Archive de mots clefs pour Tunisie

Immigration tunisienne : l’eldorado européen

138 kilomètres : c’est la distance qui sépare le littoral tunisien de l’île italienne de Lampedusa. Porte d’entrée de l’Europe, Lampedusa accueille des migrants tunisiens venus tenter leur chance au-delà de la Méditerranée (environ 20 000 personnes en avril 2011). Une question simple se pose en voyant ce flux de population : mais pourquoi partent-ils ? Alors que le parfum du jasmin flotte encore en Tunisie, pourquoi des jeunes ont-ils choisi le départ vers l’Europe ? Une révolution a chassé du pouvoir le dictateur Ben Ali, l’espoir de fonder une démocratie est permis. Pour comprendre ce flux migratoire, une sélection de documents pour répondre à cinq questions :

  • Qui part ?
  • D’où partent-ils ?
  • Pourquoi partir ?
  • Pourquoi partir maintenant ?
  • Comment sont-ils accueillis ?


– Une carte du journal Le Figaro parue le 16 février 2011

– Un extrait de l’émission C dans l’Air présentée par Yves Calvi, « Après la révolte, l’exode ». (clique ici)


– Medhi Houas, le ministre tunisien du Tourisme explique la situation au journal France soir (14 février 2011)

FRANCE-SOIR : Des milliers de Tunisiens fuient leur pays, comment expliquez-vous cette situation ?

MEHDI HOUAS Je suis très étonné que les gens en France et en Europe tombent des nues ! La situation n’a pourtant pas changé, les pauvres du Sud veulent toujours rejoindre l’eldorado du Nord.

F.-S. Cinq mille personnes en cinq jours, c’est du jamais-vu !

M. H. Il y a eu une révolution ici. Pendant un mois, le pays a été paralysé ; 350.000 personnes vivent du tourisme (6 % du PIB tunisien, NDLR) et sont en situation de doute. Certains sont pris de panique. C’était une chose prévisible. Ce n’est pas parce que l’on s’est débarrassé de la dictature que tout s’est arrangé. La différence, c’est que nous n’avons plus une seule famille (Ben Ali) qui pompe les finances du pays, voilà tout. Mais il y a toujours 10 millions d’habitants, dont certains pensent qu’il n’y a plus d’espoir. Je suis là pour le leur rendre.

F.-S. Il est paradoxal qu’ils perdent espoir au moment où le pays se démocratise…

M. H. Il n’y a pas eu de touristes en janvier, en février non plus. Si l’on ne fait rien, ce n’est pas 4.000 Tunisiens qui partiront mais 350.000.


– Le témoignage de Sirine, une Française qui habite Zarzis, une ville touristique du sud du pays (trouvé dans un article de France 24 : « Il y a depuis toujours cette obsession du rêve européen »).

« Zarzis s’est vidée de sa jeunesse ces dernières semaines. Les terrasses de café sont désertées, on voit très peu de jeunes dans la rue. Tous n’ont qu’un seul objectif : profiter de l’absence de contrôle pour partir en Italie. J’habite à 300 mètres de la plage qui est, avec le port, l’un des deux points de départ pour immigrer clandestinement en Italie. (…) Avant, les immigrés clandestins passaient par la Libye. Maintenant, ils partent directement d’ici. Les capitaines des bateaux vous demandent 2.000 dinars [1036 euros] pour le voyage. Il n’y a presque plus de police ici et les quelques militaires présents dans la ville ne font rien pour arrêter cet exode, alors que cela se passe sous leurs yeux, car ils ont peur de se mettre la population à dos.

