Quand l’objet donne à voir

Thème traité 

Images et langages : donner à voir, se faire entendre 

Les élèves devaient partager avec la classe un objet symbolisant une partie de son enfance. Tous ont participé et nous a livré une partie de sa vie tantôt avec des éclats de rire tantôt avec une timide tristesse. Le challenge était de créer un carnet de souvenirs d’enfance à la manière de Patrice Treuthardt, poète réunionnais.Il a passé son enfance au Port à La pointe des Galets et a partagé ses souvenirs dans Pipit Marmay Le Por.

De nombreux élèves ont pris en photo un de leur poche souvent leur maman. Ils souhaitaient les remercier pour l’éducation qu’elles recevaient ou pour les sacrifices fais pour elles.

Nouvel Kadafi, Larissa, Romane, Stessy ( seconde 8) la ékri pou in konkour  » Esclavage et Abolition »

« Esclavage et abolition à La Réunion
–? 20 décembre 1848 –? Récit de vie »

KER NOIR

Lib ou pa lib ?
En français et en créole réunionnais

Une Mémoire –Nout Mémoir

Kadafi, Larissa, Romane, Stessy, et Madame Georger H. V.

Lycée Jean Hinglo du Port

Voilà une nouvelle inspirée d’une histoire réelle. Nous sommes le 13 octobre 1848.

Une jeune femme, âgée de 23 ans, est installée sous une treille. Il fait beau mais elle n’a pas le loisir de profiter pleinement de cette douce chaleur. Elle veille sur deux petits garçons, les enfants des propriétaires. Sa mère avant elle s’est occupée des enfants de cette famille, et n’a jamais déçu ses maîtres. On a, alors, tout naturellement confié cette tâche à Babaline. Elle est une nénène tendre qui aime les garçonnets comme s’ils étaient les siens. Une longue robe de couleur sombre donne à voir une agréable silhouette, une moulure qui ne laisse pas les hommes de la propriété indifférents. Elle porte une tresse qui dissimule des cheveux frisés. Elle est belle. Babaline, tout en chantonnant « dodo mon baba » pour les enfants, pense à son mari. Elle se dit que sous ce soleil de plomb, Manshpiosh, doit être assoiffé et épuisé. L’homme est bien bâti, mais il lui est de plus en plus difficile d’exécuter les tâches distribuées par le commandeur. Il entend sans cesse : « Allez, fouille, pioche plus vite, avan mi shabouk aou » . Le temps de la coupe des cannes et celle de la cueillette du café semblent interminables pour les esclaves de l’habitation. Babaline et Manshpiosh sont parents d’un petit garçon nommé Tikoko. Il doit se réveiller au bardzour pour alimenter la maison des maîtres en eau : il fait à plusieurs reprises des allers-retours jusqu’au moulin à eau qui se trouve à 10 km de la propriété. Tikoko est un kaniki , il ne mange pas toujours à sa faim mais a un dynamisme remarquable. Il est noir, ses cheveux crépus en voulvoul laissent apparaitre un petit visage rond, des yeux brillants de malice et d’intelligence. Pourtant il n’a que 10 ans.
La famille Du Falbaé possède une trentaine d’esclaves. Le patriarche est un homme redouté par les colons. Monsieur du Falbaé a su s’entourer de grands propriétaires qui n’hésitent pas à quitter la capitale pour s’attabler dans sa demeure. Ainsi, la grande case à l’argamasse est construite de sorte que les plus grands notables se sentent à leurs aises. Il est bientôt 16 heures et Tikoko s’affaire à remplir les réserves d’eau. Ce soir, Monsieur reçoit encore se dit l’enfant. Ils ont donc besoin d’eau. Il fait ce qu’il a à faire …deux heures après l’eau est stockée. Tikoko doit se rendre maintenant à la cuisine afin de demander à Anin, le cuisinier, le droit de prendre congé. A l’arrière de la maison, le jeune garçon attend, et entend son maître rire à gorge déployée. Il se dirige vers la varangue et voit son maître s’entretenir avec un homme. Curieux et amusé par les rires, il écoute les paroles échangées par les deux hommes.
– « mais alors, les esclaves seront vraiment libres cette fois ? Mais comment allons nous faire pour maintenir notre production actuelle ? » dit une voix forte et grave.
– « Vous pensez réellement cher ami, ah,ah.. souhaitez-vous que cette abolition n’ait pas lieu ? » réplique le maître de Tikoko.
– « Tout à fait, ces braves esclaves ne sont pas nés pour être libres ; ils aiment nous rendre service. Certes, ils nous reviennent chers mais ils sont dociles » répond l’invité.
Le petit garçon prête l’oreille quelques minutes encore mais n’y comprend pas grand-chose , ils parlent français, lui créole réunionnais. Alors, n’ayant qu’un seul désir en tête, celui de retrouver sa maman, il court auprès d’Anin afin de lui demander l’autorisation de rejoindre les siens.

