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Deux aéroports psychédéliques, et larmichette à Tribhuvan

dimanche 21 septembre 2008

15 juillet 2003

Ce soir, je finis les cartons pour emménager demain à l’autre bout de la France, dans l’Isère. Mes meubles vont passer l’été en solitaire dans un appartement où je ne vis pas encore, dans un village que j’aperçois pour la deuxième fois entre un aller et un retour. Et dans lequel je reviendrai définitivement à mon come back de Kathmandou au 1er septembre.

Encore un domicile inconnu au retour. J’ai le goût des répétitions !

Par contre je ne goûte pas la joie de l’anticipation et ma fatigue frôlant l’épuisement m’empêche d’être surexcitée, c’est probablement pas plus mal.

Mais déjà le chant du namasté me revient teinté de joie et de chaleureux accents, le tashi delek se fredonne tout seul dès que je suis assise une minute. J’aimerais tellement revoir Mo Yongden, Khenpo Tensang… Je mets de côté ce genre de pensées, après tout il faut prendre les choses comme elles viennent. J’ai encore du mal à y croire mais voilà, j’y retourne !

Mardi 29 juillet

J’ai passé la moitié de la journée à courir partout avec Manon pour acheter quelques accessoires pour le Népal et le reste à préparer mon sac et à compter le nombre de T-shirts, pantalons, paires de chaussettes dont je vais avoir besoin et à classer le tout pour rendre le nécessaire accessible et le superflu vaguement retrouvable.

Finalement ça ne me change pas beaucoup des cartons, tout ça ! Je deviens experte en empaquetage de vêtements, puisque la question qui se pose pour moi n’est pas le poids mais la taille du sac, ou comment caser autant de choses dans si peu d’espace. La réponse ? On tasse ! Mais élégamment, tout de même, ce n’est pas parce que je pars en trek que je dois être habillée comme un tas de chiffons en vadrouille. J’ai dû oublier qu’une fois là-bas ça n’a plus tant d’importance.

Le premier avant-goût de départ est la soirée au KTT. J’ai apporté du jus de fruit et des petits gâteaux et on me demande de diriger la pratique, ce qui me fait bafouiller un peu en plus de ma prestation assez moyenne au dryilbou ! Mais à la fin de la pratique, on me fait une surprise : un bouquet de fleurs des champs et du jardin assez hétéroclite, fruit de la contribution de chacun, une photo avec tout le monde et un cadeau pour me dire au revoir. Ça me fait chaud au coeur.

Et en même temps, ça me fait tout drôle : je pars après-demain.

Samedi 2 août

11h05 – une petite bafouille de quelques mots avant de décoller pour Bahrain. Me voilà donc repartie mais cette année, nous sommes 27, ça va être différent.

Le lever à 4h30 d’hier matin, après trois malheureuses heures de sommeil et de lutte sournoise avec Isis et Maya pour une répartition égale du territoire matelassé, a été plutôt fait au radar et au ralenti. C’est Laurent qui a pris le volant pour aller à Limoges pendant que je me rendormais bouche béante dans un coin de mon siège. A sept heures pile, nous sommes arrivés au rendez-vous, tout ça pour attendre Pascal vingt minutes. Je le prends assez mal parce que j’aurais bien voulu ces vingt minutes supplémentaires pour passer une dernière fois en revue mon ancienne maison au cas où j’aurais oublié quelques affaires.

Le trajet commence plutôt mal puisque, en annonçant que nous passons par Belfort et Colmar, je suis interrompue par Pascal interloqué :

«On passe pas par Metz ?»

«Non.» Je réponds un peu sèchement mais il y a quelques jours, j’ai quand même rappelé à Pascal qu’on ne partait pas le mardi mais le vendredi à Strasbourg et du coup, lui ai promis de m’occuper du trajet.

«Faudra pourtant qu’on y passe», répond-il abruptement, ce à quoi je rétorque que ce n’est pas possible à moins qu’il souhaite faire un crochet de 300 km. Il souhaite passer par Metz pour récupérer un matelas autogonflant qu’il a commandé à Décathlon, alors je lui rappelle qu’à Strasbourg on trouvera probablement le même. Suivent deux heures d’intense silence, puis, en ce qui me concerne, tout un trajet d’intense sieste.

