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Le nord, les touristes et la fuite vers le désert

dimanche 21 septembre 2008

Incroyablement, je n’ai pas encore décollé de Jodhpur, mais ce soir ce sera chose faite…

Imaginez ma joie de pouvoir enfin manger un repas solide après mon dernier message. Imaginez ma tête à 3h du matin quand mon repas est reparti par où il était entré, à grands coups de spasmes douloureux ! Je vous épargne encore une fois les détails mais si certains ont entendu parler de dysenterie… Après quelques heures je n’étais plus qu’une loque allongée sur mon lit et j’y ai passé une journée complète. Donc depuis une semaine je n’ai vécu que sur du jus de fruits…

Après cette journée comateuse, je tente une sortie – je ne vais pas loin, juste boire un jus de mangue dans la salle du guest house. Et je rencontre un autre baroudeur solitaire, Luc. Nous décidons d’aller visiter les villages Bishnoi le lendemain. Village bishnoi, quoi ça être (je vois les points d’interrogation flotter au-dessus de certaines têtes…) ? Les bishnoi étaient une ethnie, le sont toujours mais relativement moins nombreux et la proie des regards de touristes avides. La première ethnie écolo : il y a deux cents ans, plusieurs centaines de Bishnoi se sont attachés à leurs arbres sacrés pour ne pas qu’on les coupe. A l’époque il n’y avait pas d’histoire de presse, d’opinion publique ou d’élections à venir, ils ont donc tous été massacrés… Je suis curieuse de voir leurs villages.

Hier matin, on nous proposait une Jeep pour la somme « modique » de 450rs chacun, mais il y a un truc cahotant, crachotant et bondé qu’on appelle le bus local qui fait le même trajet pour 12rs. Le choix est vite fait ! Nous prenons le bus local. Nous atterrissons à Kakani, carrefour routier, et marchons d’un bon pas vers le village de Luni, à une dizaine de kilomètres, sous le cagnard. Une Jeep de touristes nous double et les passagers nous lancent un regard interloqué : mais pourquoi ils marchent, ces deux-la ? D’ailleurs nous suscitons la curiosité et toutes les têtes enturbannées se retournent pour nous jeter ce regard incrédule. Quelques réservoirs d’eau font naître un court instant une envie de me jeter dans la flotte pour me rafraîchir – mais ça c’est juste avant de voir les buffles qui se baignent en toute quiétude et béatitude, pissant joyeusement dans la flotte avant d’y entrer ! L’eau est verte mais pas pour les bonnes raisons…

Le paysage me plait, et puis c’est la campagne. On se croirait dans la savane. A un moment nous prenons une pause, et voyons un énorme lézard traverser le chemin à quelques dizaines de mètres… Luc se lève et avance à pas de loup pour prendre une photo. Silencieusement, il escalade une petite butte en faisant le moins de bruit possible. Et là – bon, je lui ai dit que j’allais l’écrire – il se rétame de tout son long ! Adieu lézard !

Luni n’est pas un village bishnoi mais on y découvre un palais. C’est un endroit agréable pour prendre une pause avant de repartir pour Salawas. En route nous nous arrêtons un long moment auprès de Vishnu, qui fabrique avec un soin et un amour de la perfection une paire de chaussures. Une grappe de gosses nous entoure. Vishnu ne travaille pas comme Kilash. Il superpose plusieurs couches de cuir avant de coudre la semelle très épaisse en se servant tout autant de ses mains que de ses pieds… Il lui faut trois heures pour fabriquer une paire. Et ce n’est pas étonnant – il travaille avec un savoir-faire qui est un régal pour l’œil, et ne tolère pas le moindre défaut…

Pour Salawas il nous faut un taxi car il n’y a pas de bus. Il faut que Luc se jette à genoux pour que le chauffeur accepte de nous prendre à un tarif correct ! Le chauffeur doit être scié de voir un Blanc à ses pieds, moi je suis morte de rire, après tout c’est une technique à laquelle j’ai souvent recours – entre amis… Mais je me suis rarement jetée à genoux sur de la caillasse devant un inconnu… Nous cahotons vers Salawas au son d’une cassette usée, ce qui donne un affreux chouinement de violons qui me ferait pleurer si je n’étais pas secouée de rire. Un paon majestueux et énorme nous coupe la route : ici ils se baladent dans la campagne, apparemment, en toute tranquillité.

