril nous perturberait après un tel discours. Mais ce sont des gens charmants. Ils sont racistes par ignorance plus que par conviction, je suppose. Après tout, je suis à leur table. Ils nous font goûter un verre d’amarula, liqueur locale à base de fruits fermentés qui ressemble au Bailey’s. Puis on passe tous en file indienne dans la cuisine. Ici le principe est simple : on ne fait pas passer un plat aux invités en leur proposant de se servir. On leur colle une assiette dans les mains et on leur passe la louche pour qu’ils se servent à même la marmite. C’est Duffy qui a cuisiné, et c’est succulent. La soupe fond dans la bouche. Et nous continuons de discuter chaleureusement, surpris mais ravis d’être invités à la table familiale. Natasha se propose de nous kidnapper : demain, debout à 4h30, elle nous emmène faire une balade en voiture à Kruger et nous déposera ensuite à Berg-en-dal à 15h pour rejoindre notre ranger pour la rando !

C’est alors que Duffy nous informe : « Il n’y a pas d’alcool à vendre pendant la randonnée. Vous devez emmener vos propres bouteilles. »

Nous ne sommes pas particulièrement perturbés par cette information. Mais Johann croit que nous n’avons pas compris ce qu’on vient de nous dire, et s’exclame sur un ton horrifié :

« Il n’y a pas d’alcool au camp pendant le trek ! »

Et il s’empresse de nous annoncer qu’il nous met de côté un pack de bières et deux bouteilles de son magnifique vin fruité, le Bayerschloof 2007. Impossible de protester. Il les a déjà à la main.

Je m’endors assise en écrivant. Arnaud est déjà presque endormi aussi. Nous sommes ravis. On n’aurait pas imaginé atterrir ici pour passer un moment si agréable.


La berlue

samedi 2 mai 2009

Vendredi 10 Avril.

5h45 : on a gagné une heure de sommeil par rapport à hier. On finit de préparer nos sacs plus ou moins, et on sort dans le petit matin frais. Il fait déjà jour. Nous traversons Saint Lucia et croisons une mangouste noire et son petit qui trottinent devant nous.

On attend très peu à l’entrée de la réserve iSimangaliso. Seuls 120 véhicules sont autorisés à entrer chaque jour. On nous tend un sac en papier pour récupérer nos déchets, et l’instant d’après nous roulons fenêtres ouvertes droit sur Cape Vidal, à 35km environ.

C’est une jolie plage fouettée par des vagues furieuses qui écument en beauté pour donner au paysage une note romantique. Ou plutôt fougueuse. On observe les vagues qui se chevauchent et on en conclut qu’on a intérêt à faire attention. On a à peine posé nos serviettes qu’on se jette dans l’Océan Indien. Il est sept heures du matin. On nage dans les rouleaux. Je prends une vague en route pour tester mon hypothèse sur les courants, et me retrouve jetée par terre et écartelée en même temps. La tronche aplatie sur le sable, je me demande si ça valait le coup de vérifier si j’avais raison.

Soudain, je m’exclame avec enthousiasme : « J’ai vu deux poissons ! Viens ! On va chercher les masques et les tubas ! » Suit un grand moment où l’on devrait entendre un orchestre symphonique jouer la 9e de Beethoven : on sort en courant de l’eau, côte à côte, floc floc floc.

On y retourne. On n’a pris que les masques, bêtement. On plonge la tête dans l’eau, et…

il y en a des centaines ! Ah bravo pour le « y a deux poissons ! » . Ils sont si bien camouflés dans leur banc que j’ai du mal à savoir dans quel sens ils vont. On sort la tête de l’eau et on s’écrie en simultané : « Y en a plein ! ». Deuxième sortie, en Vivaldi cette fois, pour aller chercher les palmes et les tubas. Evidemment avec les palmes on ne fait que trébucher et on s’étale une ou deux fois le temps d’arriver là où on peut nager, tout ça pour constater qu’une seconde on a pied, et ensuite… blub… y a un trou.

Après pas loin d’une heure à délirer, on décide de lever le camp pour visiter le reste de la réserve.

On emprunte les boucles qui mènent en pleine savane et on croise une tortue léopard. Arnaud surveille les environs pendant que je bondis de la voiture pour aller lui dire bonjour. Elle se planque, évidemment. Elle ne laisse entrevoir qu’un oeil derrière ses pattes repliées sous la carapace.

Plus loin, un grand koudou majestueux avance paisiblement dans notre direction. Nous sommes bouche bée, et muets. Un deuxième le suit. Ils sont magnifiques.

J’adore ces bois torsadés.

Au bord de la baie de Catalina, nous surplombons les environs. C’est magnifique. Sur les langues de sable, un cobe des roseaux nous observe. Des femelles et leurs petits se tiennent en retrait. C’est joli, plein de paix et de beauté naturelle. On s’émerveille en continu.

En sortant de la réserve, on s’arrête au Crocodile Center, qui soigne les crocos blessés et les fait se reproduire en captivité. Nous craquons devant les mini-crocodiles qui viennent de naître. C’est à peine plus gros qu’un lézard tropical. On les observe, attendris. « Ca ne m’étonne pas que des gens en aient adopté pour les emmener à Paris », commente Arnaud, « mais quand ils les ont vu grandir… et c’est comme ça qu’on a trouvé des crocos du Nil dans les égoûts de Paris… »

C’est vrai, ça : comment de si petites créatures qui pèsent 300 gr à tout casser à la naissance peuvent-elles devenir des sosies de troncs d’arbres massifs de 600 kg ? En une seule vie ? Ca doit grandir à vue d’oeil : je suis sûre d’en avoir vu un enfler sous mes yeux ! Sans blague, on voit de sacrées rangées de dents parce que les crocos ouvrent grand la gueule pour réguler leur température. Ca fait pas envie. Et un panneau indique aimablement… ben, voici le panneau, vous comprendrez :

L’heure de prendre le BazBus pour aller à Nelspruit approche. Nous rendons la voiture, et attendons le bus avec bagages et repas. Quand il arrive, on se cale devant près de Lawrence, le chauffeur, on le salue, et on s’endort. On lit. On dort. On lit. On dort. On atteint la frontière du Swaziland. Quand on entre enfin dans le paysage montagneux parsemé de chèvres du royaume Swazi, on s’exclame devant des huttes construites en bois ou en boue séchée, rondes, surmontées de lapas. Lawrence nous explique que tous ces gens viennent du Mozambique, ou ont fui Mobutu. Ils vivent là, très pauvres, dans des conditions déplorables, pas vraiment bienvenus au Swaziland, avec à peine un statut de réfugiés.