Ici, à Zarzis, il y a depuis toujours cette obsession du rêve européen. Beaucoup de membres de la famille de mon mari sont déjà partis. Pourtant ils ne souffraient ni de la misère, ni du chômage. Moi j’essaie d’expliquer aux candidats au départ qu’il ne fait pas forcément mieux vivre en France, là où ils veulent tous aller. Mais ils ne voient que le salaire. Ils se disent que même s’ils gagnent 1500 euros à Paris, c’est toujours 10 fois plus qu’ici. Ils ne se rendent pas compte du coût de la vie dans l’Hexagone. »


– Une vidéo de BFM TV expliquant la tension entre la France et l’Italie au sujet de l’immigration tunisienne


Aller plus loin :

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xh5oe2_des-milliers-d-egyptiens-et-de-tunisiens-fuient-la-libye_news[/dailymotion]


[3ème] Comprendre le printemps des peuples arabes

Cette année, l’actualité défile à une vitesse folle. Parce que les pages de l’Histoire se tournent en direct, il est bon de revenir en ce début d‘année scolaire de 3ème sur « le printemps arabe«  dont nous n’avons pas fini de ressentir les secousses. En janvier 2011, « la révolution de jasmin » des Tunisiens chassait du pouvoir le président Ben Ali qui régnait sur le pays depuis 23 ans. Quelques semaines après, les Egyptiens faisaient sauter le verrou du régime autoritaire d’Hosni Moubarak. Les révoltes se transformaient en révolution, laissant se dessiner un horizon démocratique pour ces peuples. Après plusieurs mois de lutte, c’est au tour des Libyens de sentir le souffle de la liberté. Tripoli, la capitale libyenne, a été prise par les rebelles à la fin du mois d’août et le régime du colonel Kadhafi est en train de s’effondrer.

Le printemps arabe a aussi été synonyme d’été meurtrier en raison d’une répression sanglante en Libye, en Syrie ou encore au Bahrein. En 8 mois, trois dictateurs sont tombés de leur piédestal. A qui le tour ?

Objectifs de la séance

  1. Comprendre les raisons du soulèvement des peuples arabes
  2. Comprendre les difficultés pour les peuples à gagner leur liberté et le chemin à suivre pour bâtir une démocratie
  3. Comprendre le rôle de l’ONU et de l’OTAN dans la guerre en Libye

Les compétences

  1. Savoir étudier des documents de nature différente (carte, dessin de presse, texte, vidéo)
  2. Rédiger à l’aide des documents et de ses connaissances un résumé organisé

LES DOCUMENTS

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xjd0r6_apres-six-mois-de-printemps-arabes-un-bilan_news[/dailymotion]

Image : Dessin de Patrick Chappatte disponible sur http://www.globecartoon.com/

 Aller + loin

Tunisie : la révolution vue par des élèves

En Education civique, la révolution de jasmin a été étudiée par deux classes de 4ème du collège Waldeck Rousseau. Les élèves devaient se tenir informés de l’actualité tunisienne pour comprendre ce combat pour la démocratie et la liberté. A la fin de la séance, ils avaient à réaliser un dessin, écrire un texte ou une chanson sur la lutte menée par les Tunisiens. Cet événement les touche et certains ont voulu faire passer un message. Cet épisode de l’histoire tunisienne montre que la liberté est un droit à défendre partout et pour tous. Le sang versé, le combat d’un peuple (drapeau) pour la démocratie (poing levé, « Liberté ! ») la révolution numérique (ordinateur, @, Facebook, Twitter) ou la fuite en avion de Ben Ali sont les thèmes qui reviennent dans leur dessins et leurs textes.

 

Bilel, 6°1

« Voici mon message adressé à la Tunisie:

Cher amis tunisiens

Il faut tenir car vous avez réussi à avoir votre liberté.Vous allez avoir un nouveau président. J’espère que vous aurez une démocratie, plus de liberté. Vous avez eu beaucoup de courage de vous être révoltés.Vos efforts ont payé. Chez moi en France, je suis triste pour vos morts mais content pour la liberté du peuple.« 

Stella, 6°1

« Chers Tunisiens,

Je m’appelle Stella, j’ai 11 ans. Je sais que c’est dur de se révolter mais vous avez gagné votre liberté. Vous allez avoir un nouveau président et vous allez le choisir. Je suis désolée pour les morts qu’il y a eu.« 