Salawas a un comité d’accueil : une horde de mômes qui accourt au cri de ralliement de « hello one pen ! » ou encore « hello one rupee ! ». Dans un premier temps je suis épargnée – après tout je semble indienne. Luc se promène un chapelet de petits harceleurs en puissance dans son sillage. Nous entrons à l’abri chez Malaram, tisserand de tapis. Il nous fait une démonstration de métier à tisser et bientôt je me retrouve assise à sa place, à lancer maladroitement la navette (marrant, j’ai tous les noms en anglais, et en français ça m’échappe) et à tisser deux ou trois rangées. Ah. C’est facile. Comment ça il faut une semaine pour compléter un tapis ? Il y a aussi celui qui tisse à la main, et c’est un autre travail, plus minutieux et long qu’avec le métier. Nous buvons le thé et je regarde fonctionner le fameux rouet que Gandhi a rendu populaire dans toutes les familles indiennes, si populaire qu’il figure sur le drapeau national. Et là mes amis, je suis fière avec un grand sourire béat d’avoir retrouvé comment on dit « rouet » en français… C’est-y pas pathétique ?

Ensuite c’est Kodakan qui nous invite à venir le voir travailler. Son travail à lui n’est pas harassant : il imprime à la main des tentures avec des blocs de bois sculptés et de la peinture naturelle, à base de racines de plantes et même de boue. Les tentures sont en pur coton. Il superpose plusieurs couches de couleurs différentes, et le résultat de son travail c’est… précisément ce pour quoi une amie m’a passé commande ! Elle sera contente, Michelle, de savoir que sa tenture vient de la toute petite boutique d’un petit vieux fripé dans un tout petit village bishnoi. Et moi aussi je suis ravie d’acheter directement à l’artisan.

Et enfin, un délice de rencontre : Ikbal Khan. C’est un potier. Son tour est sommaire : une grosse pierre ronde sur un pivot, comme une toupie géante. Il lance son tour et accélère le mouvement avec un bâton, et nous voyons naître sous ses mains, en toute délicatesse, un pot et son couvercle, une tirelire… La poterie me fascine. Ca a un côté plein de douceur et de fluidité, comme faire naître des oeuvres d’une simple caresse. Comme je suis là bouche bée et en admiration, Ikbal Khan me propose d’essayer ! Aussitôt je suis accroupie près de lui et le laisse m’expliquer et guider mes mains… C’est effectivement un contact plein de douceur. Je vois naître sous mes doigts un petit vase pas trop bancal, avec des décorations par-dessus le marche. Chouette. Je pensais que Luc pourrait essayer aussi parce qu’il n’est pas moins fascine, mais Ikbal Khan nous montre ensuite ce qu’il a fabriqué. De petites tasses pour boire le thé une fois avant de les jeter, des pots, des vases, des éléphants, chameaux, Ganesh… il ne s’ennuie pas. Il ponctue chacune de ses phrases d’un petit rire profond et tranquille. Un homme heureux, ce potier, entouré de ses quatre fils et trois filles… Il nous montre une lampe « magique » : il la remplit par en-dessous sans boucher le trou et la redresse… pas une goutte ne tombe. Puis il ajoute que la cuisson rend ses objets très durs – et laisse tomber la lampe en guise de démonstration ! J’ai un sursaut involontaire. La lampe tombe, roule, ne se casse pas, et Ikbal Khan rit.

C’est ainsi que nous terminons notre visite dans le village Bishnoi. Je n’ai rencontré personne attaché à un arbre ni vu le mémorial dressé en souvenir de ceux qui l’étaient, et rien appris de plus sur cette ethnie. Mais ces rencontres avec les artisans étaient largement suffisantes.

