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Au pays des Vikings à poil

dimanche 21 septembre 2008

L’Islande vue d’avion laisse muet d’hébétude. Je me demande si Ymir le géant a taillé son pays au couteau, tant les falaises qui plongent dans l’océan sont tranchées net. Cà et là sur la platitude des champs de lave on voit des monts jetés en vrac sans suite ni raison. Par endroits la terre est comme entaillée par de grands coups de griffe. Que de rocaille. Et de temps à autre, au milieu des rocs nus saupoudrés de végétation, des lacs bleus.

On erre bientôt dans l’aéroport de Keflavik à la recherche de cigarettes duty free pour notre hôte de ce soir, Tinna, rencontrée sur couchsurfing. Quel choc pour nous d’acheter des clopes, c’est un inédit pour lequel on n’a pas envie de récidiver. Lorsque nous changeons nos euros en couronnes, nous comprenons tout de suite l’importance du poisson pour le pays : pièce de 10KR ? Un banc de poissons. Pièce de 5KR ? Des dauphins. Pièce de 1KR ? Un requin. Pièce de 50 KR ? Un crabe. Pièce de 100KR ? Un gros poisson. Je parierais bien pour un saumon, mais je ne suis pas sûre, car à mon grand dam le seul saumon que j’aie jamais vu est celui débité en filets dans mon assiette…

Sur les conseils d’une Islandaise, on loue un taxi avec deux New Yorkaises pour passer presque directement de l’avion à la source chaude du Blue Lagoon. En route, le chauffeur nous montre un champ de lave de 3000 ans en partie recouvert par un champ de lave de 800 ans. On voit le contraste. Au moins la roche volcanique la plus ancienne est moussue. Quelques arbres planqués à flanc de colline essaient de pousser. Vu qu’il n’y a pas un seul arbre autour, ils risquent d’avoir du mal. De la lave, de la mousse, une odeur de soufre dans l’air, et au loin, la fumée blanche de la source chaude du lagon bleu…

L’eau est laiteuse. Nous sortons des vestiaires en tremblant dans le vent frais, moi à demi traumatisée d’avoir croisé d’un seul coup tant de Vikings à poil. Je n’avais jamais vu d’Islandais avant. Et en voilà tout un troupeau, frigorifié, qui court nu sous la douche. Il est interdit de se doucher avec son maillot de bain avant d’entrer dans le lagon. L’eau fume. C’est chaud comme un bon bain ! Voilà un instant inédit sous le ciel nuageux : l’entrée dans la source chaude avec une petite montagne en toile de fond. Ah, et une centrale géothermique aussi… On se tartine de silice et on flotte comme des bienheureux, puis on va s’affaler au hammam. En une heure ou deux, ça y est, on a décroché du reste de notre existence.

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LA SUITE BIENTOT ! SI SI C’EST VRAI ! DES QUE J’EN AI FINI AVEC L’AFRIQUE DU SUD ! Scoop du soir, bonsoir !


Ajustements

dimanche 21 septembre 2008

Vendredi 15 août

C’est un peu comme un incessant défilé d’autoroutes et d’aires de repos, un fouillis de déplacements et d’ajustements, ce mois-ci. A peine avons-nous fait connaissance avec Léandre qui ne sait pas encore gazouiller, là-bas dans les Deux-Sèvres, et c’est une nuit dans le train pour rentrer dans le Vercors. Et le lendemain, partir en voiture et en bus pour l’immense Conquest – jeu de rôles grandeur nature – en Allemagne, où l’on essuie dans la même journée canicule et tempête, et vagues de Teutons armés jusqu’aux dents que l’on massacre à coups d’épée en latex en criant « Die Löffelgarde : mahl zeit ! » et en chantant des chansons paillardes à pleins poumons. Et tandis qu’on s’égosille sur « La générale », les Allemands du chaos reculent comme devant un chant de guerre. Et puis on rentre. Parce que le lendemain, Sa Sainteté le Gyalwa Karmapa donne un enseignement sur la voie du bodhisattva. Ajustements, donc. Je concilie dans la même semaine un champ de bataille de 4000 joueurs et l’initiation de Karma Pakshi.

Et puis ce sont sept heures de route vers Paris, où l’on passe une nuit blanche avec le père d’Arnaud en tenant des conversations philosophicotonneuses. Car il vient une heure où refaire le monde et voguer dans les brumes du sommeil créent un no-neurone’s land confortable.

Après ces quelques heures, je regarde au dehors, derrière les baies vitrées de l’aéroport. Je me demande pourquoi cet avion bat des ailes. Il est noir. Et il a des plumes. Je fais une sieste affalée sur mon sac.

Arnaud pique du nez avant moi dans l’avion. Un instant nous tenons une conversation brumeuse sur l’envie de petit déjeuner, l’instant suivant il dort comme un bienheureux. Fidèle à mon habitude, je m’endors à mon tour avant le décollage, ouvre un oeil quand les moteurs s’affolent, et dès que les roues quittent le sol je sombre à nouveau.


Ginnungagap

dimanche 21 septembre 2008

Au commencement des temps, Niflheim, le royaume des glaces et des brumes, et Muspellheim, le royaume du feu et des volcans, étaient séparés par un abîme de néant originel. De cet abîme naquit Ginnungagap, fusion de la glace et du feu, et Ymir, géant de glace, en devint le gardien.

Or, le dieu des temps anciens, Börr, envoya ses trois fils tuer Ymir et s’emparer de Ginnungagap. Odin, Vili et Vé firent du cadavre d’Ymir le monde des hommes, Midgard. Avec ses cheveux ils firent les arbres, avec sa chair ils firent la terre, avec son sang ils remplirent lacs et océans. De ses os ils élevèrent des montagnes. Son crâne devint le ciel.

Ainsi fut créé le monde.

Et moi, des siècles et quelques millions d’éons plus tard, je me demande si l’Islande, terre de glace et de volcans, de trolls et d’elfes, surgie du rift comme un joyau soudain révélé au monde, terre qui porte encore en elle la descendance des Vikings et de leurs dieux…

Je me demande si l’Islande est la nouvelle Ginnungagap.