Archive pour Histoire

L’histoire à la source

« Les sources ?«  : cette question arrive souvent aux oreilles d’un(e) élève qui aurait lu un texte sans avoir indiqué d’où vient le document. Dire qui écrit, quand, où, comment, c’est déjà faire de l’histoire…  Il suffit ensuite de se poser les bonnes questions pour faire « parler » les sources.

« Pas d’affirmations sans preuves, pas d’histoire sans faits » dit Antoine Prost dans ses célèbres « leçons sur l’histoire ». Les preuves permettent de faire émerger une vérité. Mais pour avoir des preuves, il faut des sources écrites (textes, …), iconographiques (images en tous genres), orales (témoignages) ou vidéos.

Faire de l’histoire, c’est pister les traces du passé pour établir des faits. Pour arriver à son but, l’historien(ne) passe obligatoirement par la case « archives ». 

Aller aux archives, c’est voyager dans le temps et depuis peu, les archives nationales américaines nous proposent un périple outre-Atlantique à peu de frais. Derrière notre écran d’ordinateur, elles nous ouvrent leur album de famille… et de quelle manière. 

Télérama a consacré un article à cette plongée virtuelle dans l’histoire des Etats-Unis. 

« Ouvert cette année, le site des archives nationales américaines compte déjà 1 200 documents. Un patrimoine à explorer de manière ludique et intelligente. Envie de zoomer sur le manuscrit original de la Constitution des Etats-Unis ? Aucun problème, suivez le guide.« 

Lors de ma recherche, j’ai zoomé sur le visage d’un immigrant allemand relativement pas comme les autres (Einstein, 1940), suivi le moon-walk de Buzz Adrin (1969), vu l’encre qui s’estompe peu à peu sur l’original de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1776).

La série consacrée à la Deuxième Guerre mondiale nous rappelle qu’en temps de guerre la peur de l’espion est grande (voir posters dans la galerie d’images). Pour l’Oncle Sam, un bon patriote américain ne doit divulguer aucune information susceptible de servir l’ennemi. Motus et bouche cousue : c’est la devise pour ne pas compromettre la sécurité nationale. 

Emballantes, ces visites virtuelles ne remplacent pas encore le plaisir d’une journée passée à parcourir, feuilleter et déchiffrer les archives en feuilles et en encre.  L’historienne Arlette Farge raconte dans un livre le « goût de l’archive« . Se replonger dans le passé met en alerte tous les sens. Entendre craquer les pages, toucher l’aspect rugueux du papier d’antan reste la meilleure manière de voir se dérouler le fil de l’Histoire…et de toucher du doigt les traces du passé.

E.G

Captures d’écran : Digital vaults, site des archives nationales américaines

Robert Badinter : l’avocat de « L’abolition »

Il y a deux ans, France 2 consacrait un téléfilm au combat d’un avocat nommé Robert Badinter. L’acteur Charles Berling interprétait avec force et conviction l’artisan de l’abolition de la peine de mort en France effective le 9 octobre 1981.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x861be_extrait-de-l-abolition-avec-charles_shortfilms[/dailymotion]

« Aujourd’hui, quand je longe les murs de la prison de la Santé, je me dis qu’il n’y a pas si longtemps, là, en plein cœur de Paris, on coupait des hommes vivants en deux, puis chacun vaquait à ses affaires.« 

Télérama n°3080, 21 janvier 2009

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xaox87_badinter-parle-de-l-abolition-de-la_school[/dailymotion]

Ecoutez Robert Badinter parler de l’abolition de la peine de mort en France, en Europe et dans le monde. Selon lui, « les trois points centraux de la bataille pour l’abolition de la peine de mort »  sont la Chine, les états islamistes intégristes et les Etats-Unis.

L’interview de Télérama : vers une abolition universelle ?

La loi de 1981 met fin à l’utilisation de la guillotine en France. Durant la Révolution, le Docteur Guillotin voulait abréger les souffrances du condamné à la peine capitale avec cette machine à décapiter.

« Article 1er – La peine de mort est abolie.

