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Charlie Hebdo : à vos crayons !

En ce jour de deuil national, le cours a été consacré à l’explication du drame qui s’est noué hier avec comme objectif de donner du sens à l’hommage.

Avant de regarder les réalisations d’élèves qui ont eu le temps de terminer leur dessin en classe, quelques informations supplémentaires suite aux discussions que nous avons pu avoir :

Le nom des douze victimes

Dieudonné, Charlie Hebdo et la liberté d’expression

En janvier 2014, nous avions déjà parlé de l’affaire Dieudonné en classe (voir l’article : Comment parler de l’affaire Dieudonné en classe ?). Cet après-midi, un élève faisait remarquer que si la liberté d’expression doit s’appliquer pour Charlie Hebdo, elle doit l’être aussi pour Dieudonné. Comme je vous l’ai expliqué, Dieudonné a été condamné à plusieurs reprises par la justice française pour des propos antisémites et provocation à la haine. Sa figure d’humoriste s’efface devant son combat politique puisqu’il vient de fonder avec Alain Soral un parti politique ‘Réconciliation nationale’.

Concernant Charlie Hebdo, le journal avait été relaxé par la justice française en 2007 suite aux plaintes d’associations musulmanes concernant la publication des caricatures de Mahomet. Voici un extrait du jugement à retrouver dans cet article du Monde :

« Attendu que Charlie Hebdo est un journal satirique, contenant de nombreuses caricatures que nul n’est obligé d’acheter ou de lire, à la différence d’autres supports tels que des affiches exposées sur la voie publique ; attendu que toute caricature s’analyse en un portrait qui s’affranchit du bon goût pour remplir une fonction parodique (…) ; attendu que le genre littéraire de la caricature, bien que délibérément provocant, participe à ce titre à la liberté d’expression et de communication des pensées et des opinions (…) ; attendu qu’ainsi, en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication dans le journal Charlie Hebdo, apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble des musulmans ; que les limites admissibles de la liberté d’expression n’ont donc pas été dépassées (…). »

Comme le dit l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.« 

Je suis musulman et je me sens blessé quand je vois les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo

Dans la classe de 3ème4, des élèves ont tenu à dire que les caricatures de Charlie Hebdo peuvent blesser les musulmans et qu’on peut y voir un manque de respect pour leur religion. Comme on l’a expliqué, personne ne vous oblige à aimer la ligne éditoriale du journal satirique et Charlie Hebdo a été critiqué pour cette prise de position. La vidéo de France 2 (suite à Charia Hebdo, 2011) visionnée en classe montrait que des musulmans français ont été blessés par ces caricatures et qu’ils craignaient avec une telle publication l’amalgame entre ‘terroriste’ et ‘musulman’. Mais ce désaccord s’est fait dans le cadre démocratique (plaintes, débat, discussion) sans en arriver à l’extrémité d’un attentat terroriste.

Pour continuer à réfléchir, je vous conseille la lecture d’un billet de Walid Bekhti, un ancien élève du collège Waldeck-Rousseau qui a réagi sur Facebook en clamant « Je suis musulman et je suis Charlie ». (je mets l’intégralité de son texte en commentaire du l’article)

« Je suis musulman et je suis Charlie.

Lorsque j’étais enfant, ma mère me parlait de l’Islam sur le trajet de l’école. C’était le moment qu’elle avait choisi pour m’expliquer ma culture, mes origines, mon identité, c’était juste avant de franchir les portes de l’école de la République. Elle me parlait de son équilibre par l’islam. Elle me parlait de bienveillance, de tolérance, de la foi, de la force du pardon. Elle me disait de ne pas me cacher, de ne pas avoir peur d’être musulman, d’être humain, mais surtout de ne pas craindre de m’opposer à l’injustice. Alors, j’entrai à l’école, pénétré par la puissance de ces idées. Aujourd’hui ma mère ne me conduit plus à l’école, mais je continue de penser à ses paroles.

Il s’est produit quelque chose de terrible aujourd’hui, quelque chose qui nous a tous profondément atteint, par l’horreur du geste, par sa folie.. Il est difficile de poser des mots sur tout cela, il est difficile de ne pas parler sous la colère sous la peur, peut-être même la haine.

