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Histoire des arts : le dessin animé de propagande

Dès que l’on évoque le dessin animé, nos regards se portent presque immédiatement de l’autre côté de l’Atlantique. Pourtant, Walt Disney n’a que 7 ans lorsque le cartoon fait son apparition. C’est en 1908 que le Français Emile Courtet (dit Emile Cohl) invente le dessin animé cinématographique en peignant sur des cartons transparents des personnages qui se déplacent sur des fonds de décor.

 

Cet artiste complet âgé de 51 ans met ses talents de caricaturiste au service du cinéma d’animation et marche ainsi dans les pas de George Méliès, « l’inventeur du spectacle cinématographique » en 1896. Fantasmagorie, son premier dessin animé projeté à Paris, est un petit bijou de candeur et de poésie. En France, le cinéma d’animation prendra son essor avec des dessinateurs attirés par le 7ème art comme Paul Grimault.

 

 

Le cinéma d'animation est utilisé à des fins publicitaires, pédagogique et pour mettre en mouvement les bandes dessinées comme Les aventures des Pieds Nickelés (1917). Durant la Première Guerre mondiale, il est utilisé à des fins de propagande. En 1918, l’Américain Winsor McKay réalise The Sinking of the Lusitania. Le Lusitania est le paquebot britannique torpillé par les Allemands en 1915 qui fut une des causes de l’entrée en guerre des États-Unis aux cotés de la Triple Entente.

 

 

Comme le note Sébastien Roffat, auteur d'un livre de référence ("Animation et propagande : les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale", L'Harmattan, 2005), The Sinking of the Lusitania est bien un film de propagande :

 

"Pour renforcer la cruauté allemande, la dernière image est celle d'une mère qui maintient son enfant à la surface avant de couler tous les deux. Le texte de conclusion déclame : 'L'homme qui a déclenché le tir a été décoré pour cela par le Kaiser ! Et ils nous disent qu'il ne faut pas haïr le Boche !'".

 

Le dessin animé, une arme psychologique

 

La guerre joue un rôle décisif dans le développement du dessin animé de propagande. En 1934, Goebbels, ministre de la Propagande et de la culture populaire de l'Allemagne nazie,  estime que le cinéma est « l’un des moyens de manipulation des masses les plus modernes» et il veut rivaliser avec la force de frappe des studios américains. En Allemagne, Mickey et les dessins animés Disney ont la cote. Même si la montée du nazisme et de ses principes sont parfois la cible des productions américaines, il semblerait qu'Hitler et Goebbels affectionnaient particulièrement les cartoons américains.

 

 

Entre 1939 et 1945, les Etats-Unis produisent à Hollywood 125 cartoons par an. En 1943, 65% des dessins animés font référence à la guerre. L'attaque de Pearl Harbor (7 décembre 1941) marque un tournant dans l'utilisation faite par les Américains de cette arme psychologique qu'est le cinéma. Le gouvernement encourage les studios hollywoodiens à participer à l'effort de guerre et à mobiliser l'arrière. Le dessin animé fait vibrer la fibre patriotique et contribue à forger une représentation du bien et du mal dont le message politique est aisément assimilable.

 

 

Dans "The Thrifty Pig", le Grand Méchant Loup porte l'uniforme nazi. Il en est de même dans le pastiche des Trois petits de cochons réalisé par Tex Avery (Bliz Wolf, 1942) où le loup est directement associé à Hitler. C'est sous l'apparence d'un canard qu'Hitler est représenté dans "The Ducktators". A peine sorti de l'œuf, ce canard déjà fanatique s'exclame "Heil !". L'endoctrinement des jeunes allemands est dénoncé avec force et dramaturgie dans "Education for Death" (1943).