Mbabane. La capitale ne paie pas de mine. On nous accorde une chambre très bruyante dans le seul endroit où l’on peut dormir, et nous n’avons pas la force de monter la tente. On dîne dans un restaurant encore plus bruyant, à tel point qu’on ne s’entend plus penser; si tant est qu’on en soit encore capable. Une longue douche. A 22h, on dirait qu’on est déjà au milieu de la nuit…


Lions et merveilles

jeudi 23 avril 2009

Jeudi 09 avril

4h45. On saute du lit. De ce genre de sauts où il faut parfois beaucoup d’élan pour un maigre résultat. Un quart d’heure plus tard, un type au visage buriné et aux cheveux longs et grisonnants, la soixantaine, en short, bondit de son bakkie et s’exclame vigoureusement en nous serrant la main : « Hi, I’m Rick ».

Nous montons à bord et saluons les deux Allemands qui partent à la réserve naturelle de Hluhluwe iMfolozi avec nous, puis nous enveloppons dans des couvertures. Rick démarre comme un beau diable. Au bout de cinq minutes, le romantique paysage nimbé par la lumière de la lune pleine a fini de nous charmer, nous sommes trop occupés à claquer des dents.

Une bonne heure plus tard, nous sommes dans la réserve, enchevêtrement vallonné d’arbres et de hautes herbes baigné dans la douce lumière du jour naissant. Rick nous a avertis : « vous ne cherchez pas des animaux. Vous cherchez une couleur anormale, une forme anormale, un mouvement anormal. Souvenez-vous que vous avez quatre paires d’yeux et que je n’en ai qu’une. » Pas de souci, nous avons les yeux écarquillés. L’heure très matinale nous permettra peut-être de voir des félins, mais il faut vraiment avoir beaucoup de chance. Nous croisons un couple qui vient pour la sixième fois consécutive et n’a pas encore vu de crinière, de gros chat, ni même d’empreinte…

On sillonne la réserve depuis peu de temps lorsque l’Allemande s’écrie : « Je crois que j’ai vu un lion ! ». Je me retourne et vois une ombre décidément féline dans les hautes herbes. Nous suivons le mouvement… et puis c’est un moment d’observation, de quasi recueillement, qui dure bien une quinzaine de minutes. Ils sont quatre. Un jeune lion mâle et trois femelles, allongés dans l’herbe, juste visibles. C’est étrange pour un lion si jeune d’avoir des lionnes, car normalement pour avoir son « harem » il doit chasser un lion plus âgé pour prendre sa place. Il bâille…

(je suis pas peu fière de ma photo, hein… )

Se lève paresseusement, le ventre bien plein d’avoir mangé…

Puis il va s’asseoir plus loin, à l’ombre, bientôt suivi par les trois femelles.

Je me suis détournée un instant des lions pour prendre en photo une girafe dont seule la tête dépassait des arbres, et quand finalement nos quatre félins disparaissent dans les hautes herbes, Rick s’exclame en riant : « Au fait, il y a une girafe, là ! ». Rick nous explique que malgré toute la bonne volonté des hommes de ne pas influer sur la vie sauvage, depuis qu’il y a des routes en bitume dans les réserves naturelles les lions ont changé leur mode de chasse quand ils s’en prennent aux girafes : ils encerclent leur proie et la forcent à courir vers la route, où le sol est trop glissant… immanquablement la girafe dérape et tombe, et les lions n’ont plus qu’à se repaître.

Des impalas se baladent partout. Un seul mâle a la charge de 25 à 30 femelles et il est très occupé pendant la saison des amours… Afin que tous les petits naissent en même temps et qu’un pourcentage d’entre eux survive, les impalas ont en effet tendance à se reproduire jusqu’à l’épuisement sur une très courte période de temps.

Un peu plus loin, nous voyons un rhino blanc. Qu’il soit blanc ou noir n’a rien à voir avec sa couleur, mais avec la forme de son corps, adaptée à son alimentation. On dirait un animal tout droit sorti de la préhistoire, et pourtant, le rhino blanc est très civilisé : il se creuse son petit bain de boue (par petit, comprendre trois fois ma taille !), a ses propres toilettes où il vient déféquer puis piétiner sa bouse pour la répartir sur son territoire, et malheur au mâle qui viendrait l’y défier… et puis il y a aussi les pierres à gratter ! On voit une pierre toute lisse, érodée par des générations de rhinos qui sont venus se frotter le ventre et l’arrière-train pour se débarrasser de la boue séchée qui étouffe les parasites…

(Une touche de bleu… une de mes photos préférées)

Et puis, un grand moment : les gnous. Rick se demande comment des animaux aussi stupides peuvent perpétrer leur espèce. D’abord, ils ont un cri ridicule et sont laids à faire peur.

On dirait qu’ils ont couru droit sur un arbre et qu’ils ont été élevés par des cochons. En plus ils ont un instinct de survie très limité. En termes de reproduction, le mâle se plante en général à l’ombre sous un arbre, se met sous son meilleur jour, et attend qu’un groupe de femelles passe sur son chemin… Et quand les femelles passent, elles regardent le mâle, et s’il ne leur plaît pas, elles vont voir ailleurs ! Et puis leur technique de fuite, quand ils sont la proie de prédateurs, est à peu près aussi efficace que s’ils étaient posés en rayon dans un supermarché. Les impalas, par exemple, sont capables de bondir jusqu’à dix mètres dans tous les sens dès qu’ils se sentent en danger, pour désorienter les prédateurs. Les zèbres fuient en masse, mais toujours assez proches les uns des autres pour que le lion ou le léopard en chasse ne sache plus où commence le zèbre et où il finit. Les buffles se regroupent en protégeant les petits et les faibles, et forment un mur de cornes qu’aucun félin n’ose attaquer. Pour résumer, l’impala fuit en vrac, le zèbre en masse et le buffle en force.

Le gnou fuit en file indienne avec un espace raisonnable entre chaque animal. « Le lion n’a plus qu’à faire amstramgram ! » Ridicule.

