Archive pour Actualités

Le caricaturiste, « un journaliste qui sait dessiner »

Les dessins de presse comptent parmi les ressources que j’affectionne à utiliser en classe. L’enjeu du dessinateur est passionnant : avec un angle de vue et un trait d’humour, il faut commenter le plus simplement du monde une actualité parfois complexe. Depuis le mois de juin se tient à Rennes une exposition intitulée « Dessins de presse à la Une » où une cinquantaine de caricaturistes donnent leur définition du cartoon. Le regard porté par ces professionnels sur leur métier éclaire la lecture de leurs œuvres. Pour l’Iranienne Firoozeh Mozaffari, »un caricaturiste est un journaliste qui sait dessiner« . Pour Plantu, dessiner c’est «raconter en image la résonance politique d’une actualité » et être amené à dépasser des limites.

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Un article de l’Humanité présentant l’exposition note que « la question des tabous propres à chaque culture est centrale dans l’exposition. C’est pourquoi elle présente une originale Carte des tabous. Dessinée par les cartoonistes de Cartooning for Peace, cette carte combat les interdits en montrant qu’on ne représente jamais Mao en Chine, de même qu’on ne parle pas de la mort en Suède ou de l’homosexualité au Kenya. Plantu, le parrain de l’exposition, explique le délicat travail du dessinateur?: «?Il y a des tabous qu’il faut observer et d’autres qu’il faut transgresser». »

Aujourd’hui, les mesures françaises de rapatriement des Roms vers la Roumanie et la Bulgarie ont un écho dans toute l’Europe. Sans faire de bulle, le pape Benoît XVI fait entendre la voix de l’Eglise. Sans faire de bruit, les dessinateurs de presse croquent une situation en questionnant par exemple la libre-circulation des personnes dans l’Union européenne.

Les Roms en Europe, Frédéric Deligne, Nice-Matin (Cagle cartoons)

Air Sarkozy, Hachfeld, Courrier international

Pour aller plus loin :

L’Humanité a consacré un article à l’exposition Dessins de presse à la Une tout comme le webzine Backchich Info.

Sur la [email protected] : Le séisme en Haiti mobilise les dessinateurs de presse

Foot story, le feuilleton d’un été pourri

Foot Story

Pezula Resort, un hôtel clinquant d’Afrique du Sud, est le théâtre de la nouvelle émission de télé-réalité de TF1 : Foot Story. Télé-réalité = télé-poubelle ? En tout cas, les joueurs ont la tête dans le sac…

Résumé de l’épisode précédent : Hier, dans Foot Story, Franck a dit que « c’est son cœur qui parle« , que Yohan « on a besoin de lui« , que c’est « n’importe quoi« , que « j’ai les boules« , qu’il « faut calmer un peu le truc parce qu’on est en train de faire n’importe quoi« . T’as vu la France comment elle souffre ? Je suis choqué.

Pour dissoudre l'équipe française de football, tapez 1…

Pour demander la nationalité brésilienne, tapez 2…

Le rôle de l’historien est-il de juger ?

L’année dernière, le sujet de philo pour les Terminales L m’avait inspiré puisqu’il portait sur « L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?« . Cette année, c’est au tour de la série ES de plancher sur le métier d’historien et les finalités de l’histoire. Les deux sujets nécessitent une réflexion sur la construction de la vérité.  Je repêche dans mon billet précédent quelques éléments de réflexion mais, avant, traçons quelques pistes à suivre pour répondre au sujet :

« Le rôle de l’historien est-il de juger ? »

  • Comment l’historien et le juge font-ils pour s’approcher de la vérité ?
  • La vérité historique est-elle une vérité judiciaire ?
  • L’historien ne doit-il pas porter un jugement sur le passé pour construire un présent meilleur ?
  • Qu’attend la société de l’historien ?
  • Le travail de l’historien est-il d’écrire une histoire-sentence ?


Quand l’historien est appelé à la barre …

Avant d’être un sujet de philo, cette question rappelle un débat de société dans les années 1990. Ce qu’explique très bien Jean Leduc dans son article de 2009 intitulé « Les historiens français contemporains et la question de la vérité. »

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« Déjà effleurée lors du procès Faurisson (universitaire français condamné pour contestation de crime contre l’humanité) en 1984 (…), la confrontation entre vérité historique et vérité judiciaire s’élargit, dans la décennie 1990, quand les universitaires sont sollicités d’intervenir dans plusieurs affaires concernant la période de l’Occupation. D’une part, dans les procès Touvier (chef la milice française condamné pour crime contre l’humanité en 1994) et Papon (haut-fonctionnaire français condamné pour complicité de crime contre l’humanité en 1998), certains d’entre eux sont cités comme témoins et donc invités à dire, à la barre, « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». D’autre part, en réponse à des diverses demandes – publiques ou privées – leur expertise est requise (…). Si certains historiens de métier acceptent ces rôles de témoin ou d’expert, d’autres se récusent et un débat s’instaure qui atteint son apogée lors du procès Papon en 1998« 

L’impartialité dans la recherche des preuves : un point commun entre le juge et l’historien

