Archive de mots clefs pour stéréotypes

Quand une catastrophe naturelle balaie la limite Nord-Sud

Nous abordons cette semaine les inégalités dans le monde et nous sommes confrontés à la question de « la limite Nord-Sud ». Dans notre esprit, comme sur cette carte, la ligne qui serpente sur le planisphère a vite fait de devenir étanche. Le risque de ce découpage, c’est de collectionner les stéréotypes (une idée toute faite) et de caricaturer le monde. La revue [email protected] note avec justesse « que cette ligne représente bien plus que les écarts de développement, elle révèle un rapport historique entre nations dominantes et nations dominées, entre anciennes métropoles et anciennes colonies ou pays assimilés.« 

Nord_Sud

Notre perception des pays du Sud est marquée par des stéréotypes : la pauvreté, l’enfant noir affamé, la guerre, les épidémies marquent l’inconscient collectif. Dans un article précédent, j’avais décortiqué un magasine destiné aux collégiens et j’avais relevé les clichés dont est victime l’Afrique :

« Les photos publiées (manifestation, attentat, sécheresse, censure, génocide, chars d’assaut, pirate, rebelles) sont révélatrices d’une vision catastrophiste du continent africain. Pour que les journaux télévisés évoquent en profondeur l’Afrique, il faut le plus souvent une guerre, une famine ou un scandale (Affaire Elf, L’arche de Zoé). En boucle, les mêmes images imprègnent notre rétine : des habitants chétifs, des armes, des pleurs. Il en va de même pour des films sortis récemment comme Lord of War ou Blood Diamond : leur titre suffit à planter le décor.« 

Ainsi, les pays du Nord deviennent l’exact contraire, terres de richesses et de prospérité. L’étude de la carte par anamorphose du manuel montrait clairement que cette perception est en partie exacte.

carte par anamorphose

Mais, en étudiant de plus près chaque pays du Nord, on s’aperçoit que le niveau de développement peut-être bien différent. Il en va de même pour les pays du Sud. Alors, pour ne pas tomber dans le panneau, on parle « des Sud » et « des Nord », mais est-ce vraiment suffisant ?

Pour savoir si votre perception du monde n’est pas caricaturale, comparons deux catastrophes très médiatisées. L’une a frappé la première puissance mondiale, l’autre touche un des pays les pauvres au monde.

  • en 2005, l’ouragan Katrina s’abat sur le sud des Etats-Unis
  • en 2010, un séisme ébranle Haiti

Par définition, une catastrophe touche tout le monde mais on peut estimer qu’un pays riche a des ressources pour affronter au mieux l’adversité. En répondant aux consignes suivantes, vous vous poserez fatalement ces questions :

  • un pays riche est-il vulnérable ?
  • dans un pays développé, la richesse des uns fait-elle oublier la pauvreté des autres ?

Consigne : Regarde les deux vidéos

Clique ci-dessous pour visionner la première vidéo (France 3 / Etats-Unis)

 

retrouver ce média sur www.ina.fr

Clique ci-dessous pour visionner la deuxième vidéo (France 24 / Haiti)

Capture d’écran 2010-03-03 à 13.31.20

CONSIGNES :

  1. Trouve les points communs et les différences entre les deux catastrophes
  2. Quel rôle joue les Américains en Haiti ?
  3. Le traitement médiatique de la catastrophe est-il le même dans un pays pauvre et dans un pays riche ?
  4. Quel stéréotype brise l’image ci-dessous ?

Ouragan Katrina

CONSTAT

La limite Nord-Sud est pratique mais n’est elle pas caricaturale ?

Pour aller plus loin :

Le séisme en Haïti mobilise les dessinateurs de presse
Séisme en Haïti : comment démêler le vrai du « fake » ?
CNN en Haïti : le monopole du cœur ?

Coupe du monde en Afrique du Sud : quand la publicité se fait tacler

En parcourant le site de France 24, un article a retenu mon attention : « La Coupe du monde en Afrique du Sud vue par les publicitaires : des tribus, des Jeeps et des animaux… »

L’auteur de l’article, Sean Jacobs, est né et a grandi en Afrique du Sud. Aujourd’hui enseignant à New York, il revient sur la description faite par les publicitaires de son pays natal et dénonce un condensé de clichés sur l’Afrique. Pour eux, resté à l’état sauvage (images de safari), le continent africain est pauvre (ballon artisanal) et la démographie galopante (les enfants qui courent). Bien sûr, la publicité est un exercice de style  : en quelques images, il faut marquer le téléspectateur. Mais il est sain d’en montrer les limites et les effets sur l’inconscient collectif.

Adidas : l’Afrique, la tête dans le sac…plastique

Pour Sean Jacobs, cette publicité non-officielle d'Adidas est "insultante" pour l'Afrique du Sud. L'Afrique est finalement présentée comme une terre de récupération où les déchets constituent les seules richesses. Gonflés de sacs plastiques ou de préservatifs, les ballons bondissent dans les rues ou sur la plage, jamais sur un vrai carré vert.   Or, si on lit le témoignage de Sean Jacobs, une autre réalité existe : "J'ai grandi dans un ghetto où il y avait un terrain de football avec une pelouse. Après l'apartheid, je jouais des matchs de division le samedi. Les arbitres étaient habillés en noir. Nous avions de véritables locaux pour le club. Et je n'ai surtout jamais croisé de ballons en préservatif." Il ne s'agit pas de nier les difficultés du pays (30% de la population sud-africaine vit sous le seuil de pauvreté) mais de montrer que le traitement médiatique de l'Afrique est trop souvent caricatural.

Les stéréotypes se retrouvent dans la publicité. Dans les reportages aussi ? Un documentaire belge intitulé "Football made in Africa" a pour objectif de montrer une autre Afrique que celle présentée par les médias, loin de la "misère, de la souffrance et des conflits". Dans le teaser du documentaire, le ballon en préservatif est signe d'ingéniosité et de débrouillardise.

Mais ne montrer que des ballons sortis du sac, est-ce vraiment la meilleure solution pour présenter un visage plus réaliste de l'Afrique ? Alors, puisqu'il est difficile de saisir la réalité sur le continent africain, mieux croiser les sources et ouvrir l'œil… Une viste du blog de Sean Jacobs "Afrika is a country" offre justement un autre regard (à lire par exemple l'article sur les skaters en Ouganda avec leur skate park en terre séchée et en briques).

africasacountry

Sources :

Pour voir l'épisode où Pemba, un jeune de Mozambique fabrique un ballon à l'aide d'un préservatif et de sac plastique, rendez vous sur le site de Football made in Africa.

Image : Photographie de Yann Gross