Nous prenons le petit-dej dans la savane. Maintenant que Rick a vu à quel public il a à faire, il nous raconte à quel point il est accablé par les gens qui se croient au zoo et pensent que les lions les attendent au bord de la route pour être pris en photo. Les Japonais en particulier sont comme des robots et ne voient pas la beauté de ce qui les entoure ; dès qu’ils ont fait leur petit clic devant un animal, ils lui demandent de les emmener en voir un autre…

Nous nous remettons en route et découvrons le bushthorn tree, l’arbre de vie des Zoulous. Ce parc est leur ancien territoire, d’où on les a chassés pendant l’apartheid. Beaucoup sont revenus, mais leur mode de vie a changé – au moins sont-ils sur la terre de leurs ancêtres. Une seule branche de cet arbre peut représenter l’esprit d’un défunt quand il n’a pas été enterré sur ses terres. Une épine pointe vers l’avant – l’avenir – l’autre vers le passé.

Je montre soudain à Rick des vautours qui volent en cercles au-dessus de nous. Et Rick, qui a des anecdotes sur tout, nous raconte à quel point le Loto local a fait baisser la population de ces charognards. Oui, le Loto. Les Zoulous pensent que le vautour porte chance et se servent de son corps pour se fabriquer des amulettes qui les aideront à gagner au Loto. Tristement, plus de 2000 vautours sont morts à cause de ça l’an dernier.

Nous reprenons la route. Rick freine brusquement et bondit du bakkie pour saisir un truc mystérieux entre les mains… il s’agit du plus délirant criquet qu’on puisse imaginer : le mockweed locust – c’est le nom que l’on a compris, mais apparemment on s’est plantés parce qu’on ne le retrouve nulle part… qui peut le trouver pour nous ?? – est une bestiole qu’aucun animal sain d’esprit ne se risquerait à manger parce que c’est un sémaphore à lui tout seul, et un concentré de cyanure… ! J’adore. Rick est surpris quand je tends la main pour prendre le criquet sur mon bras, mais je le trouve tellement étonnant que la seule lamentable comparaison qui me vient, c’est qu’il me fait penser à un jouet en plastique… Il me court sur le bras, et à chaque pas qu’il fait ses petites pattes velues s’accrochent à ma peau. J’hallucine. Il est vraiment ahurissant avec toutes ces couleurs.

Nous repassons devant un rhino et notre guide fait un triste constat : 23 rhinos ont été tués par des braconniers – des braconnards, oui – depuis début janvier, malgré la peine de 25 ans de prison qu’ils encourent, tout ça parce que la médecine traditionnelle chinoise décrète que la poudre de corne de rhino est un puissant aphrodisiaque et paie 200 000 euros le kilo. Navrant, mais lucratif pour tous ceux qui souffrent de la misère en Afrique du Sud…

Nos quatre lions sont affalés en plein soleil sur la berge de la rivière. A cette heure-ci, la seule explication que Rick trouve à leur comportement incongru, c’est qu’ils viennent de trouver une proie facile et sont en phase de digestion à quelques mètres de la carcasse. Il nous ressort une anecdote de son bob : tout comportement inhabituel d’un animal le fait tiquer. Il y a deux ans à Kruger, un léopard est venu rôder autour de voitures qui se trouvaient à l’arrêt, aux alentours de midi. Le léopard est extrêmement sauvage et timide ; et à midi, normalement, il dort quelque part à l’ombre et attend la fin de la journée pour chasser. Donc léopard + midi + humains, les rangers qui étaient sur place auraient dû lancer une alerte. Mais ils étaient inexpérimentés. L’un des deux a fait signe aux visiteurs depuis sa voiture ouverte à tous les vents de sortir leurs appareils photo, ils avaient une occasion inespérée ! Le léopard a bondi sur lui et lui a brisé la nuque. Il avait la rage.

Et puis des nuées d’oiseaux nous accompagnent, multicolores, magnifiques. Notre préféré est le rollier à longs brins, qui s’appelle ainsi parce qu’il a pour habitude, lors de la saison des amours, de se laisser tomber jusqu’au sol en virevoltant et de déployer ses ailes superbes à la dernière seconde pour séduire la femelle.

Nous rentrons à Saint Lucia complètement extatiques. Nous remercions Rick chaleureusement pour cette matinée inoubliable.

Affamés, nous prenons des décisions en dépit du bon sens et allons d’abord louer une voiture pour nous rendre à Cape Vidal, dans une réserve naturelle, demain. A quatre heures de l’après-midi, nous allons déguster un délicieux repas en discutant à mâchoires rompues.

La petite voiture de location est une sorte de vieux tacot qui se conduit plus facilement que la Polo parce que le temps qu’on passe à tourner les roues du véhicule ou à le lancer à pleine vitesse offre le luxe de réfléchir à l’action suivante. Je cesse de me cogner le coude à la vitre pour passer les vitesses, ma main gauche s’habitue à faire le boulot. Au bout de Saint Lucia, il y a la jetée avec la fin de l’estuaire, la plage et l’Océan Indien. C’est là que nous avons galopé comme des fous hier. Ce soir les hippos sont de sortie et nous offrent un délire hilarant : deux hippos se font des mamours, semblent se rouler des pelles avec crocs interposés, puis sautent en l’air et… rebondissent hors de l’eau… puis se roulent dans la flotte, les quatre pattes en l’air… puis bâillent sans discontinuer… et reprennent tout un manège tandis que la pleine lune se profile et se reflète dans l’eau. Nous admirons cette fin de journée assis sur un ponton de bois. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un ballet d’hippopotames.

Cliquez sur la photo pour l’agrandir.


A cheval parmi les zèbres

mercredi 22 avril 2009

Mercredi 8 avril

On se réveille reposés et ravis. Le ventilo a tourné toute la nuit pour nous empêcher d’étouffer dans la moiteur et nous sommes frais et dispos. Et puis hier, on a vu un léopard. C’est le leitmotiv du moment. Plus on prend le temps pour le dire, plus on oublie qu’on l’a seulement aperçu quelques secondes. Mais c’étaient des secondes par contre-nature intemporelles.

On effraie une antilope en allant en bakkie (sorte de 4×4 avec des sièges surélevés pour les passagers) jusqu’au centre équestre à l’entrée de la réserve naturelle d’imFolozi, où nous allons nous promener à cheval pendant une bonne partie de la matinée. On est en train de se faire subtilement envoûter par ce pays.

Trory nous accueille avec dynamisme et on se trouve pas mal d’atomes crochus. L’un, et pas des moindres, est que j’ai travaillé trois saisons en centre équestre quand j’étais étudiante, et que je sais exactement tout ce qui lui passe par la tête quand elle nous voit débarquer – elle se demande quel cheval nous proposer, si on tient en selle, si on sait de quoi on parle quand on dit qu’on est expérimentés.

Nous partons dans ce paysage ahurissant pour nous retrouver nez à nez avec des impalas et deux gnous. Le soleil tape et ma peau commence à dorer – je n’en dirais pas autant pour celle d’Arnaud, qui vire au rouge… Ce paysage est l’Afrique. Celle des clichés.

Nous nous approchons d’un groupe de zèbres. Ils sont magnifiques. Les poulains gambadent autour de leur mère et beaucoup de zèbres se déplacent par deux. Les rayures qui les couvrent suivent le même tracé jusqu’au bout de la crinière. Nous continuons d’approcher et je crains la cavalcade qui ne va sans doute pas tarder.

« Le truc », dit Trory, « c’est de s’arranger pour que vos chevaux regardent de l’autre côté.

Hop, Baccardi se retrouve les naseaux vers la droite quand je le dirige vers la gauche ! Un poulain nous signifie la bienvenue en pissant allègrement sous nos yeux, tout près.

Nous reprenons le pas pour aller vers les gnous et l’impala solitaire qui broutent un peu plus loin. C’est tellement hors de notre réalité habituelle que nous sommes muets. Puis on se lance au galop en terrifiant un impala au passage, et galoper cheveux au vent dans ce paysage est merveilleux. (on n’a pas de bombe sur la tête…) Eberluée, je vois jaillir un phacochère des hautes herbes. Il se planque aussitôt.

Galops dans cette nauture grouillante de vie. Les arbres sont aussi diversifiés que la faune. Par endroits ils sont tellement enchevêtrés que cela m’évoque des branches jetées en vrac pour jouer au mikado géant. Nous sommes survolés par des colibris.

La promenade se poursuit sur la plage. L’Océan Indien est déchaîné. Les vagues roulent et se chevauchent et s’éclatent sur le sable en une envolée d’écume. Nous lançons les montures, et peinons à les retenir tant les chevaux adorent faire la course sur la plage. Ivres de liberté. Quant à nous, nous avons un tel sourire sur le visage qu’on est presque en train de rire, mais mieux vaut se retenir dans le coin pour ne pas avaler grains de sable, moucherons, et éclaboussures de crottin…

Nous revenons au pas, tranquilles, un peu moulus tout de même, sous le regard ahuri de singes vervets.

Enfin entre le singe et moi je ne parierais pas que le plus ahuri des deux soit le singe.

Arnaud est rouge comme un poisson.

Nous parcourons Saint Lucia en long et en large pour trouver le restaurant dont on nous a parlé, celui où l’on peut voir des hippos depuis la terrasse. Tout ce qu’on trouve, c’est qu’on a mal aux jambes. Les deux heures et demie d’équitation ont entamé nos ressources. Après nous être affalés à la première terrasse qu’on a croisée sur le retour de l’aller du retour (en long et en large, je vous dis) et avoir dévoré un repas digne du nom, nous allons nous baigner dans le petit bassin du Bib’s, l’auberge où nous avons posé nos sacs.

En fin d’après-midi, nous prenons le sentier que les ornithologues préfèrent : un chemin qui se faufile entre les arbres et abrite des dizaines d’espèces d’oiseaux. On se croit soudain en pleine jungle. Battements d’ailes effrayants et inattendus, cris et chants mystérieux, arbres voûtés à vous faire devenir claustrophobe… Bref, on adore.

Le Bib’s offre un dîner typique à tous ses hôtes, et un groupe de chanteurs vient achever de nous enchaîner l’âme à cette terre en nous transportant dans ses choeurs et ses rythmes.

Nous sommes aussi complètement assommés.


Il est un estuaire, un long fleuve de soupirs

mercredi 8 avril 2009

(On passe la journée de lundi en bus, béats devant les paysages qui défilent devant nous jusqu’au Swaziland, affligés par les rires des post-ados décérébrés et invertébrés qui s’esclaffent devant la stupide comédie américaine qu’on nous impose pour faire passer le temps, puis assommés par une horde de sexagenaires en vadrouille qui seraient un beau sujet d’étude anthropologique sur la fossilisation des préjugés. Pardon, je range ma plume au vitriol…

Nous quittons donc l’Afrique du Sud pour une nuit. )

Mardi 07 avril, du Swaziland à l’estuaire de Saint Lucia.

http://www.travelcomments.com/maps%20web/the_crazy_loop_map.jpg

Démarrage en trombe. On se réveille comme des moutons cuits à l’étouffée. Le mal de crâne vient soit de la chaleur sous la tente, soit de notre enthousiasme à nous désaltérer hier soir avec autre chose que de l’eau.

La malédiction de la tente a encore frappé : il a plu pendant la nuit.

On traverse les petites montagnes vallonnées du Swaziland. On n’aura pas vu grand chose de ce pays. Le paysage devient une vaste forêt de pins parasols, image africaine par excellence. Longs champs jaunâtres fouettés par les vents, parsemés d’arbres immenses.

A la frontière, la file d’attente est longue. Je prends une photo dont la thématique est récurrente : un chat ! J’ai des chats de tous les pays que j’ai visités. Mais celui-ci est unique ; il vit entre deux frontières dans ce no man’s land désorganisé, où l’on peut errer à sa guise en cherchant son guichet, et où l’on vous tamponne une page du passeport au pif sans même vous jeter un regard.

Et puis pour la suite du voyage, à chaque halte du bus, on s’extasie devant ce grouillement de vie constant. Pendant que les post-ados décérébrés d’hier mangent une glace et fument une clope à la station essence, je lève les yeux vers un arbre et couine : « T’as vu, là ? Des nids ! ». Les branches croulent littéralement sous les nids des moineaux, accrochés là comme des boules de Noël sur un sapin. C’est ahurissant ! Chaque nid est en forme de chaussette.