Le boucan de Babaline et de Manshpiosh ressemble terriblement aux autres boucans de la propriété. Tous à cette heure, laissent refroidir, quelques patates douces, quelques bananes ou une poignée de riz qui allaient constituer le plus gros repas de la journée. Ils sont souvent obligés de manger ce qu’ils peuvent ou ce qu’ils trouvent. Tikoko, blotti contre sa mère, attend la maigre récompense. Babaline souffle sur un bout de patate douce en regardant avec tendresse et aussi de la souffrance, Manshpiosh. Son homme prépare, avec difficulté, sa tisane de bois d’Osto, comme tous les soirs, pour que ses mains puissent supporter une journée de plus.
– « maman , kosa i lé in zésklav ? » demande Tikoko tout à coup. La mère pelant machinalement les racines, ne l’entend pas , ne lui répond pas.
– « hin, é … in zésklav i pe ét lib ? » , Tikoko ne lâche pas l’affaire. Il ne comprend guère ces mots mais il les a entendus. La mère agacée , finit par lui répondre :
– « bin, akoz ou i demann amoin sa ? kisa la koz aou zésklav ? » .
– « moin la antann Monsie Du Falbaé koz ék in ot Gro Mesie, zot la di « bann zésklav lé pa né pou ét lib », aprésa zot la koz in Mesié , moin la pa tro konpri de kisa zot té i koz… lété Garika, in nafér konmsa, la di li lé la Rénion pou rann zésklav lib. Ala poukosa mi demann aou, momon. »
La mère reste d’abord impassible, puis d’une voix fébrile et ferme à la fois dit à Tikoko que ce sont des histoires de Blancs, pas celles des Noirs et encore moins celles des enfants.

Le lendemain matin, la rumeur a fait le tour de l’habitation. Les esclaves intrigués par cette affaire ne savent pas quoi penser : libre ! , des esclaves libres ! ils s’interrogent. Cependant, la vie d’esclaves reprend son cours.
Il se passe quelque chose dans la maison des maîtres : des hommes se présentent et repartent très rapidement, très discrétement. En cette après-midi du 20 octobre 1848, les domestiques voient se présenter des notables , arrivant de Saint Denis, des alentours, épuisés mais satisfaits à leur départ. Babaline, sait que se joue quelque chose d’important : le maître les reçoit tous sous la varangue. Les Gros Blancs semblent inquiets. Ils ont en mémoire 1794. Tous ne repartent qu’après avoir lancé un rire strident de contentement dans la maison. La jeune mère et les domestiques entendent ces hommes, entrer, se saluer , chuchotter, parler, rire, puis sortir. Babaline entend un propriétaire dire : « tuer Sarda Garriga ou l’obliger à quitter La Réunion ». Elle entend que ce Sarda Garriga va rencontrer des esclaves le 24 octobre. Babaline , le soir venu, en informe le camp. Les esclaves de la famille Du Falbaé s’interrogent , se mettent à penser à une vie un peu meilleure car il est vrai que si les propriétaires veulent la perte de ce Sarda Garriga c’est qu’il est bon pour les esclaves ! Cet espoir flotte au dessus de l’habitation ; mais il est stoppé aussitôt : le commandeur vient de condanmer un compagnon à Manshpiosh à 100 coups de shabouk : il est puni d’avoir osé rêver d’ une vie meilleure.

