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Les trésors de la Bibliothèque Numérique Mondiale

L’UNESCO vient de lancer la Bibliothèque Numérique Mondiale (BNM). L’objectif est de rendre accessible des documents conservés dans les plus grandes bibliothèques de la planète. Le site est disponible en sept langues et couvre tous les continents. L’histoire de l’humanité est à parcourir au gré de ses envies, par thèmes, par continents ou périodes. Pour l’instant, 1170 « objets » sont en ligne (textes, images, documents sonores, films, …) comme autant de trésors semés par l’UNESCO pour découvrir l’histoire des hommes.

A chacun sa chasse au trésor… alors n’hésitez pas à faire part de vos trouvailles.

…voici ma sélection

A écouter : l’une des premières versions de la Marseillaise effectuée vers 1898-1900 par Henri Lioret. Pour l’instant la BNM ne compte que 5 documents sonores… Espérons qu’ils garniront leurs rayonnages.

A voir : le jeu de France réalisé par Pierre Duval (1619-83) qui montre que dès le XVII°s qu’on peut apprendre en s’amusant.  « Duval est le premier en France à concevoir des jeux géographiques destinés à informer et instruire tout en divertissant. » Jeu de France est un jeu de l’oie composé de 63 cases, chacune représentant une province, sauf la dernière, qui contient une carte du royaume dans son ensemble. Le jeu offre un aperçu des clichés et stéréotypes que les Parisiens appliquaient aux provinces françaises. La Bretagne est connue pour sa débauche, Tours pour ses jolies avenues, Forez pour ses couteaux et ciseaux (…).« 

A découvrir : L’enfant prodige de Dharma, un conte japonais du XVIII°s où un jeune garçon transformé en serpent devient finalement empereur…

L’hommage à Maurice Druon : « Ami, entends-tu … »

Londres. 1943. Deux hommes rédigent le texte d’une chanson qui deviendra l’hymne de la Résistance française. Joseph Kessel dit alors à son neveu : « C’est peut-être de nous deux tout ce qu’il restera« . Le temps semble lui avoir donné raison…

Ce neveu, c’est Maurice Druon. Ecrivain et homme politique, Maurice Druon est décédé la semaine dernière. Aujourd’hui, ses obsèques ont rassemblé de nombreuses personnalités. Nicolas Sarkozy a rendu hommage à la mémoire de l’auteur de la « Marseillaise de la résistance », un chant dont les paroles universelles résonneront encore demain. 

« Ami, entends-tu dans tous les coeurs de tes amis réunis ici autour de toi la douleur de t’avoir perdu et la joie de t’avoir connu ? Ami entends-tu ce soir l’hommage que t’adresse la Nation tout entière que tu as si noblement servie ? »

Rédigeant une contribution pour le site Les Clionautes, je me suis intéressé à l’histoire de ce chant dans le cadre d’une étude sur :

La Seconde Guerre mondiale en chansons : les voix de la France après la débâcle.

http://www.deljehier.levillage.org/telechargements/le_chant_des_partisans.mp3

« Le chant des partisans », une chanson engagée de la Résistance

 « Elle fit de son talent une arme pour la France » : cette phrase de Charles De Gaulle à propos d’Ana Marly résume l’œuvre de celle que l’on surnomma « le troubadour de la Résistance ». Depuis Londres, cette artiste d’origine russe composa la musique de l’hymne officieux de la France libre. Le 30 mai 1943, depuis un hôtel de la banlieue londonienne, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon vinrent poser leurs textes sur la mélodie : le Chant des Partisans fut interprété le soir même dans la capitale britannique. Cette « Marseillaise de la Résistance » a été commandée par le réseau Libération et son chef Emmanuel d’Astier de la Vigerie au motif que l’on « ne gagne la guerre qu’avec des chansons ».

Diffusé clandestinement en France, le texte est médiatisé par les émissions de la BBC faites sous l’indicatif « Honneur et Patrie ». Parachuté par les aviateurs britanniques et transmis par la bouche à oreille, cette ode à la liberté sera chantée par les résistants dans les prisons ou au moment de leur exécution. Le manuscrit original de cet hymne emblématique de la Résistance et de la Libération (trois feuillets d’un cahier d’écolier où le chant est rédigé à l’encre bleue) est depuis 2006 classé comme monument historique, une œuvre marquante de notre patrimoine immatériel. 

Image : agence Reuters/Philippe Wojazer / 20.04.09

Sources : L’histoire du chant des partisans sur le site de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes

Sainte Sigolène : les visages de la ruralité

Le samedi 25 avril 2009, l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (APHG) organise une journée découverte sur « Les pays de Sainte Sigolène et de Retournac : entre société rurale et société industrielle ». Contribuant avec Maurice Bedoin et Denyse Pouly à l’organisation de la matinée à Sainte Sigolène, nous tâcherons de montrer les visages de la ruralité du XIX° au XXI°siècle à partir de deux thèmes forts :

  • Sainte Sigolène : une terre de chrétienté à l’heure de la République (1880-1906)
  • L’industrie à la campagne : la plasturgie et les enjeux d’avenir

Sainte Sigolène est la cinquième ville de Haute-Loire, un département auvergnat aux paysages d’une grande beauté. Située à l’est du département, dans l’arrondissement d’Yssingeaux, la cité sigolénoise fait partie d’un territoire nommé « le Pays de la Jeune Loire et ses rivières » par l’INSEE.  Cet espace « se singularise en Auvergne par son dynamisme démographique, la jeunesse de sa population et la présence d’un tissu industriel diversifié. » C’est aussi mon pays natal, là où se trouve ma famille, bon nombre d’amis et un territoire rural que je sillonne avec toujours autant de plaisir. En 2001, l’attachement à cette terre et à son histoire me décide à consacrer une année de recherches à ce coin de Haute-Loire.