Nous arrivons à Strasbourg vers 17h30 et nous faisons une halte à Décathlon, où Pascal achète son fameux matelas. Après un saut rapide à la salle pour poser nos affaires et une remarque acide de Pascal parce que je ne lui ai pas indiqué un tournant à temps, nous passons à l’association. C’est l’effervescence. Il y a des sacs partout et il en faut encore. Elisabeth est en train de négocier le rembourrage des sacs avec des vêtements et je constate qu’en matière de tassage de fringues, j’ai encore beaucoup à apprendre ! Pascal a rempli le coffre de sa voiture avec ses outils et il souhaite sinon tous les emmener, au moins en prendre une bonne partie. Mais pour les travaux à faire à Tsérok, il y a tout ce qu’il faut et Elisabeth lui suggère de laisser une bonne partie de ce qu’il a amené, d’autant qu’il y a pour le moment environ 200 kg d’excédents de bagages. Nous rangeons les jouets que Pascal a faits : cordes à sauter et jouets à friction qui sont absolument superbes et sur lesquels il a passé beaucoup de temps. Il y a mis tout son savoir faire et le résultat est impressionnant.

Nous repassons ensuite à la salle où une partie du groupe est déjà arrivée. Elisabeth et moi allons au Ciarus, où je remets à Dom mon modeste paquet pour Tenzin Palden et Tensang, et où en échange elle nous confie un paquet de… treize kilos ! Au retour à la salle, je suis affamée, alors Elisabeth lance un appel à la ronde et me voilà avec une pêche, une barre de céréales, des petits gâteaux, que je fais couler avec une tisane. Un vague tour de prénoms me permet de connaître Elodie, la fille de Dom, et de fixer quelques visages. Après un brin de toilette sommaire, je m’étale avec délice sur le lino que j’ai déroulé sur le carrelage, m’enroule dans mon duvet, froisse mon pantalon en guise d’oreiller et m’endors aussitôt.

A cinq heures, la sonnette en bas nous réveille. A cinq heures cinq, j’ai enroulé mon lino, emballé mon duvet, enfilé mes vêtements et rangé mon bazar après avoir occupé la salle de bains improvisée pendant trente secondes. J’ai passé mon test d’auto-évaluation : je suis fin prête pour les départs précipités des matins de trek ! Du coup, je me colle de service au petit-déjeuner avec la maman d’Elisabeth et quelques autres, admirant au passage les gens qui parviennent à se lever encore plus tôt pour préparer les petits-déj et anticiper les fringales matinales d’un groupe entier.

Petite file indienne dans la rue pour aller à la gare. Il fait frais. A l’emplacement où on attend le bus, le reste du groupe est arrivé. Mais va savoir qui est avec qui, il y en a là-dedans qui accompagnent les voyageurs, d’autres qui vont en Inde et d’autres au Népal, et puis il y a aussi ce groupe de Portugais qui gravite autour de nous en attendant leur bus… Un petit coucou à Danielle, un ciao bye à Dom et on charge les 1,2 tonnes de sacs et bagages dans notre bus. Nous nous y installons. Je me rendors aussitôt !

Un quart d’heure avant l’arrivée à l’aéroport, tandis qu’Elisabeth donne les consignes pour décharger les bagages, le chauffeur s’exclame : «Ah, je n’ai pas raté le panneau ! Pourtant ça fait 25 ans que je n’étais pas venu !» et derechef il prend une bretelle de sortie en direction de la base aérienne américaine. Tandis que tout le monde l’interpelle pour lui signaler son erreur, il maintient qu’il a vu l’avion sur le panneau. Finalement il accepte de faire demi-tour pour se tromper de file à l’aéroport et nous assurer qu’il faut qu’il aille sur le parking d’arrivée quand Elisabeth lui demande de se ranger sur la file de départ.

Déchargement devant l’entrée puis organisation des chariots, puis file d’attente pour enregistrer les bagages. Elisabeth appréhende les 200 kg d’excédents. Pendant qu’elle se démène avec les passeports du groupe, on nous demande d’ouvrir un gros sac qui contient des outils et des boîtes de clous. C’est bien beau d’exhiber tout ça pour le monter au monsieur en uniforme mais après, il faut de nouveau ranger correctement pour éviter que des objets ne saillent. On fait le piquet. Je remarque un petit papillon posé sur mon sac qui s’envole et atterrit sur la bouteille que je tiens, et je le raccompagne gentiment à un endroit où il ne risquera pas de se faire écraser. Je suis à peine revenue au sein du groupe que le papillon revient se poser… dans le creux de ma main !

