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La journée qui comptait double

samedi 20 septembre 2008

Vendredi 24 et samedi 25 juin 2005
(comme une seule et longue, longue journée…)

La journée commence à 5h30 chez Carotte et JB a Paris. Le voyage débute par un ticket de RER fugueur : hier il est tombe de ma poche et ce matin Carotte le retrouve sur le trottoir ! .

Journée RER / avion avec de longues siestes et une longue attente au Yémen. L’aéroport international de Sanaa consiste en une pièce munie de chaises en plastique dans laquelle on nous dépose. Un type ventru et moustachu fait office de panneau d’affichage et crie les destinations des correspondances. Je vais le voir et lui annonce la mienne : il sort une liasse de tickets d’embarquement de sa poche et me file le mien ! Ensuite l’heure de décollage est approximative… On part avec une heure de retard.

Atterrissage à quatre heures du mat à Bombay : moins 3h30 pour la France c’est dire si je suis dans le coltar… Je récupère mes sacs sans encombre et sors de l’aéroport en cherchant un Indien brun avec des moustaches. Bon, c’est comme chercher un suédois blond en Suède… Heureusement j’engage la conversation avec une indienne curieuse qui me prête son téléphone. J’appelle Rajesh et une ou deux minutes après un Indien moustachu se présente timidement. Il m’emmène prendre un rickshaw – un tuk tuk en fait – sous la pluie battante. Sa femme Rajeshwari téléphone pour savoir si je suis bien arrivée. J’ai un bouquet de fleurs en guise de bienvenue. Nous descendons dans une gare surpeuplée au milieu des gaz d’échappement et Rajesh m’explique comment fonctionnent les trains tout en m’interdisant de débourser une roupie pour payer mon ticket. Nous voila quittes pour une demi heure de train et ma première découverte de Bombay.

Passée la gare c’est un paysage multicolore de bâches bleues et noires, de planches et de tôle… les bidonvilles, slum pour aller plus vite. Je suis intriguée par le manège de gens accroupis le long des rails, un broc d’eau a portée de main. C’est seulement après avoir vu une paire de fesses que je comprends qu’ils satisfont leurs besoins !!!

Un petit tour de rickshaw plus loin nous atterrissons dans une ruelle toute destroy avec des murs qui s’effritent et la pluie qui nous trempe. Nous montons au quatrième étage et je rencontre la famille de Rajesh : sa sœur Vijeya qui va se marier, sa mère Jayashree qui s’empresse de me servir un thé très sucré et une sorte de semoule à la cardamome, son fils Jai qui est tout frêle et atteint de surdité et qui m’adopte aussitôt… Il y a aussi Ravindra, son frère très sympa, Eknath que je rencontre un peu plus tard et qui est le père de famille, plein d’humour et de gentillesse. Et enfin Rajeshwari, la femme de Rajesh, super adorable. Tout ce petit monde me montre les deux pièces de la maison et la cuisine, les toilettes qui sont un trou dans le sol mais où ils ont suspendu un rouleau de papier a mon intention… J’ai même droit a de l’eau chaude pour me laver : un seau, un récipient et on se débrouille… Après quoi je suis cordialement invitée à finir ma nuit, ce dont je rêvais vu mes yeux de chouette et mes cheveux en vrac…

Je vais faire court parce que je ne peux pas vous résumer toute la littérature que j’ai déjà écrite dans mon journal, il faudra attendre mon retour pour ça…

Les faits marquants de la journée…

Rajesh m’emmène faire un tour au bord de la mer. La mer : une immense flaque de boue entourée par une gigantesque ville de 12 millions d’habitants. Je prends une photo d’un enfant appuyé contre un poteau, avec derrière lui la mer, et un pont sur lequel passe un train. Autant que je décrive la photo puisque je ne la verrai jamais… […]
A ce moment précis débarque un policier et le délire pur commence. Il exige mon appareil photo. Interloquée, je lui demande pourquoi. Il ne parle pas bien anglais et s’adresse à Rajesh : j’ai photographie un pont, c’était pas permis. Nous devons le suivre à son bureau. J’hallucine tandis qu’il me prend l’appareil des mains…
Au bureau cinq policiers moustachus, baraqués et pas commodes sortent une feuille de papier toute sale pour écrire leur rapport. Ils demandent mon nom. J’explique mais ils n’en ont rien à faire. Mon appareil est posé sur la table. Rajesh s’explique. Le ton monte. La moutarde aussi : résolument j’appuie sur les deux boutons qui me permettent de rembobiner ma pelloche et dès que c’est fait, je la sors de l’appareil et la leur brandis :
« – You can take this. Not my camera ».
Je me fais crier dessus. Ah bon, fallait pas ? Ils exigent que je la remette en place. C’est le moment approprié pour verser une larme de pauvre potiche étrangère qui n’y est pour rien, puisqu’ils n’aiment pas les femmes déterminées. Un des types bourrus me beugle : don’t cry ! C’est pas ça qui va me rendre le sourire ! Ils me tendent mon appareil et je le range prestement. Ils s’engueulent avec Rajesh… qui finit par me dire qu’ils exigent 3000 roupies (ça me rappelle une frontière a Dajabon, hein Laurent ?). Rajesh refuse et en propose 300… ça marchande et brusquement, regard désespéré de Rajesh quand le policier enfourche une moto et nous crie quelque chose. Il nous emmène au poste de police. Je demande à Rajesh : « Better or worse ? » et il hausse les épaules.
Au poste de police un grand type (mais pourquoi sont-ils tous intimidants au possible ???) écoute l’histoire de son policier qui omet l’histoire des 3000 rs, nous regarde sévèrement. Bien que je sois furieuse, je joue la touriste effarouchée et affreusement désolée en m’accrochant comme une perdue à mon appareil… Il me confisque la pellicule et marmonne : ok, go, go.
En deux nanosecondes Rajesh et moi filons comme des flèches dans la rue et sautons à pieds joints dans un rickshaw. Il faut bien quelques minutes de silence et Rajesh tout désolé me prend la main et s’excuse. Ce n’est pas sa faute et heureusement qu’il était là ! Je lui assure que je ne vais pas réduire ma vision de l’Inde a cette mésaventure mais j’avoue que dans le feu de l’action, l’espace de deux minutes, j’ai compté les jours jusqu’au départ…