Archive pour Economie

Jurassic Parking : Chrysler bon pour la casse ?

L’industrie automobile américaine est en crise. En décembre, les patrons du Big Three – General Motors, Ford et Chrysler – suppliaient le Congrès américain de leur accorder un crédit-relais de 25 milliards de dollars pour éviter le pire. Aujourd’hui, Chrysler se déclare en faillite. La Tribune de Genève relaie les propos du président américain qui commente cette décision. Pour lui, Chrysler n’est pas encore bon pour la casse. 

« Personne ne doit se méprendre sur le sens » de cette procédure de faillite, a déclaré Barack Obama à la Maison Blanche. « Ce n’est pas un signe de faiblesse mais plutôt un pas supplémentaire » sur la voie de « la renaissance de Chrysler« . « Pendant trop longtemps« , a souligné le président américain, « Chrysler a avancé trop lentement pour s’adapter (…), concevant et construisant des voitures qui étaient moins populaires, moins fiables et moins économes en carburant que ses concurrents étrangers. » 

Dépassées, les grosses cylindrées américaines sont en route pour Jurassic Parking. En attendant la dolce vita et le lifting à l’italienne ?

Sources :

Jurassic Parking, par Hajo de Reijger, avril 2009, Cagle cartoons

La galerie cartoons de Courrier International : le secteur automobile face à la crise 

Pour aller plus loin : Nano, une indienne dans la ville

Sainte Sigolène : les visages de la ruralité

Le samedi 25 avril 2009, l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (APHG) organise une journée découverte sur « Les pays de Sainte Sigolène et de Retournac : entre société rurale et société industrielle ». Contribuant avec Maurice Bedoin et Denyse Pouly à l’organisation de la matinée à Sainte Sigolène, nous tâcherons de montrer les visages de la ruralité du XIX° au XXI°siècle à partir de deux thèmes forts :

  • Sainte Sigolène : une terre de chrétienté à l’heure de la République (1880-1906)
  • L’industrie à la campagne : la plasturgie et les enjeux d’avenir

Sainte Sigolène est la cinquième ville de Haute-Loire, un département auvergnat aux paysages d’une grande beauté. Située à l’est du département, dans l’arrondissement d’Yssingeaux, la cité sigolénoise fait partie d’un territoire nommé « le Pays de la Jeune Loire et ses rivières » par l’INSEE.  Cet espace « se singularise en Auvergne par son dynamisme démographique, la jeunesse de sa population et la présence d’un tissu industriel diversifié. » C’est aussi mon pays natal, là où se trouve ma famille, bon nombre d’amis et un territoire rural que je sillonne avec toujours autant de plaisir. En 2001, l’attachement à cette terre et à son histoire me décide à consacrer une année de recherches à ce coin de Haute-Loire.

Le fil directeur de ce travail a été de saisir l’influence de l’Eglise dans la vie des Sigolénois(es) de 1800 à 1906. Au XIX°s, Sainte Sigolène est une terre de chrétienté, « une des meilleures paroisses du diocèse » dira l’évêque du Puy-en-Velay. Alors, quand la Troisième République cherche à limiter le rôle de la religion par les lois scolaires et la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, les Sigolénois, emmenés par leur curé et leur maire, préparent la parade. En 1906, la révolte des Inventaires illustre la foi vigoureuse et le caractère bien trempé des habitants de l’Yssingelais.

Avec la loi de 1905, les églises et les objets se trouvant à l’intérieur deviennent propriété de l’Etat et des communes. Pour connaître ces biens et les mettre gratuitement à disposition de l’Eglise pour la pratique du culte, des inventaires sont organisés mais un article (sur l’ouverture des tabernacles) soulèvera l’indignation de certains catholiques français. Pour eux, « un cambriolage légal de l’église » est organisé. A Sainte Sigolène, les paroissiens barricadent et défendent leur église comme une forteresse assiégée. Cet épisode se lit encore aujourd’hui sur les portes de l’édifice, marquées par les coups de hache et une plaque centenaire commémorant la farouche résistance des paroissiens. En 2009, l’empreinte religieuse marque toujours Sainte Sigolène (la procession des Pénitents, un seul collège…privé, …).

L’attractivité de Sainte Sigolène doit beaucoup à la plasturgie, un secteur aujourd’hui en mutation. Les passementiers sigolénois qui partageaient leur temps entre leurs métiers et leurs champs ont vu leur cité se transformer en « capitale du plastique souple« . Amorcé dans les années 1950, le passage du textile à l’industrie plastique a donné naissance à un bassin d’emplois fort de 3000 emplois directs et 2000 emplois indirects en 2006. Le débat autour du sac plastique et les conflits d’acteurs (industriels, grande distribution, associations écologistes) qu’il suscite ont attiré les médias dans la cité sigolénoise (Libération, France 3, …). Si l’on a pu focaliser sur le sac de sortie de caisse, la visite de l’entreprise Barbier et de son site internet montre la diversité des produits (agriculture, distribution, industrie) et les perspectives d’avenir. Serge Vassal, PDG de l’entreprise, présentera aux participants à la journée du 25 avril les réponses de sa société aux enjeux de demain. Son intervention sera axée sur de la prise en compte du développement durable dans la logique d’entreprise : sacs biodégradables (BIOPACK®), recyclage des plastiques agricoles usagés (éco-taxe à l’achat pour l’agriculteur, éco-service en retour) et des films plastiques, bilan Carbone® de l’entreprise, …

Les sources :

Les liens :

Les images : Photographie prise le 21 février 1906 lors des Inventaires à Sainte Sigolène / Le site de l’usine Barbier à la Guide (Sainte Sigolène)

Parachute doré et semelles de plomb

A 13 heures, tous les journaux télévisés ont ouvert sur un étonnant contraste : pendant que certains sont plombés par les plans sociaux, d’autres s’envolent avec des parachutes dorés.