Au moment de passer les contrôles, on franchit les détecteurs de métaux. On nous passe ensuite des détecteurs le long du corps. Quelques-uns d’entre nous sont priés de se déchausser. C’est ainsi que je vois, déconfite, mes chaussures de rando subir le détecteur et les rayons X avant de me revenir dans les mains avec un commentaire laconique de la gardienne : «gut». Je marmonne en rattachant les lacets.

En peu de temps, nous voici à l’embarquement, et quelques minutes après nous sommes assis dans l’avion, où nous attendons à présent le décollage.

15h45 à mon réveil. Qu’on ne me demande pas l’heure locale. Nous survolons l’Iran. C’est magnifique. Le désert à nos pieds, tout en rondeurs et en crêtes de sable, avec çà et là quelques oasis reconnaissables à leurs petits lacs et aux champs de verdure qui détonnent sur les vallonnements ocres, s’étend à perte de vue, mêlé à l’horizon. Tant de sable. La clim de l’avion ne permet pas d’imaginer le four que ça doit être au dehors. Un immense lac décline ses tons de bleu au milieu de cet océan ocre et aride. Quelques nuages passent, qui paraissent si doux qu’on aimerait s’y blottir, comme dans un cocon léger et protecteur. Puis de nouveau le désert, plus aride, la terre si sèche que l’ocre vire presque au rouge carmin.

Il nous reste deux heures de vol. J’en profite pour retourner à mon étude du tibétain.

A l’atterrissage à Bahrain, je sens que ma journée d’autisme est finie et qu’elle m’a fait du bien. J’ai surtout lu et écrit pendant le vol. J’avais besoin de ce temps de silence avant de discuter avec le groupe, afin d’aborder les choses plus sereinement. J’appréhende un peu aussi ; tant de gens dans le groupe, ce sera différent de l’an dernier, comment sera la vie à Tsérok si on est si nombreux ? C’est justement en acceptant le fait que les choses seront forcément différentes que je me sens un peu mieux.

Nous descendons dans le grand luxe. Le groupe se disperse entre les fumeurs qui partent en exploration pour trouver une zone où s’adonner à leur addiction et les curieux qui partent faire du shopping. Il y a aussi les rétamés, nommément Yalon, Marie, Lucille et moi, qui s’asseoient dans un coin pour discuter. Ils me posent une batterie de questions sur Kathmandou et Tsérok et je finis par leur suggérer de se laisser surprendre. Elisabeth a retrouvé un ami à elle, Jammal, avec qui elle discute joyeusement.

Et nous revoilà plantés dans une file, sac sur le dos. On me pose n’importe où et j’y reste, un peu comme une plante de salon, en attendant que ça passe sans trop d’impatience. Encore une heure d’avion, et un friand moins spongieux que l’an dernier puis Abu Dhabi, kistcher than ever. Tout va très vite au guichet, parce que nous sommes vingt-sept et que nous encombrons le passage, en toute amabilité. Lorsque vient mon tour pour le visa, le guichetier me baragouine quelques mots d’anglais en regardant la photo de mon passeport d’un oeil frisant la moquerie, puis me laisse passer. Nous faisons un sit-in dans le hall d’attente tandis que les membres du groupe arrivent au compte-goutte.

Notre chauffeur de bus n’est pas peu fier d’Abu Dhabi. Il nous parle joyeusement des 5000 à 6000 grandes villas qui sont généreusement offertes par le gouvernement à tous les citoyens des Emirats Arabes, puis laissées à l’abandon tous les dix ans et rendues au désert tandis que de nouvelles villas sont érigées plus loin. Ce n’est pas aussi coûteux pour le gouvernement qu’il y paraît, puisque seulement 20% de la population a la nationalité arabe. Le chauffeur oublie de préciser comment se débrouillent les autres. Et il continue sa description enthousiaste : pour les fortunés 20%, six heures de travail par jour cinq jours par semaine suffisent à être payé sept jours de temps plein, et regardez tous ces arbres verdoyants maintenus à grands frais et à hectolitres d’eau bordant les routes, palmiers dattiers gorgés de fruits que tout un chacun peut cueillir à sa guise – dans les 20% bien entendu. Des mosquées ponctuent la route à intervalles réguliers. Les habitations très éclairées sont clairsemées dans l’étendue sablonneuse, et les carrés de lumières que j’avais pris depuis l’avion pour des ports abritant des bateaux sur l’océan ne sont en fait que des ilôts de villas grignotant un peu de vie dans le désert aride. Sur la petite route interdite d’accès, notre chauffeur s’engage gaillardement et nous dépose avec un grand sourire face au tapis rouge déroulé sur les marches du Al Maphrak Hotel. Il est minuit, heure locale.