Nous sommes le 28 octobre 1848. Tous les esclaves sont étonnés de l’arrivée d’un esclave inconnu. Tandis qu’ils l’observent, lui, s’avance vers la maison des maîtres au grand étonnement de ses semblables. Alors le maître sort de chez lui et se met debout sur le seuil de sa porte, l’esclave s’arrête à quelques mêtres de Monsieur Du Falbaé. L’homme noir prend la parole et dit : – « Ojourdui lér la arivé pou nou ét libéré, moin la ni pou anons azot Sarda Garriga la resu anou pou koz su bann « contrat de travail ». Sa i ve di nou lé lib ». Le maître agacé, énervé demande de le mettre à la porte en criant haut et fort : – « Sors d’ici misérable avant que je ne te fasse tuer sur le champ , dégage de ma propriété et que je ne te revoie plus …. Vous pouvez toujours attendre pour votre soit disant liberté ». Les tensions grandissantes entre les esclaves et les maîtres apparaissent comme des signes annonciateurs. Les riches propriétaires se préocuppent de leur rendement, de la gestion de leur main d’œuvre. Les esclaves eux, sensibles à ce climat de tensions, subissent l’agacement et la dureté des commandeurs et des maîtres. Alors, la venue de cet esclave accroit davantage cette atmosphère étrange.

Le mois de novembre est un mois très difficile. Le travail dans les camps s’est intensifié. Les maîtres doivent, avant le 20 décembre, soit libérer les esclaves, soit leur proposer un contrat de travail. Les maîtres font, alors, travailler les esclaves plus vite, plus longtemps, plus péniblement. La chaleur est intense. Le Tiak tiak des coups de sabres rythment le travail. L’atmosphère est empreinte de la sueur de ces « bêtes de somme ». Les esclaves assoiffés, affamés, maigrissent à vue d’œil. L’espoir s’évapore de jours en jours, l’agonie se profile. Les coups de shabouk deviennent incessants. Tous les soirs, le retour aux paillottes s’apparente à une délivrance, les Noirs préférant le repos au maigre repas quotidien. Un soir, le commandeur demande aux esclaves de prendre une décision : quitter le camp ou signer un contrat de travail. Ils décident malgré la fatigue et la souffrance de rester. Pourquoi ? Parce qu’il est préférable d’habiter le lieu que de vivre dans l’inconnu. Manshpiosh, lui, est aussi à bout de souffle. Ses joues creuses lui donnent plus que ses 35 ans. Il n’y a plus que la peau sur les os, ses yeux vitreux laissent apparaitre un homme sans âme. Les lèvres sèches, déshydratées, les pieds cornés, les mains ensanglantées, à moitié vêtu, il n’est plus qu’une partie de lui-même. De nouveaux travailleurs font leur arrivée : ils prennent, à leur tour, possession du camp. Ils s’installent près de la maison des maîtres, disposent de calbanons qui semblent être plus confortables. Cette nouvelle organisation provoque alors un sentiment d’inégalité. Des tensions se font rapidement sentir.