Cependant, j’ai décidé de prendre la parole, pour m’associer à la douleur des familles, mais aussi parce que je crains ce qui va suivre. Dans un monde idéal je ne sentirai pas le besoin express de m’exprimer publiquement, parce que Eric Zemmour aurait compris que non Le Suicide français n’est pas le jour de l’aïd, parce que la voix de l’islam en France ne serait pas celle d’un imam au français approximatif, parce que j’aurai confiance en nos intellectuels. Le fait est que notre monde est loin d’être idéal, et il semble de jour en jour s’enfoncer un peu plus dans la folie, alors je prends la parole. C’est ce que me demande le regard de tous sans l’exprimer. Lorsque tu es jeune et de culture musulmane en France, tu es tantôt l’avatar d’une France qui se cherche, tantôt le visage de la terreur, parfois celui de l’exotisme – trop rarement tu es la voix de la France. Peut-être que vous attendez que je me désolidarise ? Ce laïus classique qui consiste à affirmer que cela n’est pas l’islam, que ce ne sont pas des musulmans. Je crois que pour une personne sensée que cela ne fait aucun doute. La vraie question est :comment en sommes nous arrivé là ? Pas « nous » les musulmans, mais «nous, français » (…)

Je redoute l’ouverture d’une chasse à l’homme, où chaque musulman serait sommé de clamer sa loyauté à la République. Je redoute « l’ère du soupçon », car je crains qu’elle n’éloigne encore un peu plus les français les uns des autres.
Je ne prétends pas apporter des réponses, j’essaye juste de penser, et de m’exprimer car c’est ma seule arme face à la barbarie. Je tente de ne pas laisser de place au « vide de la pensée ».

 

ACTIVITÉ : À vos crayons !

Réalise un dessin pour défendre la liberté de la presse / rendre hommage aux dessinateurs  » ces fantassins de la démocratie »

Quelques réalisations d’élèves de 4ème et de 3ème

Charlie Hebdo : pourquoi des dessinateurs de presse ont-ils été assassinés ?

Ce mercredi 7 janvier est un jour noir pour la presse et la démocratie françaises. Deux hommes ont attaqué les locaux du journal satirique Charlie Hebdo avant de prendre la fuite. À l’heure où j’écris ces lignes le bilan est de 12 morts, une vingtaine de personnes sont blessées dont certaines très grièvement. Parmi les victimes de cette attaque terroriste, deux policiers, quatre dessinateurs (Charb, Cabu, Tignous et Wolinsky) et le journaliste Bernard Maris. Même si cela est difficilement imaginable, des hommes sont morts pour des dessins en France.

Comprendre : quelques éléments d’explication

Charlie Hebdo est un journal satirique où travaillent des caricaturistes.

C’est quoi un journal satirique ?

La presse satirique utilise la satire comme moyen d’expression et d’information. C’est souvent par le biais des dessins et des caricatures qu’un journal satirique tourne en ridicule quelqu’un ou quelque chose.

Que fait un caricaturiste ?

Le but du dessinateur de presse est passionnant : avec un angle de vue et un trait d’humour, il faut commenter le plus simplement du monde une actualité parfois complexe. Pour l’Iranienne Firoozeh Mozaffari, « un caricaturiste est un journaliste qui sait dessiner ». Un caricaturiste, c’est aussi quelqu’un qui provoque puisque ses dessins dérangent. Comme le montre le film « Caricaturistes, les fantassins de la démocratie »,  les dessinateurs de presse « défendent la démocratie en s’amusant, avec, comme seule arme, un crayon, au risque de leurs vies. »

Clique sur ce lien pour écouter Charb, directeur de publication de Charlie Hebdo tué hier, qui expliquait en 2013 sa conception de la liberté d'expression

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Pour comprendre les menaces qui pesaient sur Charlie Hebdo, il faut remonter à l'affaire des caricatures (2006) et à la Une 'Charia Hebdo' (2011)

(source : Attentat contre Charlie Hebdo : huit ans de caricatures et de menaces, Le Point)

L'affaire des caricatures de Mahomet : 2006

"Qui sont les auteurs du terrible attentat commis, mercredi, contre Charlie Hebdo ? Les autorités restent prudentes. Depuis février 2006 cependant et la première affaire des caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo a été à plusieurs reprises la cible de menaces et mis sous protection policière. À l'époque, le journal satirique avait reproduit des caricatures du prophète parues initialement dans le journal danois Jyllands-Posten, et qui avaient valu à leur auteur des menaces de mort. Charlie Hebdo les accompagnait d'un dessin de Cabu montrant Mahomet, la tête entre les mains et disant : "C'est dur d'être aimé par des cons..."

