Archive de mots clefs pour Emmanuel Grange

Les Trente Glorieuses : la consommation, une arme de séduction massive ?

Cette publicité réalisée en 1959 par Moulinex (fabricant français d’électroménager) illustre à merveille la société de consommation née des Trente Glorieuses.

Les publicitaires nous offrent une scène de ménage heureux. Dans une cuisine, où une ménagère est toute à sa préparation culinaire, arrive un homme au complet rayé. Il rentre du bureau et se glisse derrière sa belle et tendre pour lui offrir un cadeau. Cette femme est le stéréotype de la cuisinière modèle : tablier ajusté, cuisine étincelante, plats mitonnés avec amour.

Aux anges, elle semble dire à son mari : « Mais quelle merveille m’as tu encore apporté ? J’apprends tout juste à utiliser le merveilleux robot-charlotte et tu me couvres encore de cadeaux !« . Les mains jointes en signe de rêve exaucé, elle est sûre que son cher mari a pensé à la dernière nouveauté de chez Moulinex : le batteur électrique qui lui allégera bien la tâche pour monter ses œufs en neige…

Le mari a le beau rôle : il travaille et assure le bien être de sa petite famille. En 1959, les indicateurs (PIB, PNB) sont au vert et il peut compter sur une promotion professionnelle (le costume) et sociale (une belle résidence, les cadeaux). Généreux, il n’en reste pas moins intéressé dans ses offrandes puisque son regard oblique clairement vers les tomates farcies. Son regard approbateur montre que la cuisine de sa compagne le met en appétit. Il continuera à l’équiper pour leur plus grand plaisir car comme le dit le slogan :

« Pour elle, un Moulinex

Pour lui, des bons petits plats »

Cette publicité offre une vision assez machiste (l’homme travaille, la femme cuisine) d’un couple de Français. On y voit clairement que l’achat fait le bonheur dans une société de consommation. Dans une époque où le portefeuille devient une arme de séduction massive, le chansonnier Boris Vian écrit la “complainte du progrès (les arts ménagers) », une satire pétillante de la consommation de masse. Ecoutez bien cette chanson écrite en 1955 : il semble bien que les publicitaires de Moulinex aient écouté Boris Vian pour vanter les mérites de leurs mixers, batteurs et des robots géniaux.

“Autrefois pour faire sa cour, on parlait d’amour…Aujourd’hui, c’est plus pareil, ça change, ça change. Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille : Oh Gudule, viens m’embrasser et je te donnerai un frigidaire, un joli scooter…et une tourniquette pour faire la vinaigrette…”

NB : Cette publicité a été analysée en classe (manuel - 2 p 174-) selon la méthode habituelle (1. Présenter 2. Décrire 3. Interpréter) que je reprends d'ailleurs ici.

Pour aller plus loin :

- "Au petit bonheur la France" : une réflexion sur le pouvoir d'achat et les indicateurs du bien-être aujourd'hui :

- Boris Vian (1920-1959) est un chanteur, trompettiste de jazz, écrivain, un artiste touche à tout. Nous pourrons aborder une autre de ses chansons "Le déserteur" évoquant son refus de combattre pendant les guerres coloniales françaises (1954 : guerres d'Indochine et d'Algérie)

 

Le buste de César à Arles : le second souffle

Arles, cette ville des Bouches-du-Rhône, aimante les artistes. Attiré par la lumière méditerranéenne, Van Gogh, le peintre à l’oreille coupée, y a peint ses sublimes tournesols. L’arlésien Christian Lacroix a fait de sa ville natale une place de la haute couture. Arles aime les artistes, et ce, depuis toujours.

Fondée en 46 avant Jésus-Christ par César, Arelate est aujourd’hui réputée pour ses vestiges antiques. La rive gauche du Rhône correspond au centre de la ville et recèle de trésors architecturaux (l’amphithéâtre, le théâtre, l’arc du Rhône, les thermes de Constantin, …). La ville antique est une colonie romaine qui se développe très rapidement. Les activités portuaires et commerciales enrichissent la ville. Cette prospérité permet aux habitants d’embellir leur cité en commandant à des artistes, des monuments, statues et mosaïques à la mesure de la « petite Rome ». La rive droite du Rhône est aménagée au cours du Ier-IIème siècle après J-C et le pont de bateaux (procédé ingénieux qui permet de relier les deux rives) fait la renommée de la ville. En 2007, une équipe d’archéologues dirigée par Luc Long, décide de prospecter sur cette rive droite du fleuve (près du quartier de Trinquetaille) une zone jusque-là très peu fouillée.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xbqr84_des-racines-et-des-ailes-arles-dess_creation[/dailymotion]