Nous sommes le 20 décembre 1848. Manshpiosh, Babaline et d’autres se trouvent au milieu d’une foule venue voir ce Sarda Garriga. Ils ont pris la route accompagnés d’autres Noirs, en secret, trois jours plus tôt. Le couple attend donc avec une certaine impatience l’arrivée de ce commissaire général de La République. Ils ne pensent guère à leur libération, ils ne savent pas réellement ce que veut dire ce mot, mais les « travailleurs » sont curieux d’entendre ce que Garriga a à leur dire.
Tout le monde se bouscule pour pouvoir être au premier rang. Tout à coup, un homme fait son apparition. Sarda Garriga debout, tient dans sa main droite une lettre et se présente au peuple. Il porte une écharpe tricolore et une cocarde rouge. L’homme regarde la foule, des hommes, des femmes, des enfants Noirs qui l’entourent. Son visage est tourné vers la foule peuple : des hommes, femmes et enfants Noirs qui se pressent autour de lui. Le commissaire prend la parole et dit :
– « Mes amis, les décrets de la République française sont exécutés : vous êtes libres. Tous égaux devant la loi. Vous n’avez autour de vous que des frères. La liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes d’elle, en montrant à la France et au monde qu’elle est inséparable de l’ordre et du travail. Jusqu’ici, mes amis, vous avez suivi mes conseils ; je vous en remercie. Vous me prouverez que vous m’aimez en remplissant les devoirs que la société impose aux hommes libres. Ils seront doux et faciles pour vous. Rendre à Dieu ce qui lui appartient ; travailler en bons ouvriers comme vos frères de France, pour élever vos familles : voilà ce que la République vous demande par ma voix. [ …] Vous avez tous pris des engagements de travail; commencez-en dès aujourd’hui la loyale exécution.
Un homme libre n’a que sa parole, et les promesses reçues par les magistrats sont sacrées.
Vous avez vous-mêmes librement choisi les propriétaires auxquels vous avez loué votre travail; vous devez donc vous rendre avec joie sur les habitations que vos bras sont destinés à féconder et où vous recevrez la juste rémunération de vos peines […] Je vous ai trouvés bons et obéissants: je compte sur vous. J’espère donc que vous me donnerez peu d’occasions d’exercer ma sévérité; car je la réserve aux méchants, aux paresseux, aux vagabonds et à ceux qui, après avoir entendu mes paroles, se laisseraient encore égarer par de mauvais conseils.
Mes amis, travaillons tous ensemble à la prospérité de notre Colonie. Le travail de la terre n’est plus un signe de servitude depuis que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu’elle prodigue à ceux qui la cultivent. Propriétaires et travailleurs ne forment plus désormais qu’une seule famille dont tous les membres doivent s’entraider. Tous libres, frères et égaux, leur union peut seule faire leur bonheur. […] Vous m’appelez votre père; et je vous aime comme mes enfants; vous écouterez mes conseils: reconnaissance éternelle à la République française qui vous a fait libres! et que votre devise soit toujours Dieu, la France et le Travail. Vive la République! »
La foule est en liesse, un sentiment de joie s’empare alors de ces Noirs devenus citoyens. Parmi la foule, Manshpiosh et Babaline se regardent, s’interrogent sans dire un mot : libre mais travailler quand même ! Former une famille avec les propriétaires ! Babaline se tenant avec fermeté, pour ne pas flancher, dit à son mari : « ou la antandu, Manshpiosh, ,nou lé lib … ». Manshpiosh lui répond : – « oui ».
Le peuple se met alors à chanter, ils font des objets qui les entourent des instruments de musique : à qui trouve un bout de tôle, il a un sati ; à qui trouve un seau, il donne le ton avec un rouleur. Les Noirs chantent en cœur leur liberté. Des femmes et des hommes se laissent guider par ce dounm dounm, les corps bougent, se meuvent au son du maloya. Les corps transpirent de joie. Babaline et Manspiosh ne participent pas à cette fête pour la liberté, ils prennent la route retrouver leur Tikoko resté à l’habitation.
Après trois jours de marche, Babaline, avant même chercher à se désaltérer, se dirige vers les femmes du camp, retrouver son petit bonhomme. A la vue de Babaline, les femmes baissent les yeux, Babaline leur demande où est Tikoko. Une des femmes répond alors : – « moin lé dézolé, nou la pa gingn fé rien. Le komandér la ni trap Tikoko la amén ali. La di Tikoko i sava travay si in ot bitasion. ».

Ala in zistoir la vréman éspasé. Nou lé le 13 oktob 1848.

Inn jene fanm, néna 23 an, lé asiz sou la trèy. I fé botan soman èl i gingn pa profit konmkifo. El i vèy si de ti garson, bann marmay le propriétèr. Son monmon lavé avan él okip bann marmay famiy la, é èl la jamé désu son bann mèt. Alors, san rod kisa la gingn, kisa la pérd, la done Babaline travay la. El lé inn nénène i kaline, i inm bann ti garson konmsi té la sienne. Inn rob long, koulér la nuit, i lès devine inn joli moulure i lès pa tout bann bonome la propriété indiféran. El i port inn très i kashièt bann sheve konié. El lé joli. Babaline, minmtan èl i shant « dodo mon baba » pou bann marmay, i majine son mari. El i di an èl minm sou gro solèy la, la gorz Manshpiosh i doi ét sék é son kor krazé. Le bonome lé bien bati, soman lé de plis an plis difisil pou li fé tout le bann travay le komandèr i demann ali. Li antann toultan: « Alé, fouy, piosh plis vitman, avan mi shabouk aou ». On diré le tan la koup kann ék le tan ramas kafé i fini pi pou bann zésklav si le kanitasion. Babaline èk Manshpiosh lé le papa-monman inn ti garson i port Tikoko. Li doi lév bardzour pou alé rod delo pou la kaz bann mèt: li sava plizier foi dann la journé le « moulin à eau » i tonm 10 km la propriété. Tikoko lé in kaniki, li manj pa toujour vant plin soman tout demoune i remark son kapab. Li lé noir, son bann sheve konié an voulvoul i lès voir inn ti figir ron, bann zié i briy sanm la malis é son lintélijans. Pourtan li néna rienk 10 an.

