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Grammaire : l’expression de la condition
Etape 1 : Observer et analyser
Je sors me promener, s’il ne pleut pas.
Elle réussira à condition de ne pas relâcher ses efforts.
En travaillant régulièrement, il conservera une moyenne honorable.
Tu veux, tu peux !
Ton voyage à l’étranger se passera bien si tu le prépares avec soin.
Il gagnera le concours à condition qu’il réussisse cette dernière épreuve.
S’il ne pleut pas, je me promène.
Si la pluie s’arrêtait, je me promènerais.
S’il ne pleuvait pas, je me promènerais.
S’il n’avait pas plu, je me serais promené.
Etape 2 : retiens la leçon
Exprimer une condition ou une hypothèse, c’est exprimer un fait dont va dépendre l’action du verbe principal.
Ex : Je sors me promener, [s’il ne pleut pas].
V condition exprimée
L’action de sortir dépend du fait qu’il pleuve ou non.
Dans une phrase simple, on peut exprimer la condition grâce à un groupe prépositionnel (par, avec, à condition de, à force de, sans…)
Ex : Elle réussira [à condition de ne pas relâcher ses efforts].
On peut aussi employer un gérondif :
Ex : [En travaillant régulièrement], il conservera une moyenne honorable.
Dans une phrase complexe, on peut simplement juxtaposer deux verbes.
Ex : Tu veux, tu peux !
Le plus souvent on emploie une subordonnée conjonctive circonstancielle de condition (si + indicatif, pourvu que ou à condition que … + subjonctif)
Ex : Ton voyage à l’étranger se passera bien [si tu le prépares avec soin.]
Il gagnera le concours [à condition qu’il réussisse cette dernière épreuve].
Dans une subordonnée, la concordance des temps précise la nature de la condition (éventuelle, potentielle ou irréelle).
Eventuel (= action réalisable) : S’il ne pleut pas, je me promène. (ou je me promènerai, ou promène-toi) (subordonnée à l’indicatif, principale à l’indicatif ou à l’impératif)
Potentiel (= action envisageable mais incertaine) : Si la pluie s’arrêtait, je me promènerais. (subordonnée à l’imparfait de l’indicatif et principale au présent du conditionnel)
Irréel du présent (réalisation impossible dans le présent) : S’il ne pleuvait pas, je me promènerais. (subordonnée à l’imparfait de l’indicatif et principale au présent du conditionnel)
Irréel du passé (action non réalisée) : S’il n’avait pas plu, je me serais promené. (subordonnée au plus que parfait de l’indicatif et principale au passé du conditionnel)
3 Applique
Mais en ouvrant cette boîte, vous y auriez trouvé une céleste et inappréciable drogue
Analysez l’expression de la condition, puis transformez l’expression en subordonnée circonstancielle de condition.
Correction du sujet de bac blanc de Première : la dissertation sur Yourcenar
| Dans une célèbre lettre, Arthur Rimbaud écrit en 1871 : « Je est un autre. »
Dans quelle mesure cette affirmation peut-elle éclairer la lecture d’un récit s’appuyant sur des faits réels ? |
Des pistes de réponse :
Du côté des œuvres qui s’inspirent de la vie de l’auteur (autobiographies, certaines poésies)
Dans ce cas, les faits réels renvoient à la vie de l’auteur lui-même et à l’époque dans laquelle il a vécu.
Le « je est un autre » de Rimbaud fait percevoir l’idée qu’il serait réducteur de considérer « je » comme représentant une seule entité qui serait tout à la fois l’auteur, le narrateur et le personnage. L’expression de Rimbaud invite à lire en observant les différentes entités qui se cachent derrière ce « je ».
– « je » auteur doit faire de lui-même un personnage. Ce personnage n’est pas tout à fait l’auteur car le personnage renvoie à ce qu’a été l’auteur dans un passé plus ou moins lointain, différent de l’auteur au moment où il écrit. De ce fait « je » auteur est « un autre » le personnage.
Exemple avec Sartre, Les Mots : « je » est à la fois le personnage enfant qui vit dans son monde imaginaire et n’ose aller vers les autres enfants au jardin du Luxembourg ; il est aussi l’auteur qui à plus de 60 ans écrit le récit de son enfance et parce qu’il est autre peut porter un regard critique et un peu moqueur sur ce qu’il était.
– dans une autobiographie, auteur et narrateur sont intimement liés. C’est l’auteur qui raconte sa propre vie. Pourtant l’un n’est pas tout à fait l’autre.
Exemple avec Sarraute, Enfance : Sarraute raconte les premières années de sa vie sous la forme d’un dialogue entre deux personnages qui représentent deux parts d’elle-même. L’écrivaine se divise ainsi en deux narratrices ayant chacune une vision particulière. Le récit d’un moment important de son enfance est ainsi évoqué à travers deux regards, qui se complètent. Là où la narratrice naïve voyait par exemple dans un geste et une parole de sa mère un mouvement de tendresse, la narratrice plus mature y voit l’annonce de l’abandon futur et oblige l’autre part d’elle-même à reconnaitre qu’elle avait déjà ressenti une gêne, mais qu’elle avait refusé d’admettre la réalité. La confrontation fait naitre une vérité sur le passé de l’écrivaine.