Mon regard se tourne vers un autre tronc d’arbre et je pousse un deuxième couinement (oui, j’ai une âme sensible) : « Un gecko ! ». Ou un lézard geckoïsant… J’adore ces créatures. Je me précipite lorsque Arnaud remarque : « Il y en a un autre tout petit, là ! ». Et voilà de quoi sont faites nos haltes de bus. A la suivante, on observe des chenilles qui sont entassées les unes sur les autres et lèvent la tête chacune à leur tour, comme pour prendre une inspiration avant de replonger en apnée. Et puis j’aperçois un coléoptère, le recueille sur ma main et fais crier deux filles… J’aime la diversité des coléoptères. Une fille s’approche, méfiante, et demande en anglais :

« C’est pas dangereux, ça ? »

« Mais non, il est gentil tout plein ».

« Alors t’en connais long sur les insectes, c’est ça ? »

« On peut dire ça ».

Tout ce que je sais, c’est que le coléoptère ne se sent pas menacé. Heureusement, car je m’apercevrai deux jours plus tard qu’il s’agit du bien nommé Blister Beetle, qui sécrète un venin acide quand il se sent en danger ! Comme dit Arnaud, je dois exsuder la paix…

Quand Saint Lucia se profile, nous nous préparons à sauter du bus avec enthousiasme. On vient, après tout, de faire cinq heures de train, quinze heures d’avion et quatorze heures de bus pour arriver là !

J’ai la soudaine impression de revenir en République Dominicaine. Chaleur humide et pesante, une certaine moiteur dans l’air et des odeurs de moisi qui flottent, une lenteur du corps qui s’impose comme une évidence. Ce climat me convient. Il convient un peu moins à Arnaud, qui est tout poisseux et tout assommé. On trouve un pied-à-terre et on va faire un tour sur la jetée, puisqu’on est entre l’estuaire de Saint Lucia et l’océan Indien.

« C’est une statue, là ? » demande soudain mon homme.

Je lève le nez. Arnaud, qui se plaignait de ne jamais voir toutes ces petites merveilles de la nature qu’on lui désignait autrefois, s’est décidément acheté des yeux ! La mâchoire m’en tombe. Nous sommes nez à mufle avec un cobe des roseaux. Il semble aussi surpris que nous. Il remue une oreille. Je bouge une main. Il décampe.

On est fascinés et hébétés. Il y a vingt minutes qu’on est là, et la première rencontre qu’on fait, c’est ce cobe ! Galvanisés, nous allons au bord du fleuve. C’est paisible, et l’air marin qui vient jusqu’ici nous enivre de ses écumes. J’aperçois des formes au loin, sors mon super appareil photo qui me fait aussi office de paire de jumelles. Ce sont deux crocodiles du Nil. A environ 300 mètres…

Nous faisons un tour en ville, où l’on croise enfin des humains. Planquée derrière un arbre, je prends quelques scènes de rue sur le vif.

Quelques heures plus tard, nous sommes à bord d’un bateau après avoir déjeuné d’un plat typiquement sud-africain: des sushis ! Nous avons décidé d’aller voir de plus près ces fameux crocos et les hippopotames. On est loin de s’imaginer que l’émerveillement est à portée de regard…

L’air vif et marin nous fait un bien fou, et dès que nous commençons à avancer, la lenteur rythmée du fleuve et les chuchotements des mangroves nous apaisent et nous ressourcent. Nous sommes plongés dans ce bain vivifiant avec délices. L’instant d’après, nous sommes ébahis. Un énorme croco du Nil prend le soleil sur la berge pour se réchauffer un peu. Il est inerte. Une petite fille demande : « Maman, il est mort ? ». Mais soudain il entre dans l’eau, et d’animal lent et pataud il devient léthal. Il peut nager à 70 km/h ! Il disparaît, inquiétante colonne d’écailles.

Et puis on voit enfin l’animal le plus dangereux d’Afrique. Roulement de tambour… Un hippo ! Une mère avec son petit ! Oui, l’hippopotame tout en rondeurs et en lenteur attendrissante est responsable du plus grand nombre de morts humaines. La semaine dernière encore, au Kruger, un étranger a été attaqué par cet animal qui semble si placide, tout simplement parce qu’il était trop près de lui… On est des invités dans cette nature sauvage, et on ferait bien de s’en souvenir à chaque instant…

Ils flottent, ces hippos, ronds comme des ballons, avec de ridicules oreilles roses, et apparaissent à la surface pour disparaître aussitôt. Ils sont hilarants. Ils poussent des grognements identiques aux cochons, mais gagnent en décibels proportionnellement à leur taille ! Pas aimables, pourtant. Ils font 300 victimes par an. Si si. Mais voilà, plus on en apprend, plus on se marre. Un hippo ne sait pas nager. Il rebondit au fond de l’eau pour avancer !

Quand enfin un hippo bâille, on ne voit que la grande gueule rose comme tapissée de malabar (oui, quelle référence !) et les énormes crocs !

L’émerveillement nous gagne, la mangrove nous envoûte, l’eau doucement mouvante du fleuve apaise et effraie à la fois. Techniquement, d’ailleurs, nous sommes dans le plus vaste estuaire du continent africain. 320 000 hectares, cinq écosystèmes… on se sent petit.

Un héron goliath me tire la langue ! Je lui tire le portrait. Chacun son rôle !

Nous sommes bientôt en transe ou presque. A chaque instant nous voyons des animaux qu’il est rare d’observer dans la nature, en tout cas d’aussi près : un martin pécheur géant, des buffles, des zèbres qui nous regardent avec un air indigné… et l’aigle pécheur africain, emblème du continent, perché majestueusement sur une branche, immense. Et soudain, le capitaine s’exclame : « Il y a un léopard sur la rive gauche ! ».

Pétrifiés, nous dardons nos regards en tous sens, sans bouger d’autre muscle que le muscle oculaire. Point de léopard. On a, il faut le dire, autant de chance de voir un léopard en pleine nature que de gagner au loto. Et puis… là ! Le léopard, énorme, magnifique, apparaît entre les arbres ! Un instant en suspens. Je prends une photo qui sera aussi floue que mes yeux embués. Un léopard. Un léopard ! Il disparaît.

On reste mâchoire pendante.

Que celui qui a pensé qu’on aurait dû jouer au loto ce jour-là lève la main…

On remet pied à terre mais on plane complètement. Cette bouffée de nature en plein visage, ça déleste de tout ce qui est superflu.

On s’en va dîner pour goûter le poisson du coin et un Château Libertas 2007, surnommé à juste titre le grand-père de tous les vins sud-africains – il est sec, coriace, mais si on n’y prend pas garde il a tôt fait de nous coller un coup de canne sur le crâne !