De retour à Jodhpur, je décide qu’il est temps de partir effectivement. Deux destinations possibles : Jaisalmer tout de suite, ou alors un crochet par Osiyan, ville construite du VIIIe au XIIe siècle, avec des temples de cette époque. Luc est tente par Osiyan. Nous irons donc ensemble, et ensuite il continuera sur Udaipur et moi sur Jaisalmer. Il est question de rando à dos de chameau…

Ce matin je suis donc venue prendre congé de Kilash et de Bindju, le vendeur d’épices qui m’a offert du thé chaque fois qu’il me voyait passer, juste pour le plaisir de discuter et sans aucun espoir de me vendre quoi que ce soit. Son thé au safran est un délice que je vous promets quand vous viendrez me voir dans le Vercors…

Par moments, vous me manquez tous un peu – notamment je l’avoue quand j’étais malade et livide sur mon lit à me demander si je me traînais à l’hôpital ou pas… C’est plutôt inhabituel, pour moi qui me considère un électron libre, d’avoir aussi souvent envie de partager ces moments avec vous et d’être aussi ravie de recevoir vos messages. C’est la première fois que je prends ce temps-la pendant un voyage. Et en voyant le résultat ce n’est pas la dernière… Ecrivain dans l’âme !

…………………………………………………….Oups !………………….

Pour les inquiets, rassurez-vous, je me remets de ces derniers jours…
[…]

Je découvre depuis quelques jours qu’on peut voyager dans une zone qui déverse des touristes par mètres cubes et sortir des sentiers battus néanmoins, et vivre des expériences intéressantes qui vont un peu à contre-courant des carnets de visites étrangers… Ou alors visiter avec un regard différent. Je suis ravie d’être dans le Rajasthan, qui est vraiment un régal pour les yeux.

Je vous avais annoncé Osiyan, un village à l’entrée du désert de Thar. Toujours accompagnée de Luc, je suis donc allée découvrir ce petit coin qui ne manque pas de charme – imaginez des ruelles étroites et plutôt propres, un endroit calme avec deux temples du VIII siècle qui sont des lieux de pèlerinage, et au loin, les dunes parsemées de touffes de végétation sèche.

Nous logeons chez un brahmane prêtre / guide touristique / businessman / organisateur de safaris / que sais-je encore, ah oui, fermier, bref un hôte multifonctions qui est aussi une mine d’informations sur le temple jaïn qui nous fait face. Le premier soir nous avons le chant des enfants, prières joyeuses et magiques dans la cour du temple, à ciel ouvert, sous les étoiles. Mais nous les distrayons par notre présence et ne restons pas longtemps. Prakash Bhanu Sharma, notre hôte, nous raconte la fondation de ce temple jaïn qui est un des plus anciens du pays. Vous voulez une petite histoire ? Allez…

En ce temps-là le maharajah d’Osiyan vivait satisfait dans sa petite ville, fourmillement commercial au VIIIe siècle. Des ruelles étroites encombrées de chameaux, je suppose, des turbans colorés dans tous les coins et des intrigues de palais à vous faire frissonner sinon ce ne serait pas drôle. Le code de l’honneur des nobles rajputs s’appliquant à chaque guerre occasionnelle mais sanglante… Un jour débarquent un moine et son assistant, qui prônent la non-violence au milieu des guerriers. Ils demandent au maharajah un toit pour dormir et un repas végétalien pour les rassasier (aucun produit animal). Mais le maharajah refuse. Ils vont donc s’installer sur une colline, et sont forcés de jeûner. Quand le jeûne devient trop difficile, l’assistant redescend à Osiyan et réclame de nouveau de la nourriture. Cela dit les rajputs ont un amour pour la viande qui répugne aux deux jaïns, et tout ce que l’assistant rapporte, c’est du coton. Et non, ils ne s’en remplissent pas l’estomac… Le moine roule le coton et lui donne la forme d’un cobra, et va se coucher. Pendant la nuit le cobra devient vivant et serpente jusqu’au palais, prenant des forces et des couleurs au fur et à mesure qu’il approche de son but… Au petit matin, le fils unique du maharajah (si ce n’était pas un fils et s’il n’était pas unique y aurait pas d’histoire, mais ça vous l’avez compris tout seuls) joue à la balle dans la cour du palais. La balle roule derrière un arbre, et le garçon court pour la ramasser. Le cobra surgit, se dresse devant lui et le mord. Les serviteurs découvrent l’enfant quelques instants plus tard, sans vie. Le cobra a mystérieusement disparu. Le maharajah se lamente, ses femmes hurlent, et au petit matin suivant une procession de musiciens, d’éléphants, de nobles rajputs quitte le palais. Le maharajah est éperdu de douleur. Soudain le moine et son assistant viennent à sa rencontre. Il s’apprête à les chasser quand le moine lui promet de ramener son fils a la vie, à deux conditions : que le maharajah abandonne toute nourriture animale et qu’il se convertisse au jaïnisme. Il accepte. Alors le moine sort de son sac ce qui lui reste de coton et refait un joli cobra, qui prend vie, mord l’enfant et aspire tout le venin contenu dans son corps. Le jeune prince ouvre les yeux…

