Archive de mots clefs pour médias

11 septembre 2010 : « The war on errorism »

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, George W. Bush, alors président américain, lançait une guerre contre le terrorisme (The war on terrorism). Neuf ans plus tard, c’est une guerre pour combattre l’erreur (The war on errorism) qu’il faut mener. Les erreurs conjugués d’un pasteur recherchant le « quart d’heure de gloire » et de médias en quête de sensationnel pouvaient faire craindre une flambée de violences. Un emballement médiatique a eu lieu autour de cet acte isolé mais réfléchi (évoqué dans l’article « l’idiot du village planétaire »). Les raisons de la surmédiatisation sont identifiables :

  • Terry Jones a lancé son idée durant les vacances, moment où les médias n’ont pas grand chose à se mettre sous la dent.
  • Il choisit de faire sa « performance » lors de la date anniversaire du 11 septembre 2001, événement qui a changé le cours de l’Histoire.


  • Depuis quelques mois aux Etats-Unis le projet de construction d’une mosquée proche de Ground zero (emplacement des deux tours jumelles) crée la polémique. Le monde est inflammable et le pasteur a surfé sur l’atmosphère d’islamophobie qui existe aux Etats-Unis pour exister médiatiquement.

  • La brève d’un site internet méconnu sur le projet du pasteur est reprise par Yahoo puis la chaîne américaine ABC l’invite sur son plateau. L’emballement médiatique commence, les politiques s’en mêlent.

Dans son livre « Le cauchemar médiatique« , Daniel Scheidermann écrit qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Si les médias parlent d’un sujet, c’est que le contexte s’y prête (ici la date anniversaire du 11 septembre et la polémique sur la construction d’une mosquée à New-York). « Mais  l’emballement commence quand la fumée obscurcit si bien l’horizon, et terrifie si bien les observateurs, que chacun en oublie d’aller vérifier l’importance du feu » (page 21). Notons ici que les médias américains ont commencé leur mea culpa et la chaîne CNN a affirmé qu’elle ne diffuserait aucune image de l’autodafé (acte de brûler des livres en public) s’il avait lieu.

Pour les médias, combattre l’erreur, c’est de ne pas transformer une simple étincelle en un feu de forêt. Pour les citoyens, c’est de mettre en marche son esprit critique pour repérer l’emballement médiatique. Un tel geste fait l’affaire de tous les extrémismes. Sur ce dessin de presse, Terry Jones est représenté en apôtre d’Al Qaida et de Ben Laden. A qui profite le crime ? A ceux qui prêchent la violence et souhaite une campagne promotionnelle à peu de frais. The War on errorism, work in progress


Aux dernières nouvelles, Terry Jones aurait renoncé à son projet mais parions qu’il voudra  prolonger son quart d’heure de gloire. Aux médias et à nous d’en décider…


Sources :

Mon titre est emprunté à un album du groupe de punk-rock américain, NOFX (2003). En écoute, la chanson American Errorist (I hate, hate, haters)

Les images ont été prises sur le site caglecartoons et sur la galerie de courrier international intitulée "Un quart d'heure de gloire"

Dans l'ordre

- Pastor Terry Jones, Emad Hajjaj, Jordan (8/09/2010)

- Burning the Koran, Christo Komarnitski, Bulgaria (10/09/2010)

- L'homme préhistorique découvre le feu. [Dove World Outreach Center est le nom de l'Eglise de Jones.] Dessin de Corrigan paru dans The Toronto. Star

- What would Jesus burn, John Darkow, Columbia Daily Tribune, Missouri (9/09/2010)

Terry Jones, l’idiot du village planétaire

Terry Jones. C’est le nom de l’idiot du village de Gainesville, en Floride (Etats-Unis). Cet inconnu, qui aurait dû le rester, est un chrétien extrémiste qui accuse l’Islam « de vouloir conquérir le monde » et trouve que le Coran est « rempli de mensonges« .  Alors pour la date anniversaire du 11 septembre 2001 (attaques terroristes d’Al-Qaida contre les Etats-Unis), Terry Jones a décidé de brûler des exemplaires du Coran dans sa ville. La raison ? : « Le 11 septembre 2010, nous allons brûler des exemplaires du Coran pour alerter le monde. Ce n’est ni un acte d’amour ou de haine. Mais nous voyons l’islam comme un danger ». Cet ignorant bourré d’intolérance joue à monter les religions les unes contre les autres. Faut-il vraiment faire la Une avec ce genre d’individu ?