On finit la soirée à jouer au ping-pong, incapables d’aller dormir même quand la balle se confond curieusement avec la raquette, et la table avec le mur…


Poisse

mercredi 8 avril 2009

Dimanche 5 avril, suite de la journée qui n’en finissait plus

On déambule dans le grand hall de l’aéroport et c’est comme si on avait fait des kilomètres dans ces endroits de passage. On va changer de l’argent, acheter de la lecture, et enfin trouver une voiture à louer pour aller chez Molote Masilo, notre hôte de ce soir. On loue une Polo. Ce n’est qu’en allant la chercher que l’on vit un moment de consternation profonde : le volant est à droite. Il va falloir revoir quelques automatismes – la boîte de vitesses est à gauche. Il y a plus de volume de voiture sur la gauche que d’habitude aussi, pour évaluer le gabarit de la chose ce n’est pas évident… Je me sens un chouïa en panique. Arnaud ne peut pas conduire, son permis est encore tout neuf.

L’idée de départ est d’aller en centre ville manger un morceau, puis visiter le musée de l’apartheid avant d’aller chez Molote. La conduite est difficile et il faut avoir les yeux partout. Arnaud est mon copilote. Hélas, comme on va rapidement le constater, son plan de Jo’Burg n’est pas assez précis et Arnaud n’est pas toujours assez rapide – je rappelle qu’on vient de passer deux jours dans des transports divers et variés, je ne suis pas non plus au top de ma forme…

« C’était là qu’il fallait tourner », dit-il de temps en temps.

On roule à gauche, evidemment. A chaque fois que je veux passer une vitesse, je commence par me cogner la main droite sur la portière. On erre. Si Jo’burg etait un labyrinthe, son office serait sacrement bien rempli. Tout est fermé. On finit par s’arrêter, usés, sur un bord de rue où je me paie un trottoir en me garant. Devant nous, une tour immense, des affiches électorales partout, avec des slogans que mes élèves auraient pu inventer : « Vote for hope, Vote for Cope » (le nouveau parti dissident qui s’est formé apres avoir bruyamment quitté l’ANC). On va acheter des bananes pour 4 rands et on les mange comme des brutes, affamés. En revenant vers la voiture, je marque une pause : une jante de voiture est soigneusement posée contre le mur, sans doute par un piéton bien intentionné.

« Tiens, une jante. »

Je finis par percuter : c’est la jante de notre Polo ! Après un moment de décalage, Arnaud la remet bien à sa place sur notre roue.

Exténués, nous partons pour le musée de l’apartheid. Je sens monter l’humeur massacrante lorsque nous commençons un affreux jeu de piste dans Jo’burg. Paumés. On tourne. C’était là ! On retourne. On contourne. On détourne. Je grince des dents. Il faut dire pour ma défense que la concentration que me demande la conduite m’achève, et qu’en plus c’est le jour du mois où je n’ai pas une fibre d’humour.

On finit par le trouver, ce bâtiment massif. On est un peu déçus. Certes ce musée retrace à l’aide de panneaux et de photos frappantes toute l’histoire de l’apartheid, mais dès qu’on entre dans l’ère des videos c’est la cacophonie. Le brouhaha. A trop vouloir en dire, on finit par noyer le poisson. Et puis honnêtement, nous sommes deux spectres sur pattes. Alors on repart pour aller chez Molote. On le trouve presque du premier coup, le quartier du Lake Luso, après une bonne demi-heure de route. Mais de Molote, point. Nous l’attendons dans sa résidence privée entourée de fils de fer barbelés, avec un gardien à l’entrée.

Nous l’attendons.

Une femme joue au ballon avec ses enfants et nous regarde en coin.

Nous attendons.

Je réussis a lui envoyer un SMS mais n’obtiens pas de réponse. On réserve en plusieurs épisodes le trajet en bus qui nous emmènera à Saint Lucia via le Swaziland. Le moment comique, c’est quand on indique au pif comme point d’arrivée le Grifters Hostel, et qu’on reçoit ce SMS laconique : « you are aware that the Grifters closed down ? » Ben non. Alors on choisit un autre lieu au pif.

Je m’endors debout, appuyée sur le coffre de la voiture. Si si. Arnaud m’annonce que pour sa part il va profiter du siège… C’est une bonne idée, ça. Je m’affale sur le siège conducteur et m’endors comme si j’avais reçu un coup de massue.

Deux heures et demie plus tard, on est un peu fâchés. La nuit est tombée. Pas de Molote. Pas de réponse aux messages. Derrière nous, un petit groupe de jeunes se met à chanter alleluia. C’est vrai que depuis ce matin on a croisé énormément de gens sur leur trente-et-un, sortant de la messe ou du temple avec leur petite croix autour du cou ou la Bible à la main. Les femmes ont des tissus bariolés noués sur la tête et certaines portent une tenue formelle proche de la tenue des bonnes soeurs.

Le temps a fraîchi. On finit par décider de repartir… à l’aéroport, rendre la voiture et dormir dans une auberge s’ils ont de la place, puisque ce sera le point de départ de notre bus demain matin. C’est là qu’on tourne le plus en rond. De nuit, paumés dans les rues parfois désertes de Jo’burg, avec pour tout spectateur la bouille d’un candidat ou d’un autre aux élections présidentielles. J’ai les nerfs en pelote. Arnaud a du mal à se repérer sur notre plan trop imprécis et j’ai du mal à gérer la conduite de nuit. Ca bougonne, surtout moi.

« Mais on va où, là ? »

« Je sais pas ».

« Bah trouve quelque chose ! »

On pourrait croire que l’aéroport international OR Thambo serait indiqué par endroits. Même pas. On a un panneau quand on l’a trouvé. A un moment on se retrouve à cahoter sur une route en travaux et à constater que pour faire avancer les travaux pour la coupe du monde de football 2010, les ouvriers travaillent encore d’arrache-pied à 20h.

Quand on arrive enfin à l’aéroport, je suis au bout de la pelote. Ce n’est qu’en arrivant au comptoir pour restituer la voiture qu’on se rend compte qu’on a oublié de refaire le plein, alors on repart. On aurait mieux fait de s’abstenir. En revenant sur le parking avec le réservoir plein, j’oublie la quantité de voiture qui se trouve à ma gauche et me prends un trottoir.

La jante fait plonk.

Arnaud descend pour la remettre, et revient avec une expression atterrée.