 

 

Au vu de la richesse et de la diversité de ces réalisations, la Seconde Guerre mondiale constitue un âge d'or pour le cinéma d'animation. Instrument au service du politique et du militaire, le dessin animé a eu un impact tout relatif durant ce conflit. Comme le note Sébastien Roffat "les dessins animés ne peuvent intégrer l'actualité immédiate et ils n'ont été que très peu projetés". Reste que ce programme de persuasion par l'image est exceptionnellement riche pour comprendre cette période de l'Histoire. Le dessin animé a permis de caricaturer ou ridiculiser l'ennemi tout en alertant les civils sur la nécessité de se mobiliser. Une arme psychologique dans une guerre intégrale où l'art est convié à faire sa part du travail.

 

 

Dans cette playlist Youtube, j'ai sélectionné plusieurs dessins animés sur la Deuxième Guerre mondiale. Cette source de documents est particulièrement intéressante à exploiter avec les élèves dans le cadre de l'Histoire des arts en 3ème.

 

 

Aller plus loin :

 

 

Ressources pédagogiques

 

Ouvrons l’œil : Marianne 2.0

Elle est française, célèbre, universelle, libre et moderne. 2011, c’est l’année de son come-back, le retour fracassant de l’icône féminine préférée des Français. Copiée, recyclée, Marianne resurgit de l’imaginaire collectif pour illustrer le printemps des peuples arabes. Tunisienne ou égyptienne, elle tend les bras vers la démocratie tant espérée et inonde les Unes des journaux tricolores. Son retour en force dans l’imagerie médiatique des révolutions arabes s’explique :

« Depuis le 15 janvier, l’image de la jeune femme insurgée envahit les Unes des journaux de gauche en France (Libération, L’Humanité, Le Nouvel Obs). En effet, depuis la fuite de Ben Ali, les mots « dictature » et « révolution » ont fleuri dans les médias. Et s’il y a une révolution, il faut une figure emblématique, un symbole reconnaissable par tous. Les Français l’ont depuis belle lurette : c’est Marianne, l’allégorie de « La Liberté guidant le peuple », le célèbre tableau d’Eugène Delacroix. Alors, pour marquer la rupture de langage (de régime autoritaire à dictature / de révolte à révolution), les photographes vont se mettre à la recherche d’une Marianne…

Photographier un peuple qui se révolte donne souvent lieu aux mêmes images. C’est ce qu’explique très bien  ce document du Monde. Marianne poing levé est « une figure de la contestation » appréciée des photographes car elle est proche de nous et de notre histoire… Marianne est le symbole de notre république et ces clichés en Une des journaux français tissent ce lien affectif entre notre propre histoire et « la révolution du jasmin ». Ces Marianne répondent à « un besoin médiatique de reconnaissance visuelle« . Des images compréhensibles par tous, universelles. » (voir article « Ouvrons l’œil : les Marianne tunisiennes »)

Sous la mine du dessinateur de presse, Marianne condense l’autre facette des révoltes du XXI°s : le rôle d’Internet, cette formidable caisse de résonance à échelle mondiale. Les artistes piochent dans le même fonds culturel et détournent cette fois « La Liberté guidant le peuple » à la mode des réseaux sociaux. Facebook, Twitter sont les armes des révolutionnaires. Marianne 2.0 lève bien haut l’étendard d’Internet et un symbole du XVIII°siècle s’acclimate à notre temps.


Ce recyclage de Marianne par les photographes ou les dessinateurs amène à tirer quelques enseignements. Nous comprenons l’Histoire du temps présent à travers ce que nous avons déjà vécu. Le risque, c’est de n’avoir qu’une vision bleu-blanc-rouge des événements. La vérité d’un territoire ne s’écrit pas de façon systématique et il faut avoir un regard neuf sur ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. D’autre part, certains symboles semblent éternels parce qu’ils véhiculent des valeurs universelles et qu’ils ont été magnifiés par des artistes de grand talent. Aujourd’hui comme hier, la liberté guide le peuple. Fière et câblée, Marianne 2.0 nous montre qu’avec les armes du moment et un véritable engagement les peuples peuvent s’affranchir de l’oppression…

Source images :

Dessin d’Oliver Schopf paru le 11 février 2011 dans un journal allemand

« Le nouveau monde arabe », dessin de Patrick Chappatte paru le 5 mars sur le site Globe Cartoon

Chappatte, coups de crayon et traits d’esprit


Un dessinateur de presse dans un face-à-face avec un public, des rires… Cela ressemble à un one-man show, un exercice de style réservé d’habitude aux humoristes. Pourtant, sur les planches de cette émission, c’est bien un cartoonist qui est en scène. L’un des meilleurs : Patrick Chappatte est suisse, travaille pour plusieurs journaux et recense sur le site Globecartoon quelques uns de ses meilleurs dessins.