– certains auteurs, par l’écriture, transcendent leur vie quotidienne. Ainsi le « je » écrivain n’est-il pas tout-à-fait le « je » homme de tous les jours.
Exemple avec Baudelaire : sa poésie « L’Albatros » dans Les Fleurs du mal symbolise bien ces deux faces du poète. L’albatros, oiseau des mers, se déplace maladroitement lorsqu’il est à terre (ou sur le pont d’un bateau) et se fait moquer (voire maltraiter) par les hommes ; mais une fois en vol il devient un être exceptionnel, roi de l’azur, qui voit au-delà de tout ce que les hommes peuvent voir. Baudelaire se voit et voit le poète comme cet albatros. Incompris par la société, mal vu par les autres, il porte pourtant un regard aigu sur le monde et voit ce que les autres ne voient pas. Ses poèmes sont le reflet de sa vision élargie. (poète voyant comme disait Rimbaud)
– autre exemple avec Chateaubriand, René : il met dans le personnage de ce court roman certaines de ses aspirations. Le personnage ressemble à son auteur (même prénom, même goût pour les voyages, une enfance solitaire dans un château, proximité avec sa sœur…) mais le transcende, devenant l’incarnation romantique de toutes les victimes du « mal du siècle ».
Garder en tête que « je est un autre » élargit notre vision de lecteur et nous permet de percevoir l’auteur derrière son personnage, l’auteur derrière le narrateur, ou l’homme derrière l’écrivain.
Du côté des récits qui s’inspirent de faits réels
Dans ce cas, « je est un autre » prend tout son sens, car l’auteur se met à la place de personnages ayant déjà existé.
– derrière le « je » du narrateur se cache le « je » auteur. Garder cela en mémoire donne plus de profondeur à notre lecture.
Exemple avec Yourcenar, Mémoires d’Hadrien : dans ce roman qui est une autobiographie fictive, Hadrien devenu vieux écrit une lettre à son successeur dans laquelle il revient sur sa vie. Pour écrire cette œuvre, Yourcenar a enquêté pendant plus de vingt ans, lisant tout ce qui s’est écrit sur Hadrien et tout ce qu’a lu Hadrien à son époque, voyageant sur les pas de cet empereur qui va devenir son personnage. Elle s’est plongée dans son histoire pour pouvoir lui redonner vie avec fidélité. Dans un passage du roman, Hadrien, qui n’a pu empêcher la guerre de Palestine alors qu’il est profondément pacifiste, remarque que « les chances de paix du monde s’avéraient médiocres dans l’avenir ». Se rappeler que « je est un autre » au moment de cette lecture permet d’entendre la voix de l’écrivaine Yourcenar derrière celle de son personnage. Les paroles du personnage empereur prennent tout leur sens quand on se rappelle qu’elles ont été écrites en 1951, juste après la seconde guerre mondiale. L’œuvre s’enrichit alors d’un autre sens, Hadrien devenant un modèle politique pour les acteurs de la reconstruction.
– dans un roman historique, le « je » du personnage est double puisque, écrit par l’auteur : il renvoie avant tout au personnage créé par l’artiste, mais il renvoie aussi à son modèle, celui qui a vraiment existé.
Exemple avec Yourcenar, Mémoires d’Hadrien : dans son œuvre, Yourcenar s’est attachée à rester fidèle aux faits, respectant les actions faites par le véritable Hadrien du II° siècle. « Je » renvoie donc à cet empereur qui a pacifié l’Empire romain. Mais lorsqu’elle rédige à la première personne, Yourcenar cherche à exprimer non seulement les actions, mais surtout les sentiments du personnage, et à ce propos il ne reste presque aucune trace historique. « Je » renvoie donc aussi à un personnage fictif, dont les pensées et les sentiments renaissent de l’imaginaire de l’écrivaine. Même si celle-ci cherche à faire entendre une voix, la plus fidèle possible à l’homme qu’Hadrien a été, celui qui parle dans le livre est bien un personnage fictif, né de l’imagination de Yourcenar.
– le lecteur lui-même, par la magie du « je », s’identifie au personnage-narrateur et le temps d’une lecture se met à la place d’un autre, d’une personne qui a vraiment existé, l’auteur ou le personnage historique.
Exemple avec J.C. Ruffin, Le Grand Cœur : le temps de la lecture de ce roman, on se retrouve plongé dans la vie et les pensées de Jacques Cœur. Propulsé dans un autre temps (XV° siècle) et d’autres lieux (Bourges, l’Orient et les îles grecques), le lecteur intériorise les pensées qui sont prêtées à ce personnage historique par l’auteur Jean-Christophe Ruffin.