La famiy Du Falbaé néna inn trantinn zésklav. Tout bann kolon i redout le gramoun. Mesie Du Falbaé la gingn antour ali sanm bann gran propriétèr i ézit pa sort la kapital pou nir manj la tab gran kaz la. Parlfèt, gran kaz largamas la lé bati an sort tout bann gran notab i san azot a zot èz. Lé biento 4ér laprémidi é Tikoko i dégaj pou ranplir bann rézèrv lo. Asoir, Mesie i resoi ankor i di ali minm le marmay. Alors, banna la bezoin delo. Li fé sat li néna pou fé …de zér apré lo lé stoké. Tikoko i doi aster alé la kuizine pou demann Anin, le kuizinié, lotorizasion rant son kaz. Dérièr le gran kaz, le jene garson i atann, é i antan son mèt ri le gozié gran rouvèr. Li pran direksion la varang é li voi son mèt koz èk in Mesié. Fourné , dann kontantman bann rir, li ékout sat banna i di.
– « mais alors, les esclaves seront vraiment libres cette fois ? Mais comment allons nous faire pour travailler les champs ? » i di inn voi for é grav.
– « Vous pensez réellement cher ami, ah,ah.. souhaitez-vous que cette abolition n’ait pas lieu ? » i réponn le mèt Tikoko.
– « Tout à fait, ces braves esclaves ne sont pas nés pour être libres ; ils aiment nous rendre service. Certes, ils nous reviennent chers mais ils sont dociles » i réponn le linvité.
Le ti garson i drès son zorèy detroi minit ankor soman li konpran ti gine-gine sat té i di. Banna i koz fransé, ali kréol rénioné. Alors, konm ,avé rienk in sél majinasion dann son koko, artrouv son momonm, li kour koté Anin pou demann ali lotorizasion rant son kaz.

Le boukan Babaline èt Manshpiosh i resanm tré pou tré dann malizé lé zot boukan la propriété. Tout sèt èr si, i kit refroidi, de-troi patat, de-troi fig oubien inn poinié d’ri le gardien le kan lavé distribué. Sa i parté èt le plis gro manjé la journé. Banna lé souvan oblijé manj sat zot i gingn oubien sat zot i trouv. Tikoko, kosté kont son monmon, i atann le mèg rékonpans. Babaline i souf si in bout patat é an minm tan èl i regard avèk tendrès é osi sanm la soufrans, Manshpiosh. Son tégor i prépar, él malizé, son tizane boi d’Osto, konm tou lé soir, pou son de min i gingn suport inn journé an plis.
– « maman , kosa i lé in zésklav ? » i demann Tikoko toudinkou. Le moman, trann tir la po, konm toultan, si bann rasine, èl i antan pa li, èl i réponn pa li.
– « hin, é … in zésklav i pe ét lib ? » , Tikoko i lash pa le zafèr. Li konpran pa tro bann mo li lavé antann. Le monman, agasé, i fini par réponn ali:
– « bin, akoz ou i demann amoin sa ? kisa la koz aou zésklav ? » .
– « moin la antann Monsie Du Falbaé koz ék in ot Gro Mesie, zot la di « bann zésklav lé pa né pou ét lib », aprésa zot la koz in Mesié , moin la pa tro konpri de kisa zot té i koz… lété Garika, in nafér konmsa, la di li lé la Rénion pou rann zésklav lib. Ala poukosa mi demann aou, momon. »
Le monman i rèst dan in premié tan san santiman, san réaksion , aprésa, sanm inn voi i tranm soman an minmtan fèrm, i di Tikoko sa bann zistoir bann Blan, sa la pa sat bann Noir è ankor moin sat marmay.

Landmin matin, le ladi lafé la fé le tour labitation. Bann zésklav, intrigé par zistoir la, i koné pu kosa i fo majiné. Alors, la vi bann zésklave i repran son kour.