"I am a newspaper cartoonist", c'est ainsi que Patrick Chappatte commence sa conférence intitulée "The power of cartoons". Accompagné de son accent francophone et par ses dessins, il démontre que face à une page blanche ou sur scène, il n'a pas de panne d'inspiration. Après avoir épinglé Internet et son impact sur notre société, Chappatte aborde son métier, la liberté qui guide sa plume et l'utilisation politique qui peut être faite du cartoon. S'il rappelle que "le dessin de presse peut être utilisé comme une arme", il montre que la liberté laissée au caricaturiste est proportionnelle à celle offerte aux citoyens. Ce qui ressemble à un stand-up est en fait un plaidoyer pour la liberté d'expression. Comme pour un dessin, Patrick Chappatte passe d'abord par le registre de l'humour pour mieux faire passer son message. Le caricaturiste est "un journaliste qui sait dessiner". C'est aussi un ardent défenseur de la liberté d'expression : à coups de crayon et de traits d'esprit, ainsi vit notre démocratie.

Pour aller plus loin

Globe cartoon : le site du dessinateur Patrick Chappatte

Un article de la [email protected] : Le caricaturiste, "un journaliste qui sait dessiner"

Le caricaturiste, « un journaliste qui sait dessiner »

Les dessins de presse comptent parmi les ressources que j’affectionne à utiliser en classe. L’enjeu du dessinateur est passionnant : avec un angle de vue et un trait d’humour, il faut commenter le plus simplement du monde une actualité parfois complexe. Depuis le mois de juin se tient à Rennes une exposition intitulée « Dessins de presse à la Une » où une cinquantaine de caricaturistes donnent leur définition du cartoon. Le regard porté par ces professionnels sur leur métier éclaire la lecture de leurs œuvres. Pour l’Iranienne Firoozeh Mozaffari, »un caricaturiste est un journaliste qui sait dessiner« . Pour Plantu, dessiner c’est «raconter en image la résonance politique d’une actualité » et être amené à dépasser des limites.

[vimeo]http://vimeo.com/12173067[/vimeo]

Un article de l’Humanité présentant l’exposition note que « la question des tabous propres à chaque culture est centrale dans l’exposition. C’est pourquoi elle présente une originale Carte des tabous. Dessinée par les cartoonistes de Cartooning for Peace, cette carte combat les interdits en montrant qu’on ne représente jamais Mao en Chine, de même qu’on ne parle pas de la mort en Suède ou de l’homosexualité au Kenya. Plantu, le parrain de l’exposition, explique le délicat travail du dessinateur?: «?Il y a des tabous qu’il faut observer et d’autres qu’il faut transgresser». »

Aujourd’hui, les mesures françaises de rapatriement des Roms vers la Roumanie et la Bulgarie ont un écho dans toute l’Europe. Sans faire de bulle, le pape Benoît XVI fait entendre la voix de l’Eglise. Sans faire de bruit, les dessinateurs de presse croquent une situation en questionnant par exemple la libre-circulation des personnes dans l’Union européenne.

Les Roms en Europe, Frédéric Deligne, Nice-Matin (Cagle cartoons)

Air Sarkozy, Hachfeld, Courrier international

Pour aller plus loin :

L’Humanité a consacré un article à l’exposition Dessins de presse à la Une tout comme le webzine Backchich Info.

Sur la [email protected] : Le séisme en Haiti mobilise les dessinateurs de presse