Conclusion
« je est un autre » en effet, et une œuvre qui s’inspire de faits réels cache derrière l’emploi de « je » aussi bien l’auteur qui se dévoile, le narrateur qui n’est pas tout à fait l’auteur, le personnage qui a toujours une part de fiction et de réel, et le lecteur lui-même qui s’identifie au héros. La prise de conscience de cette superposition de présences rend la lecture vertigineuse, enrichissant le personnage de sa part de réel, et invitant le lecteur à une lecture plurielle.
Correction du sujet de bac blanc de Première générale : le commentaire du texte de Zola
Voici les éléments de correction proposés dans le corrigé officiel du Bac, puisque ce texte a été donné aux Séries ES et S d’avant la réforme.
Quelques remarques préalables :
– Même si la proposition de plan qui suit mentionne explicitement le registre épique, on ne sanctionnera pas l’absence du terme dans une copie qui propose malgré tout une analyse de l’amplification de l’image du peuple et de la nature. La mention du registre épique à bon escient sera en revanche valorisée.
– On sanctionnera les copies qui feront preuve de défauts de méthode majeurs : introduction inexistante ou incomplète, catalogue de procédés sans interprétation, mauvaise insertion systématique des exemples…..
– On n’accordera pas la moyenne à une copie qui effectue un contre-sens sur la vision du peuple et le projet de Zola dans cet extrait. Par exemple, une copie qui verrait ici une dénonciation de la révolte ou une représentation de la bêtise humaine (en s’appuyant sur les termes « bande », « petite armée », sur une animalisation ou une déshumanisation du peuple) serait sanctionnée.
– On valorisera en revanche toutes les copies qui auront été sensibles à :
o La musicalité et la dimension poétique de la description : rythme, effets sonores (par exemple, allitération en [r] qui parcourt le texte : « route », « torrent », « roulait » ligne 3, ou « monstrueuses trompettes » ligne 7).
o La métamorphose fantastique du réel participant à la vision épique : « bouches géantes », « monstrueuses trompettes » ligne 7,
« frissonna » ligne 9)…..
o La dimension spectaculaire de la scène à travers le vocabulaire des sens (vue, ouïe, toucher) et la théâtralisation du cadre (« répétant par
tous ses échos les notes ardentes du chant national » lignes 10-11, « amphithéâtre », « cascade gigantesque » ligne 14, « bleuâtres clartés
de la lune » ligne 15).
Proposition de plan :
Pour attribuer la note maximale, on n’attend pas que le candidat reprenne forcément le plan ci-dessous, ni même qu’il adopte un plan en trois parties.
Introduction :
Zola met en scène le soulèvement républicain qu’a suscité le coup d’Etat du 2 décembre 1851, notamment dans les campagnes, et plus précisément dans le Var. Il l’évoque dans l’ouverture de La Fortune des Rougon, premier épisode du cycle des Rougon–Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Si les sources sont historiques, le traitement de l’histoire est de nature épique.
2 parties possibles
1. Un peuple en marche :
– Une impression de masse compacte : « la bande », reprise par des expressions au pluriel « ces quelques milliers d’hommes », « de nouvelles masses noires ». Emploi de pluriel, de listes, énumérations.
– Un mouvement continu : expression du mouvement (verbe « descendre », mots comme « élan », « irruption » ; emploi de l’adverbe « toujours ») et une avancée irrésistible : la métaphore du torrent (« La route, devenue torrent, roulait des flots vivants ») ; rythme très travaillé des 4 premières phrases, avec l’emploi de coupes mettant en valeur certains termes ; phrase sans verbe pour évoquer cette apparition soudaine de l’armée des volontaires.
– Une armée d’insurgés, décidés à se battre et à se venger : lexique militaire « les bataillons », les « tambours » et les « trompettes », et le chant révolutionnaire de La Marseillaise ; aspect de plus en plus virulent de ce chant (« les notes ardentes du chant national »).
Transition : une vision grandiose et splendide d’une armée de volontaires dont l’enthousiasme se communique à la nature entière.
2. Une vision épique :
– C’est à travers l’évocation du chant révolutionnaire que s’effectue le passage de la réalité à la vision épique : La Marseillaise est « comme soufflée par des bouches géantes qui la jetaient, avec des sécheresses de cuivre, à tous les coins de la vallée ». La Marseillaise réveille la nature, qui participe activement au mouvement populaire.
– Une série de personnifications favorise cette métamorphose collective : la campagne « s’éveille en sursaut » « frissonne », « retentit jusqu’aux entrailles ». L’image de la Terre-Mère apparaît. De nombreuses expressions poursuivent cette métaphore filée : de l’ensemble des éléments du paysage « semblent sortir des voix humaines ».
– L’atmosphère nocturne et les clartés de la lune contribuent à faire surgir des visions du paysage : ce dernier « était comme couvert par un peuple invisible et innombrable acclamant les insurgés ». La campagne, acclame les hommes et incarne leur révolte « La campagne… criait vengeance et liberté ».