Néna in nafèr i éspas dan la kaz bann mèt: bann Mesié i prézant azot é i arsava vitman, an misouk. Dan se laprémidi 20 oktob 1848, bann doméstik i voi bann groblan prézant azot, i sort Sin-Dni, dan bann zalantour, krazé soman kontan kan zot i sava. Babaline, i koné néna in zafèr inportan lé trann spasé: le mèt i fé rant azot sou la varang. Tout i sar pa san anvoy in rir i travers la siél sanm le kontantman dan la kaz. Le jene monman ék bann doméstik i antann bann mesie la, i rant, i di bonjour, i koz tidousman, i koz, i rir, épisa i sort. Babaline i antan in propriétèr di: « tuer Sarda Garriga ou l’obliger à quitter La Réunion ». El i antan dir Sarda Garriga la i sava rankont bann zésklav le 24 oktob. Babaline , kan le soir la fine arivé, i inform tout le kan. Bann zésklav la famiy Du Falbaé i poz azot késtion, zot i majine inn vi in pe plis méyér akoz lé vré si bann propriétèr i ve la pèrt Sarda Garriga i ve dir li lé bon pou bann zésklav! Léspoir la i flot desi le propriété; soman i arèt ali tèl li komans: le komandèr i vienn kondané in kamarad Manshpiosh 100 kou d’shabouk: i puni ali akoz li la oz rèv inn vi plis méyer.

Nou lé le 28 oktob 1848. Tout bann zésklav lé étoné kan in zésklav zot i koné pa i ariv. Minmtan zot i louk ali , ali, li avans vèr la kaz bann mèt ; tout demoun lé dann gran létonman. Alors le mèt i sort son kaz é i mèt ali debout si son padport, le zésklav i arèt de-troi mèt Mesie Du Falbaé. Le mesie noir i pran la parol é i di: – « jordu lér la arivé pou nou ét libéré, moin la ni pou anons azot Sarda Garriga la resu anou pou koz su bann « contrat de travail ». Sa i ve di nou lé lib ». Le mèt agasé, énervé i demann mèt ali deor é i kri for: – « Sors d’ici misérable avant que je ne te fasse tuer sur le champs , dégage de ma propriété et que je ne te revois plus …. Vous pouvez toujours attendre pour votre soit disant liberté ». le bann traka té i mont ant bann zésklav épisa le bann mét té konm bann prévnans. Bann Groblan té i majine an kapkap bann randman, le manièr amène la « main d’œuvre ». Bann zésklav té i rosan bien se mové lanbians la é zot té i subi le traka, la kolèr bann komandér ék bann mét. Alors, le zésklav lété la la fé grandi ankor plus le drol latmosfèr.

Le moi novanm lé in moin difisil, vèy pa koman. Na plis travay dan bann kan. Bann mèt i doi, avan le 20 désanm, soi libèr bann zésklav, soi propoz azot in kontra d’travay. Alors, banna mèt i fé travay bann zésklav plis vit, plis lontan, plis dir. La shaler i done le grin. Le Tiak tiak bann kou d’sab i donn la kadans le travay. Dan lèr néna loder transpirasion domoune i travay konm bef. Bann zésklav la gorz sék, fine vien még dék ou i ferm le zié. Léspoir i évapor jour apré jour, tipa tipa zot i krèv. Bann kou d’shabouk i arèt pi. Tou lé soir, banna i trouv inn délivrans rienk kan zot i artourne dan zot boukan ; bann Noir, ziska, i préfèr reposé olerk manj zot ti manjé tou lé jour.

In soir, le komander i demann bann zésklav prann inn désizion: soi zot i rès si le kan é zot i sign in kontra travay, soi zot i sava. Banna i désid malgré la fatig é la soufrans rès la minm. Afèr? Akoz pou zot lé plis méyér abit térla olerk viv ousa zot i koné pa. Manshpiosh, ali, li osi lé o bout. Son bann jou kré i donn ali plis son 35 an. I rés ali rienk la po si bann zo, son zié, konm bann vit, i fé konsi li na pi d’lam. Sanm son bann lèv sèk la bezoin delo, son bann pié boubouté, son min ousa le san la fine kayé, son linj déshiré, li lé rienk in bout li minm. Bann nouvo travayèr la arivé, i akapar, zot tour, in bout le kan. Zot lé plis koté la kaz bann mèt, zot néna in kalbanons on diré lé plis konfortab. Nouvo lorganizasion la i done in santiman tout demoune lé pa parèy. Vitman bann premié ralé pousé i komans.

