Archive de mots clefs pour liberté d’expression

L’avis de Fatéma : « je ne suis ni terroriste, ni Charlie, je suis musulmane et donc pour la Paix. »

Dans un précédent article, j’ai partagé le texte de Walid « Je suis musulman et je suis Charlie ». Je tiens aussi à partager l’échange que j’ai eu hier avec Fatéma. Fatéma et Walid sont deux anciens élèves, aujourd’hui majeurs et étudiants, avec qui je suis en contact via Facebook.

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Fatéma
Bonjour, je vous écris car j’ai vu que vous travaillez sur les attentats qui ont eu lieu avec vos élèves. Je vous écris donc mon avis qui est un peu différent de Walid.

Je ne suis ni terroriste, ni Charlie, je suis musulmane et donc pour la Paix. Je suis contre ces terroristes : comment pourrait-il en être autrement ? Ces terroristes ont déclaré vouloir venger le prophète Muhammad SWS, mais ils ne le connaissent même pas. En effet, s’ils l’avaient connu, ils auraient su que lorsque le message de l’islam a été diffusé, le prophète SWS s’était heurté à de nombreuses résistances des personnes l’ont insulté lui ont jeté des pierres. Sa réponse ce n’était pas la violence, jamais je n’ai lu qu’il a insulté en retour ou qu’il a pris une pierre pour la jeter à ses ennemis. Il a répondu par le pardon et la paix. Ce Prophète est l’exemple de l’islam, les musulmans doivent suivre cet exemple alors, tuer au Nom du prophète n’a aucun sens. Ces terroristes ne sont donc pas musulmans.

Je ne suis pas Charlie : je condamne le fait que des journalistes ont été tués, mais ce n’est pas une raison pour oublier les caricatures qu’ils ont faites du prophète SWS. Certains pensent que ce n’est que des dessins, mais c’est bien plus que cela à mes yeux et aux yeux de tous les musulmans. En islam il est interdit de représenter le prophète quelle que soit la forme que l’on lui donne en bien ou en mal. Ces dessins non seulement ne le représentent pas en bien mais ils le salissent. Pour comprendre ce que les musulmans ressentent en voyant ces dessins, il faut comprendre l’amour qu’il lui ait porté. Pour beaucoup de musulmans le prophète Muhammad SWS est la personne la plus aimée après Dieu elle passe même avant les parents les enfants… Alors imaginer la personne que vous aimez le plus au monde à sa place, vous verrez que c’est blessant. On le voit nu alors qu’on nous a appris qu’il était une personne très pudique, on lui donne des paroles injurieuses, alors qu’il parlait avec bienveillance. Ces caricatures ne s’en prennent pas à des terroristes, ils s’en prennent à une personne qui a que du mérite et qui pour les musulmans est un exemple donc oui ça blesse les musulmans de voir cela. Pour moi la liberté d’expression, c’est un moyen d’informer. La liberté d’expression pour moi ne doit pas être diffamatoire, elle ne doit pas être un moyen d’insulter ou atteindre l’intégrité d’une personne.

Je suis musulmane et donc pour la Paix : pour se dire Bonjour chaque musulman lorsqu’ils se croisent disent cette formule « Salam Aleykoum Wa Rahmatou ALLAH Wa Barkatou », cette formule littéralement veut dire « Que La Paix ( Salam) , la Miséricorde de DIEU ( Rahmatou Allah), et sa Bénédiction ( WA BArakatou) soit avec vous ( Aleykoum) ». Chaque fois qu’on se croise, on se souhaite la paix alors Non l’Islam ne prône pas la violence.

Je m’exprime aujourd’hui car hier je suis sorti faire les soldes comme un grand nombre de français et une personne qui m’accompagnait portait le voile, j’ai vu beaucoup de personnes la regarder froidement, il y en a même un qui à sa vue a crié « JE SUIS CHARLIE » pensant la provoquer. En outre la nièce de cette même personne voilée s’était rendue à la gare de Châteaucreux la veille, il y avait une alerte à la Bombe, des policiers lui ont dit de ne pas passer et deux jeunes sont venus s’interposer en déclarant « Laissez la passer de toute façon c’est ses frères qui ont fait ça ».

J’ai donc écrit ce message en espérant qu’un grand nombre comprenne que l’islam est une religion de Paix et qu’en commettant ces attentats, ces terroristes n’ont pas voulu défendre le prophète SWS, ils ont voulu seulement diviser la société. Réfléchissez et ne vous laissez pas prendre au piège de la haine de l’autre, car c’est ce qui à donner naissance à la seconde guerre mondiale. L’histoire est là pour nous éviter de refaire les mêmes erreurs.

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EG
Bonsoir Fatéma,

d’abord j’espère que tu vas bien, toi et ta famille. J’ai lu ton message avec attention et je comprends ce que tu écris. Je sais que les caricatures de Mahomet blessent des musulmans, que leur foi en est meurtrie. Nous vivons un moment complexe, il faut que tous les points de vue respectueux de la loi et de nos valeurs s’expriment comme tu l’as très bien fait, qu’on les entende et les tolère. Cette capacité d’écoute et de dialogue est la clé car jamais nous ne mettrons tout le monde d’accord. C’est la somme de ces échanges qui nous fera avancer, nous Français, vers une société meilleure où on ne stigmatisera pas les musulmans pour revenir au sujet qui nous intéresse.