Conclusion : une description assez caractéristique de l’écriture de Zola, qui déborde largement la simple évocation d’une réalité historique et les idées du Naturalisme, pour construire une vision épique et poétique d’un soulèvement populaire.
Sujet de bac blanc de Première générale
En cliquant ici, vous pourrez ouvrir le sujet en format PDF.
| Baccalauréat général Blanc
Mars 2021 Français Epreuve anticipée Durée de l’épreuve : 4 heures – coefficient 5 L’usage de la calculatrice et du dictionnaire n’est pas autorisé. Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Ce sujet comporte 4 pages, numérotées de 1/4 à 4/4. |
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants :
1- Commentaire (20 points)
Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Vous commenterez le texte suivant :
Emile Zola, La Fortune des Rougon, chapitre I, 1871
Le coup d’Etat du 2 décembre 1851, organisé par Louis-Napoléon Bonaparte, a suscité en Provence des insurrections républicaines, notamment dans le département du Var. C’est cette révolte que décrit Zola au début de La Fortune des Rougon.
La bande descendait avec élan superbe, irrésistible. Rien de plus terriblement grandiose que l’irruption de ces quelques milliers d’hommes dans la paix morte et glacée de l’horizon. La route, devenue torrent, roulait des flots vivants qui semblaient ne pas devoir s’épuiser ; toujours, au coude du chemin, se montraient de nouvelles masses noires, dont les chants enflaient de plus en plus la grande voix de cette tempête humaine. Quand les derniers bataillons apparurent, il y eut un éclat assourdissant. La Marseillaise emplit le ciel, comme soufflée par des bouches géantes dans de monstrueuses trompettes qui la jetaient, vibrante, avec des sécheresses de cuivre, à tous les coins de la vallée. Et la campagne endormie s’éveilla en sursaut ; elle frissonna tout entière, ainsi qu’un tambour que frappent les baguettes ; elle retentit jusqu’aux entrailles, répétant par tous ses échos les notes ardentes du chant national. Alors ce ne fut plus seulement la bande qui chanta ; des bouts de l’horizon, des rochers lointains, des pièces de terre labourées, des prairies, des bouquets d’arbres, des moindres broussailles, semblèrent sortir des voix humaines ; le large amphithéâtre qui monte de la rivière à Plassans, la cascade gigantesque sur laquelle coulaient les bleuâtres clartés de la lune, étaient comme couverts par un peuple invisible et innombrable acclamant les insurgés ; et, au fond des creux de la Viorne[1], le long des eaux rayées de mystérieux reflets d’étain fondu, il n’y avait pas de trou de ténèbres où des hommes cachés ne parussent reprendre chaque refrain avec une colère plus haute. La campagne, dans l’ébranlement de l’air et du sol, criait vengeance et liberté. Tant que la petite armée descendit la côte, le rugissement populaire roula ainsi par ondes sonores traversées de brusques éclats, secouant jusqu’aux pierres du chemin.
2- Dissertation (20 points)
Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Le candidat traite au choix, compte tenu de l’œuvre et du parcours étudiés durant l’année, l’un des trois sujets suivants :
Sujet A : Œuvre : Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves
Parcours : Individu, morale et société.
En quoi la Princesse de Clèves peut-elle être considérée comme une héroïne tragique ?
Vous répondrez à cette question dans un développement structuré et argumenté en vous appuyant sur votre lecture de La Princesse de Clèves, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
Sujet B : Œuvre : Stendhal, Le Rouge et le Noir
Parcours : Le personnage de roman, esthétiques et valeurs.
Le Rouge et le Noir est-il selon vous un roman de la désillusion ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur le roman de Stendhal, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
Sujet C : Œuvre : Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien
Parcours : Soi-même comme un autre.
Dans une célèbre lettre, Arthur Rimbaud écrit en 1871 : «Je est un autre.» Dans quelle mesure cette affirmation peut-elle éclairer la lecture d’un récit s’appuyant sur des faits réels ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur Mémoires d’Hadrien, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
[1] Rivière qui coule près de la ville de Plassans
Comment se passe l’oral de français en Première ?
On apporte une pièce d’identité et sa convocation, le descriptif contenant les textes, le livre qu’on a choisi de présenter, des stylos, une montre ou un chrono.
A votre arrivée, vous montrez votre pièce d’identité et votre convocation.
On vous précise sur quel texte vous passez et à quelle question de grammaire vous devrez répondre.
Le temps de préparation
Vous avez 30mn de préparation : dans un coin de la salle, vous préparez votre passage. Vous pouvez écrire et surligner la feuille contenant le texte. Vous pouvez noter des idées sur une feuille de brouillon à côté, qui vous est fournie.
Pendant cette préparation, vous avez à votre disposition votre descriptif, l’ensemble des textes photocopiés vierges de toute annotation, le livre que vous présentez en deuxième partie, qui peut contenir des marque-pages mais pas d’annotations.
Conseil : divisez les 30mn : environ 5mn pour préparer la question de grammaire, 15 à 20mn pour l’explication linéaire, 5 à 10mn pour la 2° partie.