Un plan social a pour but d’amortir les difficultés des salariés d’une entreprise qui s’apprête à licencier. Mars 2009, la crise financière laisse place à une crise économique qui touche de plein fouet certains salariés français. Pour se faire entendre et demander le meilleur plan social (indemnités de départ plus importantes, formations,…), des travailleurs touchés organisent des opérations coup de poing

La suppression de 110 postes dans la société 3M (chimie, production de médicaments) a décidé des salariés en colère à retenir/séquestrer leur directeur dans son bureau. Pendant ce temps, des ouvriers manifestent dans les rues de Paris et brûlent les pneus de leur employeur, Continental, qui compte fermer une de ses usines françaises.

C’est dans ce contexte brûlant que le parachute doré, prime de départ accordé à un dirigeant d’entreprise, fait polémique. Thierry Morin, PDG de Valeo (équipementier automobile), compte quitter son poste en s’envolant avec la somme de 3,2 millions d’euros alors que son groupe a perdu 287 millions d’euros l’année dernière. La gauche, la droite, le gouvernement, le MEDEF (organisation des patrons français), tout le monde est à l’unisson contre ce « golden parachute ». D’autant que l’Etat français avait apporté une aide de 19 millions d’euros à Valeo. 

La perspective d’une loi sur les rémunérations des grands patrons apparaît plausible surtout à un moment où l’Etat français parle de moraliser le capitalisme et l’économie. 

Dans ce contexte, la chanson d’Alain Souchon  « Parachute doré » (lecteur Deezer) colle parfaitement à son époque et à ce dessin de presse paru il y a déjà 7 ans. 

« Adieu les traders, adieu joggings
Les briefings à l’heure Breitling
Ouvriers, riez, adieu les blouses grises
En Chine, l’usine, on délocalise

Les cours ont dégringolé
Les banques ont pu rigoler

La boîte a coulé, mais pouce
On va se la couler douce
La pilule, on va… se la dorer
J’ai le parachute… chut ! doré
« 

Sources

Photo : agence Reuters (source)

Dessins : Golden Parachute par Daryl Cagle (7/11/2002)

Sous les parachutes dorés et troués, Titom, (6/11/2008)

Musique : Alain Souchon, Ecoutez d’où ma peine vient, 2008

 

Nano, une indienne dans la ville

Le Vif/L’Express publie aujourd’hui un article sur Nano, la voiture la moins chère du monde (1500 € soit 100 000 roupies). « La petite indienne »  part à la conquête des automobilistes au portefeuille dégarni par ces temps de récession économique. Les médias indiens ont d’ailleurs baptisé Nano « la voiture du peuple« . Si Tata Motors (fabricant automobile indien) a souffert durant les douze derniers mois, les observateurs voient l’entreprise comme l’exemple de puissance émergente indienne.  

« La presse automobile indienne a salué mardi le lancement la veille de la mini-voiture Tata Nano en y décelant « le triomphe de l’ingéniosité de l’Inde » et en la comparant aux légendaires Ford T ou Coccinelle. Ce véhicule « révolutionnaire » à 2.000 dollars est destiné aux classes moyennes émergentes de l’Inde, mais aussi à l’Occident en pleine crise économique. »

Pour Mohit Arora, responsable de JD Power Asia-Pacific, Nano va répondre à une nouvelle demande des consommateurs. Dans des propos relayés par Le Point , il affirme que  « Nano va créer un nouveau segment et devenir le chaînon manquant entre la moto et la voiture d’entrée de gamme. Elle restera la première du genre« .

Cependant, l’entreprise n’est pas prête à livrer Nano en masse car une révolte paysanne au Bengale occidental a contraint l’entreprise à déménager son entreprise de fabrication (« Nano, no ! No ! », avaient hurlé les manifestants, qui protestaient contre l’acquisition forcée de leurs terres par le gouvernement régional » / sources : Le Monde). Les automobilistes qui pourront conduire l’indienne dans la ville seront d’abord les heureux élus d’un tirage au sort… Comme le souligne Libération, cela soulage « les écologistes, terrifiés à l’idée de voir le parc automobile indien exploser avec l’arrivée de ce véhicule au prix imbattable.« 

Pour le Prix Nobel de la Paix 2007, Rajendra Pachauri, le succès possible de Nano est « un cauchemar pour ceux qui luttent pour protéger la planète. L’Inde ferait mieux de développer ses transports publics. » L’arrivée de la voiture « low cost » dans un pays peuplé par 1,1 milliards d’habitants pose évidemment la question de la sauvegarde de l’environnement… 50 à 100 millions d’Indiens sont susceptibles de se retrouver au volant de Nano.  

La transposition de la civilisation automobile (et du mode de vie occidental) au reste du monde est dangereuse pour la planète. Cependant, comment réprouver le désir d’hommes et des femmes voulant toucher du doigt le confort et la modernité dont notre société occidentale est le modèle ? Lors d’un salon de l’automobile à New Delhi, un représentant de Tata Motors avançait  « que cette voiture changera la manière avec laquelle les gens se déplacent en Inde rurale. (…) Nous sommes un pays d’un milliard d’habitants, mais la plupart d’entre eux se voient nier la possibilité de la mobilité. » Progrès pour les uns, danger pour les autres, l’exemple de Nano nous amène à une réflexion sur l’évolution de nos modes de consommation pour les années à venir…car c’est à l’échelle mondiale que se joue la question du dérèglement climatique.

E.G

Sources images : 

– Reuters

Cagle cartoons : Titre : Nano Car 
Artiste : Frederick Deligne, Nice-Matin, France
Date : 3/24/2009