Je comprends ta position, je respecte totalement ta liberté de conscience et je respecte aussi l’athéisme et l’irrévérence des dessinateurs de Charlie Hebdo. Ce que je veux te dire et que tu sais probablement déjà, c’est que Charb, Cabu et les autres n’avaient rien contre l’islam en tant que religion. Ce journal profondément antiraciste a publié des caricatures de Mahomet d’abord pour condamner le fanatisme religieux et les terroristes qui se réclament de l’islam. Charlie Hebdo réclamait aussi le droit de se moquer de toutes les religions et se refusait de s’interdire de rire des religions quelles qu’elles soient. Cabu était athée et avait réalisé un dessin « Aux chiottes toutes les religions ! ». Pour lui Mahomet est le prophète des musulmans, pas le sien. Il estime ne pas avoir besoin de la religion pour vivre sa vie et ce que les croyants estiment sacré ne l’est pas pour lui. Bien sûr, le débat existe : Charlie Hebdo n’est-il pas allé trop loin ? N’a t-il pas contribué à brouiller l’image d’une religion qui comme tu le dis est porteuse de paix et d’amour ? Mais les terroristes s’emparent de l’islam pour faire le mal et établir une société dont nous ne voulons pas et c’est ce travers de la religion que les dessinateurs de Charlie Hebdo ont principalement combattu.

Comme je l’ai dit à mes élèves, je comprends que cela choque des croyants mais c’est aussi la nature des caricatures que de choquer et déranger. C’est aussi le rôle de la caricature que d’offrir à son auteur un espace de liberté. Lors du jugement de l’affaire des caricatures en 2007, Charlie Hebdo n’a pas été condamné par la justice qui lui reconnaissait le droit à la caricature. Ce que tu considères comme un blasphème ne l’est pas aux yeux du droit français. Comme je te l’ai dit, ce n’est pas pour autant que je ne comprends pas la blessure qui est la tienne. La liberté c’est faire tout ce qui ne nuit pas à autrui… mais on voit bien que tout n’est pas aussi simple que cette formule pourtant si vraie.

Ci-joint, un article que j’ai lu cette semaine sur la représentation figurée de Mahomet, je l’ai trouvé très intéressant -> http://ifpo.hypotheses.org/4445

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Fatéma
Je suis d’accord avec votre message complétement, il est sûr qu’on ne peux pas se mettre tous d’accord, c’est d’ailleurs de la mésentente qu’on crée les meilleurs débats. Je pense qu’on serait même moins instruit si tout le monde était d’accord. Je sais que les auteurs n’ont pas été condamnés et que pour eux c’est une façon de s’exprimer qui n’est pas la mienne. Je tenais seulement à faire comprendre aux personnes pourquoi ces dessins sont bien plus que cela aux yeux des musulmans. Par le biais de ce message je tenais surtout à dire qu’on pouvait ne pas être Charlie mais être tout à fait contre cette violence qu’il lui a été faite. Vous avez pleinement mon accord pour la publication. Ma famille va bien je vous remercie j’espère que la vôtre aussi. Merci pour l’article je vais le lire et vous partager mon opinion. À bientôt.

J’ai lu votre article, je n’ai pas assez de science religieuse pour savoir si au temps du prophète SWS les illustrations qui ont été faites de lui étaient interdites où c’est une pratique qui s’est développée plus tard. Pour tout vous dire lorsque j’étais plus petite, comme beaucoup je pense, je me suis demandée pourquoi on ne pouvait pas voir à quoi ressemble le prophète. Mes parents m’ont répondu et je l’ai lu aussi par la suite. La raison pour laquelle on ne peut représenter le prophète c’est que notre religion interdit l’idolâtrie, il n’y a qu’à voir l’attitude de certains fans pour comprendre. Ils aiment tellement ces personnes qu’ils collectionnent tous qu’ils pourraient y avoir sur eux des photos des objets… Le prophète SWS est dans notre religion certes une personne très importante mais elle reste qu’une créature de Dieu qui lui est le Créateur. Le prophète SWS est le messager, son image ne doit pas effacer le message qu’il a voulu transmettre. En effet c’est sa parole et ses actes qui comptent, on l’aime pour ça pas pour son apparence. Cela a été dicté pour éviter aux gens de s’égarer et de commettre des erreurs qu’ont commis pour nous les religions précédentes dont l’islam est la continuité. En effet on pense par exemple que l’illustration du prophète Jésus Christ, (car il est pour les musulmans un prophète mais pas le dernier), a conduit les chrétiens à s’agenouiller ou à embrasser des croix et ne pas dissocier pas Jésus Christ de Dieu… En effet idolâtrie pour nous est un pêché majeur car c’est de l’Association c’est à dire qu’on associe une créature de Dieu ou des choses qu’il a créé à Dieu qui est le véritable créateur. Alors peut être que l’interdiction d’illustrer le Prophète SWS s’est développée par la suite mais à mon sens si cela peut éviter que des personnes s’égarent, cette interdiction est bénéfique. Cependant encore une fois c’est seulement mon opinion et je peux me tromper mais c’est comme cela que je comprends cette interdiction.

