« Des maux contemporains mis en mots… »

  • Les aspects cruels de notre société semblent être une source d’inspiration pour écrire des poèmes ou des nouvelles. Lisa, dans son poème « Voilà venu… », s’insurge contre les violences faites aux femmes. Martin, Tom et Adrien mettent en évidence, dans leur nouvelle « Le Calvaire », les mécanismes du harcèlement scolaire et ses conséquences tragiques. Quant à Louise, Cyprien, Galdric et Lauriane, ils rendent compte, en chroniqueurs, des ressorts de la déception amoureuse et des travers dans lesquelselle peut conduire.

 

  • Et oui, le résultat de notre concours de nouvelles a été très serré. « Le Calvaire » et « L’Ami » ont été les nouvelles les plus plébiscitées avec six premières places chacune sur un nombre de vingt votants. D’une courte tête, la nouvelle « Le Calvaire » l’emporte car elle obtient cinq deuxièmes places contre quatre pour « L’Ami ». La troisième place revient à la nouvelle « Le Profiteur » écrite par Nicolas, Matéo et Alexandre en 2GT3.

 

Bravo et merci à eux pour leurs écrits et leur travail !

 

« Voilà venu… », Lisa Argentier, 1°S3.

 

Voilà venu l’automne, puis enfin ma fin,

Voilà venus les injures, les coups, le doux

Calvaire de ce paisible Enfer, et enfin

Voilà venu une souffrance sans fin, coups

 

Encore et encore, jour de désolation,

Et les vagues de mes pleurs s’échouent sur le sable

Une douleur terrible, tant de questions,

Cette souffrance est délicate, effroyable

 

Dans cette nuit d’hiver, le hibou, noir, hulotte

Les filles de la nuit et Héla étaient là

Telle la grande faucheuse, la vie, elle ôte

 

Souffrance abominable, – il était encor’ là –

Je voyais le bout, plus de pouls, – ô désastre –

– Une lumière – plus rien, puis un nouvel astre.

 

« Concours de nouvelles »

« Le calvaire »

par Martin DELEGLISE, Adrien FAVRE et Tom RENARD, 2GT3

 

        Antoine et Jonathan se promenaient sur les rives du lac du Bourget. Le soleil de midi miroitait sur les vaguelettes et la légère brise emportait les feuilles d’automne. Les deux amis contemplaient le paysage qui s’offrait à leurs yeux. Ils parlaient de choses et d’autres, de l’actualité, de leur travail, de leurs histoires d’amour mais aussi des histoires concernant leur enfance. Ils parlaient de leurs classes, des amis qu’ils avaient perdus de vue. Puis Jonathan, qui auparavant avait rencontré des difficultés liées à des moqueries et des insultes en fit part à son ami. Ils se rendirent compte à quel point un adolescent pouvait être méchant. Antoine dit: – En parlant de harcèlement, je vais te raconter une histoire qui m’est arrivée il y a une dizaine d’années dans mon collège.

 

«  Lorsque je suis rentré en classe de troisième au collège d’Annecy, j’ai rencontré une personne nommé Enzo. Il était grand comme une montagne, aux cheveux roux, avec plusieurs tâches de rousseur et assez rondouillard. Ce pauvre garçon n’avait jamais connu son père car il l’avait abandonné à la naissance et n’avait que sa mère pour l’élever. Sa mère était concierge et ils logeaient dans un appartement aussi petit qu’une fourmilière. Comme famille, il n’avait que sa mère mais malgré cela, j’étais stupéfait par son intelligence et ses excellentes notes. Le conseil du premier trimestre était passé et sans surprise, c’était Enzo le premier de la classe. On s’était bien rapproché et Enzo était devenu un très bon ami. J’allais souvent chez lui et nous partagions de très bons moments.

Mais un jour tout bascula. Un matin Enzo vint me voir et me dit qu’il avait reçu la veille au soir des messages insultants d’un groupe anonyme sur les réseaux sociaux. Il était paniqué et apeuré. Ses nerfs tressaillaient comme des ressorts d’acier, son sang coulait dans ses artères en torrent de lave. Pour le rassurer je lui dis :

– Ne te fais pas de soucis. C’est juste des personnes qui s’amusent bêtement à faire de mauvaises plaisanteries.