Et quelques siècles plus tard nous écoutons le brahmane terminer son histoire en nous montrant le temple. Pas étonnant que ce soit un haut lieu de pèlerinage. Le calme se prête à une soirée sur la terrasse, à bavarder en regardant les étoiles…

Vendredi 12 août 2005

Vendredi, un petit tour au temple et nous flânons devant des sculptures magnifiques, quoique décapitées pour certaines par les Moghols. Et puis dans la journée nous croisons un personnage. Pardon, un Personnage : Laxmi Narayan, un géant aux oreilles poilues qui a un rire de grand duduche et un sourire édenté. Il est débordant de dynamisme et nous entraîne à travers les dunes en dehors d’Osiyan parce que nous lui avons demandé où on peut trouver des chameaux pour une balade. Il ponctue ses phrases de rires. Les dunes… le sable en est fin et doux, une caresse sous la main et une brûlure sous les pieds. Des paons viennent loger dans les buissons, à notre grande surprise. Certains font la roue et le silence ambiant est parfois déchiré par le cri des males qui attirent les femelles. Nous ne savons pas exactement où nous allons mais sur le trajet Laxmi nous fait tout un discours sur les vertus du mariage, ne comprenant pas qu’on puisse entretenir une amitié alors que nous sommes tous les deux célibataires. Lui s’est marié à onze ans, il a la soixantaine passée, et sa femme a été sa plus fidèle compagne toute sa vie. En effet !!! Il a déjà marié ses trois filles et un de ses deux fils, et quand il découvre que le deuxième a mon age il suggère, puisque je ne semble pas vouloir épouser Luc, que j’épouse son fils… Vu comme ça c’est d’une simplicité rare ! Il parle en points d’exclamations et ce qui nous fait spontanément rire, c’est quand il déclare sur un ton totalement comique : « My wife is illiterate – ah ah ah ! ». Présenté de cette manière c’est en effet amusant.

Il nous mène à un petit village dans les dunes. Les maisons sont circulaires, faites de terre et de bouse de vache, avec des toits en broussaille. Laxmi nous propose d’y dormir, mais nous n’avons rien apporté avec nous. Une vieille femme édentée avec d’énormes lunettes rondes est accroupie et balaie le millet étalé dans le sable. Près de nous une maison en forme de champignon, entièrement fermée, permet de stocker le grain – mélangé à de la cendre il est préservé des insectes. Dans sa maison, une femme prépare des chapattis et nous la regardons faire. Elle malaxe l’eau et le millet qu’elle vient de broyer dans une meule en pierre, et en fait des galettes qu’elle cuit dans son four en terre. Ca nous enfume. Complètement incongrue, une ampoule dans cette maison de terre apporte un peu de lumière… Dans la cour, sous un panier renversé, du yaourt est en préparation en plein air, juste protégé des gros animaux. Un endroit hors du temps, une rencontre que l’on savoure malgré les bavardages incessants (mais vraiment !) de Laxmi Narayan. Luc me dira plus tard : incroyable, il est plus bavard que toi ! Je suis d’accord avec la deuxième partie de la phrase, mais pourquoi est-ce incroyable ?!

Samedi 13 août 2005

Samedi matin, nous nous levons à 5h30 pour aller chez Laxmi. Nous partons dans les dunes, et notre ami est déjà en pleine forme. Nous avons pris nos sacs parce qu’il nous a invités à rester chez lui, mais ce matin nous découvrons déçus et atterrés ce que le tourisme a fait à l’hospitalité locale : il nous fera seulement payer 50rs le repas et pour dormir on donnera ce qu’on voudra ! Je suis désolée – c’est la première fois depuis le début du voyage qu’une invitation est intéressée. Laxmi perd sa majuscule – celle de Personnage. Nous attendons presque trois heures le temps que les chameaux arrivent, qu’ils soient sellés. Mais cela a perdu de son charme. Quand vient le moment de monter, j’ai l’impression d’être assise sur une chaise de camping qu’on déplie ! Je pars en arrière puis en avant et soudain, je vois tout de la perspective d’un chameau. C’est haut ! Au pas, il suffit de suivre le mouvement comme si on était à cheval, mais au trot on se déboîte les hanches ! Nous sommes accompagnés par Chanaram et le petit Gungaram, qui connaissent trois phrases en anglais : « lean back », « yes », « thank you ». Gungaram, quand il s’adresse à nous, commence sa phrase par « yes » et la termine en rajasthani, ce qui nous rend rapidement compétents en langage des signes.

