artik Le quotidien pou la rantré 2008

30/09/08 – 09h27 – Hervé SCHULZ –

LANGUE ET CULTURE REGIONALES – QUELQUES ANNEES APRES LA MISE EN PLACE DE L’OPTION DANS L’EDUCATION NATIONALE – (*) Par l’extension de la loi Deixonne aux Dom, fin 2000.

Le créole creuse doucement son sillon

609 collégiens et lycéens ont pris l’option créole à la dernière rentrée scolaire. (Photos Raymond Wae-Tion)

Quelque six cents élèves ont choisi, cette année, l’option « langue et culture régionales » dans l’enseignement secondaire. Un effectif en augmentation sensible au fil des années ; mais le nombre d’établissements à proposer l’enseignement du créole reste, lui, très limité.

Près de huit ans après sa reconnaissance (*) comme « langue et culture régionales » (LCR), le créole creuse doucement son sillon dans l’Education nationale à la Réunion.

Dans le secondaire, le nombre d’enseignants certifiés (titulaires du Capes de créole) n’a pas beaucoup changé ces dernières années : il est actuellement de vingt. Le nombre d’établissements proposant cette option a lui aussi peu évolué (il est passé de douze en 2006-2007 à dix-sept cette année), de même que le nombre de classes (de vingt-quatre à trente-et-une).

En revanche, l’effectif d’élèves a sensiblement augmenté : six cent neuf collégiens et lycéens ont pris, à la dernière rentrée scolaire, l’option créole alors qu’ils n’étaient que trois cent soixante-quinze il y a deux ans, selon les chiffres du rectorat.

En somme, « le nombre d’élèves par classe a augmenté », observe Evelyne Pouzalgues, chargée de mission LCR pour l’académie, en pointant des « pôles de plus en plus solides»: au fil des années les établissements où l’option vivotait ont fini par la retirer ; dans les autres, elle s’est installée durablement.

[…]

Une option méconnue
La mise en place d’une option LCR dans un collège ou lycée s’inscrit dans le cadre du projet d’établissement et doit être validée par le conseil d’administration et le rectorat. En amont, il faut évidemment que la demande s’exprime, que ce soit de la part de la communauté éducative, des parents d’élèves ou du chef d’établissement.

Or Giovanny Lavarel relève, d’une manière générale, « une méconnaissance de cette option », notamment chez les élèves, y compris dans les établissements où elle est proposée. Vanessa Hervé, enseignante en créole au lycée Jean-Hinglo du Port et présidente de l’Association pour l’enseignement de la langue et de la culture réunionnaise, dresse un constat analogue. « Les gens sont sous-informés ; il y a un gros problème de communication », déplore-t-elle en pensant surtout aux parents d’élèves.

Ces derniers, précisément, ne se montrent-ils pas tièdes, voire hostiles vis-à-vis de l’enseignement du créole ? Giovanny Lavarel pointe la « situation de diglossie exacerbée » à la Réunion, où le créole, « hiérarchiquement inférieur » au français, est volontiers perçu, surtout dans les classes populaires, comme « un frein à l’élévation sociale ».

Vanessa Hervé connaît ce genre de réticences. Mais, assure-t-elle, « quand on rencontre les parents et qu’on argumente, ils sont attentifs. Quand on leur explique que la LCR ne consiste pas à apprendre à causer créole mais qu’il y a beaucoup de culture et que la maîtrise du créole permet de maîtriser la langue française et aide à devenir trilingue, les parents adhèrent à ce discours ».

D’une manière générale, alors que la mise en place de l’option s’était faite, il y a quelques années, dans une atmosphère polémique, aujourd’hui « beaucoup de gens – chez les enseignants, les parents, les cadres de l’administration – en parlent beaucoup plus calmement. Ca ne se perçoit pas toujours dans la réalité installée mais dans la réflexion », témoigne Evelyne Pouzalgues.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.