Archive de mots clefs pour Haïti

CNN en Haïti : le monopole du cœur ?

Depuis le 12 janvier, les projecteurs sont braqués sur Haiti. Sur notre petit écran, les images de la catastrophe défilent : les médias filment les larmes de ceux qui ont tout perdu, les corps des victimes et les violences pour arracher à manger et à boire. Images chocs tournées par des vautours (« Comment vous sentez-vous, coincé ici dans les décombres ? ») ou nécessaire information pour mobiliser la planète ?

Face à une catastrophe, la déontologie du journaliste est mise à rude épreuve. Dans le quotidien sénégalais Le Soleil, Modou Mamoune Faye pose le débat : « Les caméras des chaînes européennes, asiatiques, américaines… se bousculent pour avoir les « meilleures » images à servir à leurs téléspectateurs. Mais il y a quelque chose qui choque dans cette course effrénée vers le scoop (…). Au nom de la liberté d’informer, a-t-on le droit de tout montrer au point de verser carrément dans le journalisme macabre ? Quelle est la valeur informative de ces milliers de cadavres exposés au regard quelque peu… voyeur de milliards de téléspectateurs ?« 

Journaliste et super-héros ?

Un journaliste peut-il rester insensible à ce qui se passe autour de lui ? Bien sûr que non. Cette semaine, un reportage de la journaliste française Maryse Burgot montrait comment une équipe de France 2 avait aidé à faire hospitaliser Jerry Lafrance, un petit garçon blessé. Jerry doit être adopté prochainement par une famille habitant à côté de Nantes. Avant de diffuser ces images, France 2 avait pris soin d’avertir la famille adoptive de Jerry pour qu’elle ne découvre pas par hasard ce sujet tourné à Port-au-Prince.

Lundi, le journaliste de la chaîne américaine CNN, Cooper Anderson, s’illustre lui aussi, mais un registre beaucoup plus spectaculaire.

Sur cette vidéo de CNN, on voit Cooper Anderson traîner un enfant ensanglanté, puis, après l'avoir rassuré, repart avec lui et le porte. Ensuite, l'enfant part avec un autre homme. Le site Eco89 fait le récit de cette scène : "Anderson Cooper raconte avoir entendu des coups de feu alors qu'il tournait un sujet avec son équipe ; des policiers tiraient en l'air pour effrayer les pillards. Quelques minutes plus tard, il aperçoit un homme qui lance des blocs de béton sur la foule amassée en bas d'un magasin pillé :

« Il a touché un petit garçon à la tête. Je l'ai vu s'effondrer (…) L'enfant était blessé et ne pouvait pas se lever. Il a essayé avant de retomber. Du sang coulait sur son visage. Il était conscient mais il ne pouvait vraiment pas bouger. J'ai eu peur que quelqu'un ne le voit couché là (…) J'ai eu peur qu'il se fasse tuer."

Sur son blog, Cooper Anderson raconte en détail son geste de bravoure, le tout accompagné d'un reportage photo saisissant. Mais, ne tombe t-on pas dans le sensationnel avec ce type d'images ? L'information est là : la situation critique en Haiti pousse certains à des extrémités pour s'en sortir, les plus faibles sont malmenés. Néanmoins le journaliste endosse ici volontairement l'étoffe des héros… alors qu'il a sous les yeux de multiples exemples de courage, d'abnégation et de dignité au quotidien. Les héros ordinaires sont sûrement moins télégéniques…

CNN semble s'être fait une spécialité de ce "journalisme émotionnel" : Eco89 explique "qu'une autre vedette de CNN, Sanjay Gupta, chirurgien et journaliste médical de CNN, couvre également la catastrophe pour la chaîne, qui ne diffuse pas seulement ses analyses, mais également ses opérations."

Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, la chaîne américaine CNN possédait le monopole des images. Avec le séisme en Haiti, CNN recherche t-elle le monopole du cœur ?


Sources images

Les vidéos du séisme en Haiti : comment démêler le vrai du « fake » ?

Aujourd’hui, la séance est organisée en deux temps. Avant de continuer les scripts pour la réalisation des vidéos, nous allons parler de la situation en Haiti.

Grâce aux journaux télévisés, vous suivez quotidiennement l’évolution de la situation grâce aux journalistes dépêchés sur place. Cependant, le traitement de l’information peut laisser à désirer comme le montre très bien cet article d’Arrêt sur images : « A son tour, l’émission 66 minutes (M6), diffuse des images filmées lors d’une secousse en Californie, en les faisant passer pour des images du tremblement de terre en Haiti. »

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Le 13 janvier, France 3 était déjà tombé dans le panneau


Vérifier les sources pour démêler le vrai du faux

A partir de cette vidéo, on arrive facilement à un site earthquakedog.blogspot.com où il est écrit "A 6.5 magnitude earthquake struck Northern California on Saturday 01.09.10 at 4:27 p.m. just offshore of Eureka on the Pacific Coast. This video was captured on surveillance cameras at the Times-Standard daily newspaper in Eureka."

