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De Bodnath à Swayambu – on tourne en rond

dimanche 21 septembre 2008

Mardi 25 décembre

Aaargh, me dis-je au réveil. Je n’ai pas deux yeux, mais des billes surgonflées de chouette effarée sous 500 watts. Arnaud n’est pas mieux. Dans ce cas, mieux vaut se jeter du lit et bondir à pieds joints dans la matinée. Nous retournons à Bodnath, pour tenter de retrouver ma petite grand-mère tibétaine, Mo Yongden. Pour ceux qui ont déjà lu mes « aventures » précédentes, vous savez à quel point je tiens à ce petit bout de bonne femme toute fripée et gazouillante… et par quel miracle je l’ai retrouvée lors de mon deuxième voyage.

Ainsi donc me voilà scrutant tous les couloirs autour du stoupa pour retrouver le logement de Kelsang, la fille de Mo Yongden. Arnaud commence par trouver étrange cette manie de détailler les couloirs plutôt que les façades, mais il ne tarde pas à comprendre quand il se rend compte que les façades sont presque toutes les mêmes. De lieu en lieu, je demande à quelques Tibétains : « Mo Yongden, Tserok-la, kapar du ? ». Et comme je montre une photo, soudain nous sommes entourés de tout un groupe : tout le monde veut voir, la photo circule avec le carnet de voyage dans toutes sortes de mains mouillées, sales, usées, (et si y a un truc pour lequel je suis maniaque…!) et ça marmonne, ça interpelle : « Tsewang, tu la connais, toi ? » « Fais voir » (dit en tibétain…). Mais nous sommes bredouilles, pas de Mo Yongden. La maison de retraite où elle a été prise en charge par le gouvernement tibétain en exil n’est pas dans les parages non plus. On refait quelques tours de stoupa. Arnaud fait valser les moulins à prières ; le concept lui plaît beaucoup. Moi, j’évite, parce que le poignet fait des siennes…

Et puis on tombe sur Phurbu Tsering ! Ce stoupa est incroyable : tôt ou tard j’y rencontre toujours des gens que je connais ! Quelle surprise de retrouver le cuisinier qui nous avait accompagnés pendant le chantier humanitaire il y a 4 ans, et qui avait accompagné ma petite grand-mère pendant sept jours quand elle était descendue à pied jusqu’à Pokhara… C’est un peu comme si on se plaçait sous la tour Eiffel, pour y retrouver à chaque fois des gens venus de l’autre bout de la France… dingue ! Il y a les trois petites vieilles de mon fan club aussi : elles vivaient à Tserok, et quand Mo Yongden et moi nous sommes adoptées mutuellement, elles m’ont traitée comme un membre de la famille.

Phurbu m’apprend que Mo Yongden est décédée l’an dernier. Elle avait 93 ans. Je suis attristée de ne pas l’avoir revue, mais c’est ainsi… En revanche mon petit grand-père (mais non, je n’ai pas adopté tout le village…) Po Dordje est à Katmandou et vient tous les jours faire des tours de stoupa ! Nous décidons qu’en revenant des Annapurnas, nous nous installerons à Bodnath plutôt que dans le quartier touristique bruyant de Thamel.

Autour du stoupa, nous sommes abordés par un Tibétain qui a bien vu mon mala au poignet et entendu les mantras que je marmonnais. Il nous dit qu’il est allé en pélerinage au Mont Kailash, et nous offre une khata chacun en guise de bonne chance. Puis il ne nous lâche plus d’une semelle. Sa tête me dit quelque chose. Soudain, j’ai une illumination : « I saw you four years ago ! », lui dis-je. J’ai reconnu l’escroc qui avait essayé de me soutirer de l’argent avec sa fable, de la même manière ! Il proteste, et s’enfuit. Arnaud est mort de rire.

On s’arrête pour tchatcher avec un vieux Tibétain qui tient un bout de boutique. Il trouve tout naturel de nous raconter dans sa langue sa fuite du Tibet il y a quarante ans ! On arrive à suivre, surtout parce qu’il ajoute des gestes à son récit. Un gamin est fasciné par le porte-clefs d’Arnaud. Puis un moine vient interrompre la conversation (et nous permettre de fuir à notre tour !), et je me demande s’il se rend compte qu’il a une feuille de cannabis cousue sur son bonnet !?!

Nous filons à l’autre bout de Katmandou, à un autre stoupa, celui de Swayambudnath. Il est peuplé de singes et de marchands, les uns jamais très loin des autres. Arnaud a un moment de révélation ; il est enchanté par un vendeur qui pratique la thérapie par le son avec des bols tibétains, et a droit à toute une démonstration de profondes vibrations devant tous ses chakras ! Certains n’y verraient que du folklore. Mais le fait est que c’est un instant plein de partage, de douceur, de paix.

Et les chiens se prosternent…

Au fait, c’est Noël. On décide de rentrer à pied à Thamel et de se faire des cadeaux… Ceux qui parmi vous ont assisté à notre rencontre savent qu’on a fondé depuis le 23 juin 2007 le royaume de N’Imp, dont nous sommes les deux royales majestés. (les autres, mettez ça sur le compte de la fatigue). Voilà donc les deux majestés de N’imp dans une bijouterie… et nous trouvons les bijoux de la famille royale : trois superbes labradorites que nous ferons monter en pendentif et en bagues… le bleu profond de la labradorite conquiert Arnaud à mesure que les pierres magnifiques défilent sous nos yeux – quant à moi je suis déjà conquise, et depuis longtemps, par la pierre en question !