Archive de mots clefs pour Pierre Vidal Naquet

L’esclavage, un crime contre l’humanité

En classe, l’extrait du documentaire d’Arnaud Ngatcha « Noirs, l’identité au cœur de la question noire«  (2006) nous a permis de faire le lien entre le cours d’Histoire sur le commerce triangulaire et la leçon d’Education civique intitulée : « Etre libre, c’est ne pas être esclave ».

Dans votre prochaine évaluation d’Histoire, l’étude de documents (texte+graphique) portera sur la traite négrière du XVI°s au XIX°s. Afin de comprendre pourquoi l’esclavage est qualifié de crime contre l’humanité, voici quelques liens intéressants à consulter pour aller plus loin. Ces informations enrichiront vos rédactions… et c’est surtout l’occasion de découvrir deux femmes militantes, Françoise Vergès et Christiane Taubira.  

Les vidéos

D’abord, un extrait du documentaire vu en classeFrançoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, explique à des écoliers ce qu’est la traite négrière.

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Christiane Taubira, interviewée dans le documentaire d’Arnaud Ngatcha, est la députée française à l’origine de la loi de 2001 qui fait de l’esclavage un crime contre l’humanité. En 1999, elle défend devant l’Assemblée nationale sa proposition de loi.  

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Les textes

Christiane Taubira expose en 1998 les motifs de sa proposition de loi. Son texte veut rompre le silence sur la traite des noirs et l’esclavage. La députée en appelle à la France, patrie des Droits de l’Homme, pour honorer la première « les victimes de ce crime orphelin« .

« Il n’existe pas de comptabilité qui mesure l’horreur de la traite négrière et l’abomination de l’esclavage. Les cahiers des navigateurs, trafiqués, ne témoignent pas de l’ampleur des razzias, de la souffrance des enfants épuisés et effarés, du désarroi désespéré des femmes, du bouleversement accablé des hommes. Ils font silence sur la commotion qui les étourdit dans la maison des esclaves à Gorée. Ils ignorent l’effroi de l’entassement à fond de cale. Ils gomment les râles d’esclaves jetés, lestés, par-dessus bord. Ils renient les viols d’adolescentes affolées. Ils biffent les marchandages sur les marchés aux bestiaux. Ils dissimulent les assassinats protégés par le Code noir. Invisibles, anonymes, sans filiation ni descendance, les esclaves ne comptent pas. Seules valent les recettes. Pas de statistiques, pas de preuves, pas de préjudice, pas de réparations. Les non-dits de l’épouvante qui accompagna la déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes sommeillèrent, un siècle et demi durant, sous la plus pesante chape de silence. » 

L’article 1 de la loi de 2001 dit :

« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.« 

Les critiques

Pour être complet, il faut aussi mentionner qu’après 2001, des historiens ont critiqué cette loi affimant qu’elle réduit l’esclavage « à une opposition entre Blancs d’Europe et noirs, au mépris de la vérité historique« . Ils rappellent que les Européens ne sont pas les seuls à avoir pratiqué l’esclavage.  Durant l’Antiquité, l’esclavage existait déjà. Cela fait dire à Pierre Vidal-Naquet, grand historien français : «Est-ce que les Grecs d’aujourd’hui vont décréter que leurs ancêtres les Hellènes commettaient un crime contre l’humanité car ils avaient des esclaves ? Cela n’a pas de sens !» (Le Monde, 17 décembre 2005).

De plus, pour Vidal Naquet, « ce n’est pas à l’Etat de dire comment on enseigne l’histoire« . Dans un appel intitulé « Liberté pour l’histoire », 19 historiens rappellent que « l’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. » Grâce à leur travail pour la vérité, ces historiens estiment qu’ils sont à même de convaincre leurs contemporains, sans avoir recours à des lois qui risquent d’établir des vérités d’Etat et de restreindre la liberté du chercheur. 

Sources images : 

Les captures d’écran viennent du site Curiosphère.tv.

