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La berlue

samedi 2 mai 2009

Vendredi 10 Avril.

5h45 : on a gagné une heure de sommeil par rapport à hier. On finit de préparer nos sacs plus ou moins, et on sort dans le petit matin frais. Il fait déjà jour. Nous traversons Saint Lucia et croisons une mangouste noire et son petit qui trottinent devant nous.

On attend très peu à l’entrée de la réserve iSimangaliso. Seuls 120 véhicules sont autorisés à entrer chaque jour. On nous tend un sac en papier pour récupérer nos déchets, et l’instant d’après nous roulons fenêtres ouvertes droit sur Cape Vidal, à 35km environ.

C’est une jolie plage fouettée par des vagues furieuses qui écument en beauté pour donner au paysage une note romantique. Ou plutôt fougueuse. On observe les vagues qui se chevauchent et on en conclut qu’on a intérêt à faire attention. On a à peine posé nos serviettes qu’on se jette dans l’Océan Indien. Il est sept heures du matin. On nage dans les rouleaux. Je prends une vague en route pour tester mon hypothèse sur les courants, et me retrouve jetée par terre et écartelée en même temps. La tronche aplatie sur le sable, je me demande si ça valait le coup de vérifier si j’avais raison.

Soudain, je m’exclame avec enthousiasme : « J’ai vu deux poissons ! Viens ! On va chercher les masques et les tubas ! » Suit un grand moment où l’on devrait entendre un orchestre symphonique jouer la 9e de Beethoven : on sort en courant de l’eau, côte à côte, floc floc floc.

On y retourne. On n’a pris que les masques, bêtement. On plonge la tête dans l’eau, et…

il y en a des centaines ! Ah bravo pour le « y a deux poissons ! » . Ils sont si bien camouflés dans leur banc que j’ai du mal à savoir dans quel sens ils vont. On sort la tête de l’eau et on s’écrie en simultané : « Y en a plein ! ». Deuxième sortie, en Vivaldi cette fois, pour aller chercher les palmes et les tubas. Evidemment avec les palmes on ne fait que trébucher et on s’étale une ou deux fois le temps d’arriver là où on peut nager, tout ça pour constater qu’une seconde on a pied, et ensuite… blub… y a un trou.

Après pas loin d’une heure à délirer, on décide de lever le camp pour visiter le reste de la réserve.

On emprunte les boucles qui mènent en pleine savane et on croise une tortue léopard. Arnaud surveille les environs pendant que je bondis de la voiture pour aller lui dire bonjour. Elle se planque, évidemment. Elle ne laisse entrevoir qu’un oeil derrière ses pattes repliées sous la carapace.

Plus loin, un grand koudou majestueux avance paisiblement dans notre direction. Nous sommes bouche bée, et muets. Un deuxième le suit. Ils sont magnifiques.

J’adore ces bois torsadés.

Au bord de la baie de Catalina, nous surplombons les environs. C’est magnifique. Sur les langues de sable, un cobe des roseaux nous observe. Des femelles et leurs petits se tiennent en retrait. C’est joli, plein de paix et de beauté naturelle. On s’émerveille en continu.

En sortant de la réserve, on s’arrête au Crocodile Center, qui soigne les crocos blessés et les fait se reproduire en captivité. Nous craquons devant les mini-crocodiles qui viennent de naître. C’est à peine plus gros qu’un lézard tropical. On les observe, attendris. « Ca ne m’étonne pas que des gens en aient adopté pour les emmener à Paris », commente Arnaud, « mais quand ils les ont vu grandir… et c’est comme ça qu’on a trouvé des crocos du Nil dans les égoûts de Paris… »

C’est vrai, ça : comment de si petites créatures qui pèsent 300 gr à tout casser à la naissance peuvent-elles devenir des sosies de troncs d’arbres massifs de 600 kg ? En une seule vie ? Ca doit grandir à vue d’oeil : je suis sûre d’en avoir vu un enfler sous mes yeux ! Sans blague, on voit de sacrées rangées de dents parce que les crocos ouvrent grand la gueule pour réguler leur température. Ca fait pas envie. Et un panneau indique aimablement… ben, voici le panneau, vous comprendrez :

L’heure de prendre le BazBus pour aller à Nelspruit approche. Nous rendons la voiture, et attendons le bus avec bagages et repas. Quand il arrive, on se cale devant près de Lawrence, le chauffeur, on le salue, et on s’endort. On lit. On dort. On lit. On dort. On atteint la frontière du Swaziland. Quand on entre enfin dans le paysage montagneux parsemé de chèvres du royaume Swazi, on s’exclame devant des huttes construites en bois ou en boue séchée, rondes, surmontées de lapas. Lawrence nous explique que tous ces gens viennent du Mozambique, ou ont fui Mobutu. Ils vivent là, très pauvres, dans des conditions déplorables, pas vraiment bienvenus au Swaziland, avec à peine un statut de réfugiés.

Mbabane. La capitale ne paie pas de mine. On nous accorde une chambre très bruyante dans le seul endroit où l’on peut dormir, et nous n’avons pas la force de monter la tente. On dîne dans un restaurant encore plus bruyant, à tel point qu’on ne s’entend plus penser; si tant est qu’on en soit encore capable. Une longue douche. A 22h, on dirait qu’on est déjà au milieu de la nuit…