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Plein les yeux – Les moissons en Beauce

« Ce pays est plus ras que la plus rase table.
À peine un creux du sol, à peine un léger pli.« 

Dans son poème consacré à « Notre-Dame de Chartres » (1913), Charles Péguy navigue à travers la Beauce, un océan de blé où la cathédrale de Chartres fait figure de phare. A l’image d’un paysage marin, la Beauce déroule son relief plat à l’infini, avec pour îles les villages et îlots les hameaux.

Châteaux d’eau, silos, églises et rangées d’arbres sont autant de signaux qui surgissent çà et là pour servir de repères. Les éoliennes apportent aussi cette verticalité et strient ce paysage entre ciel et terre. Pour accéder au gîte loué pour le début du mois d’août, une antenne relais a servi de signal pour tourner à droite. Au bout du chemin, une ancienne exploitation agricole entourée d’hectares de cultures : blé tendre, blé dur, maïs, colza, un peu de pomme de terre, de betteraves et de lentilles. Le vieux matériel agricole rouille derrière le hangar, les roues déjà ensevelies. 

Coup de veine, le temps fort de l’année allait commencer et nous étions aux premières loges pour ce grand ballet mécanique. Des labours aux moissons,  tout est calibré presque millimétré. Des rampes d’arrosage qui font la largeur exacte du champ au guidage GPS des moissonneuses, tout a été pensé pour un rendement maximum. Une poignée d’hommes s’active et guide les machines pour des va-et-vient incessants jusque tard dans la nuit, moment où le taux d’humidité impose de s’arrêter.

J’ai photographié un de ces soirs de moisson dans la Beauce où le soleil couchant incendie les blés. Au volant de sa moissonneuse, Nicolas, un jeune agriculteur ayant repris l’exploitation familiale, avale les épis, fruits d’un labeur quotidien. Malgré le printemps pourri, la récolte est bonne. Il est presque 22h et il nous invite dans la cabine de sa machine hi-tech pour voir la coupe avec plus de hauteur. Avec une barre de coupe de 6 mètres, la machine ingurgite tout rond les épis.  Bardée d’électronique, la moissonneuse livre les données sur la récolte en direct mais un tel investissement coûte cher. Pour le faire, Nicolas s’est associé avec un de ses collègues céréaliers pour partager les frais. Depuis le remembrement des années 1990, les multiples parcelles de ses parents ont été réduites à deux. Le métier d’agriculteur a bien changé depuis la fin de la guerre mais Nicolas ne s’est pas transformé en grand seigneur. Il travaille dur et ce soir-là il avalera les blés sous les étoiles.   

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Aller + loin 

Un article sur les enjeux de l’implantation de parcs éoliens en Beauce

Un article sur la récolte 2013 : « Malgré les caprices de la météo, les récoltes de céréales se portent bien »

Un article du Monde : Dans la Beauce, cinquante ans de pollution agricole (2012)