Elif et Céline, 4°1

« Ben Ali dégage
On a tous la rage
On dort tous dans les garages .
La Tunisie
Quand il y a Ben Ali
On part tous d’ici
Avec le pouvoir
On perd tous nos espoirs
On a plus à boire
Le peuple crie sa colère
A force de vivre dans la misère
Ben Ali menteur, Ben Ali voleur !
Toutes tes promesses
Que tu nous a faites
N’ont fait que ton bien être
Tu es partis sans soucis

Comme on quitte la vie… »

D’autres productions d’élèves sont disponibles sur le groupe Facebook de la [email protected]

 



Les supports de travail sur la [email protected]

Ouvrons l’œil : les Marianne tunisiennes

2011, l’histoire est en marche en Tunisie. Dans cette « révolution du jasmin », le peuple est l’acteur principal du combat pour la liberté et la démocratie. Depuis une semaine, les médias français ont choisi une figure symbolique de la révolte contre la dictature de Ben Ali : la jeune manifestante tunisienne . Debout et déterminée, à la tête d’une nation insurgée (drapeau tunisien en arrière-plan), elle envoie un message cinglant au régime autoritaire (« Ben Ali, dégage »). Passé des réseaux sociaux à la rue, ce mot d’ordre incarne la modernité et la soif de liberté de tout un peuple. C’est autour de cette idée que le journal Libération a composé une magnifique Une, avec le mot Liberté écrit en français et en arabe.

Une de Libération du 15 janvier

Une de L'Humanité du 16 janvier 2011

Une du Nouvel Observateur du 20 janvier 2011

Depuis le 15 janvier, l’image de la jeune femme insurgée envahit les Unes des journaux de gauche en France (Libération, L’Humanité, Le Nouvel Obs). En effet, depuis la fuite de Ben Ali, les mots « dictature » et « révolution » ont fleuri dans les médias. Et s’il y a une révolution, il faut une figure emblématique, un symbole reconnaissable par tous. Les Français l’ont depuis belle lurette : c’est Marianne, l’allégorie de « La Liberté guidant le peuple », le célèbre tableau d’Eugène Delacroix. Alors, pour marquer la rupture de langage (de régime autoritaire à dictature / de révolte à révolution), les photographes vont se mettre à la recherche d’une Marianne…

 

Une allégorie permet d'exprimer une idée (la liberté) à l'aide d'une image, d'un personnage (Marianne)

Photographier un peuple qui se révolte donne souvent lieu aux mêmes images. C’est ce qu’explique très bien  ce document du Monde. Marianne poing levé est « une figure de la contestation » appréciée des photographes car elle est proche de nous et de notre histoire… Marianne est le symbole de notre république et ces clichés en Une des journaux français tissent ce lien affectif entre notre propre histoire et « la révolution du jasmin ». Ces Marianne répondent à « un besoin médiatique de reconnaissance visuelle« . Des images compréhensibles par tous, universelles.

Cliquez sur l'image pour accéder à ce document sonore du Monde

 

Sihem Bensedrine

 

Anonymes sur nos couvertures de journaux, ces femmes tunisiennes qui se battent pour conquérir la liberté sont nombreuses. Sihem Bensedrine, journaliste défendant les droits de l’Homme en Tunisie depuis 20 ans, en fait partie. Le Nouvel Obs de cette semaine consacre quelques lignes à son histoire :


« Arrêtée, torturée, elle n’a jamais été réduite au silence. Exemple, cette lettre de décembre 2009 : « Monsieur le président, partez, les Tunisiens n’espèrent plus rien de vous sinon votre départ et celui des clans qui vous entourent« .

Une Marianne bien réelle qui guide son peuple vers cette Liberté en Tunisie que nous espérons tous.

Aller plus loin :

Cette vidéo du Canal éducatif explique la naissance de l’icône féminine de « la Liberté guidant le peuple »