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La Cordillière des Andes

samedi 20 septembre 2008

Hier matin, je me réveille à 5h01 après la célèbre chanson de Calogero « Né à St Sim » (!? celle-là je ne sais pas où je suis allée la pêcher !? Quel drôle de rêve) et un quart d’heure plus tard je suis emmitouflée et tremblante dans un car non chauffé, avec une écharpe et Warwick autour des oreilles pour éviter qu’elles ne tombent. Le chauffeur conduit avec des gants. Chacune des respirations de chaque passager forme un nuage devant sa bouche… on grelotte tous. Deux heures plus tard, on nous change de bus. Il me faut dix minutes pour retrouver une sensation dans les orteils et dix autres pour que la brûlure passe !! Je m’endors… et me réveille au milieu de montagnes enneigées. Nous sommes presque à la frontière du Chili. Puente del Inca, petit village dans une vallée enneigée, trois pistes de ski, une station de train qui n’a pas fonctionné depuis le président Menem. Je descends et aide une dame qui a du mal à porter ses sacs, l’accompagnant jusque devant chez elle, et deux secondes plus tard un type arrive et illustre la loi du karma : je viens de rendre service, et il arrive pour me rendre la pareille. Il me voit frigorifiée et m’invite à prendre un café bouillant au refuge. Son ami m’offre des céréales et des cacahuètes à grignoter plus tard.

Puente del Inca est une roche qui enjambe naturellement le Rio de las Cuevas, et en contrebas coule de l’eau de source sulfureuse et chaude dans laquelle j’irais bien me baigner s’il faisait un peu meilleur… pour monter à 4 km de là voir le sommet de l’Aconcagua (6962 m), je marche contre le vent. Chaque rafale glacée m’aveugle de poudreuse. Je me couvre comme je peux : capuche, casquette et écharpe enroulée autour de la tête jusqu’aux yeux suffisent à peine à me protéger du froid. Mais il fait un soleil superbe, et je dois souligner que jusqu’ici j’ai une chance phénoménale : où que j’aille il fait beau, même s’il a plu la veille et pleut le lendemain, et en plus je rencontre beaucoup de gens adorables. Pourvu que ça dure… Soudain, l’Aconcagua est là… un sommet qui lorgne au dessus des autres, coiffé d’un nuage de poudreuse qui virevolte au gré du vent. Impossible de marcher dans le parc national, dont l’entrée croule sous la neige…

Je redescends et des Brésiliens sympas me demandent de les prendre en photo devant l’Aconcagua, après quoi ils me font une place dans leur voiture et me ramènent au village. Je vais déjeuner de galletas, carottes et fromage fondu, le repas presque quotidien qui est aussi le pique-nique le plus économique. Et hop, un tour au cimetière… Oui, je sais, je hante pas mal ces lieux, mais il faut imaginer la poésie de ce cimetière, dernière demeure des alpinistes andins morts sur l’Aconcagua, avec sa croix celte qui tranche dans ce paysage de bout du monde, et ses croix sombres qui contrastent avec la neige. Pour aller au plus près je parcours quelques centaines de mètres avec de la neige jusqu’aux genoux, en prenant soin de marcher dans des traces précédentes histoire de ne pas brusquement disparaître dans un fossé… Curieuse sensation que celle d’un sol immaculé et craquant comme une biscotte qui se dérobe sous chaque pas et éclabousse de fraîcheur indésirable mes jambes déjà congelées…

Le vent tombe. Il fait chaud soudain. Je reviens vers Puente del Inca, et assise en attendant le colectivo, je songe un peu rêveuse à tous ces paysages, tous ces mondes qui cohabitent en un seul pays…! Un berger allemand est en train de s’éclater comme un fou sur les pistes de ski en suivant les skieurs. On parcourt diverses vallées couvertes de neige avant de commencer à redescendre vers Mendoza. C’est une route magnifique. Et le coucher de soleil sur le lac de Potrerillos, lové au coeur de montagnes rougeâtres saupoudrées de neige immaculée, est la conclusion naturelle de toute cette beauté environnante.

Ce n’est que le bruit d’une pierre heurtant violemment le pare-brise du bus qui me tirera de cet état agréable : des crétins sur un pont ont failli causer un accident. Je prends des éclats de verre sur les doigts, et le chauffeur a une estafilade à la joue… Il reste zen et nous rentrons sans trop d’encombres, un immense impact menaçant de craquer définitivement sur le pare-brise… ce qui me rappelle, incidemment, qu’avant-hier à Mendoza il y a eu une manifestation pour protester contre l’insécurité. Mais après une telle journée vibrante d’énergie, même cet acte de stupidité ne peut me mettre de mauvais poil…!