Article 3 – Dans tous les textes en vigueur prévoyant que la peine de mort est encourue, la référence à cette peine est remplacée par la référence à la réclusion criminelle à perpétuité ou à la détention criminelle à perpétuité suivant la nature du crime concerné. »

Les bandes annonces de « L’abolition », téléfilm diffusé sur France 2

Le quizz du Web pédagogique sur la peine de mort et le combat pour son abolition 

Crédit photographique : PARIS LE 28 02 2008 – ROBERT BADINTER – ©PHILIPPON JOEL/PHOTOPQR/LE PROGRES/Maxppp

Les ficelles de l’Histoire : Dieudonné, marionnettiste et pantin

 « Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin… Robert, je crois que vous méritez bien ce prix.  Le sketch ne serait pas complet… je vais demander à Jacky mon fidèle technicien de remettre à Robert «le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence». Jacky dans son habit de lumière. Photographes lâchez-vous ! Remarquez le scandale ! Ovation ! »

Le 26 décembre, la bêtise et l’ignorance ont atteint le Zénith. Dans cette salle parisienne, l’humoriste Dieudonné décerne à la fin de son spectacle « le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » à Robert Faurisson. Dans ce qu’il nomme un sketch, Dieudonné appelle les spectateurs à ovationner un négationniste. Le négationnisme consiste à nier l’importance et même la réalité du génocide des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Robert Faurisson prétend que les chambres à gaz sont un mythe et les 6 millions de morts juifs une invention. Des historien(ne)s ont démontré avec brio comment les négationnistes manipulent et tronquent les sources, tirent les ficelles de l’Histoire pour déjouer un complot imaginaire. Un mensonge qui s’explique le plus souvent par l’antisémitisme c’est-à-dire la haine des juifs. Pour Pierre Vidal Naquet, les négationnistes sont des « assassins de la mémoire » car en niant la réalité de la Shoah (=le génocide juif) ils tuent les victimes une deuxième fois.

Pourquoi Dieudonné invite t-il une personne aussi décriée ? Dans le Journal du Dimanche, il dit ne pas être d’accord « avec toutes les thèses » de son invité surprise. Quand celui-ci glisse à l’humoriste sur scène « Je peux te compromettre », Dieudonné crie en guise de réponse « Liberté d’expression ! ». L’artiste défendrait ainsi une noble cause. Mais Dieudonné mélange tout et son goût pour la provocation vire à l’indécence. L’idée de déguiser en faux déporté juif un technicien pour remettre un « prix » à quelqu’un qui nie l’existence des chambres à gaz sert-elle aussi la liberté d’expression ? Il ne fait que piétiner la mémoire d’hommes et de femmes.

Lors de ce pastiche de cérémonie, Faurisson  agit tel un pantin dont Dieudonné tire momentanément les ficelles. Pour recevoir « l’ovation », le marionnettiste lève le bras du nominé. Pourtant, cet homme qui avoue ne « pas avoir l’habitude de ce genre d’accueil » profite du tremplin médiatique dressé par Dieudonné. De Dieudonné ou de Faurisson, qui est la marionnette de cette mascarade ? Les deux. Mais chacun y trouve son compte : l’existence médiatique.

Le négationniste sait que le public venu applaudir Dieudonné n’a peut-être que des lointains échos de la polémique dont il est l’objet : « Vous ne savez pas ce que je dis, ce que je maintiens. La plupart d’entre vous ne savent pas ou savent ce que les médias osent dire à mon propos, toutes les sottises qu’ils peuvent prêter aux révisionnistes ». Faurisson profite de l’occasion pour replacer son éternelle théorie du complot : au complot juif, au complot historique s’ajoute le complot médiatique. Les médias mentent et vous cachent la vérité. Faurisson cherche à capter une audience aujourd’hui très limitée, fort heureusement.

Pour Dieudonné , la motivation affichée (« Liberté d’expression ! ») paraît fragile quand on entend ou lit ses déclarations. Sa première pensée à l’accueil de son hôte sur scène est la place que tiendra le scandale prémédité dans les médias le lendemain :

« Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin ».

Faire scandale est pour lui une arme médiatique. Cette stratégie devient coutumière à Dieudonné. Alors qu’en 1997 il se présentait aux élections législatives contre une candidate d’extrême droite, Dieudonné affirme en 2008 que Jean-Marie Le Pen est le parrain de sa fille. D’après le JDD, «ce n'est pas vrai mais l'audience que cette information m'a donnée m'aurait coûté plusieurs millions de publicité sur TF1 ou France 2 (…) Les journalistes ne viennent plus voir mes spectacles, ils ne réagissent que lorsque je fais scandale". Provoquer pour exister : un triste dessein pour un humoriste…

Le scandale auto-proclamé du Zénith est une provocation antisémite de plus de la part de Dieudonné (voir l’article de wikipedia). La présence dans la salle de négationnistes et de Jean-Marie Le Pen (qui réaffirma cette année que les chambres à gaz étaient « un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale») donnent une consistance particulière à cette scène.