Des motos enveloppées de tulle orange décorent le grand hall marbré. A l’étage, des serveurs nous attendent pour un vrai dîner. Je retire avec délices mes chaussures de rando pour poser mes pieds surchauffés dans mes sandales légères et je soupire de bien-être. Il ne manque plus que la douche.

J’en ressors propre et fraîche pour m’étaler sur mon lit en attendant Christine, qui est partie fumer une cigarette dans le couloir. Puis, après une courte médite, c’est le doux moment où ma tête touche l’oreiller et je tombe dans un délicieux sommeil.

Dimanche trois août

Le téléphone sonne. Je retire une boule Quiès – pop – et décroche. ‘This is your wake-up call’, m’annonce une voix d’homme. Christine est déjà levée et sortie. Je fais un brin de toilette et sors sur le balcon. Ma vision matinale panoramique se résume à une plate étendue déserte qui s’étire à perte de vue – et perte de vue arrive bientôt avec le sable que le vent me souffle au visage. Quelques camions annoncés par un nuage de sable, qui passent devant moi dans un nuage de sable, et qui disparaissent en laissant dans leur sillage de petits tourbillons de sable. J’entrevois l’avantage du turban et du tchador.

Le petit déjeuner se fait séparément. Il y a ceux qui sont happés par les habiles serveurs au premier étage et mangent des toasts et de la confiture. Et puis il y a nous, la dizaine de petits malins fureteurs qui déjeunons copieusement en bas, au buffet, de fruits, de pâtisseries et de spécialités locales. Dattes, raisins, purée d’énigmatiques légumes, yaourt onctueux, petits croissants à la française qui ont plus d’aspect que de goût et sont beaucoup moins moelleux et succulents que le pain local…

C’est déjà le départ pour l’aéroport avec le même chauffeur volubile et souriant qui voit dans ce plat désert une poésie qui m’échappe. Si encore il y avait des dunes… Je suppose qu’il faut y vivre pour apprécier l’étouffante chaleur et le sable omniprésent – dans les cheveux, sur le nez, dans les chaussettes, partout. Dans le hall seventies d’Abu Dhabi, quelques-uns vont errer de luxueux magasins en luxueuses boutiques duty free. Je me pose par terre près de la porte d’embarquement avec Christine, Nicolas, Jocelyne, et la discussion tourne autour de mes chats et du chien de Nico, puis plus sérieusement autour du dharma. Enfin on nous fait signe de faire la queue et nous descendons à raison d’un centimètre par minute vers les rayons X et les détecteurs de métaux. Elise passe à la fouille et en ressort avec une expression similaire à celle que j’ai eue l’an dernier, le désagréable sentiment d’avoir été pelotée par une femme policier dont on ne voit que les yeux et, si elle se penche en avant, le bout du nez. Nouvel avion moins luxueux qu’hier, et cette fois je suis proche d’un hublot, mais toute la vue est gachée par l’aile.

Un de mes voisins est d’origine népalaise. Nous engageons une vague discussion, ou plutôt j’interviens dans le début de conversation qu’il a avec Lucille. Il lui explique le Népal.

23h00 – Le reste du voyage se passe en discussions éclectiques avec Guillaume, autour du squat, de la musique, de sa copine Camille, de son accident de camion à l’issue d’une rave party. J’avance modestement en tibétain, j’ai pratiquement fini l’apprentissage de la lecture.