Déroulé de l’oral
– une phrase pour lancer la lecture du texte
– lecture fluide et expressive (2mn sur 2 points)
– une explication linéaire complète (8mn sur 8 points) contenant :
une introduction complète (présentation de l’auteur, de l’œuvre, du texte, du parcours, de votre projet de lecture, et éventuellement des mouvements du texte)
une explication qui suit l’ordre du texte, qui s’appuie sur l’analyse d’expressions courtes du texte pour en dégager le sens et l’intention de l’auteur
une conclusion
– une réponse précise à la question de grammaire (1 à 2mn sur 2 points)
– un exposé sur le livre choisi (présentation de l’œuvre et justification de votre choix) (environ 3 mn)
– un échange sur l’œuvre à partir des questions de l’examinateur (5mn)
L’examinateur vous informe que l’épreuve est finie.
Avant de partir, vous laissez votre brouillon. Cela sert de preuve de votre passage, mais l’examinateur ne se sert pas de votre brouillon pour vous noter.
L’examinateur est le reste de l’année un professeur de Première. Il connait donc bien les œuvres ainsi que le programme sur lequel vous êtes interrogé. Il sait aussi les attentes de l’épreuve et le niveau d’un élève de Première. Il n’a pas d’a priori sur vous puisqu’il ne vous connait pas. Voyez-le comme un professeur qui va vous noter à un moment précis de votre scolarité. Ni plus ni moins.
Grille d’évaluation de l’oral de français
Voici la grille que les collègues et moi utilisons pour évaluer les oraux blancs de français. Vous pouvez cliquer sur l’image pour ouvrir la grille en Pdf.
| PARTIE I A. LECTURE /2
B. EXPLICATION LINÉAIRE /8 TOTAL : /12 C. GRAMMAIRE /2 |
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| Texte :
Question de grammaire :
|
||||
| EXPLICATION LINÉAIRE /8 |
Bien | A améliorer | Insuffisant | |
| Correction et qualité de la langue | ||||
| Introduction | ||||
| Situe et présente l’auteur, l’œuvre, le texte | ||||
| LECTURE /2 |
||||
| Fluide | ||||
| Respecte la ponctuation | ||||
| Expressive | ||||
| Présente l’enjeu (projet de lecture) | ||||
| Facultatif : annonce des mouvements du texte | ||||
| Explication linéaire du texte | ||||
| Choisit des exemples appropriés à l’enjeu | ||||
| Pertinence et profondeur des analyses | ||||
| Suit l’ordre du texte | ||||
| Se réfère suffisamment au texte (EX + OA) | ||||
| N’oublie pas de points essentiels | ||||
| Conclusion | ||||
| Présente et pertinente | ||||
| GRAMMAIRE /2 |
||||
| Utilise un vocabulaire adéquat | ||||
| Pertinence de la réponse | ||||
|
PARTIE II A. PRÉSENTATION DE L’ŒUVRE CHOISIE /4 TOTAL : /8 B. ENTRETIEN /4
|
||||
| PRÉSENTATION DE L’ŒUVRE CHOISIE /4 |
Bien | A améliorer | Insuffisant | |
| Présentation de l’œuvre (Auteur, titre, date, biographie, résumé rapide ou présentation rapide de l’histoire…) | ||||
| Présence d’arguments | ||||
| Présence d’exemples ou références précis au livre appuyant les arguments présentés | ||||
| Facultatif : Ouverture sur d’autres œuvres ou d’autres thèmes de l’œuvre non développés | ||||
| Force de conviction, engagement | ||||
| Correction et qualité de la langue | ||||
| ENTRETIEN /4 |
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| Connaissance de l’œuvre | ||||
| Capacité à répondre à une question précise | ||||
| Capacité à réagir aux questions ou aux observations de l’interlocuteur | ||||
| Capacité à dialoguer | ||||
| Capacité à approfondir sa réflexion | ||||
| Vivacité, assurance, force de conviction | ||||
BTS : musique et langage
Un chef d’orchestre, Philippe Hui, explique son métier.
A la fois mélomane et scientifique, il a choisi entre son appétit et son devoir et s’est lancé dans des études pour devenir chef d’orchestre.
La direction d’orchestre suppose :
- de diriger des gens
- de construire un projet ensemble
- de faire du management
- d’avoir une vision et une visée esthétique
Trois dates l’ont marqué :
– la première fois qu’il a dirigé un orchestre au pied levé (le barbier de Séville à l’opéra Bastille)
– la première fois que la philharmonie des deux mondes, orchestre qu’il a créé, a joué devant 400 spectateurs
– le jour où 30 enfants d’un quartier prioritaire de Saint Nazaire reçoivent des instruments de musique de l’orchestre qu’il a créé
Pour lui la musique amène au respect des différences, à la solidarité et l’entraide. c’est un projet commun où tous vont dans une même direction. L’orchestre est la métaphore d’une société idéale.