Un appel à la vigilance et à toujours regarder dans quel but certains tirent les ficelles de l’Histoire.

E.G

Sources :

La vidéo du 26 décembre 2008 au Zénith

http://www.lepost.fr/article/2008/12/29/1369194_dieudonne-un-scandale-minutieusement-prepare-depuis-un-mois.html#xtor=ADC-218

Article du Journal du Dimanche, 28 décembre 2008, par Mathieu DESLANDES et Marie-Christine TABET

http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200852/dieudonne-derape-encore_175242.html

Article de wikipedia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dieudonné_(humoriste)

Sur le négationnisme

Nadine FRESCO, Les redresseurs de morts, 1980. Un texte brillant sur le négationnisme.

http://www.anti-rev.org/textes/Fresco80a/

« Obama makes history » : la fabrique d’un événement historique

Article rédigé le 5 novembre 2008

Toutes les Unes de journaux le montrent : l’élection d’Obama est un événement historique. On parle d’événement en histoire quand un fait a la capacité de projeter une vision du futur, qu’elle soit négative (le 11 septembre 2001, l’horizon d’une guerre) ou positive (le 5 novembre 2008, l’espoir partagé d’un monde meilleur). L’événement existe aussi en fonction de ce qui a existé par le passé. Obama élu président des Etats-Unis d’Amérique c’est la concrétisation du rêve de Martin Luther King mais aussi du rêve américain. C’est également la conséquence des mandats calamiteux du républicain G.W Bush et d’une campagne électorale rondement menée : la nomination du premier président noir/métis des Etats-unis était un événement annoncé et comme le titre aujourd’hui l’AFP « le monde retombe amoureux des Etats-Unis ».

 

On reconnaît un événement à sa portée et aux émotions qu’il suscite : la joie et l’espoir qui entourent l’élection d’Obama sont amplifiées par notre monde de l’information instantanée et l’identité métisse d’Obama : né d’un père kenyan et d’une mère du Kansas, ses racines sont à chercher en Afrique, en Asie, en Amérique. Obama est devenu un symbole, une icône, une star(C dans l’air titrait son émission « Obama : La 51ème étoile ») à l’échelle planétaire. Ce phénomène médiatique porte un nom : l’Obamania.

On en oublierait presque qu’il n’a été élu que par le peuple américain tellement le statut d’homme providentiel lui colle à la peau. Le Monde avait titré après le 11 septembre « Nous sommes tous Américains » : la même Une serait d’actualité. Les défis qui attendent Barack Obama sont de taille et un politologue américain a raison de rappeler qu’il « n’est pas un nouveau messie et ne va pas résoudre tous nos problèmes ». Aux Etats-Unis, alors qu’un adulte américain blanc sur 106 est incarcéré, c’est un Hispanique sur 36 et un Afro-américain sur 15 qui sont en prison. La crise financière, la guerre en Irak et en Afghanistan, Guantanamo : autant de dossiers épineux l’attendent dans le bureau ovale. La force du symbole ne remplacera pas les compétences personnelles d’Obama que le peuple américain attend nombreuses.

 

Obama crée un autre événement historique : son élection est un des rares exemples de communion entre les habitants du Nord et du Sud. Les valeurs d’égalité, d’espérance et de fraternité sont universelles. Sa victoire fait du bien à tous car chacun peut se projeter dans ce symbole et l’interpréter à sa guise. « A cœur vaillant, rien d’impossible. »

EG

 

4 août 1961 : naissance d’Obama. Les lois ségrégationnistes (Jim Crow) sont toujours en vigueur aux Etats-Unis

1963 : 100 ans après l’abolition de l’esclavage par Lincoln, ML King lance « I have a dream » face à 250 000 personnes massées à Washington.

1964 : Abolition des lois Jim Crow par le Civil Rights Act

4 avril 1968 : Assassinat de ML King

2 novembre 1983 : Reagan signe une loi créant le Martin Luther King Day, jour férié aux Etats-Unis.

juillet 2004 : Obama électrise la convention démocrate en prêchant le « Rêve américain »

juin 2008 : Obama est officiellement nommé candidat démocrate à la Maison blanche

5 novembre 2008 : Obama, 1er président noir/métis des Etats-Unis d’Amérique