Au moment où nous commençons à survoler le Népal, me voici piquant du nez si copieusement que je ne me réveille qu’au choc des roues de l’avion touchant la piste d’atterrissage. Tout le monde applaudit. Beaucoup d’agitation et d’impatience autour de moi qui me sens très calme. C’est seulement en mettant un pied sur la passerelle que je ressens une vive émotion qui me prend à la gorge. Les larmes me montent aux yeux. J’ai envie d’éclater en sanglots. Je suis de retour chez moi.

Je descends les marches, je pose les deux pieds bien à plat et je respire, regardant les montagnes tout autour. Chez moi. J’entre dans l’aéroport en ravalant l’émotion qui me serre la gorge. Dans quelques minutes je serai en bas avec le reste du groupe et nous serons accueillis par Bijeya et ses guirlandes de fleurs. Nous nous précipitons au guichet pour les visas et je suis fébrile, je ne tiens plus en place. Les gens n’en finissent pas de remplir leurs papiers, les guichetiers prennent trop de temps à donner les visas, ils sont trois au guichet : un qui vérifie les papiers, un qui colle le visa et l’autre qui le tamponne et le signe. J’en trépigne intérieurement. Enfin c’est mon tour et mon tout premier namasté et je me précipite visa en poche pour charger les sacs qui défilent sur le tapis roulant. De l’action pour écouler l’impatience. C’est lourd, il faut repérer les sacs, les entasser, les compter, et finalement la sérénité revient à mesure que l’énervement autour de moi augmente. Elisabeth me donne la liste pour vérifier que tous les bagages sont là. Ensuite on sort chaque chariot et je pars en tête, coeur battant. Nous attendons que le groupe se rassemble dans le hall avant de fendre la foule qui se presse autour de nous.

Et là, soudain, c’est Bijeya qui apparaît et accueille Elisabeth à bras ouverts. Puis il me voit et m’adresse un immense sourire : ‘My friend ! You’re here also ! Vel-come !’ et me prend dans ses bras en me faisant la bise. Il accueille ensuite le reste du groupe d’un signe de la main général et nous nous précipitons vers le bus sans parvenir à éviter les nombreux porteurs qui nous bousculent gentiment des chariots pour s’en charger à notre place. Bijeya me rattrape et me prend par le bras en s’excusant de ne pas m’avoir écrit, il a perdu mon adresse, ‘but I will never never lose it again’. Ensuite nous voilà successivement noyés sous les khatas de Lama Djampa, celles du comité de Snow Lion, et sous les guirlandes d’oeillets d’Inde de Bijeya et de sa belle-soeur. Sourires sur tous les visages.

Bijeya me demande ce que j’ai fait de mon année, je lui demande quand il viendra en France finalement. Tous les sacs étant chargés, nous embarquons dans le bus. A ce moment Wangdu m’aperçoit et pousse une exclamation de bienvenue en me submergeant de namastééééé. Dans le bus tout le monde découvre bruyamment Kathmandou by night, s’effrayant des klaxons, s’exclamant sur les boutiques…

Nous arrivons dans Thamel à pied. Wangdu me tient compagnie en m’annonçant la naissance de sa fille, qui a cinq mois maintenant. J’ai l’impression d’un retour chez moi. Nous entrons dans le Sherpa Guest House, où on m’accueille encore avec d’immenses sourires. En deux temps trois mouvements Christine et moi dégottons une clef de chambre et nous changeons. Je redescends en penjab juste à temps pour décharger le reste de bagages, ce qui fait rire le propriétaire du Guest House qui s’exclame : « Strong woman ! »

Puis c’est le dîner au Helena’s. Je passe le seuil, ravie. Et quelle n’est pas ma surprise lorsque le serveur me regarde, écarquille les yeux, se fend d’un grand sourire et s’exclame : « Namaste ! You’re back ! How are you ? ». Il m’a reconnue et ça me coupe la chique. Un autre serveur juste derrière me reconnaît aussi, Tapa, et m’accueille cordialement, comme une amie. Je suis aux anges. Nous dînons autour d’une immense table et personne ne goûte le plat de personne, mais à 27 c’est plutôt normal. Il vaut mieux que je cesse tout de suite de faire des parallèles avec l’année dernière. Elisabeth nous fait un debriefing d’une demi-heure et je propose, à la fin, une sortie matinale demain à ceux qui le souhaitent. A présent il est temps que je dépose toutes ces émotions en méditation et que je me couche pour être en forme demain. Quel bonheur.