« Le pneu est crevé ».

Il ne manquait plus que ça : arriver à 10 km/h, clopin clopant sur trois pneus pour rendre la Polo. La honte en tendant les clefs…

Retour à l’intérieur de l’aéroport pour appeler l’auberge, qui nous envoie un type pour nous emmener. Le type sent plus mauvais que nous mais on est si heureux de pouvoir se poser dans une chambre qu’on s’en aperçoit à peine. Le cuisinier, Gaspard, un Zimbabwéen qui a toute sa famille à Harare, nous mijote un petit plat qui nous remet d’aplomb malgré l’heure tardive. Gaspard a des enfants qui vont à l’école – il le dit avec de la fierté dans les yeux – mais il ne les a pas vus depuis un an. On mange la fameuse saucisse boerewors.

Une douche ! Mes chevilles sont gonflées comme des bouées. Un lit !


Dans l’avion, sans réaction

jeudi 2 avril 2009


Vendredi 3 avril

Terrassés par la fatigue, nous rampons hors du lit pour une  nouvelle journée frénétique. C’est le dernier jour de boulot avant de partir… autant dire que je compte les heures.

Frénésie du depart : nous laissons Isis, Maya et Spoutnik pour aller prendre le train. A cette étape nous sommes tellement épuisés que même jeter des dés dans un étui à lunettes pour jouer au yam’s sans déranger les voisins nous paraît une épreuve insurmontable. On a l’impression d’être parachutés dans notre voyage avec un effet jokari du cerveau : le corps est en route, la tête est restée scotchée à la case départ.

Avec les deux ou trois neurones qui sont encore connectés, je fais ma chronique pré-safari de « Héliette et les bêtes » et recense mes anecdotes animalières depuis le premier voyage. Plus la liste s’allonge, plus je me demande si je ne vais pas finir nez à mufle avec un hippo à Kruger.

Il est 22h30. On dort à Lyon. En theorie, le voyage a déjà commencé tout à l’heure. En pratique, le retour du cerveau jokari n’a pas encore eu lieu…

Samedi 4 avril

On se lève la tête dans le seau et on migre comme des fantômes vers le petit déj, où même un café qui me prend par les cheveux ne suffit pas à me faire emerger. Nous sortons dans le petit matin frais et je me sens chargée comme une mule avec mon sac photo qui pèse autour de 4 kg. Un passant nous adresse un immense sourire et nous transmet sa bonne humeur. C’est comme un court rai de lumière qui transperce notre brouillard. On s’effondre dans le train. On dort.

A Paris, on reprend notre trébuchage d’automates et on vogue au gré du vent en évitant les nuages de fumée des clopeurs invétérés et les nuées de mômes qui nous traînent dans les pattes. On comate dans le RER. Nos conversations ont le fil décousu de deux carpettes élimées.

A l’aéroport, on continue de marcher comme des vieux jusqu’à l’enregistrement. Puis on embarque.

On est assis dans l’avion, sans réaction, pendant six heures.

Nous sommes encore plus effilochés que ce matin, les yeux rougis par la fatigue, le cerveau réduit à une seule fonction : se maintenir en état de veille. Nous descendons comme des zombies à l’aéroport survolté et surwatté de Dubaï. C’est comme s’ils avaient inventé la lumière : il y a des milliers de petites ampoules dans les endroits les plus saugrenus auxquels on puisse penser. En allant prendre une boisson chaude dans un café, je tends la tasse à Arnaud avec… comment dire… avec élan.Deux Indiens de Chennai viennent éponger la flaque de mes bêtises tandis que je remarque : « t’as vu, je ne t’ai pas ébouillanté ! » Parce qu’en général, Arnaud s’ébouillante tout seul.

Et l’autre hôtesse d’aéroport qui n’en finit pas d’annoncer les numéros de vol et les portes d’embarquement en arabe et en anglais. Je jure que si elle dit encore une fois « waha » je fais comme OSS117, je vais l’assommer dans sa tour. Jamais elle ne respire.

Le plan de l’aéroport indique aimablement que nous sommes à 21 min de notre porte d’embarquement. Nous traînons nos galoches avec des têtes de six pieds de long et nous faisons doubler par une voiturette qui klaxonne comme un flipper. Les gens sont affalés partout. Les seuls qui ne sont pas assis sur les sièges sont un troupeau de fumeurs, trop nombreux pour tous caser dans la pièce qui leur est réservée. Ils partagent leur goudron et nicotine avec nous… On va s’adosser à un mur, les fesses sur le marbre, à plus de deux heures du matin. On décolle à 4h40.

Arnaud lit le Canard Enchaîné qu’il a récupéré dans l’avion : « c’est vrai que Sarko veut supprimer les paradis fiscaux, mais il est co-prince d’Andorre ».

« Hein ? »

Y avait trop de syllabes.

Techniquement on est dimanche mais pour nous la journée ne s’est pas arrêtée.

Quand on embarque dans l’avion, nos corps sont la proie de contradictions dont les priorités sont difficiles à définir : à 4h50 à Dubaï on est épuisés, affamés et déboussolés.

« Good evening », dis-je à l’hôtesse.

« Good morning », répond-elle en riant.

« Good night », ajoute Arnaud pour faire bonne mesure.

On attend la collation et on n’en fait véritablement qu’une bouchée, en survolant les dernières lumières scintillantes de Dubai. On s’endort enfin. Mais dormir dans un avion, même quand on est essoré comme une serpillière, ce n’est pas si évident, ni très naturel, me chuchote le dernier bastion de mon maquis neuronal avant que je ne sombre. Pieds écartés, dos arrondi, tête contre hublot ; pieds serrés, dos droit, tête sur le dossier ; pieds en éventail, genoux aux antipodes, mains sur le ventre ; une combinaison de tout ce qui précède. Je dors, mais mon corps n’est pas complètement au repos.

L’atterrissage me réveille en sursaut. Ma premiere vision de l’Afrique du Sud est un Noir vêtu de vert et jaune avec un bonnet sur la tête qui court sur le tarmac, en plein soleil.

Johannesbourg.


