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A cheval parmi les zèbres

mercredi 22 avril 2009

Mercredi 8 avril

On se réveille reposés et ravis. Le ventilo a tourné toute la nuit pour nous empêcher d’étouffer dans la moiteur et nous sommes frais et dispos. Et puis hier, on a vu un léopard. C’est le leitmotiv du moment. Plus on prend le temps pour le dire, plus on oublie qu’on l’a seulement aperçu quelques secondes. Mais c’étaient des secondes par contre-nature intemporelles.

On effraie une antilope en allant en bakkie (sorte de 4×4 avec des sièges surélevés pour les passagers) jusqu’au centre équestre à l’entrée de la réserve naturelle d’imFolozi, où nous allons nous promener à cheval pendant une bonne partie de la matinée. On est en train de se faire subtilement envoûter par ce pays.

Trory nous accueille avec dynamisme et on se trouve pas mal d’atomes crochus. L’un, et pas des moindres, est que j’ai travaillé trois saisons en centre équestre quand j’étais étudiante, et que je sais exactement tout ce qui lui passe par la tête quand elle nous voit débarquer – elle se demande quel cheval nous proposer, si on tient en selle, si on sait de quoi on parle quand on dit qu’on est expérimentés.

Nous partons dans ce paysage ahurissant pour nous retrouver nez à nez avec des impalas et deux gnous. Le soleil tape et ma peau commence à dorer – je n’en dirais pas autant pour celle d’Arnaud, qui vire au rouge… Ce paysage est l’Afrique. Celle des clichés.

Nous nous approchons d’un groupe de zèbres. Ils sont magnifiques. Les poulains gambadent autour de leur mère et beaucoup de zèbres se déplacent par deux. Les rayures qui les couvrent suivent le même tracé jusqu’au bout de la crinière. Nous continuons d’approcher et je crains la cavalcade qui ne va sans doute pas tarder.

« Le truc », dit Trory, « c’est de s’arranger pour que vos chevaux regardent de l’autre côté.

Hop, Baccardi se retrouve les naseaux vers la droite quand je le dirige vers la gauche ! Un poulain nous signifie la bienvenue en pissant allègrement sous nos yeux, tout près.

Nous reprenons le pas pour aller vers les gnous et l’impala solitaire qui broutent un peu plus loin. C’est tellement hors de notre réalité habituelle que nous sommes muets. Puis on se lance au galop en terrifiant un impala au passage, et galoper cheveux au vent dans ce paysage est merveilleux. (on n’a pas de bombe sur la tête…) Eberluée, je vois jaillir un phacochère des hautes herbes. Il se planque aussitôt.

Galops dans cette nauture grouillante de vie. Les arbres sont aussi diversifiés que la faune. Par endroits ils sont tellement enchevêtrés que cela m’évoque des branches jetées en vrac pour jouer au mikado géant. Nous sommes survolés par des colibris.

La promenade se poursuit sur la plage. L’Océan Indien est déchaîné. Les vagues roulent et se chevauchent et s’éclatent sur le sable en une envolée d’écume. Nous lançons les montures, et peinons à les retenir tant les chevaux adorent faire la course sur la plage. Ivres de liberté. Quant à nous, nous avons un tel sourire sur le visage qu’on est presque en train de rire, mais mieux vaut se retenir dans le coin pour ne pas avaler grains de sable, moucherons, et éclaboussures de crottin…

Nous revenons au pas, tranquilles, un peu moulus tout de même, sous le regard ahuri de singes vervets.

Enfin entre le singe et moi je ne parierais pas que le plus ahuri des deux soit le singe.

Arnaud est rouge comme un poisson.

Nous parcourons Saint Lucia en long et en large pour trouver le restaurant dont on nous a parlé, celui où l’on peut voir des hippos depuis la terrasse. Tout ce qu’on trouve, c’est qu’on a mal aux jambes. Les deux heures et demie d’équitation ont entamé nos ressources. Après nous être affalés à la première terrasse qu’on a croisée sur le retour de l’aller du retour (en long et en large, je vous dis) et avoir dévoré un repas digne du nom, nous allons nous baigner dans le petit bassin du Bib’s, l’auberge où nous avons posé nos sacs.

En fin d’après-midi, nous prenons le sentier que les ornithologues préfèrent : un chemin qui se faufile entre les arbres et abrite des dizaines d’espèces d’oiseaux. On se croit soudain en pleine jungle. Battements d’ailes effrayants et inattendus, cris et chants mystérieux, arbres voûtés à vous faire devenir claustrophobe… Bref, on adore.

Le Bib’s offre un dîner typique à tous ses hôtes, et un groupe de chanteurs vient achever de nous enchaîner l’âme à cette terre en nous transportant dans ses choeurs et ses rythmes.

Nous sommes aussi complètement assommés.