Pas d’affirmations sans preuves, pas d’histoire sans faitsdit Antoine Prost dans ses leçons sur l’histoire. Les preuves permettent de faire émerger une vérité. Mais pour avoir des preuves, il faut des sources écrites (textes, …), iconographiques (images en tous genres), orales (témoignages) ou vidéos. Faire de l’histoire, c’est pister les traces du passé pour établir des faits. Pour arriver à son but, l’historien(ne) passe obligatoirement par la case “archives” pour croiser les sources, confronter les points de vue et tendre vers l’objectivité…

Mais, pour Antoine Prost, “l’objectivité est impossible en histoire… Plutôt que d’objectivité, il faudrait parler de distanciation et d’impartialité. La comparaison de l’historien et du juge est ici éclairante. Le juge ne peut être totalement objectif : dans l’appréciation qu’il formule sur un crime passionnel, ses sentiments personnels jouent inévitablement. Mais la procédure est contradictoire : les points de vue de l’accusation et de la défense sont défendus également, et les chroniqueurs disent impartial le juge qui tient la balance égale entre les deux parties, pose des questions sans parti pris, s’en tient aux faits. Ainsi doit-il en aller pour l’historien qui doit éviter les perspectives unilatérales.”un-juge-donne-son-verdict-au-tribunal_17449_w250

L’historien : tirer les leçons du passé pour un présent meilleur

Si la recherche de la vérité rapproche les métiers de juge et d’historien, l’analogie s’arrête là selon Marc Bloch. L’un juge et condamne, l’autre cherche à comprendre sans émettre de jugement de valeur. La décision d’un juge est irrévocable alors que le travail d’un historien peut être révisé. Mais l’historien n’est-il pas amené à « juger » lorsqu’il travaille sur Hitler ou Staline ? Ne doit-il pas montrer du doigt les affres du passé pour éclairer notre présent ? L’historien qui tire les leçons du passé s’engage aussi à bâtir un avenir meilleur en évitant aux citoyens de commettre les mêmes erreurs. Investi de ce rôle dans la société, l’historien doit cependant prendre ses distances avec ce que peut lui demander la société. L’historien est un chercheur, un enseignant mais il arrive qu’il soit convoqué à la barre d’un tribunal en qualité de témoin. Lorsque les historiens sont appelés à témoigner lors des procès Touvier ou Papon, ils sont appelés en qualité d’expert. L’historien, même spécialiste d’une période (la Seconde Guerre mondiale, l’occupation nazie en France), n’est pas juge. Il a par contre un devoir de responsabilité en tant que citoyen éclairé par ses recherches. Mais, en plein débat entre les parties civiles et la défense, l’historien risque d’être instrumentalisé lors d’un procès…

L’historien : le souci d’indépendance

« L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. » Cette phrase tirée de l’appel de 19 historiens« Liberté pour l’histoire ! » (2006) rappelle un des principes forts du métier d’historien. Entre sa liberté de chercheur et sa responsabilité d’expert, l’historien doit rester indépendant.



L’Afrique du Sud : les cartes de la nation arc-en-ciel

Avant le coup d’envoi de la Coupe du monde 2010, Jean-Christophe Victor présente l’Afrique du Sud dans son émission « Le dessous des cartes ». Un exposé clair et renseigné sur la nation arc-en-ciel qui permettra d’effacer les clichés publicitaires évoqués dans l’article « Coupe du monde : quand la publicité se fait tacler ». Pourquoi est-elle appelée nation arc-en-ciel ?

D’abord, parce que sa population de 49 millions d’habitants est métissée. Près de 80% de la population est d’origine africaine, de souches Bantou, Khoi et San. La colonisation européenne (hollandaise et anglaise) puis la découverte de mines d’or et d’argent ont contribué au brassage des origines (métis, asiatiques).

Arc-en-ciel aussi parce que l’Afrique du Sud a levé depuis 1991 le nuage sombre de 43 années d’apartheid. L’apartheid est une politique raciste où la population noire pourtant majoritaire devait vivre à l’écart des Afrikaners (les blancs d’origine européenne). Aujourd’hui, le climat politique est plus apaisé et chacun a les mêmes droits. Mais, comme le rappelle l’émission, les cicatrices de l’apartheid ne sont pas encore refermées (townships du Cap).

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L’Afrique du Sud a des cartes en main. Représentant à elle seule 25% du PIB du continent africain, elle possède de sérieux atouts dans son jeu : une agriculture productive, un secteur minier important (1er producteur d’or par exemple) et une industrie agro-alimentaire, sidérurgique ou électronique. Ainsi, le pays occupe la 24e place dans l’économie mondiale.

La nation arc-en-ciel reste encore inégalitaire avec 30% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Quels seront les effets de la Coupe du monde sur la société sud-africaine ? L’histoire reste à écrire. Au pied de l’arc-en-ciel, n’y a t-il pas toujours un trésor ?

Sources : Les cartes de l’émission « L’Afrique du Sud : balle au centre » et leurs commentaires sont à retrouver sur le site d’Arte.