Puis on se mit à parler d’autres choses. Les jours passèrent et un matin de janvier, alors que les premiers flocons s’abattaient sur le gazon, Enzo revint me voir et me dit qu’il avait reçu un message du même groupe qu’auparavant mais que cette fois-ci, c’était, non pas juste des insultes, mais aussi des menaces inquiétantes à son sujet. Une semaine s’écoula et le fait de me montrer les messages reçus devenait habituel. A la fin janvier, lors de la récréation du matin, je m’étais absenté pour régler une affaire avec l’administration et j’avais laissé Enzo seul. Je n’aurai jamais imaginé qu’en revenant dehors, je verrai Enzo allongé par terre dans la neige froide entouré d’une dizaine d’élèves en train de lui lancer des glaçons et de lui donner des coups, le traitant comme une bête dans un abattoir. Je me précipitai pour aller l’aider et écartai le groupe qui s’en alla en ricanant et en l’insultant. Je le relevai et lui demandai s’il ça allait. Il ne me répondit point et repartit la tête baissée comme honteux d’un acte.                                                                                                                                                                                    Le soir même, lorsqu’il rentra chez lui, il se fit racketter et tabasser par un groupe de cinq personnes. Une fois rentré chez lui dans son appartement plus que précaire, il claqua la porte et alla instantanément dans sa chambre. Il avait la peau en sang, les vêtements déchirés comme s’il venait d’être attaqué par un groupe de félins n’ayant pas mangé depuis des lustres.   Le lendemain, lorsque je vis ses marques de coups sur son visage, je lui demandai ce qu’il s’était passé et il me raconta les faits. Je lui proposai :

– Cela prend des proportions exagérées ! Il faut en parler à des adultes.

– Mais non ! Rétorqua-t-il, tu l’as dit toi-même ! C’est juste une mauvaise période. En parler à des adultes ne changera rien !

Je voyais de moins en moins Enzo se présenter au collège. Jour après jour, lorsqu’Enzo venait, il subissait moqueries, insultes et coups de ses camarades. J’essayais tant bien que mal de le défendre mais je ne pouvais pas être présent tout le temps. Les harceleurs commençaient maintenant à me mettre la pression. Ils me menaçaient de subir le même sort si je continuais à le protéger. Peu à peu, rester avec Enzo était devenu un vrai calvaire. Je me prenais aussi des coups, j’étais aussi victime d’insultes et de moqueries. Je restai de moins en moins avec lui. Je finis par ne plus lui adresser la parole, c’est ainsi que notre amitié se brisa.

Après le conseil du deuxième trimestre, la mère d’Enzo fut convoquée à cause de la baisse de ses résultats et de ses absences répétées. Surprise, elle vint me voir et me dit :

– Sais-tu ce qui se passe avec Enzo ?

– De… de quoi ? Répondis-je inquiet.                                                                                                       – Enzo est devenu de plus en plus distant avec moi, ses résultats ne cessent de baisser et il est de plus en plus absent en cours.

Je fis mine de ne pas comprendre. Le lendemain, lors du premier cours de la matinée, le principal vint dans la classe et il nous parla du cas d’Enzo. Nous baissâmes tous, sans exception, la tête. J’avais honte, j’avais été lâche de ne pas avoir agi pour l’aider. C’était de ma faute. L’un des principaux harceleurs se dénonça et proposa d’écrire une lettre d’excuses. Le principal approuva et ordonna aux élèves de la donner à la mère d’Enzo le soir même.

Lorsque la mère d’Enzo lut la lettre, elle comprit tout. Elle se sentit coupable de ne rien avoir vu. La tristesse s’empara d’elle et éclata en sanglots. Après avoir rentré les poubelles, elle ouvrit la porte de son domicile, appela Enzo en lui disant que tout était fini. Elle commença à mettre la table et surprise qu’Enzo n’ai pas répondu, elle alla vers sa chambre avec une assiette à la main. Elle ouvrit la porte. Tout à coup le bruit de l’assiette se fracassant par terre retentit. Elle se trouva nez à nez avec son fils, mort, pendu pour échapper à sa vie et arrêter son calvaire. »

 

 

« L’ami »

par Louise BERTHET DIT RAMBEAU, Galdric CARIOU, Cyprien BARRANCA et Lauriane FLORES 2GT5

Début avril, trois amies finissaient leur soirée bien arrosée rue Jean Jaurès dans le salon de l’appartement albertvillois de Noa. Toutes étaient au lycée Jean Moulin et toujours ensemble. La première, plus jeune semblait aussi la plus calme. Toujoursà l’écoute, elle suivait souvent les deux autres dans leurs “délires”. La deuxième était brune aux yeux marron, en panique au moindre changement de programme dans son organisation. Et enfin Noa la plus âgée et sûrement la plus charismatique des trois, s’entêtait avec des idées fermées héritées de son père. Son fort caractère, égocentrique et ses coups de sang la distinguaient des autres filles. Physiquement, elle avait de longs cheveux blonds virant sur le roux, des yeux vert émeraude, un visage fin et une taille élancée qui lui donnait une certaine prestance naturelle sur ses interlocuteurs.

Comme d’habitude, la discussion tournait autour de Noa. Bière à la main, pieds sur la table basse, affalée dans le canapé, elle se releva brusquement et dit d’une voix ensommeillée

“ Au fait je vous ai pas dit !  J’ai appris un truc de fou y a pas longtemps.

-Explique-nous ! ” Reprirent ses amies en chœur. Cliquez ici pour lire la suite…L’Ami