Terry Jones ne représente que lui même : son mouvement est ultra-minoritaire, une cinquantaine de personnes seulement le suivraient à Gainesville. Mais un climat d’islamophobie (une peur de l’islam) semble se manifester depuis quelques temps aux Etats-Unis. Comme le note Le Monde, « le projet de construction d’un centre islamique près de Ground zero déchaîne les passions« . Alors, dans cette atmosphère particulière, quand un extrémiste veut jouer avec le feu, les médias se précipitent. Les journalistes de la chaîne CNN ressemblent vraiment à des pompiers pyromanes : parmi eux, Anderson Cooper, qui jouait déjà au reporter super-héros en Haiti (voir article de la [email protected] : CNN en Haiti, le monopole du cœur), incarne parfaitement la télévision qui aime le show et le choc. Dans cette vidéo de CNN, il médiatise internationalement l’action isolée de Terry Jones et joue en même temps au redresseur de torts en rappelant les dangers qu’un tel geste fait courir pour les soldats américains en Afghanistan.

Terry Jones représente la bêtise et les écueils de la médiatisation de notre monde devenu un village planétaire. Au risque de créer l'amalgame et d'encourager l'erreur, on braque des caméras sur lui et on lui tend le micro. Quand un extrémiste réussit à faire d'un geste inconsidéré et isolé un événement médiatique, il faut aussi se questionner sur la responsabilité des médias à traiter l'information. Dans ce court et excellent reportage, le journaliste commence par dire : "C'est une histoire qui n'aurait jamais dû voir le jour". Pourtant le 11 septembre 2010, on parlera bien de Terry Jones, l'idiot du village planétaire. Après, les médias se demanderont si le battement d'ailes de ce papillon de mauvais augure peut déclencher une flambée de violences à l'autre bout du monde. Quand on participe à la métamorphose du ver en papillon, on aime bien savoir ce qu'il est capable de faire.

Sources : Un article du Monde intitulé "Un pasteur américain maintient son projet de brûler le Coran"

Aller plus loin : Une interview de Terry Jones et les dix raisons qui expliquent son geste.

Image : AP / John Raoux

CNN en Haïti : le monopole du cœur ?

Depuis le 12 janvier, les projecteurs sont braqués sur Haiti. Sur notre petit écran, les images de la catastrophe défilent : les médias filment les larmes de ceux qui ont tout perdu, les corps des victimes et les violences pour arracher à manger et à boire. Images chocs tournées par des vautours (« Comment vous sentez-vous, coincé ici dans les décombres ? ») ou nécessaire information pour mobiliser la planète ?

Face à une catastrophe, la déontologie du journaliste est mise à rude épreuve. Dans le quotidien sénégalais Le Soleil, Modou Mamoune Faye pose le débat : « Les caméras des chaînes européennes, asiatiques, américaines… se bousculent pour avoir les « meilleures » images à servir à leurs téléspectateurs. Mais il y a quelque chose qui choque dans cette course effrénée vers le scoop (…). Au nom de la liberté d’informer, a-t-on le droit de tout montrer au point de verser carrément dans le journalisme macabre ? Quelle est la valeur informative de ces milliers de cadavres exposés au regard quelque peu… voyeur de milliards de téléspectateurs ?« 

Journaliste et super-héros ?

Un journaliste peut-il rester insensible à ce qui se passe autour de lui ? Bien sûr que non. Cette semaine, un reportage de la journaliste française Maryse Burgot montrait comment une équipe de France 2 avait aidé à faire hospitaliser Jerry Lafrance, un petit garçon blessé. Jerry doit être adopté prochainement par une famille habitant à côté de Nantes. Avant de diffuser ces images, France 2 avait pris soin d’avertir la famille adoptive de Jerry pour qu’elle ne découvre pas par hasard ce sujet tourné à Port-au-Prince.

Lundi, le journaliste de la chaîne américaine CNN, Cooper Anderson, s’illustre lui aussi, mais un registre beaucoup plus spectaculaire.

Sur cette vidéo de CNN, on voit Cooper Anderson traîner un enfant ensanglanté, puis, après l'avoir rassuré, repart avec lui et le porte. Ensuite, l'enfant part avec un autre homme. Le site Eco89 fait le récit de cette scène : "Anderson Cooper raconte avoir entendu des coups de feu alors qu'il tournait un sujet avec son équipe ; des policiers tiraient en l'air pour effrayer les pillards. Quelques minutes plus tard, il aperçoit un homme qui lance des blocs de béton sur la foule amassée en bas d'un magasin pillé :

« Il a touché un petit garçon à la tête. Je l'ai vu s'effondrer (…) L'enfant était blessé et ne pouvait pas se lever. Il a essayé avant de retomber. Du sang coulait sur son visage. Il était conscient mais il ne pouvait vraiment pas bouger. J'ai eu peur que quelqu'un ne le voit couché là (…) J'ai eu peur qu'il se fasse tuer."