Le fil directeur de ce travail a été de saisir l’influence de l’Eglise dans la vie des Sigolénois(es) de 1800 à 1906. Au XIX°s, Sainte Sigolène est une terre de chrétienté, « une des meilleures paroisses du diocèse » dira l’évêque du Puy-en-Velay. Alors, quand la Troisième République cherche à limiter le rôle de la religion par les lois scolaires et la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, les Sigolénois, emmenés par leur curé et leur maire, préparent la parade. En 1906, la révolte des Inventaires illustre la foi vigoureuse et le caractère bien trempé des habitants de l’Yssingelais.

Avec la loi de 1905, les églises et les objets se trouvant à l’intérieur deviennent propriété de l’Etat et des communes. Pour connaître ces biens et les mettre gratuitement à disposition de l’Eglise pour la pratique du culte, des inventaires sont organisés mais un article (sur l’ouverture des tabernacles) soulèvera l’indignation de certains catholiques français. Pour eux, « un cambriolage légal de l’église » est organisé. A Sainte Sigolène, les paroissiens barricadent et défendent leur église comme une forteresse assiégée. Cet épisode se lit encore aujourd’hui sur les portes de l’édifice, marquées par les coups de hache et une plaque centenaire commémorant la farouche résistance des paroissiens. En 2009, l’empreinte religieuse marque toujours Sainte Sigolène (la procession des Pénitents, un seul collège…privé, …).

L’attractivité de Sainte Sigolène doit beaucoup à la plasturgie, un secteur aujourd’hui en mutation. Les passementiers sigolénois qui partageaient leur temps entre leurs métiers et leurs champs ont vu leur cité se transformer en « capitale du plastique souple« . Amorcé dans les années 1950, le passage du textile à l’industrie plastique a donné naissance à un bassin d’emplois fort de 3000 emplois directs et 2000 emplois indirects en 2006. Le débat autour du sac plastique et les conflits d’acteurs (industriels, grande distribution, associations écologistes) qu’il suscite ont attiré les médias dans la cité sigolénoise (Libération, France 3, …). Si l’on a pu focaliser sur le sac de sortie de caisse, la visite de l’entreprise Barbier et de son site internet montre la diversité des produits (agriculture, distribution, industrie) et les perspectives d’avenir. Serge Vassal, PDG de l’entreprise, présentera aux participants à la journée du 25 avril les réponses de sa société aux enjeux de demain. Son intervention sera axée sur de la prise en compte du développement durable dans la logique d’entreprise : sacs biodégradables (BIOPACK®), recyclage des plastiques agricoles usagés (éco-taxe à l’achat pour l’agriculteur, éco-service en retour) et des films plastiques, bilan Carbone® de l’entreprise, …

Les sources :

Les liens :

Les images : Photographie prise le 21 février 1906 lors des Inventaires à Sainte Sigolène / Le site de l’usine Barbier à la Guide (Sainte Sigolène)

Parachute doré et semelles de plomb

A 13 heures, tous les journaux télévisés ont ouvert sur un étonnant contraste : pendant que certains sont plombés par les plans sociaux, d’autres s’envolent avec des parachutes dorés.

Un plan social a pour but d’amortir les difficultés des salariés d’une entreprise qui s’apprête à licencier. Mars 2009, la crise financière laisse place à une crise économique qui touche de plein fouet certains salariés français. Pour se faire entendre et demander le meilleur plan social (indemnités de départ plus importantes, formations,…), des travailleurs touchés organisent des opérations coup de poing

La suppression de 110 postes dans la société 3M (chimie, production de médicaments) a décidé des salariés en colère à retenir/séquestrer leur directeur dans son bureau. Pendant ce temps, des ouvriers manifestent dans les rues de Paris et brûlent les pneus de leur employeur, Continental, qui compte fermer une de ses usines françaises.

C’est dans ce contexte brûlant que le parachute doré, prime de départ accordé à un dirigeant d’entreprise, fait polémique. Thierry Morin, PDG de Valeo (équipementier automobile), compte quitter son poste en s’envolant avec la somme de 3,2 millions d’euros alors que son groupe a perdu 287 millions d’euros l’année dernière. La gauche, la droite, le gouvernement, le MEDEF (organisation des patrons français), tout le monde est à l’unisson contre ce « golden parachute ». D’autant que l’Etat français avait apporté une aide de 19 millions d’euros à Valeo. 

La perspective d’une loi sur les rémunérations des grands patrons apparaît plausible surtout à un moment où l’Etat français parle de moraliser le capitalisme et l’économie. 

Dans ce contexte, la chanson d’Alain Souchon  « Parachute doré » (lecteur Deezer) colle parfaitement à son époque et à ce dessin de presse paru il y a déjà 7 ans. 

« Adieu les traders, adieu joggings
Les briefings à l’heure Breitling
Ouvriers, riez, adieu les blouses grises
En Chine, l’usine, on délocalise

Les cours ont dégringolé
Les banques ont pu rigoler

La boîte a coulé, mais pouce
On va se la couler douce
La pilule, on va… se la dorer
J’ai le parachute… chut ! doré
« 

Sources

Photo : agence Reuters (source)

Dessins : Golden Parachute par Daryl Cagle (7/11/2002)

Sous les parachutes dorés et troués, Titom, (6/11/2008)

Musique : Alain Souchon, Ecoutez d’où ma peine vient, 2008