Le paysage vaut le détour. Dunes de sable et petits villages comme des champignons ou des huttes de schtroumpfs, roche rouge au milieu du sable jaune, des gazelles qui fuient à notre approche, et le silence…

A la fin de notre longue balade, il s’avère que Chanaram connaît un autre mot anglais : « tips ? ». Nous lui conseillons de s’adresser à Laxmi pour le pourboire – après tout il nous en a demandé un pour avoir négocié des prix abordables. Faut pas abuser… Nous retournons sur Osiyan, assoiffés et en sueur. Décidément en Inde je suis passée par de nombreux changements de climat ! Laxmi Narayan est déçu que nous ayons décidé de lui fausser compagnie, mais moins déçus que nous sans doute. Il est fasciné par mes cheveux bouclés hirsutes et aimerait visiblement en garder quelques-uns, un peu comme ce poil de chameau que j’ai délicatement arraché à ma monture pour le mettre dans mon journal… D’ailleurs nous ne regardons plus les chameaux de la même façon – ils ont perdu de leur mystère.

Nous retournons donc sur Jodhpur et passons notre dernière soirée ensemble à dîner sur une terrasse avec vue sur le fort illuminé et les étoiles.

Hier j’ai dit au revoir à Luc, ravie d’avoir rencontré un compagnon de voyage avec qui les silences et les longues conversations avaient tour à tour leur place. Il descend sur Ranakpur, et je monte sur Jaisalmer…

Dimanche 14 août 2005

Jaisalmer…

Je ne suis pas descendue du car que des rickshawallahs et des rabatteurs arrivent en force et en décibels, hurlant des noms d’hôtel et des tarifs. Je réfléchis et trouve une parade humoristique : je sors les boules Quies de mon sac, les leur montre soigneusement, de loin, et les enfonce dans mes oreilles ! Le chauffeur du car est mort de rire. Je descends et fends la foule, et ils sont tellement surpris de ma réaction qu’ils ne me poursuivent pas. Devant moi, le fort… Que dire… rien pour l’instant, je veux juste monter à pied et poser mon sac… Un type acharné me poursuit en criant un nom d’hôtel. Je débouche ma bouteille d’eau, me retourne et lui dis avec un grand sourire : « if you come any nearer I’ll throw you some water… ». Un ouvrier qui m’a entendue s’écrie : « right ! Punch him ! You’re French, yes ? ». Quoi, ici aussi on a la réputation d’être peu aimables ! En tout cas le type abandonne et les suivants aussi… Efficace. Ils gardent tous le sourire, ça les amuse que je réagisse comme ça.

J’erre au pif et tombe en arrêt devant un vieux haveli de 450 ans, de toute beauté, avec une cour intérieure, des couloirs et une architecture plus arabe qu’indienne. Un pur bonheur. Je demande les tarifs pour une chambre en craignant la réponse mais voila, comme je prends le temps de discuter avec le réceptionniste et de faire connaissance, il me propose d’emblée une chambre à… 100 roupies. Pour un petit palais de conte de fées ! Je pose mon sac. Les couloirs et les escaliers étroits sont un enchantement, les tables basses et les coussins me font sentir chez moi, et depuis la terrasse on voit la ville et le désert, et soudain je me dis : ça y est, je suis Ailleurs.

Désert Haveli porte bien son nom, apparemment il n’y a personne ou presque, et même s’il y a quelques touristes l’ambiance est tellement intimiste que j’ai l’impression d’être entrée dans un livre. Je vais rester quelques jours et errer dans le fort et autour du fort, et profiter du calme du haveli pour me détendre, m’imprégner de ce paysage inattendu.

J’en avais des choses à vous raconter, encore !

Je vous laisse avec pleins de pensées, et vais rentrer au frais plutôt que ramper sous la chaleur écrasante…