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Le rôle de l’historien est-il de juger ?

L’année dernière, le sujet de philo pour les Terminales L m’avait inspiré puisqu’il portait sur « L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?« . Cette année, c’est au tour de la série ES de plancher sur le métier d’historien et les finalités de l’histoire. Les deux sujets nécessitent une réflexion sur la construction de la vérité.  Je repêche dans mon billet précédent quelques éléments de réflexion mais, avant, traçons quelques pistes à suivre pour répondre au sujet :

« Le rôle de l’historien est-il de juger ? »

  • Comment l’historien et le juge font-ils pour s’approcher de la vérité ?
  • La vérité historique est-elle une vérité judiciaire ?
  • L’historien ne doit-il pas porter un jugement sur le passé pour construire un présent meilleur ?
  • Qu’attend la société de l’historien ?
  • Le travail de l’historien est-il d’écrire une histoire-sentence ?


Quand l’historien est appelé à la barre …

Avant d’être un sujet de philo, cette question rappelle un débat de société dans les années 1990. Ce qu’explique très bien Jean Leduc dans son article de 2009 intitulé « Les historiens français contemporains et la question de la vérité. »

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« Déjà effleurée lors du procès Faurisson (universitaire français condamné pour contestation de crime contre l’humanité) en 1984 (…), la confrontation entre vérité historique et vérité judiciaire s’élargit, dans la décennie 1990, quand les universitaires sont sollicités d’intervenir dans plusieurs affaires concernant la période de l’Occupation. D’une part, dans les procès Touvier (chef la milice française condamné pour crime contre l’humanité en 1994) et Papon (haut-fonctionnaire français condamné pour complicité de crime contre l’humanité en 1998), certains d’entre eux sont cités comme témoins et donc invités à dire, à la barre, « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». D’autre part, en réponse à des diverses demandes – publiques ou privées – leur expertise est requise (…). Si certains historiens de métier acceptent ces rôles de témoin ou d’expert, d’autres se récusent et un débat s’instaure qui atteint son apogée lors du procès Papon en 1998« 

L’impartialité dans la recherche des preuves : un point commun entre le juge et l’historien

Pas d’affirmations sans preuves, pas d’histoire sans faitsdit Antoine Prost dans ses leçons sur l’histoire. Les preuves permettent de faire émerger une vérité. Mais pour avoir des preuves, il faut des sources écrites (textes, …), iconographiques (images en tous genres), orales (témoignages) ou vidéos. Faire de l’histoire, c’est pister les traces du passé pour établir des faits. Pour arriver à son but, l’historien(ne) passe obligatoirement par la case “archives” pour croiser les sources, confronter les points de vue et tendre vers l’objectivité…

Mais, pour Antoine Prost, “l’objectivité est impossible en histoire… Plutôt que d’objectivité, il faudrait parler de distanciation et d’impartialité. La comparaison de l’historien et du juge est ici éclairante. Le juge ne peut être totalement objectif : dans l’appréciation qu’il formule sur un crime passionnel, ses sentiments personnels jouent inévitablement. Mais la procédure est contradictoire : les points de vue de l’accusation et de la défense sont défendus également, et les chroniqueurs disent impartial le juge qui tient la balance égale entre les deux parties, pose des questions sans parti pris, s’en tient aux faits. Ainsi doit-il en aller pour l’historien qui doit éviter les perspectives unilatérales.”un-juge-donne-son-verdict-au-tribunal_17449_w250

L’historien : tirer les leçons du passé pour un présent meilleur

Si la recherche de la vérité rapproche les métiers de juge et d’historien, l’analogie s’arrête là selon Marc Bloch. L’un juge et condamne, l’autre cherche à comprendre sans émettre de jugement de valeur. La décision d’un juge est irrévocable alors que le travail d’un historien peut être révisé. Mais l’historien n’est-il pas amené à « juger » lorsqu’il travaille sur Hitler ou Staline ? Ne doit-il pas montrer du doigt les affres du passé pour éclairer notre présent ? L’historien qui tire les leçons du passé s’engage aussi à bâtir un avenir meilleur en évitant aux citoyens de commettre les mêmes erreurs. Investi de ce rôle dans la société, l’historien doit cependant prendre ses distances avec ce que peut lui demander la société. L’historien est un chercheur, un enseignant mais il arrive qu’il soit convoqué à la barre d’un tribunal en qualité de témoin. Lorsque les historiens sont appelés à témoigner lors des procès Touvier ou Papon, ils sont appelés en qualité d’expert. L’historien, même spécialiste d’une période (la Seconde Guerre mondiale, l’occupation nazie en France), n’est pas juge. Il a par contre un devoir de responsabilité en tant que citoyen éclairé par ses recherches. Mais, en plein débat entre les parties civiles et la défense, l’historien risque d’être instrumentalisé lors d’un procès…

L’historien : le souci d’indépendance

« L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. » Cette phrase tirée de l’appel de 19 historiens« Liberté pour l’histoire ! » (2006) rappelle un des principes forts du métier d’historien. Entre sa liberté de chercheur et sa responsabilité d’expert, l’historien doit rester indépendant.



Mai 68 s’affiche

Bouclage du programme oblige, nous avons rapidement évoqué en cours les événements de mai 1968. Pour aller plus loin, baladez-vous sur le site de la Bibliothèque Nationale de France qui a réalisé une exposition très complète sur l’expression artistique de Mai 68.

Intitulée « Esprit(s) de 68 », l’exposition se compose de quatre entrées, reprenant des slogans d’époque :

  • non à l’ordre qui tue
  • l’art c’est vous
  • presse, ne pas avaler
  • participons au balayage

Les textes qui accompagnent les documents iconographiques (affiches, tracts, …) sont courts et résument bien la situation :

« La société française, en 1968, s’installe dans une paix durable et connaît une forte expansion économique qui nourrit une croyance infaillible dans le progrès. Cet optimisme cache toutefois une société bloquée qui aspire à de fortes mutations culturelles et sociales.

Loin de profiter à tous, la nouvelle société de consommation génère frustrations et critiques ; le pouvoir fort – incarné par De Gaulle dès 1958 – le manque de dialogue social et la sclérose des institutions nourrissent la contestation qui éclate le 22 mars chez les étudiants, et qui s’étend à d’autres catégories de la population lors du meeting de solidarité avec les étudiants de Nanterre du 3 mai 1968.

Figure tutélaire du pouvoir politique, image du père et symbole d’un temps révolu, le général De Gaulle incarne pour la jeunesse en colère le « mal » à combattre. Il est au centre de toutes les critiques et caricatures.

La composante fortement anti-autoritaire du mouvement de Mai 68 s’élève contre la rigidité de tous les appareils ou les institutions qui structurent la société : église, école, pouvoir politique, entreprise. »

Pour aller plus loin, une vidéo sur l’histoire des affiches de mai 68 du point de vue des collectionneurs.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x4gmuv_affiches-mai-68_creation[/dailymotion]


Sources : capture d’images du site sur l’exposition « Esprit(s) de 68 » de la BNF

[Habiter la ville] M6 retrace l’histoire du logement en France

Ce soir, M6 propose une émission sur l’histoire du logement de 1950 à nos jours. « 50 ans qui ont changé notre quotidien » racontés grâce à des images d’archives et des témoignages. D’après le magazine Télérama, « la grande saga de l’habitat est plus retracée qu’expliquée » mais le documentaire a le mérite d’explorer plusieurs thèmes en rapport des chapitres étudiés cette année : habiter la ville (6ème), la France (4ème, à venir), les Trente Glorieuses (3ème). A la frontière entre la géographie (aménagement de l’espace urbain) et l’histoire sociale et culturelle (les arts ménagers), l’émission rappelle que le discours sur la modernité a bien changé…

Habiter la ville

Pour ceux qui ont choisi l’étude du Corbusier pour l’Histoire des arts : la cité radieuse du Corbusier à Marseille est évoquée dans le reportage.

Un teaser de l’émission est disponible ici

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Sources : Les captures d’écran viennent du site de M6


« Les corons » : pays noirs sur tapis d’herbe

L’étude de l’âge industriel a commencé par l’étude de cas sur Firminy. La carte sur l’industrialisation au XIX°s et les vidéos de la machine à vapeur de Retournac ont permis de comprendre comment l’industrie révolutionne la façon de travailler. Avant de nous rendre mercredi au Musée de la Mine à Saint-Etienne, petite halte au Chaudron pour évoquer l’hymne des pays noirs…

Carte de FranceSamedi à Geoffroy Guichard, les Verts de l’AS Saint Etienne rencontrent les sang et or du RC Lens. Deux clubs connus pour la ferveur de leurs supporters et pour une histoire commune : celle des pays noirs et l’exploitation du charbon. Il y a deux ou trois ans, alors que j’assistais à ASSE-Lens, les supporters des deux camps avaient entonné durant l’entraînement la chanson symbole de ce passé minier : « Les corons » de Pierre Bachelet.


Pierre-BacheletNé à Paris en 1944, Pierre Bachelet passe son enfance à Calais, la ville natale de son père. En 1982, il interprète un texte de Jean-Pierre Lang « Les corons » où il chante avec conviction la fierté et les combats des mineurs. Hymne des supporters lensois à la mi-temps des matchs de leur club de football, cette chanson évoque aussi les paysages de la mine du Nord de la France. Ce passé et ce paysage sont communs aux habitants de la Loire et du Pas-de-Calais : les terrils sont les crassiers des Stéphanois.

Les valeurs du monde de la mine se retrouvent sur le tapis d’herbe et cela unit Stéphanois et Lensois. Sur le rectangle vert, les supporters attendent que leurs joueurs mouillent leur maillot sinon « A la mine ! ».

Pour préparer la visite au musée de la Mine, écoutez la chanson de Pierre Bachelet. J’ai passé en gras le vocabulaire de la mine : autant de termes que nous expliquerons la semaine prochaine. Pour les curieux, autant prendre de l’avance…

… et allez les Verts !

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xecmu_pierre-bachelet-les-corons[/dailymotion]

Le vocabulaire de la mine à travers la chanson de Pierre Bachelet

Au nord c’était les corons
La terre c’était le
charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de
mineurs de fond

Nos fenêtres donnaient sur des fenêtres semblables
Et la pluie mouillait mon cartable
Mais mon père en rentrant avait les yeux si bleus
Que je croyais voir le ciel bleu
J’apprenais mes leçons la joue contre son bras
Je crois qu’il était fier de moi
Il était généreux comme ceux du pays
Et je lui doiis ce que je suis

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

Et c’était mon enfance et elle était heureuse
Dans la buée des lessiveuses
Et j’avais
les terrils à défaut de montagne
D’en haut je voyais la campagne
Mon père était
gueule noire comme l’étaient ses parents
Ma mère avait des cheveux blancs
Ils étaient de
la fosse comme on est d’un pays
Grâce à eux je sais qui je suis

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

Y a vait à la mairie le jour de la kermesse
Une photo de
Jean Jaurès
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de
silicose
Ils parlaient de
trente six et des coups de grisou
Des accidents du fond du trou
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays
C’est avec eux que j’ai compris

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

Sources :