Ces informations montrent bien que ces images ne viennent pas d'Haiti mais de Californie et que le tremblement de terre a lieu trois jours avant le 12 janvier 2010. En vérifiant les sources, on s'aperçoit rapidement que l'on a à faire à un "fake", un terme courant sur le Web pour qualifier un montage vidéo ou photographique, une rumeur, bref une fausse information.

Remonter à la source : une compétence du B2i

En tombant de le piège du "fake", des journalistes de France 3 et de M6  montrent qu'ils n'ont pas su "relever des éléments permettant de connaître l'origine de l'information (auteur, date, source)". Cette compétence est pourtant attendue des collégien(ne)s qui passent le Brevet et doivent valider le B2I (Brevet Informatique et Internet)… Si des professionnels tombent le panneau, c'est qu'il est devenu très facile de diffuser de fausses informations. D'où la nécessité de croiser les sources et de rester vigilants…


Pour aller plus loin : un article d'un journaliste du Nouvel Observateur intitulé "Séisme, mensonges et vidéo"

PS : Haiti s'écrit avec un i tréma mais comme le i tréma empêche le bon envoi des articles de la [email protected] pour les abonnés, je l'ai supprimé sur les articles du blog (après avoir passé quelques dizaines de minutes à comprendre l'origine du problème…)


Le séisme en Haïti mobilise les dessinateurs de presse

Internet a été le premier média à rendre compte des conséquences du séisme en Haiti. Utilisant sa webcam, un journaliste haïtien décrivait la gravité de la situation à Port-au-Prince. Aujourd’hui, tous les médias sont en mesure de traiter la catastrophe mais dans ce flot d’informations et d’images, il est précieux de s’arrêter sur l’œuvre des dessinateurs de presse. En quelques coups de crayons, ils fixent une situation, une émotion. Après avoir parcouru plusieurs sites, l’image symbole du séisme en Haiti est le bras tendu. Un S.O.S vers le sauveteur fouillant les décombres, un cri du corps pour un plat chaud et l’eau qui manquent cruellement.  Un signal de détresse envoyé au monde entier pour agir et vite.

MAUVAIS SORT ?

12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7 ravage le pays mais pas toute l’île d’Hispanolia. La République dominicaine est heureusement épargnée par le séisme. « Pourquoi nous ? » implore cet habitant les larmes aux yeux… Terre du vaudou, certains en viennent à se demander qui leur a jeté le mauvais sort.

Bob Englehart, The Hartford Courant

LES DEUX GENOUX A TERRE

Avant le 12 janvier, Haiti avait déjà un genou à terre. Les inégalités sociales sont criantes (80% de la population vit sous le seuil de pauvreté), les conditions sanitaires sont désastreuses (37% de la population a accès à l’eau potable) et le pays peine à reconstruire une démocratie. Après le 12 janvier 2010, à l’ombre de la mort de dizaine de milliers de personnes, Haiti a les deux genoux à terre et lance un S.O.S.

Simanca Osmani, Cagle Cartoons, BrazilRJ Matson, Haiti grita por Ayuda

Olle Johansson, Sweden, Haiti

L’AIDE… D’URGENCE !

Un aéroport saturé, un Etat en miettes, une incapacité à organiser les secours : le peuple compte sur la communauté internationale pour leur venir en aide. Mais avant, il faut démêler la situation, sécuriser les lieux pour permettre aux victimes de recevoir l’aide attendue.

John Cole, The Scranton Times-Tribune

LES MEDIAS ET LA CATASTROPHE

Une question de déontologie se pose toujours pour les journalistes et les cameramen. Où arrêter sa quête d’images dans le vif d’une catastrophe ? Faut-il tout filmer pour rendre compte de la situation ? Les journalistes ne sont pas des secouristes et relaient une information qui mobilise l’opinion internationale. Ils sont responsables de l’information qu’ils nous transmettent. La surmédiatisation du tsunami de 2004 avait été accompagnée par des dons disproportionnés : pendant ce temps, d’autres souffraient, bras tendus vers le ciel… Coquin de sort, revoilà encore Haiti…  Attendre la catastrophe pour venir en aide aux plus démunis, triste, triste sort…

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Sources images :

Tous les dessins datent de janvier 2010 (sauf le dernier). Ils sont l’œuvre de dessinateurs du monde entier ce qui montre que la mobilisation et l’émotion sont mondiales.

PS @ Tiffany (3°2) : Je viens juste de voir que tu avais écrit un article sur la situation en Haiti. Si tu veux l’actualiser, je le publierai par la suite.