Il insiste sur l’importance des sens : l’ouïe, mais aussi le toucher (différent selon le caractère du joueur et le style de musique jouée), la vue (car on entend mieux quelqu’un qu’on voit parler, chanter ou jouer), le regard (outil utilisé dans son art pour créer une connivence avec le musicien, besoin d’échange de regards faits de complicité et de confiance).
Pour lui la musique est universelle, elle dépasse les cultures et les origines > crée une société des nations idéale
Il formule le voeu que soit développé dans les écoles et collèges l’apprentissage de la musique à travers l’orchestre, car la discipline collective de l’orchestre aide à créer une société de fraternité.
Le livre Maestro, de Xavier-Laurent Petit
Ils sont cireurs de chaussures, vendeurs de journaux, laveurs de voitures, nettoyeurs de tombes, chiffonniers…
Des enfants laissés pour compte dans un pays où les plus pauvres ne peuvent que survivre.
Survivre, Saturnino tente de le faire.
Dans la rue, il lutte depuis la disparition de ses parents pour gagner quelques pièces, pour protéger Luzia, sa petite sœur, pour se souvenir des mots et des chansons que fredonnait leur mère.
Un jour, Saturnino rencontre un vieil homme qui se dit chef d’orchestre.
Il invite les gamins des rues à venir chez lui.
La musique a-t-elle le pouvoir d’effacer la peur et la solitude ? se demande Saturnino. (présentation Babelio)
L’auteur s’est inspiré d’un fait divers évoqué dans un journal : en Colombie, un chef d’orchestre a créé un orchestre d’enfants des rues. Dans son livre, l’auteur montre les difficultés rencontrées par les enfants qui cherchent à survivre dans la rue, et l’opportunité que leur apporte la musique. Ce petit livre illustre bien l’idée défendue par Philippe Hui d’une musique qui amène au respect et à l’entraide, une discipline qui amène à une société plus fraternelle.
Jean-François Zygel
Pourquoi faut-il continuer de jouer ?
Dans « les clefs de l’orchestre », Jean-François Zygel explique de grandes œuvres musicales, accompagné d’un orchestre.
Les 17 premières minutes de la video suivante expliquent, et donnent à voir aussi bien qu’à entendre la première partie de la danse macabre de Saint Saens :
Dans le texte suivant, Marion Maurin s’interroge : peut-on jouer de la musique comme on parle une langue ? La musique peut-elle être considérée comme un langage ?
https://fr.babbel.com/fr/magazine/la-musique-est-elle-un-langage
Elle fait remarquer :
- que les impros de jazz ressemblent à un dialogue
- que l’église catholique a longtemps considéré la musique comme une langue qu’elle cherchait à codifier pour produire intentionnellement des effets chez l’auditeur, car elle souhaitait contrôler ce mode d’expression
- que la codification de la musique fait penser à un langage (notation et règles de solfège, comme vocabulaire et syntaxe pour le langage)
- que musique et langage empruntent le même chemin cérébral
Mais la musique a-t-elle un sens ?
Le langage sert à désigner
Il permet une communication entre les individus. Le lien entre le mot et ce qu’il désigne crée du sens. Le langage tend à l’objectivité, même si chacun de nous interprète le réel.
La musique sert à exprimer au-delà des mots
Elle dépasse la fonction de communication du langage verbal. Elle ne désigne pas, elle évoque. Elle s’appuie sur la subjectivité. Exemple avec l’hymne à la joie : le titre explicite donne du sens. Mais chaque auditeur comprendra la musique différemment (selon sa culture et sa sensibilité)
Donc la musique ne peut être décrite comme une langue universelle.
Elle ne possède pas un sens, mais une tonalité affective.
De la même manière, le langage parfois rejoint la musique (poésie).
HLP : correction de la question d’interprétation du texte d’Hemingway
Question d’interprétation littéraire : En quoi ce texte rend-il compte du dilemme auquel tout soldat est confronté ?
Pour relire le texte à interpréter, cliquez ici.
Dilemme = choix difficile ; Pour le soldat, se pose le problème de tuer ou non.
Dans ce texte, le personnage hésite entre cesser de tuer, parce qu’on n’en a pas le droit, et continuer à tuer, parce que cela permet de défendre une cause juste (la liberté du peuple contre la tyrannie franquiste).
Ce dilemme apparait à travers la structure même du texte, constitué des nombreuses interrogations intérieures que se pose le personnage Robert Jordan. Les nombreuses phrases interrogatives (treize en vingt lignes), à la forme directe, soulignent l’état de doute du protagoniste. Les verbes introducteurs à la forme pronominale, comme « se demanda-t-il à lui-même » ligne 1, « se dit-il » répété aux lignes 7, 9 et 19, et « il se répondit » ligne 20 rappellent régulièrement au lecteur que ces questions correspondent aux réflexions intérieures du personnage. C’est un véritable discours intérieur auquel se livre Robert Jordan, que la magie de l’écriture donne à lire au lecteur.