En 2008, France 3 présentait une émission spéciale « Des racines et des ailes » sur les recherches menées par ces archéologues sous-marins. La chasse au trésor est lancée dans le Rhône.  Construite comme une enquête, l’émission est passionnante et offre aux téléspectateurs les splendides trouvailles des plongeurs-archéologues. La découverte d’une statue de Neptune, reconstituée pièce après pièce par les plongeurs, la remontée d’une statue de Vénus ou encore ce bronze d’un homme aux poings liés montrent les richesses englouties dans le limon du fleuve. Le documentaire tient en haleine avec la pêche inespérée d’une pièce unique en son genre. Le buste de César, fondateur de la ville et imperator romain (vers 100 à 44 av JC).  La ressemblance est frappante mais le travail de l’archéologue est de prouver qu’il s’agit bien de César. Luc Long fait appel aux technologies ahurissantes de précision (scanners), à l’œil expert de spécialistes, part comparer le buste de César avec un autre se trouvant à Turin (Italie) et finalement le verdict tombe. Ce buste serait la plus ancienne représentation de César faite de son vivant (cette hypothèse est contestée par l’historien allemand Paul Zanker). L’instantané d’un imperator est exceptionnel car « même à Rome, on n’a jamais retrouvé un portrait de César de son vivant » dit Luc Long.

Ces trouvailles redonnent un second souffle à des œuvres d’art endormies dans le lit du Rhône et à des archéologues plus habitués à remonter des tessons d’amphores que des objets d’exception. Aux téléspectateurs, une belle leçon d’Histoire et un moment de rêverie.

E.G

Sources :

– L’excellent reportage de France 3, « Le trésor englouti du Rhône »

Crédits et légendes des photos : C. CHARY/DRASSM

Un buste grandeur nature de César âge? : pour Luc Long, ce buste en marbre constitue la plus ancienne représentation aujourd’hui connue du fondateur de la cité romaine d’Arles. Typique de la série des portraits réalistes d’époque républicaine (calvitie, traits dus à l’âge…), il date sans doute de la création de l’Arles romaine en 46 avant Jésus-Christ.

Le buste lors de sa découverte par P. Giustiniani – Photographe : C.CHARY

– Une statue de Neptune en marbre de près de 1,80 m de hauteur ; datée de la première décennie du IIIe siècle après Jésus-Christ.

– Le pont de bateaux

– Paul Zanker conteste que la statue retrouvée soit celle de César

La [email protected], première bougie

DSC0048017 décembre 2009, voilà un an pile que la [email protected] existe. Douze mois d’existence et une longue liste de satisfactions. D’abord, parce que les élèves se sont appropriés l’outil. Auteurs d’articles, ils forgent l’identité d’un blog participatif. Support de travail en classe, le blog permet de prolonger la leçon et de mettre en lumière les productions des Waldeckien(ne)s. Simple promeneur ou randonneur chevronné, de Firminy ou d’ailleurs, chaque élève y fait son bout de chemin sans qu’il y ait de marche forcée. Le sentier est balisé mais libre reste la balade.

Depuis le lancement de la [email protected], j’ai pris pleinement conscience de l’intérêt pour les enseignants de travailler en réseau, d’échanger et de mutualiser. J’ai découvert sur internet des profs passionnés et des espaces d’échanges (Clionautes, Hors les Murs, …) qui ouvrent des perspectives. Enfin, ce blog est pour moi un espace d’expression et de liberté car le plaisir d’écrire et de partager ne peut se cantonner aux disciplines que j’enseigne.

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En 365 jours, un peu plus de 150 000 blogtrotters ont fait escale sur la [email protected] durant leur escapades numériques. Le mérite en revient au Web pédagogique qui met à disposition des enseignants un outil efficace pour « partager la connaissance ». Un grand merci à toute l’équipe, à Vincent, à Marie et longue vie aux blogs officiels…

E.G

Ouvrons l’œil : le prof, ce héros ?

Hier, en feuilletant les pages de Télérama, je suis tombé sur une publicité mettant en scène un enseignant d’Histoire… Pas de logo de l’Education nationale sur cette campagne de communication. Alors, pour promouvoir le métier d’enseignant, on trouve une société privée spécialisée dans les cours particuliers, Acadomia.