Sur son blog, Cooper Anderson raconte en détail son geste de bravoure, le tout accompagné d'un reportage photo saisissant. Mais, ne tombe t-on pas dans le sensationnel avec ce type d'images ? L'information est là : la situation critique en Haiti pousse certains à des extrémités pour s'en sortir, les plus faibles sont malmenés. Néanmoins le journaliste endosse ici volontairement l'étoffe des héros… alors qu'il a sous les yeux de multiples exemples de courage, d'abnégation et de dignité au quotidien. Les héros ordinaires sont sûrement moins télégéniques…

CNN semble s'être fait une spécialité de ce "journalisme émotionnel" : Eco89 explique "qu'une autre vedette de CNN, Sanjay Gupta, chirurgien et journaliste médical de CNN, couvre également la catastrophe pour la chaîne, qui ne diffuse pas seulement ses analyses, mais également ses opérations."

Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, la chaîne américaine CNN possédait le monopole des images. Avec le séisme en Haiti, CNN recherche t-elle le monopole du cœur ?


Sources images

Le séisme en Haïti mobilise les dessinateurs de presse

Internet a été le premier média à rendre compte des conséquences du séisme en Haiti. Utilisant sa webcam, un journaliste haïtien décrivait la gravité de la situation à Port-au-Prince. Aujourd’hui, tous les médias sont en mesure de traiter la catastrophe mais dans ce flot d’informations et d’images, il est précieux de s’arrêter sur l’œuvre des dessinateurs de presse. En quelques coups de crayons, ils fixent une situation, une émotion. Après avoir parcouru plusieurs sites, l’image symbole du séisme en Haiti est le bras tendu. Un S.O.S vers le sauveteur fouillant les décombres, un cri du corps pour un plat chaud et l’eau qui manquent cruellement.  Un signal de détresse envoyé au monde entier pour agir et vite.

MAUVAIS SORT ?

12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7 ravage le pays mais pas toute l’île d’Hispanolia. La République dominicaine est heureusement épargnée par le séisme. « Pourquoi nous ? » implore cet habitant les larmes aux yeux… Terre du vaudou, certains en viennent à se demander qui leur a jeté le mauvais sort.

Bob Englehart, The Hartford Courant

LES DEUX GENOUX A TERRE

Avant le 12 janvier, Haiti avait déjà un genou à terre. Les inégalités sociales sont criantes (80% de la population vit sous le seuil de pauvreté), les conditions sanitaires sont désastreuses (37% de la population a accès à l’eau potable) et le pays peine à reconstruire une démocratie. Après le 12 janvier 2010, à l’ombre de la mort de dizaine de milliers de personnes, Haiti a les deux genoux à terre et lance un S.O.S.

Simanca Osmani, Cagle Cartoons, BrazilRJ Matson, Haiti grita por Ayuda

Olle Johansson, Sweden, Haiti

L’AIDE… D’URGENCE !

Un aéroport saturé, un Etat en miettes, une incapacité à organiser les secours : le peuple compte sur la communauté internationale pour leur venir en aide. Mais avant, il faut démêler la situation, sécuriser les lieux pour permettre aux victimes de recevoir l’aide attendue.

John Cole, The Scranton Times-Tribune

LES MEDIAS ET LA CATASTROPHE

Une question de déontologie se pose toujours pour les journalistes et les cameramen. Où arrêter sa quête d’images dans le vif d’une catastrophe ? Faut-il tout filmer pour rendre compte de la situation ? Les journalistes ne sont pas des secouristes et relaient une information qui mobilise l’opinion internationale. Ils sont responsables de l’information qu’ils nous transmettent. La surmédiatisation du tsunami de 2004 avait été accompagnée par des dons disproportionnés : pendant ce temps, d’autres souffraient, bras tendus vers le ciel… Coquin de sort, revoilà encore Haiti…  Attendre la catastrophe pour venir en aide aux plus démunis, triste, triste sort…

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Sources images :

Tous les dessins datent de janvier 2010 (sauf le dernier). Ils sont l’œuvre de dessinateurs du monde entier ce qui montre que la mobilisation et l’émotion sont mondiales.

PS @ Tiffany (3°2) : Je viens juste de voir que tu avais écrit un article sur la situation en Haiti. Si tu veux l’actualiser, je le publierai par la suite.