Home » HLP Spé Terminale » HLP Devoir d’entraînement à l’exercice d’interprétation (pour les P1) et sa correction

HLP Devoir d’entraînement à l’exercice d’interprétation (pour les P1) et sa correction

Dans Les Vagues (1931), Virginia Woolf fait entendre les monologues intérieurs de six personnages. Ici, les jeunes personnages partent en pension, au collège, pour la première fois.

A présent, dit Bernard, l’heure est venue. Le jour est venu. Le fiacre est à la porte. Mon énorme malle fait plier les jambes arquées de George encore plus. L’odieuse cérémonie est terminée, les conseils, et les adieux dans le hall. A présent il y a cette cérémonie, gorge serrée, avec ma mère, cette cérémonie, échange de poignées de main, avec mon père ; il faut à présent continuer à faire au revoir de la main, continuer à faire au revoir, jusqu’à ce que nous prenions le virage. A présent cette cérémonie est terminée. Le ciel soit loué, toutes les cérémonies sont terminées. Je suis seul ; je vais au collège pour la première fois.

Tout le monde a l’air de s’affairer en vue de ce seul instant ; puis jamais plus. Jamais plus. Toute cette excitation est terrible. Tout le monde sait que je vais au collège, que je vais au collège pour la première fois. « Ce garçon va au collège pour la première fois », dit la bonne, en lavant le perron. Il ne faut pas que je pleure. Il faut que je les regarde avec indifférence. A présent les horribles portiques de la gare s’ouvrent grand ; « l’horloge à face de lune me contemple ». Il me faut faire des phrases et des phrases pour interposer quelque chose de dur entre moi et le regard des bonnes, le regard des horloges ; les visages qui m’examinent, les visages qui sont indifférents, sinon je vais pleurer. Voilà Louis, voilà Neville, en pardessus, portant leurs sacs de voyage, près du guichet. Ils sont calmes. Mais ils n’ont pas leur air habituel.

Voici Bernard, dit Louis. Il est calme ; il est à l’aise. Il balance son sac en marchant. Je vais suivre Bernard, car il n’a pas peur. Nous sommes entraînés du guichet vers le quai comme un fleuve entraîne brindilles et brins de paille autour des piles d’un pont. Voilà la puissante locomotive vert bouteille, sans encolure, seulement un dos et des cuisses, qui crache de la vapeur. Le chef de gare siffle ; le drapeau s’abaisse ; sans efforts, de son propre élan, comme une avalanche déclenchée par une légère poussée, nous partons.

Virgina Woolf, Les Vagues (1931), trad. M.Cusin, Gallimard, 2012

Question d’interprétation :

Comment sommes-nous placés au plus près de l’intériorité des personnages dans ce texte ?

Voici des éléments de réponse. Chacun pouvait faire l’objet d’un paragraphe.

V.Woolf : Comment sommes-nous placés au plus près de l’intériorité des personnages dans ce texte ?

– Le choix du point de vue : emploi de la première personne ; plusieurs points de vue avec changement d’un § à l’autre, mais même préoccupation de tous les personnages

– l’expression des sentiments et sensations à travers leurs manifestations : « je suis seul, gorge serrée, excitation, pleure, calme, n’a pas peur » > peur, inquiétude, anxiété, angoisse, impatience…

– une écriture qui suit la pensée et l’obsession commune : une écriture au présent / anaphores ou répétitions > chacun est obnubilé par le fait de partir en pension et d’aller au collège pour la première fois. C’est donc cette idée qui revient sans cesse dans leur tête, et qui est répétée dans le texte

– la relativité du temps et son importance : nombreux CCT, « l’heure est venue », l’horloge personnifiée …

– des visions très personnelles de l’environnement : personnification de l’horloge, de la locomotive, ou « énorme malle, jambes arquées » du §1

– des visions très personnelles de ce qui est vécu : insistance sur la notion de cérémonie dans §1, visions très imagée dans §3 (comparaisons, métaphores…)

– manière très personnelle de faire face à ce qui est vécu : besoin de solitude §1 ; « il me faut faire des phrases… » §2 ; absence de contrôle des événements §3

On pouvait aussi suivre l’ordre du texte :

Dans ce cas on reprend l’idée que tous ont une même préoccupation mais que chacun a une manière très personnelle de faire face à ce qui est vécu, et ensuite on rattache plusieurs autres exemples à cette idée.


Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *