Archive pour Histoire des arts

Histoire des arts…de rue #3 – Dolk –

As du pochoir, Dolk commence à investir la rue en 2003. Drôle et subversif, cet artiste vient de Bergen, la deuxième plus grande ville de Norvège et un haut-lieu du street-art scandinave. Son style provocateur présente des similitudes avec le maître du genre, le génial Banksy. D’une situation banale, un bébé pleure face à son père désemparé, il fait surgir l’objet décalé (le mégaphone) qui fait monter à nos oreilles les revendications appuyées des tous petits…

Dolk peint des instantanés bourrés d’humour. Ce prisonnier s’exerçant au lancer de poids avec ardeur ne tardera pas à se rappeler sa triste condition…

Les icônes en prennent pour leur grade : Dolk peint un Che Guevara goguenard et narcissique. Imprimé à l’infini sur les t-shirts du monde entier, le visage du révolutionnaire a fini par se délaver. Le Che a perdu son regard fier et ténébreux pour s’esclaffer et prendre la pose cigare au bec. Dolk se moque d’une figure romantique devenue une simple image marketing, raillant du même coup ceux qui affichent un esprit rebelle bon marché.

Dolk livre aussi sa vision de notre société et ses messages sont clairs. Ce pochoir ramène l’être humain à la condition animale : un gorille, massif et patibulaire, retire sa peau d’homme pour rappeler nos bas instincts. Le sauvage n’est pas celui qu’on croit.

En 2008, Dolk débute avec l’un de se compatriotes (Pobel) un projet collaboratif sur les îles Lofoten, célèbres pour ses ports de pêche et les controversées chasses à la baleine. Durant l’été, ils décident de réaliser de grandes fresques sur des façades de maisons pittoresques sur le point d’être démolies. Dans un paysage nordique saisissant, des contes de fée surgissent au milieu de nulle part. Superman, héros usé sous perfusion, a même pris ses quartiers dans ce coin reculé de Norvège.

Le documentaire « Living decay » relate cette aventure où l’art des villes prend un grand bol d’air. En investissant d’autres lieux, Dolk contribue à ouvrir des perspectives novatrices pour un art en constante ébullition.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xd6w8b_living-decay-fairy-tales-in-the-mid_creation[/dailymotion]

Sources : Les images viennent du site officiel de Dolk, du Flickr de nulliversi et du site The Giant.org

Histoire des arts…de rue #2 – Roadsworth –

Natif de Toronto (Canada), Peter Gibson alias Roadsworth a fait ses premiers pas dans le street-art de façon plutôt inédite. En 2001, il trouve qu’il n’y a pas assez de pistes cyclables à Montréal. Il crée alors un pochoir avec un vélo qu’il va bomber à travers toute la ville. Une forme originale d’activisme, un pied de nez au tout automobile et une façon d’exister dans un espace urbain uniforme et contrôlé. L’artiste s’amuse à réinterpréter le conventionnel marquage au sol. Les lignes blanches, les passages piétons ou bien les places de stationnement en bataille s’éveillent après sa venue. Roadsworth détourne les codes de la route pour y inviter l’art sans interdit. Le bitume prend vie et la poésie s’empare des rues.

Roadsworth joue avec les ombres et le mobilier urbain.

L’artiste trace son sillon en ville et les idées germent. Un coup de frein lui inspire un trompe l’œil.

Son œuvre sur l’asphalte de Montréal lui amène la notoriété… et des soucis avec la justice. Peindre à même la chaussée sans demander l’autorisation de la ville et détourner la signalisation routière n’est pas sans conséquences. En 2004, Roadsworth se fait épingler pour vandalisme et inculper de plus de 50 chefs d’accusation. Un débat naît avec l’arrestation du Peter Gibson : est-ce de l’art ? A qui appartient l’espace public ? Un mouvement de soutien sans précédent de la population de Montréal montre la sympathie pour l’artiste au pochoir qui égaye les rues. Finalement, les accusations sont abandonnées en échange de 40 heures de travaux d’intérêt général. Comme le note un journal canadien :

« la Ville [de Montréal] départage clairement pour la première fois les simples graffitis, qu’elle qualifie de vandalisme, d’un travail stylisé comme celui de Roadsworth, qui entend redonner une forme d’humanité aux signes urbains ».

La municipalité de Montréal offre même du travail à Peter Gibson pour donner un supplément d’âme à certains quartiers. Cette fois, il est muni d’un permis et accompagné parfois d’agents de sécurité… De l’ombre à la lumière, l’histoire de Roadsworth questionne aussi sur les rapports que le street-art entretient avec les pouvoirs publics. Un artiste à qui une mairie passe commande peut-il rester libre et subversif ? Pour que l’art soit accessible partout et pour tous, cette collaboration n’est-elle pas plus productive que le jeu du chat et de la souris ?  Dans un univers où toute idée de récupération politique est bannie, Roadsworth contribue à écrire une nouvelle page du street-art.

Sources :

Gaëtan, rond point à double sens

Elcin, obligation de rêver

Loïc, sens interdit

Romain, attention traversée d'ivrognes

Plus d’infos sur Roadsworth sur le groupe Facebook de la [email protected]




Histoire des arts…de rue #1 – Blu –

Pour quelques articles, la [email protected] part en virée dans l’univers du street-art… Premier arrêt à Bologne, à la découverte d’un artiste surréaliste et engagé, Blu.

Blu est un artiste originaire de Bologne (Italie). Depuis 2000, ses fresques gigantesques s’étalent sur les murs des bâtiments du monde entier. Perché sur un échafaudage, une grue ou une échelle téléscopique, il déploie dans les villes son univers onirique et ses messages environnementaux et politiques. En Italie, il réalise à l’occasion du Fame festival un manifeste écologiste illustré sur une façade d’immeuble : notre planète, présentée sous la forme d’un gâteau, porte dans ses entrailles les déchets les plus toxiques. Une terre que l’on grignote où nous nous sommes déjà taillés la part du lion…

A Berlin, un sablier montre que temps est compté dans la lutte contre le dérèglement climatique.

A Lisbonne, une fresque évoque la lutte entre David et Goliath. Blu dénonce l’exploitation des ressources naturelles par des multinationales qui règnent sans partage sur la planète.

En octobre 2011, Blu se rend dans une Grèce en crise. Il y dépeint un phare de la civilisation européenne en mode warning : la dette ronge le pays jusqu’à son passé prestigieux.

Blu joue beaucoup avec le thème de la métamorphose. Comme dans un conte fantastique, ses créatures naissent et se transforment. Les cycles de la vie sont rejoués par ce sorcier des rues. A la croisée du street-art et de l’animation, Blu poste sur Internet des vidéos aux allures de bandes dessinées urbaines. La vidéo  en stop-motion intitulée MUTO déborde de créativité, les personnages se démultipliant à l’infini… La rue devient un laboratoire où les plans de Blu le savant-fou prennent vie.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=uuGaqLT-gO4[/youtube]


Sources :

Histoire des arts – Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock –

Pour l’épreuve d’Histoire des arts, vous avez été nombreux à choisir « Fenêtre sur cour », un film du cinéaste Alfred Hitchcock. Réalisé en 1954, cette œuvre est considérée comme une pièce maîtresse de sa filmographie. Le maître du suspense convie deux de ses acteurs fétiches (Grace Kelly et James Stewart) pour une partie de cache-cache où se mêlent  voyeurisme et relations amoureuses. Pour en savoir plus, le CNC (Conseil national du Cinéma et de l’image animée) a mis en ligne un dossier pédagogique passionnant sur Fenêtre sur cour et sur Hitchcock.

Synopsis de « Fenêtre sur cour »

« A cause d’une jambe cassée, le reporter-photographe L. B. Jeffries est contraint de rester chez lui dans un fauteuil roulant. En étudiant le comportement des habitants de son immeuble, il devient persuadé que Lars Thorwald, le voisin d’en face, a assassiné sa femme.« 

La bande-annonce du film

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xa5475_fenetre-sur-cour-bande-annonce-vost_shortfilms[/dailymotion]

Les critiques de cinéma décodent les messages du film.

« La morale de cette fable est qu’il est indispensable de rompre les chai?nes de la solitude, de s’inte?resser a? autrui, d’e?tablir une relation affective avec nos sœurs et nos fre?res esseule?s. Oui, au-dela? du brio du spectacle, Hitchcock nous fait un beau discours humanitaire. Inte?ressez-vous les uns aux autres. Du coup, le voyeurisme, tant de?crie? par tant de bons apo?tres, n’est pas un vice mais, au contraire, une manifestation de sollicitude.« 

Te?le?rama n° 1778, 8 fe?vrier 1984.

« Un voyeur « immobilise? », qu’est-ce que c’est ? Un spectateur, bien su?r. Un homme rive? a? son sie?ge, condamne? a? une « vision bloque?e », un cine?phile, nous. Mais que veut-il, ce spectateur ? Du spectacle, bien su?r. Et pas n’importe lequel. L’ide?al pour lui serait de surprendre « par hasard » un e?ve?nement qui aille dans le sens de ses de?sirs les plus informulables, car louches. De se faire le cine?ma de ses mauvaises pense?es. Si, me?me par personne interpose?e (on appelle c?a un « personnage »), il re?alise son de?sir (par exemple : se de?barrasser de la femme qui le harce?le), il n’aura pas perdu son temps.« 

Serge Daney, Libe?ration, 8 fe?vrier 1984.

Une analyse montrant « qu’au-delà de son intrigue criminelle (le fameux Mac Guffin), Fenêtre sur cour est avant tout un film sur le mariage. »

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xfkpla_fenetre-sur-cour-de-alfred-hitchcock_shortfilms[/dailymotion]