 

'Charia Hebdo' : 2011

"Le 31 octobre 2011, deux jours avant la publication de l'hebdomadaire, la presse diffuse la une à venir. Charlie prévoit un numéro spécial "Charia Hebdo, Mahomet rédacteur en chef" après l'arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahda en Tunisie. Dans la nuit du 1er au 2 octobre, les locaux du journal, alors situés dans le 20e arrondissement de Paris, sont incendiés. Charb, directeur de la publication, Riss, directeur de la rédaction, ainsi que le dessinateur Luz, auteur de la caricature de une, sont placés sous protection."

La réaction de Cabu, célèbre dessinateur français et directeur artistique de Charlie Hebdo, tué dans l'attentat terroriste du 7 janvier

La réaction de quelques musulmans français  en 2012

Une réaction à l'attentat du 7 janvier 2015

Sur le site internet du Monde, la réaction du politologue Jean-Yves Camus, proche de la rédaction de Charlie Hebdo

"Tous les gens que je connaissais sont morts, ce que je peux vous dire, c'est qu'on a jamais vu, dans l'histoire de notre pays, un organe de presse être méthodiquement décimé selon un mode opératoire militaire. Aucun journal n'a été ainsi attaqué, car il y a un principe qui est celui de la liberté de la presse, qui était respecté jusqu'à présent. C'est un stade de l'escalade inimaginable. Les gens qui travaillaient à Charlie Hebdo n'ont aucun sentiment de haine envers qui que ce soit, surtout pas envers les musulmans. Ils sont dans la critique des religions. Ceux qui ont commis ces attentats n'ont rien compris. On est dans la haine absolue, la négation absolue de la pensée. En France, on a depuis trois siècles une presse qui a contribué à faire tomber bien des pouvoirs, la presse est libre et les Français y sont attachés, si les auteurs pensent qu'ils pourront faire tomber ainsi la liberté de la presse, ils se trompent. La première victime de l'idéologie islamiste radicale, comme le disait Charlie, ce sont les musulmans. "

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ACTIVITÉ : À vos crayons !

Réalise un dessin pour défendre la liberté de la presse / rendre hommage aux dessinateurs " ces fantassins de la démocratie"

 

par Na !, 7.01.15

par Na !, 7.01.15

 

par Mutio, 07.01.15

par Mutio, 07.01.15

  + de dessins dans cet article de Libération

Débat argumenté : Comment faire usage de sa liberté sur Facebook ?

En quelques années, Facebook a conquis l’Hexagone. En 2014, 28 millions d’utilisateurs français disposent d’un profil sur le réseau social crée par Mark Zuckerberg. Encensé ou critiqué, Facebook ne laisse pas indifférent et soulève régulièrement des débats dans notre société.

 

OBJECTIFS :

 

  • Travailler en groupe et en autonomie
  • Formuler son opinion par écrit et à l’oral
  • Participer à un débat argumenté ayant pour thème : Comment faire usage de sa liberté sur Facebook ?
  • Construire son identité numérique

 

GROUPES 1 et 2 : Facebook, un espace de libre expression

 

DOCUMENT 1 : Un article de Libération et deux dessins de presse expliquant le rôle des réseaux sociaux lors du printemps arabe.

 

DOCUMENT 2 : Des jeunes s’expriment librement

 

Une capture d’écran de la page « La dernière lettre » où une jeune internaute met régulièrement en ligne un chapitre de son livre.

 


 

DOCUMENT 3 : Facebook et les limites de la liberté d’expression

 

Un article du journal Le Monde, Facebook coopère avec la justice pour identifier un néonazi, le 30 décembre 2011.

 

DOCUMENT 4 : Qu’est-ce qu’on peut pas écrire ou dire sur Facebook ?

 

Une capture d’écran du site Facebook sur les abus et les infractions aux règlements

 

DOCUMENT 5 : Le « lanceur de chat » condamné à un an de prison ferme

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L’homme de 25 ans avait projeté l’animal contre un mur et diffusé ensuite la vidéo sur Facebook. Il avait déjà été condamné à huit reprises par le passé, notamment pour des faits de violences. » un article du nouvel Obs (février 2014)

 

GROUPES 3 et 4 : Facebook, un réseau social en questions

 

DOCUMENT 1 : Qui dois-je accepter comme ami sur Facebook ? 

 

Un article de la [email protected], « Qui doit entrer dans la toile de mon réseau ? », 15 novembre 2012

 

DOCUMENT 2 : La cyber-intimidation : quelles solutions ?