C’est le jeu de questions – réponses qui permet de poser les termes du dilemme dès le premier paragraphe. On trouve à la fois l’idée que tuer est interdit, à travers le vocabulaire exprimant un jugement de valeur comme « tu as le droit de tuer » ligne 2 ou « c’est mal de tuer » ligne 5, et l’idée que tuer est une nécessité (« mais il faut bien ») pour défendre une cause. Ces deux idées sont bien présentées comme antithétiques, grâce aux réponses opposées « non » ligne 2 et « oui » aux lignes 5 et 6, ainsi qu’à la répétition de la conjonction « mais » qui martèle l’opposition aux lignes 2, 3 et 5. Le dilemme est donc clair : faut-il défendre une cause juste mais devoir tuer ? Ou faut-il ne pas tuer, mais laisser s’installer le fascisme ?
C’est l’opposition entre la nécessité et le droit qui rend compte du dilemme dans le deuxième paragraphe. Le personnage voit le fait de tuer comme une obligation « il faut tuer parce que c’est nécessaire » ligne 9. L’emploi d’un complément de cause montre bien que Robert Jordan cherche à expliquer ses actes criminels. Il les voit comme le seul moyen de défendre une cause qu’il croit juste. Mais il considère aussi que l’on n’a pas le droit de tuer, ce qui transparait dans les formules d’interdiction « on ne doit pas croire » ligne 8 et « il ne faut pas croire » ligne 10. L’alternance des phrases affirmatives et négatives souligne le dilemme du soldat : défendre « le droit [du peuple] de se gouverner à son gré » ligne 8 donne-t-il « le droit de tuer » ligne 9 ?
Ce dilemme prend toute sa dimension avec la focalisation de Robert Jordan sur une question particulière : combien de personnes a-t-il tuées ? Si la question apparait dès la première ligne « combien en as-tu tués ? », c’est dans le troisième paragraphe que cette question devient obsessionnelle, répétée aux lignes 11, 12 et 15. C’est une question dérangeante car elle met le soldat face à ses actes, ce qui explique ses premières réponses : « je ne sais pas » ligne 1 et « je ne tiens pas à m’en souvenir » ligne 11. Le lecteur perçoit clairement les incohérences des réponses que le personnage se fait à lui-même. A la question « tu le sais [combien tu en as tués] ? ligne 12, il répond « oui », ce qui exprime une certitude, mais cela s’oppose à la réponse suivante, incertaine : « on ne peut pas être sûr du nombre ». Ces réponses contradictoires, associées au champ lexical du meurtre (neuf occurrences du verbe « tuer » en vingt lignes, ainsi que l’emploi du terme fort « abattre » ligne 16 et de l’euphémisme « retirer la vie à un autre » ligne 25), souligne le dilemme du soldat, à travers cette question qui le tourmente du nombre de personnes qu’il a tuées.
De la même manière, l’insistance sur l’importance du nombre de victimes lors de l’attaque d’un train, avec la répétition de l’adverbe « beaucoup » ligne 13 (« en faisant sauter un train, on en tue beaucoup. Vraiment beaucoup. ») fait que l’on s’étonne du chiffre annoncé ensuite « plus de vingt » ligne 14. Si ce chiffre est déjà conséquent, il semble faible par rapport à ce à quoi l’on pouvait s’attendre. On peut alors se demander si une part de lui-même ne cherche pas à se mentir, ce qui est confirmé dans le paragraphe suivant, qui se termine sur cette injonction « tâche de bien piger et ne te mens pas à toi-même. » Cette insistance sur le nombre de victimes souligne la question du droit de tuer.
Et Robert Jordan finit par ne plus vouloir se poser la question, question qui pourtant le poursuit. C’est l’idée que l’on retrouve dans le dernier paragraphe, où deux faces du personnage se confrontent. Alors qu’une part de lui-même souhaite agir sans se poser de questions, l’autre part veut être sûre de son droit. Cette confrontation apparait avec la répétition de l’impératif « écoute » aux lignes 19 et 20, employé tour à tour par une part de sa conscience. Une partie de lui-même essaie de taire ses doutes « tu ferais mieux de ne pas penser à ça ». Mais l’autre partie l’oblige à y faire face, « écoute-moi, toi ! » ligne 20. Tout le dernier paragraphe est une incitation à la réflexion, avec l’emploi du tutoiement dans des phrases affirmatives et négatives qui deviennent ainsi des ordres et des interdictions : « Tu es en train de faire quelque chose d’important » ligne 21, « tu n’as pas le droit de faire les choses que tu fais » ligne 23. Il pose dans une même phrase la condition « si ce n’est pas clair dans ton esprit » ligne 23, la cause « puisque toutes sont criminelles » ligne 24, et la concession ligne 25 « à moins que ce ne soit pour empêcher que quelque chose de pire n’arrive à d’autres gens », s’obligeant ainsi à réfléchir à ses actes en pesant toutes les circonstances du problème.
