Interview de Hafid Aggoune

 

Photo venant du site « www.tilawin.fr »

Quelles études avez-vous faites ?

 J’ai fait mon collège et mon lycée à Saint-Étienne, puis je suis allé à Lyon pour une année de psychologie. Lassé par cette branche, j’ai entamé des études d’histoire de l’art et de lettres modernes en parallèle. Après avoir obtenu mes licences, je suis parti à Aix-en-Provence pour un D.U.T. des métiers du livre à la Cité du Livre.

Existe-t-il des études particulières pour devenir auteur?

 Je ne pense pas qu’il en existe. C’est mon observation du monde, mes conversations avec les autres, mes rêveries qui me donnent les bases de mes romans.

Quelle est l’origine de votre vocation?

 J’ai ressenti très tôt le besoin d’écrire, vers la fin de ma 3ème. Mes premiers écrits furent des poèmes et un journal intime. Doucement, plus je grandissais, plus je voulais en faire le métier de mon existence.

Vivez-vous de vos livres?

 J’arrive à en vivre en complétant mes revenus littéraires avec des cours de soutien et de lecture que je donne aussi par plaisir à des jeunes .

Quels genres de livres écrivez-vous?

 J’ai écris quatre romans, le premier et le deuxième Les Avenirs et Quelle nuit sommes-nous ? qui ont obtenu respectivement le Prix de l’Armitière et le Prix Fénelon (prix récompensant le premier roman, obtenu aussi par Patrick Modiano et Jean-Marie Le Clézio), et le Prix de la Ville de Limoges. Le troisième Premières heures au Paradis publié chez Denoël et le quatrième Rêve 78 publié chez Gallimard dans la collection Joëlle Losfeld.

Est-ce facile de se faire éditer?

 Il est très difficile de se faire éditer quand on ne connaît pas le fonctionnement des milieux littéraires. En ayant été stagiaire dans une grande maison d’édition et en ayant fait les métiers du livre, je n’ai heureusement que peu rencontré ce problème que connaît tout jeune auteur. J’ai donc envoyé mon manuscrit à une trentaine d’éditeurs et j’ai eu la chance d’être accepté par plusieurs dont Farragot, une petite maison d’édition traditionnelle avec de très beaux textes qui a malheureusement déposé le bilan et qui fut mon premier éditeur.

D’où tirez-vous votre inspiration?

 Je me pose sans arrêt des questions, auxquelles je cherche de bonnes réponses ce qui me permet de repartir sur de nouvelles questions. Je m’inspire aussi de ma propre existence comme dans Rêve 78 qui est un texte intimiste à caractère autobiographique. J’aime aussi marcher dans les rues en regardant la vie qui passe. Je la tire aussi des films voire même de la musique que j’écoute car j’essaye de faire en sorte que ma prose soit la plus poétique possible, un peu la manière de Flaubert, son « gueuloir » mis à part. Je peux aussi la prendre dans mes lectures.

 Combien de temps prenez-vous pour écrire un livre ?

 Mon premier livre Les avenirs a pris dix ans. Je l’ai commencé lors de ma première année en faculté et ai terminé sa version finale dix ans plus tard. Mais en moyenne écrire un livre me prend de six à dix-huit mois. J’ai besoin de beaucoup de temps pour passer du rêve au concret, j’imprime mes premiers jets et passe des heures et des heures à les corriger au stylo. Il m’arrive de changer une page entière si une sonorité dans une phrase ne me convient pas.

Quels sont les rapports avec votre éditeur ?

 J’ai de bon rapport avec mes éditeurs, je considère qu’un éditeur se doit d’être presque comme une famille pour l’auteur. Un bon éditeur défendra un de ses livres, comme une mère défendra son enfant. Je préfère les éditeurs « de la vieille école » qui privilégient la qualité des livres à la quantité vendus.

Quels sont vos auteurs préférés ?

 Dans le désordre, je dirai Marguerite Duras, Jack London, Haruki Murakami, Lorette Nobécourt, Pierre Bettencourt, Bernard-Marie Koltès, Edmond Jabès, Albert Cossery, Fedor Dostoïevski, Friedrich Nietzsche, Stendhal et Albert Cohen.

Est-ce qu’un prix littéraire facilite la vie ?

 Pour un jeune auteur, recevoir un prix littéraire pour son premier roman est très important. Un prix littéraire permet aussi souvent de vendre plus de livres comme un prix d’une librairie ou un grand prix comme le Goncourt ou le Médicis. Un prix littéraire offert par un jury de lecteurs est je pense le plus gratifiant pour un auteur car ce sont les lecteurs qui le lui offrent presque directement.

Dans quelles conditions matérielles écrivez-vous ?

 J’écris le plus souvent la nuit, par jets sur l’ordinateur. Puis quand j’ai fini le livre sans l’avoir même relu sur l’écran, je l’imprime. C’est là la phase qui me prend le plus de temps, celle des corrections que je fais à la main.

Gardez-vous vos brouillons ? Accepteriez-vous de les publier ?

 Oui je garde mes brouillons, ainsi que la version corrigée par mon éditeur. Je fais aussi des brouillons sur mon téléphone, et essaie en les relisant d’être mon lecteur averti.

Avez-vous décidé d’écrire pour raconter une histoire précise, dans votre premier roman?

 Dans mon premier roman l’écriture était plus une pulsion qu’un désir de raconter une histoire. C’est pour cela que je l’ai autant retravaillé et qu’au cours des dix ans que m’a pris l’écriture de Les Avenirs, il m’est arrivé de changer plusieurs fois le fond même de l’histoire.

Quelle vision du métier d’écrivain aviez-vous?

 Quand j’étais adolescent, je voyais l’écrivain comme une sorte de sorcier capable d’écrire des chefs d’œuvre en quelques heures. Maintenant que je le suis devenu, je me rends compte de la souffrance d’être devant la page blanche. On est comme une sorte de funambule.

« Le travail le plus dur pour un écrivain est celui de faire sa propre critique. »

 

Élise WILBROD et Simon-Pierre BENSOUSSAN

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