Autant dire, que l’image et le texte m’ont interpellé. En classe, vous apprendrez à lire les images en suivant une méthode en trois temps (1. Je présente / 2. Je décris / 3. J’explique). J’aime particulièrement décrypter les images du quotidien. La méthode apprise en cours sert au jour le jour. D’ailleurs, j’ai déjà présenté le document dans le 1er § en répondant aux questions suivantes : quand ? où ? quoi ? qui ?

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Sur cette publicité, notre prof’ d’Histoire a la tête dans les nuages : les vacances sont là (les résultats du bac tombent en juillet), il peut enfin s’installer à la terrasse d’un café et profiter du ciel bleu.  Pourtant, l’enseignant reste consciencieux. Pas de bermuda, ni de tee-shirt ici : même en vacances, le prof d’Histoire est sérieux (il lit sûrement Le Monde). S’il a déboutonné un peu son polo, il garde le veston (pourtant, il a l’air de faire chaud) et reste absorbé dans des rélexions qui n’appartiennent qu’à lui.

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L’image nous montre un prof habité  et rêveur : quelles pensées parcourent ce pédagogue, qui, après une année scolaire bien remplie, pourrait aspirer à un peu de repos ?

A son air ravi, on dirait qu’il pense très fort « C’est bon les vacances… » ou qu’il chantonne « Copies, c’est fini…« . Mais non, rien de tout cela… Ce ne sont pas les conclusions du G8 qui lui occupent l’esprit, ni même les résultats de l’EuroMillion. Non, il en a « un peu honte » mais il pense à Robin. Robin, l’élève dont les parents lui ont mis un peu de beurre dans les épinards. Un peu d’argent qui lui permettra, j’espère, de renouveler une garde-robe bien triste pour un début d’été : en plus, les soldes arrivent, chic…

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Le prof vu par Acadomia est sérieux, sobre, consciencieux. Il arrive à placer l’élève (Robin) au-dessus de la connaissance (G8)… Un prof qui fait cours pour l’élève et pas simplement pour lui… mais qui a du mal à s’avouer qu’il travaille pour l’élève autant que pour son appétit intellectuel …

« Il se dit qu’après tout il était prof » : avec cette phrase, Acadomia résume les doutes et interrogations qui entourent le métier d’enseignant. On entend parler de crise, de manque de vocation, d’élèves intenables, de « ton métier de toute façon, je ne pourrais pas le faire ». Le prof se cherche comme le montre l’autre publicité qui met en scène Marianne, enseignante en français.

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Marianne a le même regard perdu que son collègue d’Histoire. Mais, ici Marianne se fait du souci…  Est-ce que mes élèves ont compris quelque chose à ce que je raconte ? Marianne, symbole de la République (le nom et l’échancrure de son corsage nous le rappellent), représente-elle cette école qui se fait « du souci » ? Si l’école républicaine ne permet plus à vos enfants d’avoir « envie apprendre », la publicité nous incite à penser qu’avec Acadomia ils le pourront… Après réflexion, Marianne dira alors « Garçon ! Un autre café serré. » Elle réglera sa note, s’en ira dans le bureau Acadomia le plus proche pour qu’enfin ses vœux deviennent réalité…

Pour finir, la question qui se pose est :

Qui Acadomia veut-elle séduire ? Des élèves ou des profs ?

Le prof de la campagne de pub d’Acadomia est un héros fragile, se questionnant sur son métier. Et si Acadomia me permettait de donner vraiment sens à ma vocation, qui s’évapore peu à peu par ces classes surchargées, ces élèves turbulents, des moyens qui disparaissent…

Une stratégie qui, peut-être, séduira Marianne. Mais, Marianne la républicaine se rappellera bien à un moment que l’idéal de partage et d’égalité est ailleurs. Dans sa classe sûrement…


PS : Il est bon de rappeler aux parents que des solutions gratuites et individualisées existent pour vos enfants. Le collège Waldeck-Rousseau propose l’accompagnement éducatif, le Prépabrevet en Histoire, le SOSMATHS, etc pour donner aux élèves les clés de la réussite.

+ d’info : l’excellent dossier d’Arrêt sur images où l’on en apprend plus sur le recrutement des professeurs d’Acadomia…

Images : Campagne de publicité de la société Acadomia