Ce texte rend donc bien compte du dilemme auquel est confronté tout soldat en plaçant le lecteur au cœur du discours intérieur d’un personnage engagé dans un combat. Le jeu de questions-réponses et les contradictions qui traversent le protagoniste mettent en valeur l’écartèlement de celui-ci entre le désir de défendre une cause qui lui semble juste et la douleur de faire une action criminelle en tuant des gens, pour certains innocents.
Pour préparer l’écrit blanc de Première Générale
Réviser les méthodes du commentaire et de la dissertation
Revoir les séquences sur la littérature d’idées et le roman.
Vous pouvez relire les présentations des épreuves en vous reportant à la page ci-dessous :
Je vous propose ici une autre manière de présenter la méthode pour réussir le commentaire :
On lit une première fois le texte pour en comprendre le sens global. Puis :
1 on repère si c’est une poésie, un roman, du théâtre, de l’argumentation… et sa catégorie (roman réaliste, fantastique, d’aventures … ? comédie ou tragédie ? fable, discours, essai … ?)
2 De quoi ça parle ? Le texte raconte-t-il ? Quoi ? ou décrit-il ? Quoi ou qui ? ou explique-t-il ? ou argumente-t-il ? Sur quel sujet ?
3 Quelle est l’intention de l’auteur ?
Cherche-t-il à divertir ? à convaincre le lecteur ? à l’aider à se repérer dans l’histoire ? …
4 on cherche des éléments d’analyse et on les associe à une interprétation.
Idées d’éléments à observer dans un texte :
– la structure du texte : paragraphes, strophes…
– les phrases : courtes ou longues, leur type et leur forme
– les champs lexicaux
– les indications de lieu, de temps, les causes et les conséquences
– les verbes : temps employés et leur valeur
– les personnages
– les figures de style : comparaison, métaphore, énumération, répétition, anaphore, hyperbole (exagération)…
5 Ensuite on classe les éléments trouvés pour se construire un plan et on choisit une question qui permet de présenter ses idées.
6 Il reste à rédiger. On suit son plan. On associe toujours une idée à des exemples cités, expliqués, analysés et interprétés.
Sujet type bac d’interprétation littéraire, texte d’Hemingway
Question d’interprétation littéraire : En quoi ce texte rend-il compte du dilemme auquel tout soldat est confronté ?
Le récit décrit la guerre d’Espagne. Robert Jordan, un Américain, s’est engagé dans l’armée républicaine afin d’aider le peuple espagnol à lutter contre le Franquisme. Il vient d’abattre un cavalier ennemi, sur lequel il a trouvé des papiers qui lui ont permis d’identifier la victime.
Combien en as-tu tués ? se demanda-t-il à lui-même. Je ne sais pas. Tu trouves que tu as le droit de tuer ? Non. Mais il faut bien. Combien de ceux que tu as tués étaient de vrais fascistes ? Très peu. Mais ce sont tous des ennemis, contre la force de qui nous dressons notre force. […] Tu ne sais pas que c’est mal de tuer ? Si. Mais tu le fais ? Oui. Et tu continues à croire absolument que ta cause est juste ? Oui.
Elle est juste, se dit-il, non pour se rassurer, mais avec orgueil. J’ai foi dans le peuple et je crois qu’il a le droit de se gouverner à son gré. Mais on ne doit pas croire au droit de tuer, se dit-il. Il faut tuer parce que c’est nécessaire, mais il ne faut pas croire que c’est un droit. Si on le croit, tout se corrompt.
Mais combien penses-tu en avoir tués ? Je ne tiens pas à m’en souvenir. Mais tu le sais ? Oui. Combien ? On ne peut pas être sûr du nombre. En faisant sauter un train, on en tue beaucoup. Vraiment beaucoup. Mais on ne peut p as savoir exactement combien. Mais ceux que tu sais ? Plus de vingt. Et parmi ceux-ci combien de vrais fascistes ? Deux dont je suis sûr. Parce que j’ai été obligé de les abattre quand nous les avons faits prisonniers à Usera. Et ça ne t’a rien fait ? Non. Pas plaisir non plus ? J’ai décidé de ne jamais recommencer. J’ai évité de tuer ceux qui étaient désarmés.
Ecoute, se dit-il à lui-même. Tu ferais mieux de ne pas penser à ça. C’est très mauvais pour toi et pour ton travail. Puis il se répondit : Ecoute-moi, toi ! Tu es en train de faire quelque chose de très important, et il faut que je sois sûr que tu comprends. Il faut que je te fasse comprendre cela clairement. Parce que, si ce n’est pas clair dans ton esprit, tu n’as pas le droit de faire les choses que tu fais, puisque toutes sont criminelles, et qu’aucun homme n’a le droit de retirer la vie à un autre, à moins que ce ne soit pour empêcher que quelque chose de pire n’arrive à d’autres gens. Alors, tâche de bien piger et ne te mens pas à toi-même.
Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas (1940), Trad. D. van Moppès, Gallimard, 1967
Question d’interprétation littéraire : En quoi ce texte rend-il compte du dilemme auquel tout soldat est confronté ?

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