Voilà j’espère que cela vous aura aidé à comprendre même si je m’attends pas à que vous compreniez tout à fait. Chacun réfléchit différemment en fonction de ce qu’il a connaissance. Mais merci d’être aussi tolérant, lorsque je vois des personnes faire des attentats comme cela, je me demande tout le temps comment j’aurais réagis si je n’avais pas été de confession musulmane, aurais je pu être parmi ces personnes qui se replient sur soi et qui se mettent à haïr la différence ? J’espère que j’aurais été comme vous.

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EG

Bonjour Fatéma, pour t’avoir connu en tant qu’élève et avoir gardé contact avec toi, je suis convaincu que si tu cultives l’humanisme par ta foi, tu l’as aussi en toi par ton attitude citoyenne respectueuse du vivre-ensemble et des valeurs républicaines.

Chappatte, coups de crayon et traits d’esprit


Un dessinateur de presse dans un face-à-face avec un public, des rires… Cela ressemble à un one-man show, un exercice de style réservé d’habitude aux humoristes. Pourtant, sur les planches de cette émission, c’est bien un cartoonist qui est en scène. L’un des meilleurs : Patrick Chappatte est suisse, travaille pour plusieurs journaux et recense sur le site Globecartoon quelques uns de ses meilleurs dessins.

"I am a newspaper cartoonist", c'est ainsi que Patrick Chappatte commence sa conférence intitulée "The power of cartoons". Accompagné de son accent francophone et par ses dessins, il démontre que face à une page blanche ou sur scène, il n'a pas de panne d'inspiration. Après avoir épinglé Internet et son impact sur notre société, Chappatte aborde son métier, la liberté qui guide sa plume et l'utilisation politique qui peut être faite du cartoon. S'il rappelle que "le dessin de presse peut être utilisé comme une arme", il montre que la liberté laissée au caricaturiste est proportionnelle à celle offerte aux citoyens. Ce qui ressemble à un stand-up est en fait un plaidoyer pour la liberté d'expression. Comme pour un dessin, Patrick Chappatte passe d'abord par le registre de l'humour pour mieux faire passer son message. Le caricaturiste est "un journaliste qui sait dessiner". C'est aussi un ardent défenseur de la liberté d'expression : à coups de crayon et de traits d'esprit, ainsi vit notre démocratie.

Pour aller plus loin

Globe cartoon : le site du dessinateur Patrick Chappatte

Un article de la [email protected] : Le caricaturiste, "un journaliste qui sait dessiner"

Le caricaturiste, « un journaliste qui sait dessiner »

Les dessins de presse comptent parmi les ressources que j’affectionne à utiliser en classe. L’enjeu du dessinateur est passionnant : avec un angle de vue et un trait d’humour, il faut commenter le plus simplement du monde une actualité parfois complexe. Depuis le mois de juin se tient à Rennes une exposition intitulée « Dessins de presse à la Une » où une cinquantaine de caricaturistes donnent leur définition du cartoon. Le regard porté par ces professionnels sur leur métier éclaire la lecture de leurs œuvres. Pour l’Iranienne Firoozeh Mozaffari, »un caricaturiste est un journaliste qui sait dessiner« . Pour Plantu, dessiner c’est «raconter en image la résonance politique d’une actualité » et être amené à dépasser des limites.

[vimeo]http://vimeo.com/12173067[/vimeo]

Un article de l’Humanité présentant l’exposition note que « la question des tabous propres à chaque culture est centrale dans l’exposition. C’est pourquoi elle présente une originale Carte des tabous. Dessinée par les cartoonistes de Cartooning for Peace, cette carte combat les interdits en montrant qu’on ne représente jamais Mao en Chine, de même qu’on ne parle pas de la mort en Suède ou de l’homosexualité au Kenya. Plantu, le parrain de l’exposition, explique le délicat travail du dessinateur?: «?Il y a des tabous qu’il faut observer et d’autres qu’il faut transgresser». »

Aujourd’hui, les mesures françaises de rapatriement des Roms vers la Roumanie et la Bulgarie ont un écho dans toute l’Europe. Sans faire de bulle, le pape Benoît XVI fait entendre la voix de l’Eglise. Sans faire de bruit, les dessinateurs de presse croquent une situation en questionnant par exemple la libre-circulation des personnes dans l’Union européenne.

Les Roms en Europe, Frédéric Deligne, Nice-Matin (Cagle cartoons)

Air Sarkozy, Hachfeld, Courrier international

Pour aller plus loin :

L’Humanité a consacré un article à l’exposition Dessins de presse à la Une tout comme le webzine Backchich Info.

Sur la [email protected] : Le séisme en Haiti mobilise les dessinateurs de presse