Nou lé le 20 désanm 1848. Manshpiosh, Babaline èk dot zésklav lé dann milié inn foul la vni voir Sarda Garriga la. Zot la pran le shemin sanm dot Noir, an misouk, troi jour avan. Le kouple i atann ék in pe linpatians le komisèr jénéral La Républik i ariv. Zot i majine pa tro zot libérasion, zot i koné pa vréman kosa i ve dir mo la, soman bann « travayer » lé kurié antann sat Garriga néna pou di azot.
Tout demoune i pous pou èt premié ran. Toudinkou, in boug i ariv. Sarda Garriga debout, i tien dan son min droit inn lèt é li prézant ali vizavi le pép. Li néna in lésharp troi koulér ansanm inn kokard rouj. Le boug i gard la foul, bann bonome, bann fanm, bann marmay Noir i antour ali. Le komisèr i pran la parol é i di :
« Mes amis, les décrets de la République française sont exécutés : vous êtes libres. Tous égaux devant la loi. Vous n’avez autour de vous que des frères. La liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes d’elle, en montrant à la France et au monde qu’elle est inséparable de l’ordre et du travail. Jusqu’ici, mes amis, vous avez suivi mes conseils ; je vous en remercie. Vous me prouverez que vous m’aimez en remplissant les devoirs que la société impose aux hommes libres. Ils seront doux et faciles pour vous. Rendre à Dieu ce qui lui appartient ; travailler en bons ouvriers comme vos frères de France, pour élever vos familles : voilà ce que la République vous demande par ma voix. [ …] Vous avez tous pris des engagements de travail; commencez-en dès aujourd’hui la loyale exécution.
Un homme libre n’a que sa parole, et les promesses reçues par les magistrats sont sacrées.
Vous avez vous-mêmes librement choisi les propriétaires auxquels vous avez loué votre travail; vous devez donc vous rendre avec joie sur les habitations que vos bras sont destinés à féconder et où vous recevrez la juste rémunération de vos peines […] Je vous ai trouvés bons et obéissants: je compte sur vous. J’espère donc que vous me donnerez peu d’occasions d’exercer ma sévérité; car je la réserve aux méchants, aux paresseux, aux vagabonds et à ceux qui, après avoir entendu mes paroles, se laisseraient encore égarer par de mauvais conseils.
Mes amis, travaillons tous ensemble à la prospérité de notre Colonie. Le travail de la terre n’est plus un signe de servitude depuis que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu’elle prodigue à ceux qui la cultivent. Propriétaires et travailleurs ne forment plus désormais qu’une seule famille dont tous les membres doivent s’entraider. Tous libres, frères et égaux, leur union peut seule faire leur bonheur. […] Vous m’appelez votre père; et je vous aime comme mes enfants; vous écouterez mes conseils: reconnaissance éternelle à la République française qui vous a fait libres! et que votre devise soit toujours Dieu, la France et le Travail. Vive la République! »
Toute demoune i sot ék kontantman dann kér, ala bann Noir lé devnu sotoyin. Anparmi la foul, Manshpiosh èk Babaline i gard azot, i rod kozé san rouv la boush. : lib soman i fo travay kan minm! Nir inn famiy sanm bann propriétèr! Babaline debout droit, pou pa larg le kor, i di son mari: « ou la antandu, Manshpiosh, nou lé lib … ». Manshpiosh i réponn aèl: – « oui ». La foul i shant, banna i fé bann zinstriman la mizik sanm tout bann zobjé i antour azot: sétaki i trouv in bout tol, li néna in sati ; sétaki i trouv in so, li done roulèr. Bann Noir i shant an kér zot libérté. Bann fanm èk bann zonm i kit azot gidé par dounm dounm la, bann kor i bouj, i roul maloya. Bann kor i débord kontantman. Babaline èk Manspiosh i partisip pa fèt la pou la libérté, banna i trap zot shemin pour retrouv zot Tikoko la rèst bitasion.
Zot la karapaté troi zour. Babaline, avan minm alé rod in nafèr pou boir, i dirij aèl vér bann fanm le kan, pou retrouv son ti bonome. Kan zot la vu Babaline, bann madame la bès le zié ; Babaline i demande ousa i lé Tikoko. In fanm anparmi i réponn alors: – « moin lé dézolé, nou la pa gingn fé rien. Le komandér la ni trap Tikoko la amén ali. La di Tikoko i sava travay si in ot bitasion. ».