Une idée farfelue

dimanche 29 mars 2009

Alors voilà, c’est à peu près comme ça que ça nous a pris :

Extrait de mon carnet de voyage :

5 mars 2009

Pour une fois, voilà que je pèse mes mots. Coucher sur le papier ce pays tout en déchirures et contradictions, et je suis saisie d’un vertige, comme attirée par la profondeur insondable du gouffre. C’est un long cri, l’Afrique du Sud. Un cri d’appel dans mon âme de jeune fille quand seule l’évasion littéraire me permettait d’échapper à un marasme fait, lui aussi, de déchirures. Une crainte aussi, celle d’être happée par cette histoire en marche poing levé, dans un pays où le brassage des couleurs n’a jamais résulté qu’en rouge sang.

Un mois. Je me hérisse déjà d’impatience, je hume l’appel du voyage qui flotte dans l’air. Aujourd’hui il neige à gros flocons épais, et tout ce que je peux imaginer dans cette tourbillonnante tempête cotonneuse, c’est une savane africaine ondulant sous le vent, avec de furtives crinières de lions se déplaçant ventre à terre. Une image à la BBC Channel, l’Afrique romancée au goût d’aventure.

Il y a aussi ce creux au fond du ventre, l’image surimposée de la Johannesbourg des tsotsis, la jungle urbaine cette fois, avec sa violence et son désespoir à fleur de peau, et le vent qui fouette l’ondulation des tôles.

Un autre cliché en somme.

Ironiquement j’ai tant d’attentes pour ce voyage que j’ai presque peur de franchir le pas, moi qui d’habitude me jette à corps perdu dans mes autres voyages, aussi vierge qu’une page blanche.

12 mars

Maintenant que j’ai commencé à aborder le sujet avec mes classes (*note hors carnet : mes élèves vont profiter de mes reportages là-bas donc on bosse la thématique…) je baigne dans l’anticipation. J’attends le 4 avril. Je ne peux plus prendre une douche sans penser à Jacob Zuma. Ni boire du Perrier citron sans que ça m’évoque l’ancienne ministre de la santé Manto Tshabalala-Msimang. En plus, c’est la saison des betteraves, et en ce moment on mange de l’ail. Le lien entre Zuma, probable futur président, la douche, Manto, le citron, l’ail et la betterave ? Il est évident. Les deux noms malpropres ont préconisé ces actions en prévention contre le sida, arguant que les anti-rétroviraux étaient un coup fumeux de l’Occident pour utiliser leur pays comme laboratoire. Constat navrant et hallucinant : l’ignorance au pouvoir montre l’ampleur du pouvoir de l’ignorance – 360 000 morts ces dernières années…

Nous serons de retour quatre jours avant les élections. Dommage, car j’avais à la fois en vue et envie de ce bain de foule, de ces enthousiasmes incendiaires qui brûlent tout sur leur passage à l’exception des gens, quoique parfois l’Afrique du Sud a fait dramatique exception sur ce point. Pourquoi vouloir se trouver dans cet élan porteur d’espoir et de violence, d’avenir et de peurs primales ? Pour comprendre, peut-être. Comprendre de quelle apartheid souffre encore l’Afrique du Sud, de quelle intolérance, de quelles déchirures. Comprendre ces traumatismes profonds qui ont déplacé les valeurs et repères de la jeunesse en révolte, jusqu’à pousser les délinquants à la torture et à l’assassinat. Comprendre pourquoi les criminels ont bénéficié d’une paix que les victimes n’ont pas goûtée. Car enfin même si l’on a évité le carnage immédiat avec la Commission Vérité et Réconciliation il y a quinze ans, le pays semble sur le point d’éclater ces temps-ci.

Je veux chercher et trouver la résilience.

Ah, et voir des lions aussi. Et des hippos. Réconcilier le sauvage et l’urbain, le tribal et le gang, en mots et en images.

Transposer un tsotsi de Soweto sur fond de savane sauvage !

Jeudi 26 mars.

Coup de paranoïa.

C’est comme une petite bête velue et insaisissable qui vous court sournoisement entre les poils – désagréable. On veut mettre le doigt dessus, elle se faufile ailleurs, de préférence là où ça démange le plus.

Une sarkozyte – louche – tout droit venue du Ministère des Affaires Etrangères.

Epidémie de choléra.

Sida.

Vols.

Attaques à main armée.

Vols de véhicules sous la menace d’une arme à feu lors d’un arrêt à un feu de signalisation, à un stop, ou dans un parking.

Cambriolages.

Viols.

Meurtres.

Eviter les déplacements en ville après 16h.

Ne surtout pas prendre le train entre Jo’burg et Pretoria.

A Jo’burg, éviter les quartiers de Yeoville, Hillbrow et Berea, la gare routière, et le centre ville.

Ne pas circuler à pied à la tombée de la nuit.

Se tenir à l’écart des stations de taxi, minibus, et de tout mouvement de foule.

En voiture, circuler avec les vitres fermées et les portes verrouillées de l’intérieur, ne laisser ni bagage ni objet de valeur sur les sièges, emprunter les grands itinéraires et ne pas s’arrêter pour consulter une carte.

Période d’élections.

Leur drapeau ressemble déjà au sol d’un atelier de peintre, mêlant couleurs de peau, ciel, terre et or. Si on jette la sarkozyte dans le shaker, on n’est plus dans la notion d’arc-en-ciel mais dans celle, plus inquiétante, de chaudron bouillonnant au bord de l’implosion…

Mercredi 1er avril.

Dans la rubrique « on en apprend tous les jours », en ce poisson d’avril 2009 c’est un mellivore qu’on a découvert.

« Ils ont du miel de quoi, en Afrique du Sud ? », fais-je en cliquant sur Google, pour découvrir ahurie qu’ils ont du miel de… ratel – honey badger !

Le ratel, c’est cette petite créature qui ressemble à un blaireau camouflé sous une couverture blanche, qui a l’air innocent et mignon tout plein, et qui est classé l’animal le plus puissant d’Afrique, proportionnellement à son poids. Il ne mange pas que du miel mais également des *cobras du Cap* ^^, des scorpions, des bébés chimpanzés, des *** CROCOS ?!?*** , des mambas noirs ?!?!, des antilopes, des renards – non mais j’hallucine !

C’est hargneux ce truc !

Bref les deux scientifiques qui ont étudié ces charmantes peluches ont lancé une campagne de pots de miel « honey badger friendly », un label qui montre que les apiculteurs ne persécutent pas ces petites bêtes innocentes carnivores coriaces.

Ici, une vidéo qui n’est pas de moi évidemment… pour illustrer la bestiole en question…

Image de prévisualisation YouTube

Complètement frappé, cet animal !!!