Un article de France soir, Harcèlement sur Facebook : « nous avons été traumatisées », 6 mai 2011

 

Un article des Inrocks sur « le troll, c’est le double démoniaque, le bourreau de l’internaute qui se “lamente en public” « 

 

 

DOCUMENT 3 : Facebook, espace de vie privée ou publique ?

 

Un article du Monde, "Pourra t-on bientôt insulter son patron sur Facebook ?",10 janvier 2012

 

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xfozh2_telezapping-facebook-attention-a-vos-amis_news#rel-page-5[/dailymotion]

 

DOCUMENT 4 : La relation profs-élèves sur Facebook

 

Deux avis d'enseignants sur la question publiés dans le journal Libération du 7 février 2011

 

 

D'autres pistes à creuser

 

Source images

 

La grève dans les aéroports : quand deux libertés s’affrontent

Comme nous l’avons vu en cours, la république française garantit des libertés individuelles (ex : se déplacer) et des libertés collectives (ex : faire grève). Mais il arrive qu’à un moment donné des libertés ne soient pas compatibles entre elles et que des conflits apparaissent. C’est ce qui est arrivé au cours du mois de décembre 2011 dans certains aéroports français où une grève des agents de sûreté a provoqué l’annulation de certains vols.

Droit de grève contre liberté de se déplacer : quand deux libertés s’affrontent, comment faire pour que l’intérêt général l’emporte ?

OBJECTIFS de la séance :

  • Travailler en groupe et en autonomie
  • Rédiger un résumé
  • Exposer ce résumé à l’oral
  • Prendre en compte le point de vue de chaque acteur du conflit pour se forger une opinion

Consigne : La classe est divisée en 4 groupes afin d’étudier le rôle et les réactions des 4 acteurs de ce conflit social :

  • les grévistes,
  • les entreprises,
  • les passagers,
  • l’état.

Chaque groupe travaille sur un dossier documentaire afin de rédiger un texte expliquant la position de chaque acteur dans le conflit. Il faudra ensuite le présenter à l’oral.

Suite à ce travail, nous mettrons en parallèle deux articles de lois car l’exercice des libertés est inséparable du droit.

* L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 dit :

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

* L’article 13 de la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme de 1948 dit :

« Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un état.« 

 

GROUPE 1 : Les grévistes

Document 1 : Comment et pourquoi faire grève ?

L’appel à la mobilisation du personnel de la sûreté aéroportuaire par la CGT, 8 décembre 2011.

Document 2 : Le droit de grève en question

Un communiqué de presse de la CGT : « Avant de toucher au droit de grève, il faut négocier sur les revendications ! », 20 décembre 2011.

Document 3 : La résolution du conflit social

Un article de La Croix, "La grève des aéroports touche à sa fin", daté du 26 décembre 2011

GROUPE 2 : Les entreprises et les aéroports

Document 1 : Que réclament les salariés aux entreprises ?

L'appel à la mobilisation du personnel de la sûreté aéroportuaire par la CGT, 8 décembre 2011.

Document 2 : La réponse de la Brink's (société qui emploie des agents de sûreté) au début du conflit

Un article d'Europe 1 : "La Brink's accuse les syndicats", 18 décembre 2011

Document 3 : L'aéroport de Lyon dans le conflit

Une information donnée par l'Aéroport de Lyon le 17 décembre 2011 sur sa page Facebook

 

Document 4 : Un compromis pour résoudre le conflit social

Un article de La Croix, "La grève des aéroports touche à sa fin", daté du 26 décembre 2011

GROUPE 3 : Les passagers

Document 1 : Une photographie prise à l'aéroport de Lyon publié dans Le Progrès du 17 décembre 2011

Document 2 : Un dessin de Plantu paru dans le Monde du 18 décembre 2011

Document 3 : Des avis de passagers sur la page Facebook de l'aéroport de Lyon, 17 décembre 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GROUPE 4 : L'état

Document 1 : Le droit de grève, un droit inscrit dans la constitution

Un article sur le droit de grève sur le site viepublique.fr

Document 2 : Trois ministres sur le terrain, "la liberté de se déplacer est aussi un droit constitutionnel"

Document 3 : Une proposition de loi : le service minimum dans les aéroports

Document 4 : L'avis d'un journaliste sur l'action de l'état

Un article du Monde : "Quand le droit de grève est pris en otage", 23 décembre 2012