Les ficelles de l’Histoire : Dieudonné, marionnettiste et pantin

 « Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin… Robert, je crois que vous méritez bien ce prix.  Le sketch ne serait pas complet… je vais demander à Jacky mon fidèle technicien de remettre à Robert «le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence». Jacky dans son habit de lumière. Photographes lâchez-vous ! Remarquez le scandale ! Ovation ! »

Le 26 décembre, la bêtise et l’ignorance ont atteint le Zénith. Dans cette salle parisienne, l’humoriste Dieudonné décerne à la fin de son spectacle « le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » à Robert Faurisson. Dans ce qu’il nomme un sketch, Dieudonné appelle les spectateurs à ovationner un négationniste. Le négationnisme consiste à nier l’importance et même la réalité du génocide des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Robert Faurisson prétend que les chambres à gaz sont un mythe et les 6 millions de morts juifs une invention. Des historien(ne)s ont démontré avec brio comment les négationnistes manipulent et tronquent les sources, tirent les ficelles de l’Histoire pour déjouer un complot imaginaire. Un mensonge qui s’explique le plus souvent par l’antisémitisme c’est-à-dire la haine des juifs. Pour Pierre Vidal Naquet, les négationnistes sont des « assassins de la mémoire » car en niant la réalité de la Shoah (=le génocide juif) ils tuent les victimes une deuxième fois.

Pourquoi Dieudonné invite t-il une personne aussi décriée ? Dans le Journal du Dimanche, il dit ne pas être d’accord « avec toutes les thèses » de son invité surprise. Quand celui-ci glisse à l’humoriste sur scène « Je peux te compromettre », Dieudonné crie en guise de réponse « Liberté d’expression ! ». L’artiste défendrait ainsi une noble cause. Mais Dieudonné mélange tout et son goût pour la provocation vire à l’indécence. L’idée de déguiser en faux déporté juif un technicien pour remettre un « prix » à quelqu’un qui nie l’existence des chambres à gaz sert-elle aussi la liberté d’expression ? Il ne fait que piétiner la mémoire d’hommes et de femmes.

Lors de ce pastiche de cérémonie, Faurisson  agit tel un pantin dont Dieudonné tire momentanément les ficelles. Pour recevoir « l’ovation », le marionnettiste lève le bras du nominé. Pourtant, cet homme qui avoue ne « pas avoir l’habitude de ce genre d’accueil » profite du tremplin médiatique dressé par Dieudonné. De Dieudonné ou de Faurisson, qui est la marionnette de cette mascarade ? Les deux. Mais chacun y trouve son compte : l’existence médiatique.

Le négationniste sait que le public venu applaudir Dieudonné n’a peut-être que des lointains échos de la polémique dont il est l’objet : « Vous ne savez pas ce que je dis, ce que je maintiens. La plupart d’entre vous ne savent pas ou savent ce que les médias osent dire à mon propos, toutes les sottises qu’ils peuvent prêter aux révisionnistes ». Faurisson profite de l’occasion pour replacer son éternelle théorie du complot : au complot juif, au complot historique s’ajoute le complot médiatique. Les médias mentent et vous cachent la vérité. Faurisson cherche à capter une audience aujourd’hui très limitée, fort heureusement.

Pour Dieudonné , la motivation affichée (« Liberté d’expression ! ») paraît fragile quand on entend ou lit ses déclarations. Sa première pensée à l’accueil de son hôte sur scène est la place que tiendra le scandale prémédité dans les médias le lendemain :

« Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin ».

Faire scandale est pour lui une arme médiatique. Cette stratégie devient coutumière à Dieudonné. Alors qu’en 1997 il se présentait aux élections législatives contre une candidate d’extrême droite, Dieudonné affirme en 2008 que Jean-Marie Le Pen est le parrain de sa fille. D’après le JDD, «ce n'est pas vrai mais l'audience que cette information m'a donnée m'aurait coûté plusieurs millions de publicité sur TF1 ou France 2 (…) Les journalistes ne viennent plus voir mes spectacles, ils ne réagissent que lorsque je fais scandale". Provoquer pour exister : un triste dessein pour un humoriste…

Le scandale auto-proclamé du Zénith est une provocation antisémite de plus de la part de Dieudonné (voir l’article de wikipedia). La présence dans la salle de négationnistes et de Jean-Marie Le Pen (qui réaffirma cette année que les chambres à gaz étaient « un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale») donnent une consistance particulière à cette scène.

Un appel à la vigilance et à toujours regarder dans quel but certains tirent les ficelles de l’Histoire.

E.G

Sources :

La vidéo du 26 décembre 2008 au Zénith

http://www.lepost.fr/article/2008/12/29/1369194_dieudonne-un-scandale-minutieusement-prepare-depuis-un-mois.html#xtor=ADC-218

Article du Journal du Dimanche, 28 décembre 2008, par Mathieu DESLANDES et Marie-Christine TABET

http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200852/dieudonne-derape-encore_175242.html

Article de wikipedia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dieudonné_(humoriste)

Sur le négationnisme

Nadine FRESCO, Les redresseurs de morts, 1980. Un texte brillant sur le négationnisme.

http://www.anti-rev.org/textes/Fresco80a/